Que dire ? Qu'il y a des fautes parce que j'ai eu la paresse de relire ? Sûrement, oui ! (en tout cas, je suis persuadée que Word change des mots tout seul !) A part ça, je pense que ce sera le dernier chapitre de Comme un Jour d'Hiver. J'ai encore trop de fics en cours pour pouvoir continuer celle-ci, même si je sens bien qu'un jour je vais en rajouter un lol
En tout cas, merci à tous de m'avoir suivie sur cette histoire ! Ce dernier chapitre est beaucoup moins abouti que ce que à quoi je pensais au départ, mais il finit l'histoire comme je le voulais, en gros.

-11-

Etait-ce un adieu ou allait-il me revenir ? Quelques instants après son départ, on frappa à la porte. C'était Stefan. Il tenta de m'expliquer certaines choses, mais je ne comprenais pas, en réalité, je ne voulais rien entendre. Assis dans le salon, je fixai l'horloge murale de la cuisine sans pour autant regarder l'heure. Puis je me rendis compte que nous n'étions pas au milieu de la nuit mais très tôt le matin.
- C'est Loïc qui l'accompagne à la gare, alors je reste avec toi.
- Tu n'es pas obligé de rester, je peux me débrouiller tout seul. Et puis je n'ai pas besoin de pitié.
J'étais révolté. Alex serait-il parti sans me dire au revoir si je ne m'étais pas réveillé ?
- Demain c'est Noël, viens à la maison, on se fera une petite soirée, me dit Stefan en posant une main sur mon épaule.
- Je n'ai pas besoin de ta sollicitude. Je vais bien.
- Demi, je te connais bien. Tu vas faire celui qui accuse le coup mais tu finiras par t'effondrer. Ne crois pas, je t'en veux encore de ne pas m'avoir demandé de l'aide alors que tu n'allais pas bien. Mais les amis, ce n'est pas que pour les bons moments, et ce n'est pas non plus fait pour vous tourner le dos quand tout va mal. Je serai là quoi que tu en dises. Pendant que tu étais à l'hôpital, j'ai passé beaucoup de temps à discuter avec Alex. Tu lui as fait beaucoup de mal. Mais attention, ce n'est pas un reproche que je te fais, juste que... tu sais, y'avait sûrement au autre moyen que de lui faire vivre tout ça.
- On dirait que tu ne sais pas ce que ça fait quand tout va mal à l'intérieur, que tu sens comme quelque chose te ronger, juste là, et chaque jour ronger un peu plus, et un peu plus. Si je vais voir le psy, ce n'est pas pour m'amuser. J'ai des faiblesses, je le sais, et pour ne plus les subir et en souffrir, je consulte.
- Mais avant que tout n'éclate, tu aurais dû en parler.
- Pourquoi Alex et toi vous ne comprenez pas ?! Vous tenez le même discours, mais vous rendez-vous compte de ce que ça fait ? J'aime Alex, à en crever, je l'aimerai sûrement toute ma vie, alors évidemment que j'ai tout fait pour lui parler de mes malaises ! Je me suis confié à lui quand ça n'allait pas, la moindre baisse de moral, il me connaît mieux que personne. Pourquoi ne voulez-vous pas m'écouter quand je vous dis que je n'ai pas vu tout ça venir ? Vous pensez que je me suis laissé entraîner volontairement dans tout ça ? Que je vous ai caché ce qui n'allait pas ? Quand je vous dis que ça m'est tombé dessus d'un coup quasiment du jour au lendemain, ce n'est pas pour m'amuser. Pourquoi vous ne pouvez pas comprendre ça ? Je ne veux pas mourir, je veux juste avoir une vie tranquille, paisible, avec celui que j'aime, mes amis, mon boulot qui me plaît !
La situation m'exaspérait. A croire que tous s'étaient concertés pour penser la même chose, quelque chose qui était bien loin de la vérité. Le jour peinait à se lever. J'augmentai la température des chauffages et passai à la cuisine.
- Je déteste l'hiver, soupirai-je. Tout va toujours mal en hiver et le destin semble s'acharner, comme si mes fins d'année ne pouvaient être totalement heureuses. Toi aussi, Stef, le destin semble s'acharner, tu souffres autant que moi. J'en suis même venu à penser que tout est de ma faute. Si je ne t'avais pas présenté Loïc, jamais tu n'aurais souffert comme l'an dernier.
