Note de l'auteure: Jusqu'à tout récemment, mon acompte était assez pathétique. Un pseudo, une bio et un poème écrit il y a des siècles. Mais voilà que, après des semaines, même des mois d'attente pour un nouveau pc qui fonctionne maintenant à merveille, je peux enfin écrire comme je le veux et me voilà à publier quelque chose sur Fictionpress. Je ne suis même plus certaine de toujours savoir comment ça marche tellement il y a longtemps que j'ai publié ici. Mais pour être honnête, j'ai aussi un peu peur. Peur qu'un lecteur ou une lectrice de tombe ici par hasard et pète les plombs en voyant une de mes publications. J'avoue que je les fait un peu attendre là-bas. Bon, un peu... beaucoup plutôt. Mais, enfin, ce n'est pas pour ça que je suis là. J'ai décidé de faire une toute petite pose ici pour publier quelque chose qui, pour une fois, n'est pas une fanfic. Les personnages sont à moi, les situations sont à moi et, dans ce cas-ci, le dialogue est totalement à moi et je vais vous dire que ça fait du bien de pouvoir avoir des droits d'auteur complets sur un texte.

Pour faire un résumé bref, ce que vous lirez plus bas est une nouvelle littéraire sous forme de dialogue. Je l'avais d'abord écrite parce que j'ai récemment eu l'idée d'une histoire qui pourrait peut-être se retrouver sur ce site, ou qui sait, peut-être dans un livre publié sur le marché et qui me rapporterait de l'argent.... prends un air rêveur. Bon, assez de bavardage. Enfin, il y a quelques semaines, le professeur de français nous a demandé d'écrire une nouvelle littéraire pour le cours et j'ai décidé de lui remettre ceci, mais dans une version raccourcie. Cette version est la bonne, non censurée parce que je suis, personnellement, contre la censure. En passant, un gros merci à mon ami Julien (a.k.a Julius) qui est le seul autour de moi à bien avoir voulu se taper mes 12 pages de texte. Bizoux!

Le voici le résumé promis plus haut. Cette scène devait faire partie d'un peut-être futur roman dont je n'ai pas encore trouvé le titre final. En bref, c'est l'histoire de deux amis d'enfance, Niki et Derik qui ne se sont plus reparlés depuis plusieurs années après de tragiques évènements. C'est assez banal, mais il y a plus et malheureusement, je n'en dirais pas davantage. Ce sera peut-être pour plus tard.

Les deux personnages présents dans cette scène, Derik et Monsieur Demers, viennent tout juste de se disputer durant le cours de littérature (en passant, Derik c'est l'élève et Monsieur Demers c'est le professeur).

Vous ne me suivez pas? Vous n'êtes pas les seuls. À vous de voir, c'est pas mon problème. Bonne lecture!

Confidences

Derik - Pourquoi m'avoir demandé de rester après la classe? Je me suis déjà excusé.

Monsieur Demers - Tu ne vas pas très bien ces derniers temps, n'est-ce pas, Derik?

Derik - Vous ne savez rien de moi.

Monsieur Demers - J'en sais plus que tu penses.

Derik - Comme quoi?

Monsieur Demers - Je préférerais t'entendre me le dire.

Derik - N'imaginez rien à propos de moi.

Monsieur Demers - Pourquoi crois-tu ça?

Derik - Pourquoi croyez-vous que je le crois?

Monsieur Demers - Ne réponds pas avec une question.

Derik - Vous le faites bien, vous. Et de toute façon, nous ne sommes pas en cours, je peux dire ce que je veux.

Monsieur Demers - Tu as raison. Tu n'es pas chez toi non plus.

Derik - Alors voilà ce que vous voulez savoir.

Monsieur Demers - Quoi donc?

Derik - Vous voulez que je vous parle de lui

Monsieur Demers - Lui?

Derik -Lui. Vous avez rencontré mon père, non?

Monsieur Demers - Tu crois?

Derik - À la journée des parents. Vous l'avez sûrement rencontré?

Monsieur Demers - Oui, je l'ai rencontré.

Derik - Et vous avez parlé de moi.

Monsieur Demers - C'est vrai.

Derik - Et vous avez parlé de moi en mal.

