Salut salut! C'est Gad à l'appareil!

Bon, et bien pour ceux qui attendaient avec impatience un nouveau chapitre avec Aniad, et bien je suis vraiment désolée, mais vraiment vraiment vraiment très désolée… mais il va falloir attendre encore un autre chapitre pour ça… La pauvre Gadrièle, elle commençait à en avoir par-dessus la tête de pas pouvoir publier, alors j'suis désolée Darkyfrog, mais j'ai publié mon chapitre. (non, non, ne me tue pas, je t'en supplie!!!) (ça, ça veut dire que le chapitre est consacré à Téoh…)

Alors tout le monde, voici mon plan: on lit, on envoie des reviews et on supplie Darkyfrog pour qu'il écrive la suite. Si vous ne le faites pas pour vous, faites le pour moi!!!

(Maintenant, tout ce que j'espère, c'est que la chronologie ne soit pas toute pourrie…)

Chapitre 5

Le reste du voyage se déroula sans autres incidents, ce qui ne fut pas pour déplaire au jeune homme. La pluie qui s'abattait sur eux était à présent des plus normales et le vent lui était coordonné. Ses mains n'avaient pas resaigné et il n'y avait désormais que cette agaçante sensation de démangeaison qui persistait. Heureusement elle était si faible qu'il parvint vite à l'oublier.

Téoh n'en était pas moins découragé par les éléments si hostiles à son égard. Ses vêtements seraient bien vite imbibés d'eau et deviendraient bien plus lourds. Il s'efforça de ne pas trop penser à tous ces désagréments et s'en remit à la protection offerte par son collier confectionné par Norie, ne faisant plus trop confiance aux signes peints sur ses mains.

Il existait au fond de la roulotte une sorte de panneau qu'il était possible de faire basculer vers le bas et qui était retenu par deux lourdes chaînes un peu rouillées. C'était là que Téoh s'était assis, les jambes pendant dans le vide. Il regardait le paysage noyé de pluie défiler devant ses yeux. Il ne pensait à rien de précis, il voulait juste être un peu tout seul. Syl arriva bientôt et se laissa mollement tomber à côté de lui.

- Étheric dit qu'on arrivera à Vadrec à la tombée de la nuit, soupira-t-il en ramenant ses genoux contre lui. Tu as hâte?

- Je ne sais pas, avoua le jeune homme en soupirant à son tour.

- Montre-moi tes mains.

- Pourquoi?

- Il y a quelque chose qui m'intrigue.

Il tendit donc ses mains au garçon qui défit soigneusement le bandage de la droite. Il observa longuement les symboles, les sourcils fronçés. Il était probablement en train d'essayer de reconnaître ceux qui y étaient représentés. Misha lui ayant expliqué la veille les bases de la règle, il était normal sans doute qu'il soit gagné par une certaine excitation. Il grimaça, car Syl lui tordait le poignet à force d'observer sa paume dans tous les sens.

- Tu cherches quoi au juste, jeune apprenti? demanda-t-il, amusé par son air concentré.

- La signification des signes! Je ne connais pas encore de sortilèges, de toute façon je ne crois pas avoir l'esprit d'un enchanteur, mais je ne pense pas que ce soit une séquence qui existe.

- Et pourquoi? répliqua Téoh, surpris par autant de sérieux.

- Regarde.

Il retraça de son index une partie du signe.

- Ça, c'est le commencement, qui dans ton cas représente le départ. Normalement l'autre partie devrait être la maison, qui représenterait l'accueil, mais à cause de ce trait elle ne correspond à aucun signe de la règle.

- Ce qui veut dire?

- Je n'en ai aucune idée, je remarque, c'est tout.

- Tu apprends vite, ne put s'empêcher de dire Téoh. Tu te rappelles de toute la règle par coeur?

- Ben oui, répliqua-t-il en haussant les épaules.