- Non, là je t'arrête, Demi. Je n'ai pas été aussi heureux depuis longtemps, et tu connais ma vie. Loïc m'apporte ce qu'aucun autre n'a su me donner. Oui, on a souffert, et on souffre encore, mais franchement Demi, jamais je n'ai été aussi heureux. La souffrance ça fait partie de la vie, même si on estime qu'on ne mérite pas tout ce qui nous arrive. Regarde-toi et honnêtement, dis-moi que tu n'es pas heureux. Alex est à tes pieds, au moindre coup de blues, il est à ton écoute, il te conseille, il a toujours les mots justes, et tout ça, c'est toi-même qui me l'as dit. Je peux comprendre ce qu'il t'est arrivé, je peux comprendre qu'il y a des moments dans une vie où tout va mal, ça m'est arrivé aussi, tu le sais. Mais il faut aussi que tu comprennes que tout le monde n'est pas dans ta tête. Alex est très proche de toi mais il y a aussi des choses qu'il ne comprend pas venant de toi.
Je fus forcé d'admettre qu'il avait raison. Après toutes les souffrances que j'avais endurées, après toutes ces larmes, la seule lumière aveugle qui m'avait guidé avait été Alex. Il m'aimait sans conditions, avec tous mes défauts. Je pensais être devenu plus fort, adulte, après son agression, mais je retombais trop facilement dans une attitude puérile. Une fois de plus, j'avais causé du tort à mon entourage. Mais mon ego m'interdisait de l'avouer. Même si quelque part, je n'étais pas totalement en tort. Cette crise, cette dépression, cette envie de s'effacer, je ne l'avais pas sentie venir. Ce problème avec ma famille n'avait pas été réglé, je n'avais pas été honnête avec moi-même, il y avait bel et bien un trou béant dans mon coeur, juste sous la case Famille.
Après avoir pris le petit déjeuner avec Stefan, Loïc nous rejoignit. Non, je n'allais pas passer Noël seul dans la dépression, je n'allais pas me laisser emporter par la vague noire, je n'allais pas me lamenter sur mon sort. Le départ d'Alex me vit l'effet d'un électrochoc. Je devais me remettre en question. Le psychologue m'était d'une aide précieuse, avec lui j'apprenais à regarder en moi de manière différente. J'apprenais enfin à bien m'interpréter. Je décidai d'écrire à mes parents, tout leur raconter. Je savais que Stefan n'avait pas averti mes parents, ils n'avaient pas eu de mes nouvelles depuis plus d'un an, mais ne cherchaient pas à en prendre non plus. Peu importe, ils allaient en avoir. Je me souviens avoir passé une journée entière sur celle lettre, à tout mettre, tout ce qu'il s'était passé depuis que j'avais eu mon bac, depuis que je vivais avec Alex, depuis que je travaillais au bar. La lettre faisait six pages, recto verso. Et malgré tout ce qu'il s'était passé, je n'arrivais même pas à les détester. Sauf mon père. Mon frère me manquait, il avait dû grandir. Se souvenait-il des moments que lui et moi avions passés ensemble, toutes ces bêtises, ces moments de joie où nous riions des heures entières ?
Noël et le jour de l'an passèrent. Je n'avais pas appelé Alex une seule fois, mais je savais que lui prenais de mes nouvelles auprès de Stefan. Etrangement, j'allais bien. Cette période de pause, ce moment comme suspendu dans le temps avait été plus riche que je ne l'avais pensé. J'avais pris le temps d'apprendre plus de choses sur moi. La neige nous graciait de sa présence, et lorsque je ne travaillais pas, il n'était pas rare de me voir assis derrière une fenêtre à regarder dehors. Le vide. Tout. La vie. Les gens qui passent, les enfants qui courent, les voitures pressées, le soleil voilé, la lune discrète, les nuages légers, le vent capricieux. Le temps qui passe. Je réalisai soudainement que ma vie était comme un jour d'hiver. Il y a des moments où tout va bien, et d'autres où les éléments semblent se déchaîner. Mais quoi qu'il arrive, malgré le froid à l'extérieur, je trouvais toujours un peu de chaleur pour m'abriter. Sous la couche de neige dort une vie qui revient toujours. La vie finit toujours par me reprendre dans ses bras. Comment lui fausser compagnie ?

