Auteur : Mimi Yuy

Email : mimimuffins@yahoo.fr 

Origine : Un de mes rêves pour ne pas changer.

Disclamer : Merci de respecter mon œuvre et mes personnages en ne les utilisant pas à vos propres fin ^_^  (pour une fois que c'est dans ce sens là ;p)

Genre : Shonen ai

Court et sans grand intérêt si ce n'est celui de me faire plaisir. Alors je ne m'en prive pas ^__^x

Sans-abri

Comme chaque soir depuis le début des chutes de température, le jeune homme tenta de trouver un banc à l'écart de la foule, un recoin dans cette gare sans cesse en activité qui lui permette de dormir quelques heures avant le levé du jour. Une tache si facile et si dure à la fois aux vues du nombre de sans-abri qui comme lui recherchaient un peu de chaleur dans ces lieux publics de grands passages.

Il avait finalement trouvé une place pas trop mal et s'y endormait malgré le brouhaha incessant de la foule quand une voix d'homme le sortie de sa somnolence.

- Gamin.

- hum ?

- Lève toi et suis moi.

Ouvrant avant tout les yeux, l'adolescent reconnu aussi vite l'insigne présent sur le blouson de l'inconnu. C'était le symbole d'une association d'aide aux sans abris.

- Qu'est-ce que vous me voulez ?

- Te venir en aide. Si tu acceptes de me suivre bien sur.

- …

- Tu n'as pas faim ?

Faim ? Quelle ironie, il n'avait pas mangé depuis plus de 36h et son dernier repas n'était qu'une soupe et un bout de pain gracieusement offert par une paroisse à la suite de la messe dominicale. Alors oui, il avait faim. Il sentait même depuis des heures cette douleur qui s'insinuait dans les moindres recoins de ses entrailles. Comme si de minuscules aiguilles s'enfonçaient sans cesse à l'intérieur de lui.

- Si.

- Alors viens.

Trop séduit par la seule idée qu'il pourrait enfin avaler quelque chose, le jeune homme suivit sans plus de difficultés cet inconnu. Il faisait froid dehors, l'hiver était à son apogée et lui ne portait qu'une simple veste en jeans sur une chemise de coton élimée. Alors ce fut avec joie qu'il monta dans la voiture chauffée de son bienfaiteur. En quelques minutes à peine, ils se rendirent dans l'un des centres sociaux de sa connaissance. Là, l'homme qui n'avait cessé de lui parler avec gentillesse et douceur lui demanda de se rendre avec lui dans son cabinet. A l'évidence, il s'agissait du nouveau médecin de cette association.

- Assis toi ici.

S'exécutant, le jeune homme fixa alors ses yeux sur les mains qui s'activaient devant lui. Il n'avait aucune envie de savoir pourquoi un homme jusqu'alors si gentil sortait à présent une aiguille de sa trousse de soin.

- Comment t'appelles-tu ?

- Je…Ewann

- Retire ta veste et ta chemise.

- Pourquoi ?

- Inutile de me regarder comme ça. Je ne vais pas t'empoisonner. Nous avons juste reçu le surplus de vaccins anti-grippaux de l'armée. Alors on en fait profiter les sans abris. Ce serait dommage de tomber malade quand on connaît les conditions dans lesquelles tu vis.

Plus que rassuré par cette remarque pleine de bon sens, Ewann retira ses vêtements sans plus aucune crainte. Sans compter qu'il faisait si chaud dans cette petite pièce. Nul doute qu'il aurait pu s'endormir sur la table d'auscultation si on l'y avait laissé plus de 5 minutes.

- Vous, vous appelez comment ?

- Patrick Mc-Cornick.

- Vous êtes médecin ?

- De formation oui. Mais je suis professeur aujourd'hui.

- Oh. Vous enseignez à de futurs médecins ?

- Exacte. J'ai un poste d'enseignant à la  faculté de médecine.

- Et vous donnez un peu de votre temps à des gens comme nous.

- hum. Attention

A peine avait-il prévenu le garçon que l'adulte avait déjà terminé sa piqûre.

- Ecoute, je suis sincèrement désolé mais je viens de voir sur le tableau d'affichage de l'entrée que les dortoirs étaient pleins. Je ne peux pas te laisser dormir ici pour cette nuit.

- Même dans cette pièce ?

- Il y a dans cette armoires bon nombre de narcotiques qui me l'interdise. Un contrôle et nous serions fermés pour non respect des règles en vigueur. Pardonne moi mais le risque n'en vaut pas la chandelle.

- Je comprends. Je vais repartir à la gare dans ce cas.

L'adolescent qui n'était qu'un gamin abandonné par tous se relevait déjà rhabillé quand le bénévole n'eut pas le courage de le laisser partir ainsi.

- Attend !

- Vous vouliez me donner à manger ?

- Non, enfin oui mais… Ecoute si tu acceptes, je pourrais t'emmener chez moi.

- je…je ne suis pas sur que ce soit une bonne idée.

- Ce ne serait que pour ce soir. Ne t'inquiètes pas. Dés demain nous te trouverons une place ici.

- Mais…

- Tu préfères vraiment la gare et tous ces types louchent qui y traînent ?

- Je…

Le jeune homme ne savait plus vraiment ce qu'il voulait. La seule pensée cohérente qui restait à son esprit était de savoir s'il pourrait manger. 

- je…

N'attendant pas plus sa réponse, le médecin lui reboutonna sa veste l'entraînant aussitôt après par la main vers la sortie.

- Ne sois pas bête, suis moi.

Entraîné un peu contre sa volonté, Ewann commençait à se sentir bizarre.

- J'ai la tête qui tourne.

- Sûrement une hypoglycémie. Il est trop tard pour avoir un dîner ici. Les cuisines sont fermées. Je te donne à manger dés notre arrivée chez moi.

C'est donc instable sur ses jambes et motivé par la seule idée de se nourrir très bientôt qu'Ewann suivit cet homme si généreux.

Arrivés dans une petite rue commerçante du centre de Londres, l'homme aida l'adolescent à marcher jusqu'à sa porte. Pour une raison étrange, le garçon ne semblait plus tenir sur ses jambes. Alors avec précaution, Patrick le soutint durant la montée des marches de l'escalier.

- Monsieur, votre ascenseur ?