Le jeune homme jeta un coup d'oeil au bandage déposé à côté de lui, taché de sang. Il préférait, et de loin, cacher les symboles. Si en plus ils se mettaient à changer, ça deviendrait gênant si on le remarquait. Prétexter une blessure était le moyen le plus sûr et le plus simple de cacher ça. Cependant les vieilles bandes rougies le dégoûtaient un peu.

- Demande à Misha pour des bandages propres, dit Syl en désignant d'un geste vague l'intérieur de la roulotte.

Téoh haussa les sourcils, perplexe. Ne cherchant pas à savoir comment il avait fait pour deviner ce qu'il voulait, il laissa là le garçon qui vaquait à ses pensées. Misha était assise sur son lit, ses longs cheveux noirs un peu grisonnants retombant mollement sur ses épaules.

- Syl est bizarre…

Misha eut un genre de sourire moqueur et leva le regard vers le jeune homme.

- Tu dis ça pourquoi? demanda-t-elle.

- Ben… Il sait trop de choses pour un gamin de douze ans, voilà.

- C'est juste maintenant que tu le remarques?

Voyant l'expression d'incompréhension mêlée d'une certaine surprise et de perplexité de Téoh, elle se tassa un peu et l'invita à s'asseoir, ce qu'il fit, l'air toujours aussi perdu.

- C'est quelque chose qu'on a remarqué Étheric et moi l'année dernière. Syl a un esprit différent. Il a une capacité anormalement élevée de compréhension, ce qui fait qu'on peut lui apprendre beaucoup de choses et il saisit tout très vite. Il comprend même des choses avant qu'on ait le temps de les lui expliquer.

- C'est pour ça qu'il est capable de faire autant de trucs donc…

- Exactement. On était intrigué par cette faculté, continua la femme, alors on a fait quelques recherches auprès d'enchanteurs dans les villages qu'on traversait. Alors il se trouve que Syl est un conscient. C'est une sorte de personne qui est capable, inconsciemment, de se connecter au savoir collectif, tu comprends?

- Hum…pas vraiment.

- Ce n'est pas grave. Tout ce que tu as à savoir, c'est qu'il peut apprendre n'importe quoi grâce aux connaissances des autres. C'est un don plutôt rare. Présentement, il s'exerce à nous servir d'intermédiaire.

Téoh n'essayait même plus de faire de commentaires, il ne faisait qu'écouter ce que Misha lui disait et s'efforçait de comprendre. Lui, il n'était certainement pas un conscient à en juger par la sensation de débordement dans son cerveau.

- Il peut se connecter au savoir de quelqu'un en particulier, et ainsi on a une sorte de contact avec cette personne, mais il a encore beaucoup de mal. Tu voulais quelque chose?

Téoh acquiesça, songeant à l'utilité d'un tel talent. Puisque ça ne le concernait pas vraiment, il relégua ces nouvelles informations dans un creux de sa mémoire, ça lui reviendrait quand il en aurait besoin. S'il en avait besoin. Il confia donc son problème de bandages à Misha qui enroula peu après une autre bande autour de sa main.

* * *

La nuit arriva en même temps que les feux de Vadrec. Le petit groupe s'arrêta à l'extérieur de la ville. Les trois rebelles ne comptaient pas passer la nuit à l'intérieur même du village. En fait, ils voulaient continuer leur chemin encore un peu. Cette nouvelle déstabilisa quelque peu Téoh, qui avait espéré passer au moins une dernière soirée en leur compagnie. Or, leurs chemins se séparaient déjà.

Le jeune homme était un peu nerveux, il n'était pas encore bien loin de chez lui, mais il était tout de même un étranger à Vadrec. Il ne voulait pas les quitter. En deux jours il avait tissé des liens solides avec eux.

Étheric donna à Téoh l'adresse d'une bonne auberge pas trop chère où il pourrait se reposer un peu avant d'entreprendre le reste de son long voyage plutôt désespéré, aux dires de l'homme.

Il se firent leurs adieu à l'extérieur de la roulotte, sous le ciel toujours couvert qui avait au moins cessé de se déverser au grand complet sur le pauvre royaume de Kurtane. Syl remit au jeune homme un fin bracelet de cuir qui, pour changer, n'avait aucun pouvoir magique. C'était simplement pour qu'il se souvienne de lui. Touché, Téoh l'attacha à son poignet.