Alex revient le six janvier. Je voyais à son attitude lorsqu'il passa la porte qu'il adoptait un profil bas. Mais je me sentais si bien que je n'arrivais même pas à lui en vouloir. Je vis à son regard qu'il avait mille choses à me dire, mais ce qu'il fit en premier fut de laisser tomber son sac sur le sol et de me prendre dans ses bras en se confondant d'excuses. Pardonne-moi, pardonne-moi, ne cessait-il de répéter. Tu m'as tellement manqué.Il prit mon visage entre ses mains et me regarda droit dans les yeux.
- Il s'est passé quelque chose ? me demanda-t-il, l'air soucieux.
- J'ai compris beaucoup de choses, lui dis-je. Des choses que tu dois savoir depuis longtemps, des choses qu'on apprend dans la souffrance. Parce qu'après la souffrance, on revit. Je voulais te détester d'être parti comme ça, je voulais aussi me faire du mal, mais je n'aurais pas été soulagé. Je suis content que tu sois rentré.
Je le pris contre moi. A son départ, j'avais déjà prévu de faire changer la serrure de l'entrée, de mettre toutes ses affaires dehors, mais aurais-je été réellement soulagé ? Il me pris aussi contre lui, se confondant à nouveau en excuses.
- Je m'attendais au pire, me dit-il. Je m'attendais à ce que tu m'aies mis à la porte, à ce que aies changé la serrure. Je prenais de tes nouvelles tous les jours auprès de Stefan. J'ai voulu t'appeler des dizaines de fois mais je n'en avais pas le courage. J'avais besoin de m'éloigner mais je me sentais coupable quelque part.
- Je t'en ai voulu pendant quelques jours. En réalité, j'ai vraiment pensé changer les serrures, et puis j'ai pris le temps de penser à tout ça. Tu as toujours été honnête, notre relation a toujours été claire. Je ne peux pas t'accuser de tous les maux, j'ai été égoïste. Disons que nos torts sont partagés. J'ai beaucoup réfléchi, cette séparation m'a permis de reconsidérer notre couple et je me rends compte qu'il est temps d'avancer. Nous n'avons fait que souffrir et nous battre contre nos problèmes. Et ça n'a pas de sens. J'ai écrit à mes parents, je voulais régler ce malaise. Je ne sais même pas s'ils la liront ou si mon père va se faire un plaisir de la brûler, mais au moins, en moi tout est clair maintenant. Les sentiments que j'ai pour eux ne changeront pas mais je n'en souffrirai plus. Et toi non plus, Alex. Je voudrais m'excuser moi aussi. J'ai cru pouvoir grandir d'un coup, pouvoir tout porter sur mes épaules, mais ce n'est pas aussi facile. Ca viendra avec le temps.
- J'ai confiance en toi, Demi. Et je suis content de voir que cet épisode dans notre vie a porté ses fruits.

Je reçus une réponse de mes parents un mois plus tard. Enfin, la lettre était de ma mère. Je n'aurais jamais pensé qu'elle soit aussi longue et aussi... compatissante. Elle me parlait de Matthieu qui grandissait, de mon père que ne changeait pas, et de combien elle regrettait toute cette histoire. Nous n'allions sûrement jamais nous revoir, surtout si c'était pour tenter de me faire culpabiliser. Bien qu'elle n'aurait pas réussi.

Le temps passa, les années passèrent. Alex et moi avions fini par déménager dans une maison. En banlieue parisienne. Après mûre réflexion, nous avions pensé que changer totalement de cadre pouvait être une solution pour un meilleur départ. Stefan et Loïc avait aussi pour projet de se rapprocher de Paris. Après tout, Loïc et Alex venaient de la capitale, et après avoir revenu le bar à un couple d'amis (hétéros !), nous avions décidé de changer de vie. J'ai vite trouvé un travail chez un disquaire, connaissance d'Alex, alors que ce dernier avait repris le chemin de ses rêves en remontant un groupe. Loïc était redevenu Scarface et de nouveaux membres furent trouvés. Je retrouvais un peu l'ambiance de cet été, le premier été de ma vie de gay, l'été de tous les péchés.