Monsieur Demers - Qu'est-ce qui te fais dire ça?

Derik - Je ne vois pas très bien ce que vous auriez pu dire d'autre?

Monsieur Demers - Qu'est-ce que tu veux dire?

Derik - Vous parlez toujours de moi en mal.

Monsieur Demers - Si ça peut te rassurer, il n'a pas parlé de toi en bien non plus.

Derik - En quoi ça devrait me rassurer?

Monsieur Demers - Ça prouve que je ne suis pas le seul fautif.

Derik - Je sais. C'est moi.

Monsieur Demers - Toi?

Derik - C'est moi le fautif, pas vous.

Monsieur Demers - Pourquoi dis-tu ça?

Derik - Je suis qui je suis. Il ne m'aime pas et moi non plus je ne l'aime pas.

Monsieur Demers - Tu ne m'aimes pas non plus.

Derik - Et vous ne m'aimez pas davantage.

Monsieur Demers - C'est toi qui le dit.

Derik - Alors, vous avez eu du plaisir?

Monsieur Demers - Du plaisir?

Derik - Vous avez eu du plaisir à parler en mal de moi?

Monsieur Demers - Nous n'avons pas parlé en mal de toi.

Derik - Vous venez tout juste de dire le contraire.

Monsieur Demers - Je ne te mentirais pas.

Derik - Mais lui oui.

Monsieur Demers - Alors tu ne dois pas beaucoup l'aimer, j'ai raison?

Derik - Je devrais?

Monsieur Demers - C'est ton père.

Derik - Et alors?

Monsieur Demers - C'est ton père, tu ne peux quand même pas le détester.

Derik - Je peux faire beaucoup de choses que peu de gens peuvent faire.

Monsieur Demers - J'imagine.

Derik - N'essayez pas de me faire croire qu'il vous a paru gentil.

Monsieur Demers - J'ai dit ça?

Derik - Non, mais je préfère vous avertir tout de suite. Je n'ai pas envie qu'on me vante ses mérites.

Monsieur Demers - Alors il a des mérites, donc tu dois quand même l'aimer un peu quelque part.

Derik - J'habite avec lui.

Monsieur Demers - Et?

Derik - Et c'est tout. J'habite avec lui, il n'y a rien de plus à ajouter.

Monsieur Demers - Alors tu habites avec lui et vous vous détestez? Ça doit très souvent te causer des ennuis.

Derik - Rien ne me cause des ennuis, c'est moi qui les causent.

Monsieur Demers - Ne parle pas comme ça, voyons.

Derik - C'est vrai, c'est comme ça.

Monsieur Demers - Tu crois que tu lui cause des ennuis?

Derik - Pour lui je suis les ennuis.

Monsieur Demers - Alors c'est comme ça? Vous vous détestez et c'est tout?

Derik - Exact. Toutes les familles ne sont pas parfaites, vous savez.

Monsieur Demers - Ça je le sais, crois-moi. Mais tu dois tout de même l'aimer, juste un peu…

Derik - Pourquoi vous n'arrêtez pas de me demander ça? Ça vous plairait que je dise oui? Désolé, mais moi, je ne mens jamais. Une famille est un groupe de personnes liées par les liens du sang et qui vivent sous un même toit. Il ne fait mention de l'amour nulle part.

Monsieur Demers - Tu es quelqu'un de très intelligent, Derik. Pourquoi n'utilises-tu pas tout ça dans ma classe?

Derik - Je n'ai aucunement besoin de me justifier devant vous, ni devant les autres professeurs, je sais très bien de quoi je suis capable.

Monsieur Demers - Je peux t'apprendre des tas de choses, les autres professeurs aussi.

Derik - Je sais déjà des tas de choses. Vous venez tout juste de dire que j'étais très intelligent.

Monsieur Demers - Tu pourrais faire des études, te trouver un emploi… devenir quelqu'un de très important.

Derik - Je ne serai jamais quelqu'un d'important.

Monsieur Demers - Tout le monde est important pour au moins une personne.

Derik - Je ne suis pas comme tout le monde.

Monsieur Demers - Il y a longtemps que je m'en suis rendu compte, depuis le premier jour où tu as mis les pieds dans ma classe. C'était il y a deux ans et seulement récemment ai-je découvert que quelque chose n'allait pas.