- Allez, on se reverra, lui assura Étheric en lui donnant une tape amicale dans le dos.

- Bonne chance… Si jamais tu avais besoin d'aide, nous serons toujours là pour toi…

- Faudra peut-être juste que tu nous trouves, ajouta Syl.

Alors ils se quittèrent et Téoh entreprit sa recherche de l'auberge. Quarante-cinq minutes plus tard il était installé dans une petite chambre chaleureuse. Il se laissa tomber sur son lit aux draps qui sentaient la fraîcheur du propre et s'endormit sans trop s'en rendre compte, trop épuisé pour même se glisser sous les couvertures.

* * *

Le jeune homme se fichait pas mal à présent de marcher sur la route. De toute façon, personne ne passait par là, et ceux qui passaient ne lui voulaient aucun mal. Et puis après quatre jours de marche dans cette forêt, plus grand chose ne lui importait. Quatre jours…il n'y avait que quatre jours que Téoh avait quitté Vadrec, le dernier village qu'il avait rencontré et qu'il rencontrerait pour un bon moment. Il avait pourtant l'impression que ça faisait des semaines! À croire que la solitude étirait le temps. Au moins le paysage était joli…

Dans toute sa vie, Téoh n'avait jamais vu autant d'arbres aussi grands. En fait, il avait rarement vu des arbres dans sa vie, et ceux qu'il avait aperçus ne dépassaient pas un mètre de haut. On lui avait souvent raconté que la forêt était un lieu terrifiant et que des bêtes monstrueuses surgissaient des coins sombres pour vous sauter à la figure. Téoh considérait toutes ces histoires exagérées, car la seule chose qui l'avait ouvertement attaqué depuis qu'il était entré dans cette forêt était une racine dans laquelle il s'était malencontreusement pris le pied. Il se sentait très bien au milieu de tous ces arbres, il se sentait même… accueilli.

Le jeune homme s'était arrêté en bordure du chemin, prenant une pause. Il s'était assis à même le sol, n'ayant rien trouvé qui puisse lui servir de banc, idée stupide à bien y penser. Avec sa cape sombre tirée sur lui et son capuchon rabattu juste en-dessous des yeux, il aurait presque pu avoir l'air d'un sorcier. Et pour une fois on aurait pu avoir peur de lui.

Il leva les yeux vers le ciel, qu'il était possible d'apercevoir lorsqu'on se trouvait sur le chemin, les bois n'y étant pas très épais. Le soleil qui perçait les nuages provoquait en lui un sentiment de bien-être. Soleil égalait pour lui nécessairement absence de pluie, en particulier lorsque le soleil se retrouvait seul dans le ciel. Les nuages gris pâle s'effilochaient et se déplaçaient à une vitesse folle, poussés par un vent inimaginable. Téoh espérait qu'en fin d'après-midi la couche grise qui persistait depuis trop longtemps serait enfin balayée du ciel. Pour l'instant son voeu ne semblait pas irréalisable.

Téoh était à l'affût de tout bruit suspect. Son oreille s'était vite habituée aux bruits de la forêt et plus le temps passait, mieux il différenciait les sons. C'est pourquoi le fracas de sabots martelant le sol ne lui passa pas du tout inaperçu, il aurait d'ailleurs fallu être sourd pour ne pas l'entendre. D'abord craintif, il avait voulu se précipiter dans les buissons afin de se cacher. Cependant il ignorait dans combien de temps les cavaliers arriveraient et ce geste trahirait peut-être sa présence plus qu'il ne l'aiderait. Aussi il se força à rester parfaitement immobile. À leur vitesse, les cavaliers ne le verraient peut-être même pas.