J'avais gardé le contact avec Noémie. Une grande fille, qu'elle était devenue. Fiancée à un jeune avocat, enceinte de quatre mois, nous n'avions pourtant que vingt-trois ans mais nos vies ne voulaient pas rester ancrée dans nos belles années lycée. Je l'avais revue un jour d'été. Il faisait chaud, l'air été lourd et elle était sublime dans sa petite robe de mousseline. Elle me présenta son fiancé, le mariage était pour l'hiver suivant, une fois que leur enfant serait né. Enfin une bonne nouvelle pour la fin de l'année ? Après l'épisode de la coupure avec Alex, étrangement, nos vis s'arrangèrent, et la malédiction des fins d'années sembla conjurée.
Alex approchait de la trentaine. Déjà... Il n'avait pas vraiment changé, excepté son piercing à la langue qu'il avait fini par enlever. Avec le temps, il devenait de plus en plus calme, il pouvait passer des heures entières sans parler, à composer dans le studio qu'on avait monté dans le sous-sol de la maison. Il s'y endormait même parfois. Il s'y endort toujours d'ailleurs. Lorsque tout le groupe s'y enfermait, je restais parfois avec eux. Spectateur muet, je pouvais voir la fusion artistique à l'oeuvre, des éclats de guitare, de synthé ou de voix, j'ai assisté à l'élaboration et l'enregistrement de leur première maquette. Ils auraient aisément pu se faire connaître, ils connaissaient quelques petits producteurs indépendants et pourtant, Alex hésitait toujours. Avait-il peur de réussir ? Craignait-il de voir ses rêves d'ado prendre vie ? Malgré son âge et son assurance, il ne pouvait se passer de mes conseils. Car moi aussi j'avais pris de l'assurance, petit à petit. Les évènements du passé m'avaient servi à me construire, patiemment je devenais quelqu'un de solide. J'avais gardé le contact avec mon psychologue. Finalement, peut-être que je le prenais pour un père de substitution. Lui-même y avait fait allusion mais je savais faire la part des choses.
Noémie accoucha d'un petit Nicolas l'hiver de mes vingt-cinq ans, à peine quelques jours avant mon anniversaire. Quel merveilleux cadeau ! Je fus très touché lorsqu'elle me demanda d'en être le parrain mais après tout, qui aurait mieux correspondu que moi ? Le mariage était prévu pour février, le mois des amoureux. J'étais impatient de voir Alex dans un costume ! Et je fantasmais déjà sur l'effeuillage que j'allais lui faire subir ! A l'approche de Noël, des fêtes de fin d'année, j'avais toujours un peu peur. Le souvenir douloureux des années passées ne m'a jamais vraiment quitté, et il fallait que je me rassure presque quotidiennement que rien n'allait arriver. Mais il n'arrivait plus rien depuis près de quatre ans, et il n'arrive plus rien aujourd'hui non plus. Au mois de février, Noémie et Gregory convolaient. Ca n'avait pas été un grand mariage, Noémie avait insisté pour qu'il soit à comité restreint. Elle était magnifique dans sa robe couleur champagne au corset rouge. Mais Alex était plus à mon goût dans le trois pièces Armani qu'il s'était acheté pour l'occasion. Noémie ne manqua pas de me faire toutes sortes de petites remarques à son sujet, et surtout au sujet de la nuit que nous allions passer ensuite... ! Elle n'avait pas tort, nous avions passé une nuit blanche, déjà bien entamée par les festivités du soir. Le désir que nous éprouvions l'un pour l'autre semblait grandir avec le temps. Plus le temps passait, plus nous nous aimions. J'ai peur qu'un jour, cette passion grandissante finisse pas stagner. Alex m'assure que cela n'arrivera jamais... Il a raison, c'est impossible !