Derik - Tout le monde sait que quelque chose ne va pas chez moi. Vous êtes sûrement très aveugle. Vous voyez quelque chose sans ces lunettes?

Monsieur Demers - Si quelque chose ne va pas chez toi, il s'agit probablement de ton père.

Derik - Je suis comme je suis, je n'ai pas besoin de mon père.

Monsieur Demers - Ta mère est morte quand tu avais neuf ans. C'est ton père qui t'a élevé seul ensuite.

Derik - Vous ne m'apprenez rien ici, merci.

Monsieur Demers - Neuf ans, c'est très jeune. Il a fait celui que tu es devenu.

Derik - Vous vous trompez.

Monsieur Demers - Tu peux dire ce que tu veux, ça ne changera rien au fait que j'ai vu ton père et qu'il y a quelque chose de très mal dans la manière qu'il a eu de t'élever.

Derik - Vous ne savez rien de lui, ni de mes parents d'ailleurs.

Monsieur Demers - Ici tu as tort. Je crois en savoir bien plus que tu penses. J'en sais peut-être même plus que toi.

Derik - Vraiment? Et comment?

Monsieur Demers - J'ai fais des recherches.

Derik - C'est contre le règlement, non? Vous n'avez pas le droit de faire ça.

Monsieur Demers - C'est probablement le cas, mais qui te croirais, de toute façon.

Derik -…

Monsieur Demers - Tu ne dis rien?

Derik - Qu'est-ce que vous voulez que je dise?

Monsieur Demers - C'est déjà arrivé, non?

Derik - Quoi?

Monsieur Demers - On t'a déjà dit ces mots auparavant, non?

Derik - De quoi vous voulez parler?

Monsieur Demers - Ton père te l'a sûrement déjà dit.

Derik - …

Monsieur Demers - J'en étais sûr.

Derik - Mon père dit beaucoup de choses.

Monsieur Demers - Et plusieurs sont très méchantes.

Derik - Alors vous admettez qu'il est méchant.

Monsieur Demers - Je croyais l'avoir déjà fait.

Derik - Oui, mais indirectement. Vous venez tout juste de le faire.

Monsieur Demers - Et ça change quelque chose?

Derik - Quoi donc?

Monsieur Demers - Moi, je change quelque chose? Ma façon de voir ton père?

Derik - Non. Je sais comment il est, peu m'importe ce que vous pensez de lui. Ce serait vous qui seriez dans l'ombre, pas moi.

Monsieur Demers - Tu es quelqu'un de très franc. Je dois dire que j'apprécie beaucoup chez une personne.

Derik - Vous ne semblez pas penser comme ça en classe.

Monsieur Demers - Je n'aime pas être ridiculisé devant ma classe.

Derik - Alors c'est un point que nous avons en commun.

Monsieur Demers - Je l'ai réalisé et je m'en excuse.

Derik - Vous me faites des excuses?

Monsieur Demers - Je ne devrais pas?

Derik - Personne ne s'excuse jamais. On attend toujours que je le fasse.

Monsieur Demers - Et pourquoi ça?

Derik - Parce que je suis toujours celui qui fait le mal.

Monsieur Demers - Et bien maintenant tu ne l'es pas, c'est moi qui t'ai fait du mal et je ne suis probablement pas le premier.

Derik - …

Monsieur Demers - Je ne croyais pas que ça puisse être possible…

Derik - Quoi donc?

Monsieur Demers - Que tu n'ai rien à dire.

Derik - J'ai toujours quelque chose à dire, c'est seulement que certaines choses ne valent pas la peine d'être dites.

Monsieur Demers - Comme quoi?

Derik - Plusieurs choses.

Monsieur Demers - Tout ce que tu peux avoir envie de dire en vaut la peine.

Derik - Vous attendez que je vous dise quelque chose en particulier?

Monsieur Demers - Peut-être que oui.

Derik - Et bien on est deux.

Monsieur Demers - Tu veux que je te dise quelque chose?

Derik - Oui. Je veux que vous me disiez ce que vous savez sur mes parents.

Monsieur Demers - Je savais que tu le voudrais.

