Titre: road-story

Auteur: Shû, shiroi no karasu

Genre: … ?

Base: originale

Noreilles: Dir en Grey (comment ça, vous commencez à vous en douter??!)

Disclaimer: Il est minuit 36, nous sommes en 2005!!! BONNE ANNEE MINNA-SAN!!! Voiçi la deuxième fin possible à mon one-shot.

Road-Story

Il est bientôt 21h00… je jette un coup d'œil dans mon rétroviseur, vois que personne ne me suit de trop près, enclenche mon signofile et bifurque à droite, dans la direction d'une petite aire de repos perdue sur une autoroute en pleine cambrousse.

Sur le parking presque désert, je coupe le moteur de ma vielle VW, prends ma veste, mon sac que je mets en bandoulière et mes clefs.

Après avoir soigneusement fermé ma voiture - plus une habitude qu'une précaution: qui voudrait de cette caisse toute cabossée? - je me dirige vers le restaurant éclairé de cette aire autoroutière.

Une vague d'air chaud m'assaille lorsque je passe les portes vitrées, réchauffant mes membres déjà frigorifiés.

J'avance lentement vers les plateaux, j'en choisis un qui me paraît propre, prends des services et analyse le menu qui est accroché au-dessus de ma tête. Des plats divers et simples, appétissants sur les photos mais à l'allure peu ragoûtante dans les bacs de la cuisine…

Ayant je té mon dévolu sur un plat de haricots verts et un steak certainement trop cuit, je commande un café et une tartelette aux fraises. Je paye, me demandant comment la caissière peut sourire en faisant un tel boulot.

Je me choisis une petite table dans un coin, d'où je peux regarder la totalité des gens qui m'entourent.

Epier la foule est un de mes passe-temps favori, avec la lecture et la musique.

J'adore les gares et les restaurants. On croise tant de personnes différentes! Autant par leur aspect physique que par les petites manies qu'ils laissent entrevoir.

Je teste mon steak, et, tout en le mâchouillant, je souris en regardant des petits enfants s'amuser.

Je craque sur les enfants…

D'autant plus que je n'en n'aurais probablement jamais… je suis stérile de naissance à cause d'une maladie héréditaire, et de toute façon je suis gay…

Il y a plusieurs couples assis autour de moi. Ca me rappelle pourquoi je suis là parmis eux, à grimacer devant mon assiette définitivement abominable.

Ce matin, tôt, aux alentours de six heure je crois… j'ai tout plaqué.

J'ai prit mes sous, mes papiers, mon téléphone et ma voiture et je suis parti.

Comme ça, sans prévenir.

Adieu vie estudiantine, adieu vie de famille, adieu vie de couple, j'en ai trop marre.

J'ai 24 ans, je ne peux plus supporter d'être étouffé par des études de médecine beaucoup trop dures pour moi; par une mère complètement folle qui m'appelle tout les jours pour me dire que je serais banni du Paradis si je ne quitte pas mon petit-ami; par ce même petit-ami qui n'en fout pas une et qui trouve encore le moyen de m'engueuler si je prends 5 secondes de break.

Je n'ai aucun but, aucun itinéraire.

Je roule sans réfléchir, me disant que j'arriverai bien quelque part, et qu'une fois là-bas je me poserai les bonnes questions et trouverai peut-être les réponses qui me conviendront.

Mon portable sonne, me tirant de ma rêverie: c'est D. qui essaie de me joindre… je décroche.

- Oui?

- Où es-tu? Ca fait une heure que je t'attends! Y a rien qui est prêt à l'appart'! T'as oublié qu'on a des invités ce soir ou quoi?

- Non, je n'ai pas oublié que tu as invité des amis… Mais ça sera sans moi.

- Quoi? Allez, t'es où? Je vais quand même pas faire le dîner! Tu sais bien que je sais pas cuisiner!

- Si, j'en ai bien peur… je pars, D. J'ai besoin d'être seul. A l'heure qu'il est, je suis déjà très loin de toi.

- Hein? Qu'est-ce que tu dis?

Et il recommence.

Il crie.

Comme toujours.

Il croit que je ne suis là que pour son bon plaisir.

Non, non, D., tu te trompe. C'est fini.

Je lui raccroche au nez, écœuré.

Je regarde en soupirant l'écran de mon téléphone, vais dans le répertoire et efface le numéro de D.

Ter-mi-né.

Je suis satisfait. Je ris doucement.

Je croque avec plaisir dans ma tarte - enfin quelque chose de bon… - et continue d'écouter le monde environnant.

Quelques routiers sont là.

Un couple de personnes âgées.

Et c'est tout.

A peu près une vingtaine de personnes.

Je m'étire et décide d'aller aux toilettes avant de continuer ma route jusqu'à la prochaine ville, où je devrais trouver une chambre pour la nuit.

Je m'imagine toujours un tas de scénario catastrophes quand je suis dans ce genre de toilettes, surtout quand le lieu est calme.

Je pourrais me faire violer, ou tabasser, ou me retrouver sans voiture…

Pas que je le désire réellement, mais ma vie manque désespérément de piquant.

Beaucoup d'autres personnes doivent penser comme moi. Le monde est trop gris! Et on ne peut rien y faire…

Je me penche sur le lavabo pour me rincer les mains, et en me redressant, je sursaute bêtement, découvrant un autre homme derrière moi.