- Il ne marche plus depuis des semaines, je suis désolé. Ca va aller ?

- Ma tête, j'ai mal, je…

Alors qu'il perdait totalement l'équilibre à la montée d'une énième marche, le professeur prit les choses en mains.

- Attend, on va faire autrement.

Comprenant que le gamin était la proie d'une étonnante et soudaine faiblesse, le médecin le porta sans plus de protocole dans ses bras. Quelques minutes plus tard et il le déposait au centre d'un grand lit. Sans plus de paroles ni d'attente, l'adulte aida alors l'enfant à se dévêtir. Cela n'aurait rien eu d'étrange si les mains froides ne se laissaient pas à aller à quelques errances sur la peau trop pâle.

- Qu'est-ce que vous faîtes ?

- Je t'aide à te mettre à l'aise.

- Non, ne me touchez pas.

- Ne fais pas l'idiot.

Totalement perdu dans un monde qui ne lui répondait plus, Ewann se sentit partir dans un monde flou, en proie à des vagues onduleuses. Une idée restait pourtant à son esprit. Ancrée comme la seule réponse à l'agression qu'il subissait soudainement.

- Vous m'aviez promis à manger.

- Après.

- Mais…

- Tu dois apprendre à payer avant de posséder jeune homme !

- Ne faites pas ca…

- Chut…

- Non……….

L'adulte jusqu'alors si gentil, lui ayant promis un peu d'aide, abusa alors du jeune homme en proie à un immobilisme total. Son corps ne lui répondait plus. Son esprit prenait conscience des actes mais son corps ne réagissait plus. Tout s'échappait de sa raison mise à part qu'ils le trahissaient tous !!! Cet homme au regard auparavant si bon, ce corps qui n'aurait du appartenir et répondre qu'à lui et tous les autres. Ceux d'avant, ceux qui avaient aussi obtenu sa confiance pour la lui briser. Tous. Tous l'avaient trahis.

*-*-*-*-*

Au petit matin, l'adolescent ouvrit ses yeux avant même de prendre conscience d'un poids sur son corps. Pour son plus grand dégoût, cet être répugnant qui était venu à sa rencontre avec tant de gentillesse, s'était endormi en reposant toute sa lourdeur sur son dos. C'est à peine s'il s'était retiré de lui.

Se détachant avec difficulté de cette prise, l'adolescent réussis malgré tout à se lever du lit et faire quelques pas. Sa tête lui donnait toujours cette sensation de tournis. Il avait envie de vomir sans n'avoir pourtant rien dans l'estomac. A moins que si. Il ne se souvenait même pas de ce qui c'était passé au cours de la nuit. Rien, juste un trou noir et cette certitude d'avoir le corps brisé !  Désespéré à l'idée que s'il ne réussissait pas à marcher seul, il ne pourrait pas fuir de cet appartement, l'adolescent trouva sur son chemin une salle de bain. Se sentant avant tout trop salle pour se rhabiller aussi vite, il tenta d'y entrer quand une main se posa douloureusement sur son épaule. Alors que des ongles s'enfonçaient dans sa chair, une puissante poussée le fit partir en arrière.

- Où est-ce que tu te crois ?

N'ayant absolument plus aucun équilibre, l'adolescent s'effondra dans le petit couloir. Quelques secondes plus tard, il recevait ses vêtements au visage.

- Je jour est levé, tu peux partir.

- je…

Il voyait flou et son environnement continuait de tourner. Impossible de se relever dans ses conditions. Pourtant, il prit conscience que l'homme était repartit sans attendre de réponse. Le bruit d'une cafetière lui informa même qu'il devait se trouver dans sa cuisine. N'ayant pas beaucoup de choix, ce fut avec des gestes lents qu'il réussit après maints essais à remettre son pantalon. Il n'avait pas retrouvé son slip. Tout comme il n'avait que sa chemise. Où était sa veste ? Il ne pouvait pas repartir sans elle en plein hiver.

Cherchant cette dernière des yeux, il s'apprêtait à ramper en direction de la chambre, seul lieu où il s'était trouvé depuis son arrivé dans l'appartement, quand il reçu un coup de pieds dans l'estomac.

- Tu n'espères tout de même pas retourner dans mon lit !

Un second coup de sur son dos et il sentit qu'on l'attrapait à présent par les cheveux pour le tirer en arrière.

- Arrêtez !

- Je t'ai demandé de sortir ! Si tu ne le fais pas de toi-même, ne me reproche pas de t'y aider !

Le médecin ouvrait sa porte pour en sortir ce déchet sans plus d'utilité qui l'encombrait quand ils firent face à une silhouette sombre.

- Monsieur ?

- Richard !

- Qu'est-ce que…

Surpris de voir son professeur et employeur devant lui avant même qu'il n'ait sonné. Mais plus encore par le corps d'un adolescent pas plus vieux que lui à ses pieds, Ritchie ne su comment réagir.

- Tu tombes bien Richard. Cet étudiant vient juste d'arriver. Comme tu peux le voir il est saoul ou drogué et ne cesse de m'importuner. Tu me rendrais service en le raccompagnant en dehors de l'immeuble.

- Je…oui. Si vous le souhaitez.

Apercevant enfin les bras encombrés de son assistant, venu comme chaque matin lui déposer courrier, croissants et notes rédiger au propre, le professeur s'en soucia quelque peu.

- Tu as fini de recopier le dossier du docteur Marechie ?

- Oui. Le voici.

Tendant la chemise cartonnée contenant disquette et copie papier du dossier en question, Ritchie en profita pour lui rendre par la même occasion quelques enveloppes et le sachet contenant son petit déjeuné.

- Merci Richard.

- Je…et pour lui…. ?

- Aide le à descendre, je t'en serais reconnaissant.

- Comme vous voudrez.

Richard aida alors l'inconnu ayant semble-t-il importuné le médecin à se redresser. Jusqu'alors silencieux, ce dernier osa à cet instant chuchoter quelque mots.

- Ma veste.

- Monsieur. Il n'a pas laissé de veste ou de sac chez vous ?

- Il n'en avait pas à son arrivée. Ce gamin divague totalement. Je ne sais vraiment pas pourquoi il est venu à ma porte à cette heure si matinale ! C'est l'un de mes nouveaux étudiants. Je réglerais donc cette affaire avec lui quand je le verrais dans de meilleures circonstances.