Au cours de la même année, un peu avant l'été, je recevais une lettre de ma mère. En vérité, nous n'avions jamais cessé de nous écrire. Nos lettres n'étaient pas courantes, en six mois nous ne devions pas envoyer plus de deux lettres, mais au moins, j'avais des nouvelles. Et ce jour-là, j'appris que mes parents allaient divorcer. J'avoue, ça m'avait choqué, j'en avais même pleuré parce que pour moi, mes parents ne pouvaient pas aller l'un sans l'autre. Je lui écrivis une réponse immédiate, demandant des nouvelles de Matthieu et surtout pour savoir comment tout cela allait se régler. J'appris quelques temps plus tard que ma mère et mon frère vivaient temporairement chez ma tante Hélène, qui n'était plus avec mon oncle depuis plusieurs années. Etait-ce une occasion pour les revoir sans mon père. C'était tentant... Et Alex m'y encourageait. Tout à coup, je retombais dix ans en arrière, à nouveau plongé dans des histoires de famille. Alors avant la rentrée scolaire, nous avions pris quelques jours de repos afin de retourner là d'où je venais. Ma tante Hélène, la soeur de ma mère, habitait à deux heures de voiture de mon ancienne maison. Nous avions tourné un moment avant de trouver. Cela faisait plus de dix ans que je n'étais pas venu, je ne reconnaissais plus rien. Finalement, nous arrivâmes avec près de trois heures de retard. En nous garant devant la maison que je reconnus tout de suite, un trac immense m'envahit. Alex me sourit et passa une main dans mes cheveux, geste qu'il n'a jamais perdu.
- Tout ira bien, tu verras. Ta mère va être contente de te revoir, tu as changé depuis la dernière fois qu'elle t'a vu. Je suis sûr qu'elle a encore plus peur que toi. Tu es son premier fils, c'est unique, ça.
- Tu as sans doute raison.
Il m'embrassa avant de sortir de la voiture. Devant la porte de la maison, je me mis à écouter les bruits à l'intérieur avant de frapper. Je ne savais même pas ce que j'allais dire. Lorsque la porte s'ouvrit, ma tante me sauta au cou. Alex se tenait un peu en arrière mais je ne tardai pas à le présenter. Ma tante ne refusa pas de lui serrer la main, ce que je craignais. Lorsqu'elle nous fit entrer, mon coeur s'affola. J'allais revoir ma mère et mon cher Matthieu... Elle nous conduisit au salon et je vis ma mère se lever brusquement du canapé. Avais-je encore grandi ou avait-elle rétréci ? Elle me paraissait plus petite qu'avant, et elle avait perdu du poids.
- Demian...
Serrer sa mère dans ses bras est d'un réconfort incomparable. Je la serrai contre ma poitrine comme elle l'avait fait tant de fois.
- Mon Demian, tu as tellement changé, regarde-toi ! Tu es vraiment un homme maintenant, tu es si beau !
- C'est normal, je ne suis plus un enfant ! D'ailleurs, où est Matthieu ?
- Je l'ai appelé, il est dans la chambre du haut, me dit ma tante.
Elle et ma mère échangèrent un regard qui ne m'échappa pas. Au même moment, Matthieu entra. Où était mon petit monstre, mon ange ? Je m'étais attendu à ce qu'il ait changé, mais là... Je me levai du fauteuil où je venais de m'asseoir.
- Matthieu ?
- Salut, me dit-il sur un ton plat en détournant le regard.
- Je suis vraiment content de te voir. Tu m'as beaucoup manqué.
Il haussa les épaules.
- C'est toi qui es parti. Tu serais resté je t'aurais pas manqué, et t'aurais pas changé.
Je ne sus quoi lui répondre. Je me tournai vers ma mère, vers ma tante puis vers Alex. Ce dernier avait un air agacé, je le sentais prêt à dire quelque chose. Mais je le devançai.
- Maman a dû t'expliquer ce qu'il s'est passé. Ou alors tu t'es contenté de la version de papa qui devait faire mon éloge.
- Papa a raison, c'est toi qui as tout cassé. Si t'étais pas devenu comme ça, tout ça, ça serait jamais arrivé. Et en plus, t'as osé le ramener.
- Ne mêle pas Alex à tout ça. J'étais gay avant de le rencontrer, ça n'a rien à voir avec lui. Tu as changé, Matthieu. J'étais resté sur une image trompeuse. Tu étais un petit garçon souriant et plein de vie, on partageait tout toi et moi.
- Ouais, ben compte plus là-dessus. Rien que d'y penser, c'est dégoûtant. Bon, j'me casse, j'ai des potes à voir.