Derik - Alors pourquoi vous ne le dites pas?

Monsieur Demers - Où devrais-je commencer?

Derik - J'en sais rien, dites ce que vous voulez.

Monsieur Demers - Et bien, ta mère était professeure de piano et ton père, médecin. Ce sont des gens biens.

Derik - Un bon métier ne fait pas nécessairement quelqu'un de bien.

Monsieur Demers - Tu crois?

Derik - Je sais. Mon père a un bon métier, mais ce n'est pas quelqu'un de bien. Vous l'avez dit vous-même tout à l'heure, pourquoi dire le contraire maintenant?

Monsieur Demers - Je n'ai jamais dit ça.

Derik - Indirectement. Et ensuite?

Monsieur Demers - Ta mère est morte dans un accident de voiture.

Derik - Ça je le savais déjà. Mon père était ivre.

Monsieur Demers - C'est faux. Ils étaient coincés dans une tempête. La chaussée était glissante, il a perdu le contrôle de la voiture.

Derik - Comment peut-on en être certain?

Monsieur Demers - Il y a des experts pour ça.

Derik - Peut-être bien, mais les experts ne peuvent pas tout savoir. Ils ne peuvent pas savoir tout ce qui s'est passé avant l'accident. Peut-être que mon père était vraiment ivre, peut-être que ma mère s'est emportée, peut-être qu'ils se sont disputés et que s'est pour ça qu'il a perdu le contrôle de la voiture.

Monsieur Demers - C'est ce qui est arrivé?

Derik - Ce n'est pas prouvé, mais c'est le genre de mon père.

Monsieur Demers - Pourquoi es-tu aussi convaincu que ton père est mauvais? Et même si c'était vrai, même si ton père était ivre, ça ne signifie pas nécessairement qu'il n'est pas une bonne personne au fond. Je connais une femme exceptionnelle qui a un problème avec l'alcool.

Derik - Mais le fait qu'elle soit alcoolique ne change-t-il pas la façon que vous avez de la voir, la façon qu'elle a d'interagir avec les gens?

Monsieur Demers - Est-ce que ton père boit souvent?

Derik - J'étais en train de vous parler de cette femme.

Monsieur Demers - Je sais, mais j'aimerais savoir si ton père boit.

Derik - Oui, il boit. Tout le monde boit.

Monsieur Demers - Même toi?

Derik - Oui et vous également.

Monsieur Demers - Alors tu es comme tout le monde.

Derik - Pourquoi me dites-vous ça?

Monsieur Demers - Tu as dit que tu n'étais pas comme tout le monde, mais si tout le monde boit et que tu bois également, donc tu es comme tout le monde.

Derik - Mais vous buvez, vous aussi.

Monsieur Demers - Et je suis comme tout le monde, seulement moi, j'ai l'âge de boire, pas toi.

Derik - L'âge n'a pas d'importance.

Monsieur Demers - L'âge, c'est la sagesse.

Derik - Pas toujours.

Monsieur Demers - Tu parles de ton père?

Derik - Pourquoi est-ce que vous ramenez toujours tout à mon père?

Monsieur Demers - Parce que je veux savoir.

Derik - Alors, arrêtez de tourner autour du pot et demandez-moi tout de suite ce que vous voulez savoir.

Monsieur Demers - Est-ce que ton père est violent?

Derik - Vous avez des yeux, non? Vous avez vu de quoi il a l'air?

Monsieur Demers - Oui.

Derik - Et vous pensez qu'il a l'air d'un homme violent?

Monsieur Demers - Je suppose que oui.

Derik - Alors vous avez votre réponse.

Monsieur Demers - Je voulais que tu me le dises toi-même.

Derik - Pourquoi? Vous savez très bien la réponse vous-même, pourquoi vouloir m'entendre le dire? Est-ce que ça vous aurait donné une certaine satisfaction? Je vous ai déjà dit que je le déteste et qu'il est méchant, est-ce que ça ne suffit pas?

Monsieur Demers - Est-ce que tu es heureux chez toi?

Derik - On n'est jamais content là où on est.

Monsieur Demers - Le Petit Prince.

Derik - Vous connaissez?