- Je…bien.

Ritchie faisait un pas pour s'éloigner, quand il comprit qu'il devrait soutenir en position debout le jeune homme décidément peu stable sur ses pieds. Quoiqu'il ait pris, cet ado avait été généreux dans les dosages.

- Je remonte tout de suite.

- Inutile. Je dois me presser de partir à la fac. On se reverra là bas.

- Comme vous voudrez.

Soutenant l'inconnu, l'étudiant en médecine et assistant de son professeur principal, descendit les marches une à une.

- L'ascenseur.

- Désolé vieux mais il est en panne depuis des semaines.

Arrivée finalement en bas de l'immeuble, Ritchie relâcha sa prise sur le jeune garçon, heureux de le voir de nouveau tenir debout. La température était froide ce matin encore. Pour preuve, le moindre parole provoquait de petits nuages à l'orée des lèvres. Alors voir ce jeune encore sous les effets de son tripe en petite chemise ne le rassurait pas beaucoup.

- Ca va aller ?

- hum

- T'es sur ? Tu ne veux pas que je te dépose quelque part ?

Surpris qu'on le lui propose, Ewann releva pour la première fois son visage pour voir celui qui semblait travailler pour son agresseur. Il était jeune. Sans doute le même age que lui. Très légèrement plus grand, ses cheveux étaient aussi un peu plus bruns que les siens. En fait, la seule chose qui les différenciait vraiment l'un de l'autre était ce travail. L'un avait de quoi survivre, l'autre non. Mais à quoi bon reprocher aux autres d'avoir ce qui vous manque.

- Ca ira merci.

Richard s'attendait plutôt à ce qu'il accepte sa proposition. En fait il s'attendait à tout sauf à voir le corps prit de tremblements incohérents s'effondrer devant lui sur le trottoir gelé.

- Et merde….

Ne pouvant décemment pas ne rien faire, le garçon prit le choix de recueillir cette âme égarée dans son studio situé à quelques pas. Appelé une ambulance ou la police n'aurait fait que mettre cet ado dans les problèmes avec une prise de sang qui ne devait pas être très légère. Et puis, s'il s'agissait d'un nouvel étudiant de sa faculté, il pouvait garder pour sa conscience d'agir avec lui comme un parrain.

Trouvant finalement cette solution comme évidente, ce fut sans grande difficulté qu'il souleva enfin le corps étonnement léger pour rentrer chez lui. Heureux de ne pas croiser sa logeuse à cette heure-ci, Ritchie ouvrit sa porte pour aller déposer sans plus attendre le jeune homme inconscient dans les draps encore défaits de son canapé lit. Le corps étendu était vraiment pâle et maigre. Encore un de ces jeunes étudiants victimes de la dépendance. Il suffisait qu'ils tentent de se destresser une seule fois de la mauvaise manière pour que la consommation de stupéfiant devienne une redoutable habitude.

Quelques heures plus tard alors que Richard révisait ses cours, l'inconnu ouvrit enfin ses yeux.

Comme un peu plus tôt, Ewann sentait qu'il était allongé sur un matelas. Un lit trop chaleureux pour être celui d'un centre d'accueil. Après la scène de cauchemar de son précédent réveil, le jeune homme venait à se demander s'il ne se trouvait pas dans une chambre d'hôpital. Quoique si c'était le cas, sentirait-il cette odeur si appétissante du café chaud accompagné de cette odeur des plus cruelles de la viennoiserie ? Une véritable torture qu'était cette odeur venue jusqu'à lui. Elle intensifiait cette souffrance au fin fond de son estomac. Seigneur, que pouvait-il faire pour que cela cesse enfin ?

- Réveillé ?

La surprise n'aurait pas été si grande, Ewann n'aurait pas sursauté aussi brutalement. Peut-être même n'aurait-il pas reculé jusqu'au mur en se recroquevillant sur lui-même.

- Doucement vieux. Je comprend que tu sois surpris mais faut pas stresser comme ça.

Stressé ? Non, il était juste paniqué. Où se trouvait-il cette fois-ci ?

- Où suis-je ?

- Chez moi. Je suis un étudiant comme toi. Je travaille pour le prof que tu dois pas mal connaître pour venir chez lui à moitié drogué.

- Je ne suis pas étudiant.

- C'est pourtant ce que m'a dit le docteur Mc-Cornick.

- Mc-Cornick ?

- Ton prof.

- Je ne suis pas étudiant.

- Ca tu me l'a déjà dit.

Voyant finalement les yeux paniqués chercher de tous cotés une voie de sortie, l'étudiant en médecine traduisit assez facilement ce comportement comme typique d'un stress post-traumatique.

- Calme toi.

- Je suis calme.

- Tu trembles beaucoup trop pour que je te croie. Tu nous fais une crise de manque ou quoi ?

- Je… je ne me drogue pas.

- Tes pupilles dilatées crient le contraire.

- Je….. ça doit être le vaccin.

- Vaccin ?

- Cet homme…..il m'a fait une piqûre avant… avant…

Les tremblements ne cessant pas le moins du monde, Ritchie s'assit enfin aux cotés de son jeune invité. Plaçant une petite couverture qu'il gardait au pied de son lit autour des épaules agitées, il voulu le réchauffer. Mais son geste d'approche fut nettement repoussé.

- Non.

- Soit pas si craintif voyons.

- Je…

- Ca va aller.

Sans gestes brusques, il entoura le corps agité de son bras pour passer une main se voulant rassurante sur son dos et y réaliser de petits mouvements circulaires.

- je…

- Attend un peu avant de parler.

- …

Ce ne fut qu'après quelques minutes de silence imposé que Ritchie reprit la parole.

- Ca va mieux ?

Signe négatif de la tête.

- Qu'est-ce que je peux faire pour toi ? Tu veux une aspirine ? Un antalgique ?

- Je…..j'ai faim.

Richard trouvait cette remarque étrange et un peu hors propos. D'un autre coté, s'il avait effectivement le ventre vide, les effets de l'alcool ou de la drogue auraient beaucoup plus de mal à s'atténuer. Cherchant quelque chose des yeux, il se décala finalement de quelques mètres pour saisir un paquet de pommes chips et le tendre au jeune garçon.