Il se décida à baisser la tête. Ainsi, s'ils le remarquaient, il ne distingueraient même pas les traits de son visage. Il ne serait qu'un voyageur parmi tant d'autres… Les chevaux se rapprochaient à toute vitesse. Son coeur battait de plus en plus vite. Et s'ils le voyaient quand même? Il devait se calmer. Il ne s'agissait pas nécessairement d'êtres hostiles au fond. N'importe qui pouvait voyager sur ces chemins.

Téoh ne put s'empêcher de lever le regard afin de voir qui passait dans ces coins reculés. Ce fut sans doute ce qui causa sa perte. Tout se déroula au ralenti. Il reconnut premièrement les armures bleu foncé des hommes de Sans Nom, puis il croisa le regard interrogatif de l'officier qui était en tête du groupe. Son sang se glaça. Il s'agissait du lieutenant Koo, l'homme qui avait pris sa famille en otage. Ils s'étaient souvent croisés au manoir du comte Lan. Pourvu qu'il ne le reconnaisse pas! Cet homme ne lui voulait certainement pas du bien. Comme si sa situation n'était pas assez délicate, les cavaliers passant à toute vitesse provoquèrent un coup de vent qui souleva momentanément le capuchon, laissant entrevoir une chevelure trop dorée…

Pourtant les hommes de l'Anonyme s'éloignaient. Téoh eut comme seule idée de prendre ses jambes à son cou, mais il fut trop lent à partir. Sans qu'il ne le remarque, les cavaliers avaient fait demi-tour. Certains dépassèrent Téoh et d'autres ralentirent derrière lui. En moins de trentes secondes, il avait été encerclé. Tendu, prêt à bondir, il regardait de tous les côtés à la fois. Ses yeux voletaient d'un soldat à l'autre, ne sachant où se poser. Six lances menaçantes étaient pointées vers lui, si bien qu'il n'osait plus faire un seul mouvement.

«Bravo Norie… je n'ai jamais vu un sort de protection fonctionner à ce point…»

Le lieutenant Koo profita de cet instant pour descendre de cheval. Il s'avança lentement vers le jeune homme effrayé, puis s'arrêta tout près de lui. Il devait bien faire une tête de plus que lui, ce qui avait pour seul effet d'augmenter chez Téoh la sensation d'être minuscule. Il s'efforça tout de même de garder un air fier. Le lieutenant rejeta le capuchon du jeune homme, découvrant ainsi toute sa chevelure et son visage renfrogné. L'homme eut un sourire malveillant qui fit frissonner Téoh.

- Téoh Évreniel?

- …

- Vous êtes en état d'arrestation.

- Je…je peux au moins savoir pourquoi? demanda-t-il en dévisageant le lieutenant qui s'éloignait.

- Fuite, dit-il sans même se retourner.

Le jeune homme roula les yeux, ce que personne ne remarqua, fort heureusement pour lui.

- Et je suis censé avoir fui quoi au juste? rétorqua-t-il, étonné par sa témérité si inhabituelle.

Koo fit volte-face et toisa le jeune homme d'un air hautement agacé. Il se rapprocha de lui, juste pour qu'il se sente plus petit et plus mal à l'aise. Téoh ne put s'empêcher de tressaillir d'effroi devant l'air tout sauf sympathique de l'homme. Il s'efforça tout de même de garder un visage impassible, comme pour le défier.

- Tu sais très bien ce que tu as fait: fuir la Falaise après que ta famille ait reçu ce qu'elle mérite, siffla-t-il avec une mine de profond dégoût.

- Et alors? Je n'ai pas le droit de découvrir le monde si j'en ai envie? cracha-t-il, piqué au vif.

- Je doute que ce soit la raison pour laquelle tu es parti. Maintenant tu vas te taire, je supporte mal les impertinents de ton espèce.

Le lieutenant se détourna une nouvelle fois, faisant un geste de la main à deux de ses hommes qui descendirent de cheval pour empoigner le jeune homme.

- Lieutenant Koo! hurla Téoh tandis qu'on lui enchaînait les poignets. Vous n'avez pas le droit!

- Pfff… Pas le droit? Tu es drôle, toi.