Il quitta le salon comme s'il n'avait rien eu. Les nerfs me firent venir les larmes aux yeux. De rage ! Comment mon frère avait-il pu changer à ce point ?! Ma mère m'expliqua que mon père avait tout fait pour liguer mon frère contre moi, contre ce que j'étais. Et il avait réussi ! Alex tenta de me calmer, ma mère aussi. Mais je n'allais pas me laisser abattre. Je venais de retrouver ma mère, elle était heureuse de me voir. Après cet incident, nous nous sommes mis à discuter. Avec le temps, elle s'était mise à penser un peu différemment. Les lettres que nous avions échangées l'avaient rapprochée de moi.
Dans l'après-midi, Matthieu appela pour dire qu'il restait dormir chez un ami. Je voyais que ma mère n'avait pas assez d'autorité sur lui, qu'il lui menait la vie dure. Il avait été un enfant si gentil et doux. Mon père l'avait transformé.
Tante Hélène insista pour que nous passion notre séjour chez elle. Elle avait même tout prévu. La chambre d'amis avait été faîte et Alex décommanda l'hôtel où nous avions réservé. J'étais étonné de voir qu'elle nous avait mis dans la même chambre. Savoir qu'Alex et moi allions passer la nuit dans le même lit, dans les bras l'un de l'autre ne semblait pas la déranger. Nous montâmes nos bagages à l'étage. Alex profita de ce moment pour me prendre dans ses bras.
- Ca va aller ? Le ton de sa voix ne laissait aucun doute, il s'inquiétait beaucoup pour moi.
- Ca va aller, même si je ne m'attendais pas du tout à ça.
- Si tu veux en parler, n'hésite pas.
- Ne t'en fais pas, je ne vais pas retomber dans la dépression. Je sais que cet épisode t'a marqué et t'a fait du mal, mais sache que maintenant tout va bien. Je suis en paix avec moi-même. Mais toi on dirait que tu n'es pas oublié.
- A chaque fois que tu souffres, je repense à tout ça. C'est plus fort que moi. En plus, tu as une cicatrice et à chaque fois que je la vois... J'ai peur que ça recommence, j'ai peur de te retrouver en sang comme la dernière fois.
Je réalisai alors qu'Alex n'avait pas fait le point sur ces évènements. Peut-être aurait-il dû consulter un psychologue lui aussi. Peut-être aurions-nous dû consulter ensemble. Je sentis au baiser qu'il me donna toute l'inquiétude qu'il ressentait. Soudain, on frappa deux légers coups à la porte, qui était restée ouverte. Ma mère était là, l'air un peu gêné. Depuis combien de temps était-elle là ? Nous avait-elle vus nous embrasser ?
- Je suis juste venue vous dire que le dîner sera prêt dans une heure environ. Vous pouvez vous reposer en attendant.
Elle repartit plutôt rapidement. Alex eut un sourire amusé. Le dîner fut agréable. Le regard que ma mère portait sur moi avait changé. Il était clair que je n'étais plus un petit garçon, elle était différente, je la voyais comme une femme, elle était toujours ma mère, mais c'était aussi une femme et j'aurais presque oublié que son mariage avait pris fin. Comment aborder le sujet avec délicatesse ? A la fin du repas, au moment du café, c'est ma mère qui en parla d'elle-même. Elle ne voulait pas que je culpabilise malgré ce qu'avait dit mon frère. Nous avons parlé de tout ce qu'il s'était passé depuis mon départ de la maison. Mon père n'avait pas changé d'avis une seule seconde. Il me maudissait tant, alors que ma mère faisait tout pour comprendre. Ce ne fut qu'au fil du temps que l'amour que j'éprouvais pour Alex lui parut normal. Plus ou moins. C'était surtout grâce aux lettres que nous avions échangées qu'elle avait changé d'avis.
Alors qu'Alex s'occupait de la vaisselle (il avait insisté pour la faire seul), je me retrouvai en tête à tête avec ma mère et ma tante. Je voyais bien que ma mère n'avait pas manqué la bague que j'avais, elle la fixait de temps en temps. Avait-elle aussi remarqué qu'Alex avait la même, au même doigt ? Ma tante se mit à rire tout bas en voyant ma mère fixer le bijou.