- Tiens.

- Vrai ?

- Oui, je suis généreux n'est-ce pas ? Aller manges-en, si tu penses que ça peut t'aider à faire passer ton mal de crâne.

L'adolescent n'en revenait pas. Enfin quelqu'un avait eu assez pitié de lui pour lui offrir de la nourriture. Trop affamé pour faire dans le détail, il ouvrit sans plus attendre le paquet pour en avaler le contenu avec un empressement incontrôlé. Il savait bien qu'il fallait prendre son temps qu'il s'agissait sûrement de son unique repas de la journée. Mais l'attente avait été si longue et si douloureuse qu'il n'en avait pas la force.

- Eh ben. On dirait que t'a pas mangé depuis 10 jours.

- Juste trois.

A peine avait-il répondu voué d'un réflexe irréfléchi qu'Ewann s'en voulu. Qu'est-ce qui lui avait prit de dire ça ? 

- Très drôle …..

Ritchie était sur que c'était une boutade. Du moins, jusqu'à ce qu'il croise le regard paniqué du garçon. Ce n'était pas possible. Il sortait d'une secte ou quoi ?

- Ce n'est pas une blague ?

Un léger, un imperceptible mouvement de la tête lui confirma que non. Alors par un réflexe, lui aussi conditionné, l'étudiant en médecine enleva le paquet des mains soudainement paniquées de l'affamé.

- Je suis désolé, je…

- C'est moi qui suis désolé de te faire ça. Mais si ce que tu me dis est vrai. Tu vas tomber malade à avaler un paquet entier de ce truc. C'est bien trop riche pour un estomac aussi vide.

- Ce n'est pas grave. Je parts tout de suite. Je ne vais pas te gêner plus longtemps mais par pitié laisse le moi.

- Requête refusée. Tu ne bouges pas d'ici et tu attends sagement encore 15 petites minutes.

- Mais….

- Pas de mais. …

Se relevant en direction de sa petite kitchenette, Ritchie y trouva un paquet de pain de mie. En sortant quelques tranches, il les tendit au jeune garçon.

- Prend ça en attendant. Je n'en ai pas pour longtemps.

Quelques dizaines de minutes plus tard et l'adolescent se vit offrir un plat qu'il n'avait jamais vu aussi copieux depuis des mois. On pouvait faire une vingtaine de portions avec son contenu.

- Spaghettis bolognaises. Rien de mieux pour avoir des sucres lents qui vous calent l'estomac. J'espère que tu vas aimer.

Sentant son invité hésiter à se servir, Ritchie l'y incita

- N'hésite pas. Sers-toi.

- Combien je peux en prendre ?

- Ne te limite pas. J'ai fait cuir le paquet.

Voyant le regard émerveillé du garçon, l'apprenti cuisinier ne pu que s'en attendrir. Si on lui avait dit un jour qu'il émanerait d'une personne tant de bonheur à la simple vue de son plat de pâtes. Déjà il attaquait sa première assiette servie copieusement avec un bon coup de fourchette.

- Vas-y doucement quand même. Pense à mâcher entre chaque bouchée.

Ritchie ne se serait jamais douté que ce soit possible. Non seulement son inconnu avait mangé le paquet en entier, mais il sauçait son assiette avec le tout dernier morceau de pain qu'il avait fini par lui donner.

- Tu te sens mieux ?

Bien que toujours aussi timide et recroquevillé sur lui-même, l'adolescent hocha positivement la tête. A l'évidence, ses tremblements et autres grimaces de douleur n'étaient dus qu'à une hypoglycémie aigue aggravée par les narcotiques consommés ajeun. Qu'est-ce qui lui avait pris de se priver ainsi ? Etait-il possible qu'il soit boulimique ?

- Dans ce cas dis moi maintenant ce que tu lui voulais au professeur Mc-Cornick.

A peine avait-il posé la question que le mystérieux jeune homme se tendait de nouveau.

- Rien.

- Pourquoi être aller chez lui alors ?

- Il m'avait proposé d'y dormir.

- Dormir chez lui ? Tu en es sûr ?

Hochement de tête.

- Quand te l'as t'il proposé ?

- Hier. Il n'y avait plus de place dans les dortoirs de l'association. J'ai refusé mais il insistait. Il disait qu'il me donnerait un dîner. J'étais trop mal pour me rendre compte de ce qu'il sous-entendait par cette invitation.

Toujours sceptique, Ritchie tenta de trouver où était la vérité dans les paroles du garçon.

- L'association où il travaille parfois ?

- Oui. Il m'avait trouvé à la gare centrale avant de m'y emmener.

- Alors c'est vrai ? Tu n'es pas un étudiant mais un sans abris ?

- Oui.

- Je vois. Finalement, il t'a proposé de t'héberger. Il a voulu t'aider et toi tu as tenté de fuir au matin avec son argent, c'est ça ?

- NON !!

- Pourquoi l'avoir suivit dans ce cas ?

- Je ne sais plus. Je n'étais pas bien. J'avais mal à la tête et si faim que je n'arrivais plus à réfléchir.

- Excuse moi, mais si tu es encore sous l'effet de ta drogue ce matin. Comment peux-tu être sûr de ne pas l'avoir agressé hier soir ?

Cette phrase, la mise en doute de sa parole, c'était trop. Ce n'était pas normal qu'il subisse un tel interrogatoire alors qu'il n'avait rien fait. Sans trop sentir la crise arriver, Ewann céda. Vaincu par la peur des souvenirs qui lui revenaient à l'esprit, la fatigue et cette sensation qui ne partait toujours pas et qui l'empêchait de mettre bout à bout deux idées cohérentes, il craqua nerveusement. C'était trop dur…trop injuste de tout lui reprocher !

- C'est faux !! Je n'ai rien fais !!! Je n'ai pas voulu. C'est lui….Il m'a forcé et…

Soudain inquiet mais conscient qu'il allait enfin comprendre, Ritchie découvrit instinctivement la chemise déjà entrouverte du garçon. Derrière les pans se trouvait un hématome. Encore pas totalement ressortie, cela indiquait que son origine était toute récente. C'étaient-ils donc battus juste avant son arrivée ? A moins que cette histoire de refus ne soit liée à quelque chose de plus grave. Beaucoup plus grave. …..