L'homme monta sur son cheval, n'accordant plus qu'un faible intérêt à son prisonnier. Téoh parvint à se dégager de la poigne des soldats et prit ses jambes à son cou dans une tentative désespérée. Le lieutenant n'eut aucune peine à le bloquer et le jeune homme se retrouva à nouveau cerné. Koo ne fut pas très impressionné par son attitude, il se moqua plutôt de lui.

- Ta situation n'est déjà pas enviable, ne l'empire donc pas en faisant quelque chose d'irraisonné, lui conseilla le lieutenant en le regardant droit dans les yeux. Vous, veillez à ce qu'il ne tente rien d'autre. On l'a trop cherché pour qu'il nous échappe.

- Quoi? Vous m'avez cherché? ne put s'empêcher de demander Téoh.

- Tu représentes un danger pour le royaume.

Téoh se sourit. Lui? Un danger? Il ignorait tout de ce qui se trouvait hors de la Grande Plongeante. Son apparence n'était nullement effrayante et il n'avait véritablement agi contre le roi qu'en compagnie d'Étheric, Syl et Misha. Il était tout de même flatté que le roi de Kurtane lui prête une telle importance. Seulement il se demandait bien quel sort on lui réservait.

- Où voulez-vous m'emmener?

- À Déléis, où tu attendras patiemment dans ta petite cellule que ton roi daigne te rendre une petite visite.

Téoh se figea, comprenant à quel point sa situation était peu brillante. Au moins, et c'était une bien maigre consolation, il n'aurait plus de mal à retrouver l'homme qui avait fait enlever sa famille. On l'y menait directement, peut-être un peu trop directement même. Il se vit confisquer tous ses biens. Ça lui fendit un peu le coeur de voir son sac entre les mains de ces hommes. La dague de maître Lan lui fut aussi enlevée. Elle ne lui aurait pas beaucoup servie…

On l'aida à se hisser derrière un des soldats où il était tout sauf confortable. Il s'agrippa du mieux qu'il le put et manqua de tomber plusieurs fois. Les hommes étaient loin de se douter qu'en l'emmenant ainsi ils lui donnaient un sérieux coup de main. Cependant un détail l'empêchait de se réjouir. Comment réussirait-il donc à s'enfuir?

Ils chevauchèrent toute la journée, ce qui ne remonta aucunement le moral déjà à plat de Téoh. Il avait mal partout et il ne pouvait pas se gratter les mains, qui lui démangeaient maintenant presque en permanence.

Ils s'arrêtèrent en soirée sur les terres d'un vieux fermier et exigèrent de lui qu'il les laisse s'installer là pour la nuit. Le pauvre homme, terrifié à l'idée des conséquences d'un refus, accepta, jetant un bref regard compatissant au jeune homme prisonnier. Ce dernier était à présent trop épuisé pour s'enfuir. Il ne s'était jamais douté que la capitale puisse être si loin de chez lui. Ça devait bien faire une semaine qu'il voyageait ainsi dans l'espoir de sauver Leïra. En plus il avait utilisé des moyens de transport plus rapides que ses pieds… Pas de chance, il était maintenant aussi prisonnier qu'elle.

Téoh s'endormit dans le coin où on l'avait laissé, faible et fatigué. Il n'avait rien mangé de ce qu'on lui avait offert car il n'avait pas faim du tout. Il n'était pas fâché qu'on le laisse un peu tranquille. Tout le monde avait bien vite compris qu'il n'essaierait pas de se sauver, trop épuisé pour tenter une fuite réussie. Il dormait donc d'un sommeil agité, comme à son habitude depuis qu'il avait quitté les trois rebelles.

* * *

Un cri déchirant arracha tout le monde de son sommeil. La tête emplie de mauvais rêves qu'il ne comprenait pas, Téoh s'était réveillé, hurlant de douleur. Il avait besoin d'air, d'un autre air. Étendu sur le dos, il tentait d'oublier cette sensation horrible. Ses mains…c'était encore ses mains. Cependant c'était encore pire que la dernière fois que ça lui était arrivé. Il y avait encore quelque chose qui changeait. Il le sentait à travers sa peau, ses muscles, et même ses os. Ça le transperçait.