- Tu sais, Marie, c'est normal qu'il ait ce genre de bague.
Ma mère ne répondit pas.
- Alex a la même, ça fait un moment qu'on les a, dis-je alors.
- C'est plutôt rare, non, les hommes qui croient en ça ? Je suis contente pour vous, ça prouve que votre relation est sérieuse... non ?
- Oui, elle l'est, assurai-je. Et elle durera longtemps, quoi que les gens en disent. Avant, j'avais peur que notre relation se sache un peu trop, j'avais peur que ça nous cause du tort et que ça finisse par nous faire du mal. Mais à force de reculer, c'est nous-même qui nous causons du tort. Et puis j'ai assez souffert comme ça, c'est un peu comme si je prenais ma revenche sur tout ce qu'il m'est arrivé.
Dans notre chambre, alors que nous venions de nous coucher, je repensai à la journée que nous venions de passer. J'avais été heureux de revoir ma mère, de revoir ma tante, mais pour Matthieu... Il était en pleine adolescence, âge difficile, et avec notre père, il a été à bonne école pour me détester. Mon petit frère... Alex passa du temps à m'embrasser, me caresser. Il m'avoua aussi qu'il aurait préféré l'hôtel pour avoir plus d'intimité. Ne pouvait-il pas se passer de ça pour quelques temps ? Il finit par s'allonger sur moi, entre mes genoux légèrement relevés, sa tête sur mon torse. Son souffle caressait ma peau, et nous finîmes par nous endormir comme ça.
Le lendemain matin, j'étais seul dans le lit. Pourquoi personne ne m'avait réveillé alors qu'il faisait déjà jour ? J'enfilai un boxer propre, un pantalon et un Tshirt. Le carrelage frais était agréable alors que l'air semblait lourd. Il n'y avait aucun bruit dans la maison, excepté dans la cuisine où j'entendais des pas. En y entrant, je vis Alex chercher dans les placards.
- Tu cherches quelque chose ? lui demandai-je en entrant.
- Les bols. Ta tante m'a dit qu'ils étaient dans le placard mais je n'en ai trouvé qu'un.
- Tu as vu ma tante ce matin ?
- Elle et ta mère sont parties faire le marché. Je les ai croisées juste avant qu'elles partent.
- T'es matinal.
- Après une nuit d'abstinence, j'ai encore toutes mes forces !
- Aha. Tu ne pensais tout de même pas que j'allais te laisser me faire des choses alors que ma tante et ma mère étaient dans les chambres voisines ! Elles sont tolérantes mais je pense qu'il y a des limites.
J'ouvris le lave-vaisselle et sortit d'autres bols. Alex me regarda puis sourit.
- Ma perspicacité aussi en prend un coup si j'ai pas ma dose de sexe.
Il me prit par la taille et me colla dos au plan de travail en m'embrassant.
- Je suis en manque, me murmura-t-il contre les lèvres
En manque après à peine deux jours... Quelques secondes plus tard, ma mère et ma tante entraient dans la cuisine. Nous ne les avionis pas entendues entrer. Nous nous regardâmes tous les quatre pendant quelques secondes et je repoussai gentiment Alex. je devais être rouge pivoine... Ma tante m'embrassa pour me dire bonjour mais ma mère sembla hésiter. Déjà le baiser de la veille et cette situation on ne peux plus embarassante. Mais elle finit par m'embrasser à son tour. Pouvais-je prétendre au bonheur ou tout cela cachait-il quelque chose ? Apparemment, Matt n'était toujours pas rentré et je pensais même qu'il ne rentrerait pas tant que je serais là. Etait-ce trop lui demander que de me laisser une chance de lui expliquer ? Mais il était encore jeune pour comprendre, trop jeune pour comprendre ce que je ressentais. Avais-je été aussi étroit d'esprit à son âge ? Non, à treize ans je me posais déjà énormément de questions, j'avais déjà quelques doutes et deux ou trois certitudes.
Dans l'après-midi, Alex et moi sommes partis nous promener. Je ne me souvenais que de trop peu de choses pour pouvoir lui servir de guide mais nous avions trouvé de magnifiques petits coins. Ma tante habitait vers la campagne, à deux pas d'une grande ville mais le coin était encore très vert. Main dans la main sur un sentier désert, Alex me faisait part de son avis sur la situation alors que je m'amusais avec quelques petites fleurs.