- Tu as eu des relations sexuelles avec lui.

La ce fut l'éclatement total du barrage.

- Je ne voulais pas. Il m'a forcé, mon corps ne répondait plus…

Le sentant paniquer de nouveau, Ritchie prit le garçon dans ses bras pour la calmer. D'abord réticent à sa présence, ce dernier fini par l'accepter. Tant et si bien qu'à force de larmes versées, il s'endormit dans ses bras.

Bien que cela l'étonne au plus haut point. Bien que ce médecin était jusqu'alors pour lui le model qu'il admirait, Richard ne pouvait pas ne pas ignorer ce qui venait de se passer. Ce gamin n'aurait jamais craqué aussi brutalement s'il avait accepté au préalable de vendre son corps. Tout comme, il n'aurait pas tant mangé et de manière si incontrôlable, si Mc-Cornick l'avait nourrit quelques heures plus tôt. Mais malgré tout, comment pouvait-il croire à l'incroyable ?

Ne pouvant rester sur ses doutes. Les accusations étant beaucoup trop importantes pour les ignorer, le jeune étudiant en médecine décida de découvrir le corps endormi. Il devait savoir. Alors avec beaucoup de précautions, il enleva chemise et pantalon pour découvrir un corps abusé et blessé. Comment pouvait-on agir ainsi ? Abuser de sa confiance, lui promettre chaleur et nourriture dans le seul but de le violer. C'était inhumain.

Doutant finalement aussi de cette histoire de drogue et d'alcool, Richard prit une trousse qu'il gardait dans sa salle de bain et effectua une prise de sang sur le sans-abri toujours endormi. Avec ce qu'il avait mangé et la fatigue du au stress, le garçon n'allait pas se réveiller avant longtemps. Cherchant finalement son appareil photo, Richard fit aussi les clichés malheureusement indispensables dans l'hypothèse d'une future plainte. Puis il préleva ce qui devait l'être et rangea le tout dans de petits sacs en plastiques transparent. Agissant avec soins et méthode, Richard ne pouvait s'enlever l'idée que finalement lui aussi violait l'intimité de ce garçon. Mais à choisir, il préférait le faire au plus vite et durant son sommeil. Il était à son sens, plus cruel encore de lui ajouter d'autres mauvais souvenirs en le forçant à se déplacer dans un hôpital austère où le personnel surchargé en perdait toute patience. Ne se connaissant pas avant leur rencontre au petit matin, aucun tribunal ne douterait de sa bonne fois le jour de l'authentification de ces preuves accablantes !

Ses photos réalisées, le jeune étudiant recouvrit consciencieusement le dormeur avant de sortir. Direction le laboratoire d'analyse sanguine et une boutique de développement photos.

Quelques courses supplémentaires plus tard et Ritchie s'apprêtait à remonter chez lui quand une voix le stoppa dans son élan.

- Richard !

- Monsieur Mc-Cornick ?

- Tu n'es pas venu en cours tout à l'heure.

- Des choses à faire.

- Grave ?

- Non un simple contre temps

Il tentait de s'engouffrer de nouveau dans son immeuble quand l'homme le retint par le bras.

- Attend ! Dis moi. Ce gamin venu m'importuner ce matin ?

- Oui ?

- Tu l'as emmené où finalement ?

- Nulle part. Je l'ai mis en dehors de votre immeuble avant de rentrer chez moi.

- Je vois. C'est très bien, je t'en remercie.

Regardant avec dégoût l'homme de toute évidence rassuré repartir vers son immeuble, Ritchie  ne doutait plus un seul instant des dires de son invité. Une courte lecture du bilan de l'analyse sanguine ne laissait même planer aucun doute sur ce qui s'était réellement passé. Inutile de préciser qu'il n'y avait aucune trace d'un vaccin quelconque dans le sang du garçon abusé.

Remontant enfin chez lui, Richard trouva de nouveau le corps blessé paisiblement endormi sous la chaleur de sa couette. Replaçant au mieux cette dernière, il ne pu ensuite s'empêcher de caresser avec douceur les cheveux mi-longs. Un geste bien inconscient qu'il aurait évité s'il avait su que cela réveillerait son bel inconnu.

Comme pour la première fois, ce dernier sursauta et s'éloigna de lui à sa vue.

- Chut ce n'est encore que moi.

- …

- Ca va mieux ?

Haussement d'épaules.

- Encore faim ?

De nouveau un manque de prise de position.

- N'hésite pas à le dire. J'ai été faire des courses.

Devant l'air intéressé que le jeune homme tentait de camoufler, Ritchie comprit qu'il n'avait finalement pas encore apaisé toute sa faim.

- Avant que je ne te nourrice de nouveau, je vais te demander quelque chose. Je serais heureux que tu acceptes.

Alors c'était ça. Lui aussi voulait obtenir une contre partie pour son aide ? Comprenant avec un peu de recul, qu'il ne devait pas valoir grand-chose d'autre pour que tout le monde se mette à le voir de cette manière, Ewann acquiesça. Vu la douceur que ce garçon avait eut jusqu'alors avec lui, peut-être serait-il aussi moins violent que cet adulte lui ayant menti depuis leur rencontre. N'ayant de toute façon aucune envie d'être battu pour un résultat qui ne changerait pas, ce fut donc avant même que son nouveau bienfaiteur ne le lui demande, qu'il posa ses lèvres de sa propre initiative sur celles étonnamment chaudes de son vis-à-vis.

Surpris, Ritchie ne repoussa, ni ne rendit le baiser qu'on lui offrait si soudainement. Il savait via ses cours de psychologique qu'il ne devait surtout pas le rejeter violement. Au contraire, une victime de sévices sexuelle pouvait parfois avoir des comportements inhabituels qu'il fallait gérer sans brutalité. Alors doucement, il posa ses mains sur les épaules tendues et nouées, avant de reculer très légèrement son visage.

- Pourquoi fais-tu cela ?

- Je paie la nourriture.

- Dans ce cas, c'est inutile. Je te la donne gratuitement.

- Mais tu as dis que…

- Je voulais juste connaître ton nom.

- Pourquoi ?

- C'est quand même plus simple pour se parler.