- Mais faites-le taire! s'exaspéra le lieutenant Koo, cachant en fait une vague inquiétude face au malaise de son prisonnier.

Un jeune soldat accourut près de lui, le visage soucieux.

- Qu'est-ce qui se passe? demanda-t-il, ne distinguant pas bien le jeune homme dans la noirceur.

Téoh n'était pas du tout dans l'état de répondre. La douleur l'aveuglait. Il voulait juste que ça s'arrête. Il sentait quelque chose de liquide et de tiède le quitter pour rouler dans une lenteur infinie le long de ses bras. Il leva lentement ses mains vers le visage du soldat à peine plus âgé que lui.

- Aide-moi, je t'en supplie.

Le soldat eu un mouvement de recul devant ses paumes à nouveau rougies, mais resta là où il était. Alors il acquiesça rapidement et jeta un coup d'oeil aux alentours. Il réclama au fermier qui s'était mêlé à l'agitation de lui amener de l'eau et des bandes de tissu.

Téoh essayait d'observer le visage du soldat, mais sa vision se troublait. Le jeune homme qui avait décidé de prendre soin de lui le redressa lentement, posant une main rassurante sur son épaule.

- Calme-toi, Téoh Évreniel… C'est la seule chose que je peux faire pour toi… Retrouve ton calme… Ça va passer, n'y pense plus.

Le fermier lui ramena ce qu'il lui avait demandé en quelques minutes. Gardant les bandes les plus propres pour le bandage, le soldat plongea un gros chiffon dans un seau d'eau glaciale rempli jusqu'à la moitié puis le passa sur le visage de Téoh. Lorsqu'il le sentit calmé, il essaya d'éponger le sang qui avait imbibé les vieilles bandes. Téoh avait toujours aussi mal, mais les gestes de ce soldat le rassuraient. Ce dernier réussit à obtenir la permission de libérer les bras du jeune homme, qui de toute façon n'avait pas la force de se battre ou de s'enfuir, et il en fut extrêmement reconnaissant.

Mais la brûlure revint, encore plus distincte qu'auparavant. C'était comme un réseau de fins traits qu'il arrivait presque à ressentir tant il y avait de la précision dans la douleur. N'en pouvant plus, son esprit cherchait désespérément à fuir toute cette souffrance. Le jeune homme perdait lentement conscience, glissant sur le sol. Il y avait un changement. Le changement

Une luminosité dans l'air attira son attention, cependant il ne s'agissait pas d'une étoile. Téoh ne comprenait pas comment il arrivait à voir une telle chose. Il devait halluciner, c'était sûrement ça. Seulement la lumière prenait de l'ampleur et semblait bien réelle. Tandis qu'elle grandissait, le jeune homme put distinguer une sorte de dessin qu'il reconnut, bien qu'il ne l'ait en fait jamais même aperçu. Il s'agissait d'un long trait vertical croisé à angle droit par deux petites lignes dans le haut. Un autre trait horizontal commençait environ à la moitié et se prolongeait vers la gauche pour redescendre brusquement en une courbe vers le bas.

Le signe grossissait et grossissait, toujours plus lumineux. Pendant quelques secondes il brilla avec plus d'intensité et Téoh eut le réflexe de se couvrir les yeux, ce qui n'arrangea rien. Il le voyait toujours. Le signe disparut tout de suite après, mais le jeune homme le voyait encore. En même temps la douleur s'évanouit, laissant Téoh dans un état entre le rêve et la réalité. Il n'avait plus vraiment conscience de rien. Ses yeux fixés sur le vide ne distingaient rien, excepté le signe de feu qui emplissait tout son champ de vision, comme s'il avait été imprimé sur sa rétine à perpétuité.

* * *

Le jeune soldat regardait sans comprendre Téoh qui s'était calmé tout d'un coup. Il avait eu terriblement peur pour lui, surtout lorsqu'il s'était mis à parler de cette lumière…

- Que lui est-il arrivé à cet imbécile? demanda le lieutenant en s'approchant d'eux.