Monsieur Demers - Je n'enseigne pas la littérature pour rien.

Derik - Mais c'est de la littérature française. Antoine de St-Exupéry n'est pas comme Shakespeare.

Monsieur Demers - C'est un classique. Tout le monde connaît Le Petit Prince.

Derik - Vous seriez surpris.

Monsieur Demers - Ton père ne connaît pas Le Petit Prince?

Derik - C'est devenu une obsession chez vous?

Monsieur Demers - Non, c'est seulement que j'essaie de te faire avouer ce que les autres essaient d'ignorer.

Derik - Et qu'est-ce que vous attendez que je vous avoue, au juste?

Monsieur Demers - Que ton père est violent.

Derik - Mais je vous l'ai déjà dit…

Monsieur Demers - Indirectement.

Derik - …

Monsieur Demers - Alors, Derik, on se fait battre à son propre jeu?

Derik - Je ne joue pas.

Monsieur Demers - Ah non?

Derik - Je ne joue jamais.

Monsieur Demers - Moi si.

Derik - Et vous jouez à quoi?

Monsieur Demers - Au jeu de la vérité. Tu veux jouer?

Derik - C'est quoi ce jeu?

Monsieur Demers - Les règles sont simples. Je te pose une question, n'importe laquelle, celle que j'ai envie de poser, et tu dois absolument me dire la vérité. Si je suis satisfait de ta réponse, tu peux me poser une question de ton choix. Ainsi de suite, mais pas le droit de poser la même question plusieurs fois. Alors, ça t'intéresse?

Derik - Je vous ai déjà dit que je ne joue jamais.

Monsieur Demers - Allez, on fait une toute petite partie. Une limite de sept questions par personne, ça te va?

Derik - Pourquoi sept? Ce n'est même pas un chiffre rond?

Monsieur Demers - C'est un chiffre comme un autre.

Derik - C'est plutôt parce que vous avez tout planifié et vous croyez être capable de tirer ce que vous voulez de moi en sept questions, non?

Monsieur Demers - Alors, tu veux jouer oui ou non?

Derik - D'accord, mais en six questions.

Monsieur Demers - Très bien, mais n'oublie pas, tu dois dire la vérité.

Derik- Je croyais vous avoir dit que je ne mens jamais.

Monsieur Demers - Bon, tu veux commencer?

Derik - Non, allez-y.

Monsieur Demers - Merci.

Derik - De rien, c'est le respect des aînés.

Monsieur Demers - Très drôle. Bon, première question. Est-ce que ton père est violent?

Derik - Vous brisez les règles. Vous l'avez déjà posée, cette question.

Monsieur Demers - Pas pendant le jeu.

Derik - Très bien, alors oui.

Monsieur Demers - Oui quoi?

Derik - Oui, mon père est violent. Je ne vois pas comment un homme de sa taille pourrait être autrement.

Monsieur Demers - Qu'est-ce qui te fais dire ça?

Derik - Vous avez déjà posé votre question. C'est mon tour.

Monsieur Demers - C'est vrai, c'est ton tour. Poses-moi une question, alors.

Derik - La femme exceptionnelle que vous connaissez, celle qui est alcoolique, c'est votre femme?

Monsieur Demers - C'est quelque chose de très personnel que tu me demandes là, Derik.

Derik - N'allez pas dire que vous n'envisagez pas de me poser des questions personnelles également. Ne me mentez pas.

Monsieur Demers - Je ne te mentirais plus, mais il reste que c'est très personnel.

Derik - Ce sont les risques du jeu, vous les ignoriez? Maintenant vous êtes au courrant. C'est pour ça que je ne joue jamais. Parfois on perd sans s'en rendre compte.

Monsieur Demers - On ne perd jamais à ce jeu.

Derik - On ne gagne jamais non plus.

Monsieur Demers - Tu as raison.

Derik - Alors, vous répondez? Quoi que soit votre réponse, je n'en parlerais pas.

Monsieur Demers - Non?

Derik - Qui me croirait de toute façon?

Monsieur Demers - C'est toi qui l'as dit. Pourquoi crois-tu que c'est ma femme?