- Non, je…

Prenant soudain conscience qu'il n'était plus vêtu que d'un peignoir, Ewann donna l'air de mieux comprendre.

- Je vois, tu as déjà pris.

- Non !

Prenant en main le visage qui tentait de lui échapper mué par une honte sans fin, Ritchie le fixa dans les yeux.

- Non. Je n'ai rien pris. Je t'ai juste retiré les loques que tu portais comme vêtements.

Il était encore bien inutile de lui préciser que son pantalon recouvert de spermes avait été soigneusement rangé en attente d'analyse génétique. 

- Maintenant revenons en à nos présentations. Je suis heureux de te connaître Ewann. Moi c'est Richard mais mes amies m'appellent Ritchie.

- Richard.

- Décidément, tu as du mal à m'écouter.

- Mais…

- J'ai dis que pour toi ce serait Ritchie

Un clin d'œil pour confirmer qu'il souhaitait bien l'avoir pour ami et Richard se releva d'un bond.

- OK ! Ceci étant enfin fait, je te propose d'aller prendre une douche pendant que je prépare notre dîner.

- Dîner ?

- Tu as dormis toute la journée.

Encore déstabilisé par le fait que ce garçon ne l'ait pas encore renvoyé de chez lui, Ewann se laissa entraîner dans la salle de bain. Le studio était petit mais cette dernière contenait malgré tout, une baignoire.

- Tu peux prendre tout ton temps. D'accord ?

A cet instant, Ewann sentit qu'il pouvait enfin se laisser aller. Ce jeune homme à peine plus âgé que lui était si gentil que cela le déconcertait. Ne réussissant pas, malgré toute sa volonté, à les en empêcher, ses larmes coulèrent alors sans qu'il n'en prenne réellement conscience.

Ritchie ne s'était pas préparé à une telle réaction. Sachant pourtant quelle devait être la raison de ce surplus d'émotion, il fit s'asseoir Ewann sur le rebord de la baignoire alors qu'il ouvrait en grand les robinets pour la remplir d'eau chaude et savonneuse.

- Chut, ça va aller. On ne se connaît pas encore très bien mais tu peux me faire confiance. Je me doute que beaucoup d'autres avant moi ont eu ce discours. Mais je suis honnête. Je vais t'aider.

- Je suis désolé. Je ne sais pas ce qui me prend.

- Faut pas t'excuser. Laisse toi aller. Ca fait du bien de laisser évacuer la pression parfois.

La baignoire finalement pleine, il le laissa enfin seul, non sans avoir oublié d'essuyer les larmes séchées avec l'un de ses sourires taquins.

- A tout de suite.

Une heure plus tard, la petite porte blanche s'ouvrait de nouveau sur un ado aux trais redécouverts. La crasse disparue, Ritchie pouvait enfin voir le visage pâle aux formes arrondies. L'anémie était flagrante quand on le voyait ainsi habillé avec son peignoir blanc. Mais cela ce résoudrait avec le temps et des repas réguliers et équilibrés.

- Vas t'asseoir sur le lit. J'arrive.

N'osant pas s'opposer à la demande, Ewann s'avança un peu plus dans la pièce pour apercevoir que les draps avaient été changés et le lit refait. De toute évidence, cela était le signe de son très prochain départ. Aucune surprise à cela. Bien au contraire. Ce garçon n'avait déjà été que trop généreux avec lui.

- Tiens.

Sortant de ses pensées, Ewann vit qu'on lui tendait une assiette plus que copieuse.

- Poulet rôti ça te plaît ? Je me suis dis qu'un peu de viande et de légumes te ferait du bien. Pour demain midi, j'ai déjà prévu des steaks. Rien de mieux que la viande rouge pour requinquer un homme.

- Demain ?

- Je ne te force pas à rester bien sur. Mais si tu le souhaites, je serais heureux de t'accueillir encore un peu.

Resté aurait été merveilleux. La chaleur présente dans cette pièce, la perspective de manger à sa faim deux fois par jour et pas un jour sur deux était même un rêve. Mais ce comportement était trop étrange pour qu'il accepte plus longuement cette hospitalité.

- Je ne peux pas.

- Pourquoi ?

- Je ne comprends pas ce que tu attends de moi.

- Je n'attends rien.

- Ce n'est pas normal.

- Ne cherche pas la normalité. Mange.

N'étant pas si pressé de s'enfuir comme l'être apeuré qu'il restait malgré les regards doux et ces paroles gentilles qu'on lui disait, Ewann prit finalement l'assiette. Après tout, il pouvait toujours partir après le dîner. Alors qu'il prenait un morceau dans ses mains pour y mordre à pleines dents, Ewann sentit le lit s'affaisser. S'asseyant à ses cotés à la tête du lit, Ritchie venait d'allumer la télévision avant de prendre couteau et fourchettes pour manger lui aussi avec un appétit des plus évidents.

Un peu gêné de s'être comporté jusqu'alors aussi mal, Ewann se lécha les doigts avant d'agir de même. Adossé au mur placé derrière le canapé lit, il tenta de manger convenablement.

- Ca te plaît ?

- Bien sûr.

- Prend ça aussi.

Attrapant la canette de soda tendue, Ewann en but aussitôt quelques gorgés. C'était si bon. Ce léger goût pétillant, cette saveur sucrée qu'il ne consommait qu'en de si rares occasions.

- Merci

Un sourire en guise de réponse et Richard détourna son regard pour faire de nouveau face à la télé.

Finalement ce fut avec une étonnante facilité qu'Ewann suivit lui aussi le film. Une de ces comédies romantiques anglaises qui lui avait fait oublier l'espace de deux heures, tous ses ennuis. Ses yeux tombaient de fatigue quand son hôte éteignit le poste.

- Extinction des feux. Je suis naze.

- …

- Ca ne te dérange pas si l'on partage le lit ?

- Je vais partir.

- Demain si ça te chante parce que là on dort.

Sans lui laisser le choix, Ritchie éteignit la lumière avant de s'engouffrer sous les draps frais. Ne sachant pas quoi faire, Ewann s'allongea lui aussi mais au dessus de la couette épaisse.

- Et fais moi le plaisir de venir au chaud.