Je ne l'ai pas entendu venir. Mais là, en le fixant dans le miroir rayé, je me souviens l'avoir aperçu à une des tables, avec une femme plutôt vieille aux manières de bourgeoise.

Il a l'air jeune, lui. Peut-être mon âge.

Il est asiatique. Ses cheveux noirs balayent ses épaules fines en de longues mèches inégales. Il porte des vêtements assez extravagants: un pantalon en et un col roulé sans manches noir, dans une matière brillante que je crois reconnaître comme étant du vinyle. Le tout bourré de fermetures éclaires, et un manteau en fourrure beige synthétique qui lui glisse sur les bras en guise de veste.

Un homme au sourire bizarre, sûrement un peu sado-maso dans le genre.

Son visage est beau.

En fait, tout est beau chez lui, même cette expression dérangeante et ces habits provocants.

A côté de lui, je ne paie pas de mine, avec mon vieux jean tout délavé, mon t-shirt serré aux motifs passe-partout, mon duffel-coat bleu marine et mon sac tagué datant de mes années de lycée.

Sans parler de mes yeux cernés, mes cheveux courts en batailles, mon corps trop mince, mon visage trop gamin.

Je me déteste dans ces moments là.

- Salut.

Sa voix est basse et sensuelle.

- Heu… salut." Répondis-je en me retournant, tout déstabilisé.

- T'aurais pas du feu s'te plaît?" me demande-t-il en me montrant sa cigarette éteinte.

- Heu…" je baisse la tête. " Oui, oui, j'en ai, attends…

Je fouille dans mon sac à la recherche de ce satané briquet. Je le rate au moins quatre fois tant le regard fixe de l'asiatique me transporte.

- Tiens.

- Merci.

Il allume son filtre avec une classe innée que je ne peux que trouver sexy.

Je rêvais à de gros camionneurs me violant sauvagement, et je me retrouve en face du gars le plus - excusez-moi du terme - bandant de la terre…

Il tire avec un évident plaisir sur sa cigarette et me rend mon briquet en souriant.

- C'est quoi ton nom?" reprend-il soudain.

- Moi? Heu… C'est K.

- K.? C'est joli…

- Heu… merci…

Tadam, admirez ma rougeur subite. L'Eros en face de moi doit royalement se payer ma tête.

- Bon, K… salut, et merci encore." Fait-il avec un clin d'œil avant de quitter les toilettes.

La façon dont il a prononcé mon nom me fait frissonner.

Ma fuite a eu un délicieux point positif. Ce soir, je ne pense pas chômer au creux de mes draps… je pourrais songer à autre chose que D. ou des vieux violeurs crades.

Je retourne moi aussi à ma place, riant de moi-même, me disant qu'une psychanalyse ne me ferait pas de mal.

Alors que je range ma chaise et vérifie une dernière fois que je n'ai rien laissé traîner, quelqu'un aboie soudainement l'ordre hargneux de ne plus faire aucun geste.

Incrédule, je relève la tête et m'aperçois que c'est l'asiatique qui a crié, et qu'il est debout au milieu de la salle avec un gros pistolet argenté dans la main droite.

Son visage paraît sérieux. Il crache sa cigarette et mâche un chewing-gum.

- Ok. Alors maintenant vous allez être bien sages et poser tout votre fric sur les tables." Ordonne-t-il.

Personne n'ose plus respirer, certains paniquent silencieusement, d'autres n'en croient pas leurs yeux.

- Magnez-vous, j'ai pas toute la nuit!

Son cri a réveillé les consommateurs. Tous se pressent d'exécuter les ordres de l'asiatiques, la caissière vide aussi sa machine et moi-même je porte la main dans ma veste pour sortir mon porte-monnaie.

Ma bouche est sèche. Ma respiration me brûle. Je tremble à la fois de chaud et de froid. Je ne peux détacher mon regard de lui.

Il est si beau, même avec ce masque de haine, cette arme et ce rôle de bandit.

Il passe lentement entre nous pour récupérer l'argent qu'il fourre dans un sac volé.

La vieille bourgeoise qui l'accompagnait se fait dépouiller elle aussi.

Lorsqu'il me prend mes biens et me frôle en voulant aller vers le couple derrière moi, je sens son aura…

Je sens comme il est tendu.

Il doit avoir fait ça sur un coup de tête.

Ses tempes luisent de sueur.

J'ai peur.

Je suis même terrifié.

Mais je ne peux m'empêcher de le trouver attirant.

Soudain, un bruit sourd.

Tout ce joue si vite, je n'ai pas le temps de comprendre.

Un des petits garçons… à peine cinq ans… qui sort de sa cachette en riant, inconscient…

L'asiatique qui fait un volte-face et qui le braque, sur les nerfs…

Moi qui me jette, comme l'imbécile que je suis, sur l'arme de ce play-boy psychopathe.

Et une détonation.

De la fumée.

Une pointe de douleur et le vide.

Le monde qui chute et ne se relèvera pas.

Moi qui chute et qui ne me relèverai pas.

Le scénario catastrophe.

Ma mort.

Et voilà!!!!

R and R please