Derik - Parce que vous avez dit qu'elle avait un problème d'alcool, ce qui veut dire que vous avez du mal à admettre qu'elle soit alcoolique, ce qui veut donc dire que c'est quelqu'un qui est près de vous, donc votre femme. Alors, cette réponse?

Monsieur Demers - C'est oui.

Derik - Très bien, ça me suffit. À votre tour.

Monsieur Demers - Ce que tu as dit plus tôt, à propos de ton père et de sa taille, qu'est-ce que cela a à voir avec le fait qu'il soit violent?

Derik - Vous connaissez sûrement Freud.

Monsieur Demers - Je crois voir où tu veux en venir. Le mal en rapport à la taille des choses?

Derik - Exactement.

Monsieur Demers - Mais les théories de Freud on plusieurs fois été prouvées fausses.

Derik - Je sais. Seulement, celle-là, elle est vraie.

Monsieur Demers - Il y a plusieurs façons de l'interpréter. Et toi, comment l'interprèterais-tu, cette théorie?

Derik - C'est votre troisième question.

Monsieur Demers - Dans ce cas tu m'en posera deux tout à l'heure.

Derik - Je suis en train de briser vos plan, n'est-ce pas?

Monsieur Demers - Tu les as brisés il y a longtemps, Derik. Il est impossible de te tromper ou même de te tenir tête. Alors, comment l'interprèterais-tu? Plus les choses sont de taille, plus elles dégageant le mal?

Derik - Non, je dirais plutôt que plus les choses sont de taille, plus elles peuvent vous faire du mal.

Monsieur Demers - C'est assez logique, en effet. Freud pourrait presque avoir l'air d'un amateur.

Derik - Alors c'est mon tour. Il y a longtemps que vous êtes mariés, votre femme et vous?

Monsieur Demers - Tu semble très intéressé à ma femme.

Derik - Vous l'êtes tout autant avec mon père. C'est agaçant, n'est-ce pas?

Monsieur Demers - Je te l'accorde.

Derik - Ne vous en faites pas, je ne m'intéresse pas aux femmes plus âgées.

Monsieur Demers - Tu me rassure, car je sais que je n'aurai aucune chance contre toi. Ely et moi sommes mariés depuis bientôt 10 ans.

Derik - Et vous l'aimez?

Monsieur Demers - C'est une autre question? Oui.

Derik - J'aime bien, c'était un oui honnête. Peu de gens sont encore capable de dire des ouis honnêtes.

Monsieur Demers - Et moi, j'en suis capable.

Derik - Il semblerait que si.

Monsieur Demers - Derik, es-tu heureux chez toi?

Derik - Je croyais vous avoir répondu. Bon, ne le dites pas. « Indirectement. »

Monsieur Demers - Alors, es-tu heureux chez toi?

Derik - Chez mon père?

Monsieur Demers - Chez toi.

Derik - Si vous voulez parler de la maison où j'habite avec mon père, ce n'est pas chez moi, c'est chez lui.

Monsieur Demers - Très bien, alors es-tu heureux chez lui?

Derik - Non, je ne suis pas heureux et je ne crois pas que ça pourra changer de sitôt.

Monsieur Demers - Très bien, c'est direct, mais pour…

Derik - Ne demandez pas pourquoi, c'est mon tour.

Monsieur Demers - D'accord, vas-y.

Derik - Est-ce que le fait que votre femme soit alcoolique change quelque chose à l'amour que vous avez pour elle?

Monsieur Demers - Non.

Derik - Ne me mentez pas. Vous aviez promis.

Monsieur Demers - Je t'ai déjà dit que je l'aimais. Tu te rappelles le oui honnête?

Derik - Je m'en rappelle, seulement ce n'est pas la même question. Tout à l'heure, je vous ai demandé si vous l'aimiez. Vous avez répondu avec le oui honnête. Maintenant, je vous demande si le fait qu'elle soit alcoolique influence la façon dont vous l'aimez. C'est tout à fait différent.

Monsieur Demers - Très bien, je suppose que oui alors.

Derik - Donc vous l'admettez. Vous admettez que parce que votre femme est alcoolique, vous l'aimez moins que si elle ne l'était pas.

Monsieur Demers - J'aime ma femme.