- Je n'en ai aucune idée… avoua-t-il, la voix éteinte.

De fines gouttes tièdes se mirent à tomber sur eux. Il recommençait encore à pleuvoir. Intrigué, le jeune soldat leva le regard vers le ciel.

- Qu'est-ce qui se passe? chuchota-t-il, le visage blême.

- Il pleut, vous n'avez jamais vu ça de la pluie? répliqua Koo avec une sorte d'impatience.

- Avec un ciel pareil, jamais lieutenant.

Koo leva à son tour le regard vers le ciel. Des centaines d'étoiles d'une blancheur immaculée y scintillaient et la lune commençait à monter. Pas un nuage n'était visible. Alors d'où venait la pluie? Téoh remarqua lui aussi ce fait étrange, malgré son état et sa vision qui ne s'était toujours pas améliorée. N'en pouvant plus, il sombra dans une sorte d'inconscience parsemée d'étranges images jusqu'au lendemain matin.

* * *

On réveilla Téoh très tôt le lendemain matin sans ménagement. Gémissant, il se leva du mieux qu'il le put. Il avala sans appétit un déjeuner frugal, la faim ne lui étant toujours pas revenue. Bien qu'il se soit atténué, le jeune homme voyait encore devant lui le signe qui lui était apparu la veille. Ce symbole lui évoquait tant de choses sans qu'il ne puisse réellement dire pourquoi. C'était tout un paquet d'impressions étranges qu'il ne savait décrire.

Encore une fois on l'aida à monter sur le cheval du soldat qui l'avait aidé. Il trouvait cette bête beaucoup trop imposante à son goût. Tendu, il se cramponna comme il le put au jeune soldat. Il se trouvait ridicule de ne pas être capable de monter seul. Si seulement il avait eu l'argent…

Le jeune soldat, qui se nommait Ayel, lui parla souvent. Il expliqua à Téoh qu'il était désolé pour ce qui lui arrivait, car il ne le voulait pas. Selon lui, le souverain de Kurtane prenait trop de libertés, mais il n'avait pas eu le choix de se soumettre.

- C'est un pur hasard si Koo a réussi à te trouver, hier, chuchota-t-il à toute vitesse, de peur d'être entendu. La route de Vadrec est le chemin le plus rapide de la Grande Plongeante à Déléis et le lieutenant devait rallier la capitale de toute urgence. T'as pas vraiment eu de chance en fait…

Le comportement d'Ayel réconfortait Téoh d'une certaine manière. Qu'il y ait des gens en désaccord avec le roi au sein même de son armée était plutôt encourageant. Ils n'étaient pas tous bêtes tout compte fait.

Il ne perçut pas très bien le temps passer, ayant tout le loisir, loisir étant un bien grand mot, de vaquer à ses préoccupations. Il se sentait étrangement calme, comme s'il avait enfin assimilé tout ce qui lui était arrivé. Il avait encore espoir que la chance revienne de son côté. Le sort qui le protégeait n'était pas si déficient. Ayel ne lui voulait pas de mal et c'était lui qui avait été désigné pour le surveiller. Quelque part au fond de lui, Téoh sentait que son arrestation était voulue. Ayel avait parlé de hasard, le jeune homme pensait plutôt qu'il s'agissait de destinée.

Cependant, Téoh eut un peu de mal à croire en sa bonne étoile lorsqu'il fut enfermé dans cette cellule trop sombre, sans espoir de s'échapper. Il voyait plutôt mal en fait comment il réussirait à sortir de là, et ce même s'il avait les sorts de protection les plus puissants de tout le pays en lui. Trop épuisé et désespéré pour même songer à ce qui jonchait le sol, il se coucha sur le dos et s'endormit une nouvelle fois.

Ben oui, c'est tout… alors je vous le rappelle, on ne me tue pas, on ne tue personne, et on a un arrangement. (c'est fou comme j'ai l'impression de parler dans le vide des fois… T_T)

Gadrièle