N'osant pas le contrarier, ce fut sans attendre qu'il se glissa à son tour sous la couette. Alors commença la redoutable attente. Celle qui se terminerait avec l'arrivée de mains sur son corps. L'autre avait bien agit ainsi. Pourquoi, ce Richard n'en ferait-il pas de même ? Malgré toutes ses craintes ce ne fut qu'à la suite de quelques minutes qu'il s'endormit définitivement.

Dans la pénombre, Ritchie se retourna pour constater que son invité était enfin endormi. Satisfait, il ferma à son tour les yeux pour un repos bien mérité.

*-*-*-*-*

Au matin, ce fut avec un corps profondément endormi et blotti contre lui que l'étudiant en médecine s'éveilla. Se détachant du jeune homme avant qu'il ne se réveille pour que cette situation ne le traumatise pas un peu plus, il eut alors la surprise de le voir dormir jusqu'à l'heure du déjeuner.

Il était dans la cuisine à cuir la viande quand Ritchie aperçu avec amusement les narines bouger légèrement, vite suivis par un soulèvement de paupières. Combien de nuits difficiles étaient donc à l'origine de cette si grande fatigue ? Ne voulant pas tomber dans le mélodramatique, ce fut d'une boutade qu'il signala sa présence dans l'appartement.

- A croire que tu ne sais que dormir et manger.

Le visage empourpré par la gêne, Ewann était absolument adorable.

- Pardon, j'avais dis que je partais hier soir et je suis encore là …je ne vais pas te déranger plus longtemps.

- Trop tard. Maintenant que c'est cuit, tu n'as pas le choix. La politesse veut que tu m'aides à manger tout ça. Ce serait trop ridicule de jeter une aussi bonne nourriture, pas vraie ?

Devant les deux steaks cuits à point accompagnés de pommes de terres sautées, l'adolescent ne pu effectivement y résister.

- Si

- Alors s'est entendu.

Il ne fallu de nouveau pas longtemps pour que les quantités plus que copieuses soient avalées avec appétit.

Le ventre bien calé, enfin reposé et définitivement débarrassé des effets pervers de la drogue, Ewann prit enfin conscience de ce qu'il venait de vivre depuis ces deux derniers jours.

- Je te remercie

- Ce n'est rien.

- Je … j'ignore pourquoi j'étais à ce point dans les vapes depuis notre rencontre.

- Moi j'ai ma petite idée.

- Le vaccin ?

- Aucun vaccin, j'en ai peur. On t'a drogué avec une molécule assez réputée connue sous le nom de « pilule du violeur ». Vu la dose qu'on t'a injecté directement dans le sang, c'est déjà un miracle que tu n'es pas eu d'overdose.

- Alors c'est tout. Ce type n'est venu à moi depuis le départ que dans le but de prendre du bon temps en me possédant ?

- Je suis désolé.

- Pourquoi ? Tu n'as rien fait. Et puis, finalement, il n'a peut-être pas si tort. Nous ne sommes sûrement plus bon qu'à ça.

- Ne dis pas ce genre de chose.

- Pourquoi ? Puisque c'est vra…

- Chut …. Je ne veux pas entendre ce genre de mots.

Coupé dans sa phrase, ce fut après quelques minutes de silence qu'Ewann reprit finalement la parole.

- Tu travailles pour lui ?

- Jusqu'à aujourd'hui, oui.

- Jusqu'à ?

- Je ne suis pas passé le voir ce matin. Je crains que cela ne fasse pencher la balance du coté du renvoi.

- C'est dommage. Il devait bien te rémunérer pour pouvoir payer ce studio.

- Détrompe toi. Cet appart appartient à mes parents. Je ne paie pas de loyer. C'était juste un petit boulot comme un autre.

- Oh.

- Et oui, t'as devant toi un fils à papa pourri gâté qui deviendra médecin comme tous les hommes de sa famille.

- Et mes vêtements ?

- Quoi ?

- Je peux les reprendre ? C'est tout ce que j'ai alors si je veux repartir.

- Abandonne toute idée de les récupérer. Je vais te prêter de quoi t'habiller. On a la même taille. Les pantalons seront un peu larges mais avec une ceinture ça devrait passer.

- Ce n'est pas la peine. Je pourrais trouver de nouveaux vêtements à la croix rouge, je veux juste…

- Inutile de discuter. Tiens.

Ouvrant ses tiroirs de commode, Ritchie lui donna un change complet. Alors seulement Ewann partit dans la salle de bain pour se changer.

L'attente étant un peu longue, Richard finit par passer sa tête à travers la porte…..

- Ca va ?

… pour le surprendre à s'observer avec attention face au miroir. Il semblait surpris de voir son reflet. Depuis combien de temps errait-il dans les rues de la capitale pour en avoir oublié son visage ?

- Qu'est-ce que tu as ?

- Mes cheveux.

- Oui ?

- Ils sont longs.

Soulagé que cela ne soit que ça. Richard s'avança pour ouvrir un tiroir.

- Tu veux les couper ?

- Couper ?

Un coup de ciseau dans le vide et il lui sourit à grandes dents.

- Je suis doué. Si tu me fais suffisamment confiance, je te les coupe.

- Je…

Confiance ? Combien de fois avait-il donné sa confiance pour se retrouvé bafoué, mis à la rue, frappé et finalement violé. Pourtant dans les yeux qu'il voyait au travers leurs reflets dans le miroir, il y avait une sensation de joie et de tendresse qui ne semblait pas feinte. Et puis, il ne l'avait pas touché de la nuit. Sans compter qu'il lui avait donné à manger, l'avait permis de se laver. S'il ne pouvait pas faire confiance à cet étudiant si généreux avec lui, il ne le ferait plus jamais et pour personne.

Finalement décidé ce fut pour la première fois qu'Ewann sourit à son bienfaiteur.

A cet instant, le cœur de Richard en aurait raté un battement. Il était magnifique. Quel sacrilège d'avoir jusqu'alors du priver ce visage de cette si belle expression.

- Je suis d'accord.

- Alors, c'est parti !

Une heure plus tard et un bon milliard de mèches par terre, Ewann découvrait son nouveau visage en glissant ses mains dans les petites mèches devenues très courtes. Rien de pire pour donner la sensation au coiffeur amateur qu'il avait raté sa coupe.

- Satisfait ?

- C'est magnifique. Tu as beaucoup de talents.

