Titre: fait d'hiver...

Auteur: Shû - emilotte@tele2.fr

Disclaimer: lundi 01 décembre 2003. à 8h00, j'ai entendu les infos. Voilà le fait divers qui m'a frappé, je ne sais pas pourquoi: « un jeune garçon de 16ans à tiré accidentellement sur son frère de 15ans, en trébuchant. ». Je me suis dit: comment peut-on continuer à vivre après quelque chose dont on est coupable sans le vouloir?

J'ai décidé d'écrire sur ça, un essai, sur ce que peut ressentir ce garçon. C'est très inventif, je ne connais pas le fond de l'histoire.

Fait d'hiver...

Je m'appelle Nathanaël.

Nathanaël Rampier.

J'ai seize ans.

Les yeux bleus et les cheveux noirs, mi-longs.

Je suis en première L.

Je veux devenir libraire.

J'habite quelque part en Bretagne, c'est paumé.

J'ai un frère, un chien, deux tortues, une console et mes parents ne sont pas divorcés.

Une petite vie bien rangée en fait...

Mais voilà.

Rien n'est éternel dans ce monde déchu.

Et hier, j'ai tué mon frère.

Je le regarde, là, allongé dans son cercueil en bois noir.

Ses mèches blondes encadrent un visage trop pâle, où aucun sourire ne flotte.

Je le regarde.

Je ne pleure pas.

Je n'ai pas peur.

Je n'ai pas mal.

Je suis vide.

Je crois que malgré tout, mes parents me détestent.

Je les comprends.

Ils ont eut deux fils: un démon et un ange.

Un noir, un blond.

Un chiant, un calme.

J'ai fait des conneries.

On dit que c'est la crise d'adolescence.

Lui, il avait quinze ans, et c'était la définition même du chérubin.

Je ne faisais que l'embêter.

Je sais qu'il pleurait parfois.

En fait, je devais être jaloux qu'il soit si « parfait ».

Je sais qu'il en souffrait.

Je me souviens, un soir, le soleil déclinait dans la mer.

Je marchais sur la plage.

Je m'étais encore engueulé avec maman.

Je suis allé m'asseoir sur un rocher.

Et je l'ai surpris.

Il fumait une cigarette avec un gars.

J'ai vu rouge.

J'ai frappé le mec au visage.

–Vas-t'en connard, laisse mon frère!!! » j'ai hurlé.

Il s'est enfuit.

Je fais peur.

Orion était là, effrayé.

Il a lâché sa clope.

Je l'ai giflé et je suis partit.

Je ne voulais pas qu'il voie qu'en fait, il m'avait déçu.

Ce soir là, je ne suis pas rentré et j'ai chialé toute la nuit sur mon caillou.

J'ai dû m'avouer que je tenais à lui, mine de rien.

Qu'il était mon autre moi, qu'on se complétait...

Il fallait pas qu'il tombe, comme moi.

Surtout qu'il portait le nom d'une étoile...

Avant-hier, samedi soir, il est venu dans mon lit.

J'avais du métal à fond dans les écouteurs.

Il s'est glissé dans les draps, contre moi, et il a attendu que j'éteigne la musique.

–Qu'est-ce que tu veux? » j'ai demandé, ennuyé.

–Rien... »

–Orion, quoi tu veux?! » j'ai répété en me redressant.

Il a sourit, un de ces grands sourires éclatants, et s'est enfoncé dans mon oreiller.

–Je suis amoureux... »

Ca m'a fait un froid.

Je sais pas pourquoi.

–Dégage, tu m'emmerdes. » j'ai dit.

Le ton était méchant, il est sortit.

Maintenant, je sais.

Je ne voulais pas qu'il me laisse.

Que quelqu'un d'autre le prenne, le touche, lui parle.

C'est bête...

C'est mon petit frère.

J'étais jaloux.

Hier matin, papa allait chasser.

Orion était triste, il est pour la SPA.

Moi je m'en foutais. Je boudais mon frangin et puis c'est le problème de papa si ça l'amuse de faire le mariole avec un chien et un lapin.

–Vas me chercher mon fusil, Nath'. » m'a demandé mon père.

En soupirant, j'ai posé ma tartine, je suis monté et j'ai prit le calibre.

–C'est dégueulasse... »

Je me suis retourné.

Orion était là, les bras croisés.

–Oh là là, pauvre bébé! » je lui ai lancé ironiquement.

Il a secoué la tête et tiré la langue.

–Poum, regarde petit lapin, t'es mort!!! » je fais en mimiquant un chasseur.

Mais le coup est vraiment partit.

Orion m'a regardé, a touché sa poitrine et il est tombé.

Maman a hurlé d'en bas, elle est arrivée en courant avec papa.

Il a eut le reflex téléphone et elle, elle a prit mon cadet dans ses bras, sans y croire, et elle lui parlait en pleurant.

Moi, j'ai reposé le fusil et je suis allé dans ma chambre.

J'ai regardé mes mains.

Elles tremblaient.

Elles semblaient rouges.

Comme le sang d'Orion qui baignait dans le couloir.

Il est mort quasiment sur le coup.

J'ai bien tiré.

Je joue souvent à des jeux d'arcades.

J'ai la gâchette facile.

Je le regarde, là, allongé dans son cercueil en bois noir.

Il est beau.

Normal qu'il ait eu une copine avant moi.

Je suis vraiment jaloux.

Mais ne serait-ce pas plutôt du dégoût?

Dégoût de moi? De ce que j'ai fait?

Je rejette la faute sur lui.

C'est normal.

C'est la condition humaine.

Maintenant, alors que je fixe sa peau diaphane et que j'entends les murmures de la famille, je me demande...

Qu'est-ce que je vais faire? Qu'est ce que je vais devenir?

Je serais mal perçu, où que j'aille, quoi que je fasse.

On me connaît dans toute la France, je suis passé aux infos.

Ma famille me rejette déjà.

Je suis un assassin.

Je vais aller au phare, dans notre coin secret à Orion et moi, celui qu'on a depuis qu'on est petits.

Je vais monter, regarder le monde, lui dire merde et me jeter.

C'est lâche.

Mais c'est humain.

Owari