Une amie, une sœur

Je la vis pour la première fois dans un jardin Nous étions encore toutes deux des enfants, je n'avais que quatre ans et elle aussi. J'étais avec ma mère, elle avec son père. Nos parents ne se connaissaient pas ; s'ils avançaient vers nous, ce n'était donc pas pour parler. Mais elle trébucha en arrivant à notre niveau, et ma mère aida son père à la relever. C'est par un remerciement que leur conversation commença. Elle dura deux heures, durant lesquelles moi et celle qui n'était encore qu'un inconnue n'eurent rien d'autre à faire que jouer ensemble. Mais à cet âge, qu'importe de connaître ou non les gens ? Notre amitié naquit ce jour-là.

Après cela, nous les revîmes souvent, elle et son père. Il était divorcé, et ma mère veuve. Julie et moi étions trop jeunes pour reconnaître le lien qui se formait entre eux, bien trop jeunes pour le comprendre aussi. Nous ne nous rendions déjà qu'à peine compte des difficultés financières que subissaient nos deux familles. J'ai appris depuis que sa mère, bien que riche, refusait pour une raison que j'ai toujours ignoré, de leur apporter son aide, de même que je n'ai jamais su pourquoi on l'avait laissé à la garde de son père et non de sa mère, comme on le fait le plus souvent. J'ai renoncé à la questionner là-dessus depuis longtemps, depuis que j'ai vu sa peine dès qu'on aborde le sujet de sa mère.

Un jour où ils étaient en visite chez nous, son père, accompagné de ma mère, arriva bien plus tôt que d'habitude la rechercher. Nous n'avions pas encore une notion très prononcée du temps, mais nous remarquâmes néanmoins qu'il arrivait beaucoup trop tôt. Nous nous préparions toutes deux à pleurer d'être séparées si vite, mais ma mère empêcha toute larme en expliquant immédiatement qu'il ne s'agissait plus de nous séparer un jour, mais au contraire qu'ils n'auraient plus à partir de chez nous. J'appris plus tard que c'était dans l'espoir de se faire héberger avec sa fille une journée qu'il était venu, car les huissiers n'allaient pas tarder à l'expulser de chez lui. Mais ma mère, avec sa capacité de décision et de prise en main, avait proposé un arrangement plus définitif, qu'il n'avait été que trop heureux d'accepter.

Cela fait seize ans maintenant qu'elle est ma sœur, et je n'ai pas de meilleure amie qu'elle.

FIN

J'aimerais quelques reviews, si vous avez des commentaires…

Je développerai peut-être cette histoire un jour.