- Si tu veux mon avis, ton frère finira par changer d'avis avec le temps. Et puis maintenant que vous êtes à nouveau en contact, ça ne pourra qu'arranger les choses.
- J'en sais rien, c'est plutôt mal parti en fait. Il voit mon père au moins une fois par semaine, ça lui laisse le temps de me détester à chaque fois un peu plus. C'est à cause de moi si notre famille est brisée.
- A cause de moi tu veux dire ! me dit Alex avec un petit sourire.
Il me donna une tape sur les fesses. Nous rentrâmes avec le soleil couchant. Nous nous étions un peu perdus mais avions fini par retrouver notre chemin, heuseusement avant la nuit. J'avais tout laissé à la maison : téléphone, porte-feuille, soucis. Cette sortie champêtre me fit beaucoup de bien. Le petit vent frais en fin de journée, les odeurs de la nature, le silence... Une fois à la maison, je constatai que mon freère n'était toujours pas rentré, qu'il passait à nouveau la nuit chez un ami. Et dire que j'vais choisi cette période pour être sûr de le voir... Sur la terrasse de ma tante, je profitai d'un moment de calme aprèa manger pour m'allonger sur la balancelle de bois. Alex m'y avait rejoint et je pris la liberté de m'allonger contre lui. Le silence me berçait, tout comme le léger balancement. Alex me caressait la tête comme le faisait ma mère lorsque j'étais petit. Quel bonheur de se sentir en paix, de sentir que les tensions sont loins.
Ce fut la voix grave d'Alex qui me réveilla. Malgré le ton feutré de sa voix, j'avais une oreille collée à sa poitrine, le moindre de ses mots résonnait. Mais avec qui discutait-il ? Je fis l'effort d'ouvrir un oeil. Ma mère était assise dans un fauteil en rotain, presque en face de la balancelle. Elle me vit émerger mais continuait à parler comme si de rien n'était.
- Et Paris demante-t-elle ?
- Paris c'est bruyant, pollué, y'a trop de monde, mais j'adore, fis-je en me redressant.
Alex sursauta, il ne m'avait effectivement pas senti me réveiller. J'aurais voulu l'embrasser, il était divine à la lumière du soir, mais devant ma mère... ! Je m'assis, Alex en fit de même, et je constatai que ma mère avait toujours les mêmes habitudes. Une tasse de tisane était posée sur la petite table assortie au fauteuil, accompagnée de quelques gâteaux secs. Ma mère comme je l'avais toujours connue. Pourquoi tout était si parfait d'un coup ? J'étais confortablement assis avec l'homme que j'aimais, tout en faisant la conversation à ma mère. C'était un rêve ! Ma mère se fit curieuse de notre vie à Paris, de notre vie de couple. Après tout, je lui avais quasiment tout raconté, du moins les moments les plus forts et les moins intimes. Je crois qu'elle avait fini par me comprendre. J'aimais Alex, de tout mon être, ce n'était pas un amour de vacances alors que je cherchais mon identité.
- Et ça va ientôt faire dix ans, non ? dit-elle soudainement.
Je regardai Alex. Dix ans déjà ? Non, impossible, ça ne pouvait pas déjà faire dix ans que j'avais bravé les interdits, que j'étais tombé amoureux d'un parfait inconnu, que j'avais perdu ma virginité... Ca ne pouvait pas faire dix ans que j'étais fou amoureux ! Alex me sourit. Pourtant, nous avions déjà fêté ses trente ans. Cela faisait presque dix ans. J'avais à peine remarqué les rides de ma mère, elle qui avait toujours eu un visage fatigué, j'avais à peine remarqué les cheveux blancs qu'elle tentait de masquer. J'avais à peine remarqué que je n'avais plus quinze ans.
- C'est vrai, ça fait presque dix ans que tout a commencé, lui dis-je. J'ai à peine vu le temps passer.
- Vous n'aurez qu'à revenir nous voir cet hiver, pour Noël. On fêtera tes vingt-cinq ans.
Suspendu dans le temps, ce moment dura une éternité. Le balancement de la balancelle, le bras d'Alex autour de mes épaules, ma mère sirotant son infusion...

FIN