Derik - Je le sais ça, mais vous l'aimez moins que vous l'aimeriez si elle n'avait pas un problème d'alcool.

Monsieur Demers - …

Derik - J'ai raison.

Monsieur Demers - Tu as raison.

Derik - Vous n'y aviez jamais pensé auparavant. Je ne vous juges pas. C'est la même chose avec mon père. Je le déteste, mais je le détesterai moins s'il n'était pas alcoolique, parce que c'est ça qui a tué ma mère.

Monsieur Demers - Mais tu n'es pas certain qu'il était saoul le soir de la mort de ta mère.

Derik - Il n'est pas bien de se faire de faux espoirs.

Monsieur Demers - Tu ne semble pas être le genre de personne à se faire de faux espoirs.

Derik- Tout le monde se fait de faux espoirs, qu'on l'admette ou non.

Monsieur Demers - Tu as peur que je te donne de faux espoirs.

Derik - Je ne comprends pas.

Monsieur Demers - Tu as peur qu'en répondant à mes questions, tu devras avouer des choses et qu'ensuite je proposerai de t'aider et tu as peur d'avoir de faux espoirs parce que tu ne veux pas être déçu… comme c'est déjà arrivé auparavant…

Derik - Donc, vos recherches ne sont pas limitées à l'accident de voiture qui a tué ma mère.

Monsieur Demers - Explique-toi.

Derik - S'il est vrai que vous avez effectué des recherches, alors vous devez sûrement savoir que j'ai déjà eu une conversation semblable avec d'autres personnes avant vous.

Monsieur Demers - C'est vrai.

Derik - Et c'est ce qui vous étonne.

Monsieur Demers - C'est ta dernière question?

Derik - Ce n'était pas une question.

Monsieur Demers - Tu as raison, ça m'a étonné.

Derik - Si ça peut vous rassurer, la conversation que j'ai eu avec vous jusqu'à maintenant est nettement plus intéressante que toutes les autres.

Monsieur Demers - Tu m'en vois vraiment ravi. Alors ces autres personnes…

Derik - Maintenant vous voyez ce que je voulais dire en parlant de Freud.

Monsieur Demers - Tu peux m'éclairer?

Derik - C'est votre cinquième question. Mon père connaît tout un tas de gens. La théorie ne s'applique pas seulement au volume des choses, vous voyez. Le rang social s'y applique également. Plus les gens sont de taille, plus ils peuvent vous faire du mal.

Monsieur Demers - Comment tu peux parler aussi simplement de quelque chose d'aussi grave?

Derik - C'est ça votre dernière question?

Monsieur Demers - Non.

Derik - Alors posez-là et faites bien attention à ce que vous dites, c'est votre dernière chance de savoir ce que vous voulez vraiment savoir.

Monsieur Demers - J'irais donc droit au but. Derik, est-ce que ton père t'a déjà battu?

Derik - Je vais répondre à celle-là, mais avant tout, je veux que vous me répondiez franchement.

Monsieur Demers - Vas-y.

Derik- Si je vous donne la réponse que vous attendez, est-ce que ça changera quelque chose?

Monsieur Demers - Oui.

Derik - Je vous rappelle que vous avez promis de ne plus me mentir. Et souvenez-vous des faux espoirs.

Monsieur Demers - Je ne te mens pas.

Derik - Si vous le dites. Oui.

Monsieur Demers - Oui?

Derik - Oui. La réponse à votre question est oui. Vous êtes satisfait? Vous ne voulez pas des preuves en plus?

Monsieur Demers - Je n'ai pas besoin de preuves. J'en ai déjà suffisamment.

Derik - Alors je pars, je suis déjà assez en retard à cause de votre jeu stupide.

Monsieur Demers - Je croyais que ça te plaisais?

Derik - Indirectement. À demain, Monsieur Demers.

Monsieur Demers - Derik, il te reste une question.

Derik -Vraiment?

Monsieur Demers - Tu ne vas tout de même pas la gaspiller.

Derik - Vous avez raison.

Monsieur Demers - Que veux-tu savoir?

Derik - Comment avez-vous su? Ce n'est quand même pas mon père qui vous a raconté tout ça?

Monsieur Demers - Non, c'est que j'ai déjà été à ta place.