- N'exagérons rien. J'avais surtout un beau model.

Réalisant ce qu'il venait de dire une fraction de seconde trop tard, Ritchie tenta de s'occuper les mains et l'esprit en prenant son balais. Rougissant, Ewann lui, se laissa aller à en rire.

- C'est agréable de te voir ainsi.

- Merci

Définitivement apaisé de toute crainte, Ewann recula de quelques pas pour s'asseoir sur le lavabo le temps que son ami passe le balais dans la petite pièce.

Il redescendait sur ses pieds quand il aperçu ses affaires dans des sacs en plastique rangés au dessus de la petite armoire blanche contenant les serviettes et autre savons.

- Qu'est-ce que…. ?

Sachant pertinemment qu'il ne pourrait pas y échapper, Ritchie se décida alors à tout lui expliquer.

- Loin de moi l'envie de casser l'ambiance mais nous devons parler.

- Pourquoi les avoirs ranger ainsi ?

- Pour préserver les preuves.

- les preuves ?

- De ton viol Ewann.

N'ayant aucune envie d'en entendre parler, le garçon sortit très vite de la petite pièce. Le suivant aussitôt, Ritchie l'empêcha juste à temps de fuir par la porte de l'appartement.

- Ne t'enfuis pas.

- Qu'est-ce que tu attends de moi ?

- Rien. Je te l'ai déjà dit. Simplement si tu souhaitais porter plainte contre l'homme qui t'a blessé de cette manière, tu auras toutes les preuves nécessaires.

- A quoi bon ? Qui me croirait ?

- Je t'ai cru moi.

- Mais …

Devant le regard patient qui lui faisait face, le regard disant qu'il serait prêt à le contredire quelque allait être sa réponse, Ewann se laissa tomber à terre.

- Pourquoi je ferais ça ?

- Pour qu'il ne s'en prenne pas à un autre comme toi ?

- Je n'ai pas d'argent pour le poursuivre.

- Tu n'en as pas besoin. L'état met à disposition des avocats pour les plaignants victime d'un crime.

- Je n'ai aucune chance.

- Bien au contraire. La loi est avec toi.

- Mais c'est un médecin !!

- Et toi un adolescent qui lui faisait confiance. Tu ne dois pas accepter son geste sous prétexte qu'il est riche et toi non !

Les larmes de paniques apparaissant dans les yeux apeurés du jeune homme, Ritchie s'assit à ses cotés pour le prendre dans ses bras.

- Je vais t'aider.

- Pourquoi ?

- Honnêtement ?

Soulevant son visage pour le voir enfin lui répondre, Ewann confirma qu'il voulait effectivement qu'il soit honnête.

- Et bien je n'en ai pas la moindre idée. A moins que ce ne soit qu'une vieille habitude de recueillir les chats égarés qui viennent à moi.

Essuyant par automatisme les larmes coulant le long des joues si fines et délicates, Ritchie eut envie d'y poser ses lèvres. Une envie folle qu'il réprima au plus profond de son être. Si Ewann acceptait qu'il se tienne aussi proche de lui alors qu'il n'avait fait connaissance que la veille, aller un peu plus loin ne ferait que lui confirmer l'idée qu'il ne l'aidait que pour son corps. Frustré de ne pouvoir exprimer cette petite graine de sentiments qui commençait à germer au fond de lui, Ritchie fut finalement récompensé.

N'ayant ni envie, ni courage de réagir oralement à la réponse incertaine qu'on venait de lui faire, Ewann reposa de lui-même son visage contre le torse de celui qui prenait le chemin de son ange gardien.

Ainsi apaisés par la simple présence de l'autre, les deux adolescents restèrent assis sur la moquette épaisse du petit studio de très longues minutes. Juste le temps pour eux de reprendre leurs marques.

*-*-*-*-*

Cela fait cinq ans que cette histoire a eu lieu. Cinq ans que Richard m'a aidé à porter plainte contre son ancien professeur et employeur.

Les premiers temps du procès furent difficiles. La proximité des deux appartements m'empêchait de sortir seul sans risquer de croiser mon agresseur. Mais cela n'avait pas d'importance. Aussi petit soit le studio de mon logeur inespéré, je n'avais qu'un désir. Y rester. Rester dans la sécurité de ce lieu si chaleureux. Après tout, j'avais suffisamment vécu dehors pour ne plus souhaitez y retourner avant un laps de temps nécessaire pour me reconstruire.

Six mois plus tard et le jugement était sans appel. Démit de ses fonctions, l'homme avait aussi obtenue une peine de prison. D'autres jeunes sans-abri comme moi avaient profité de ce procès pour briser la loi du silence. Depuis lors, malgré les faits définitivement terminés, Richard ne m'a jamais mis en dehors de son appartement. Ce dernier a pourtant changé à deux reprises. Mais à chaque fois, je fis parti des meubles déménagés.

Du statut d'invité, je suis passé à celui de colocataire et puis un soir d'été nous n'avons plus eu besoin que d'une seule chambre.

A présent, je travaille dans une association d'aide aux sans-abri. Nous voyons passé chaque jours des jeunes qui ne savent plus où aller et quoi faire pour s'en sortir. Richard lui a obtenu son diplôme de médecin. Il nous aide deux soirs par semaine. Ce garçon au charme fou et à la gentillesse inégalable ne m'a donc jamais trahis. Non, il m'a même redonné confiance en mon prochain. J'ai retrouvé l'envie et le besoin d'avoir des amis. Pour le reste, disons que c'est avec joie que chaque soir, comme à présent, je me blottis contre son corps à la recherche de cette chaleur teintée d'amour que lui seul a su m'offrir.

Fin

Ecris du 29 au 30/12/2003

Cours, sans originalité mais comme d'hab issue d'un rêve. ^^ (nan, suis pas obsédée jour et nuit par mes bishonens ^_^ ). Disons qu'on peut au moins en tirer une courte morale en cette période de fêtes ^_^ . Si les gens ne sont pas forcement aussi bons qu'ils le montrent, cela ne veut pas dire qu'il faut perdre tout espoir en son prochain. Il y a de tout dans les hommes du pire comme du meilleur ^__~

J'espère que ça vous aura pas donné l'impression d'avoir perdu de votre temps ^_^

@ Bientôt

mimi yuy