RAR :

Caropooh : Merci de ta review , elle m'a faite énormément plaisir ! Merci également de tes compliments qui réchauffent le cœur ! La suite ? Là voilà : le dernier chapitre, même si à l'origine il y en avait encore un mais je préfère que cela se termine ainsi : du point de vue des protagonistes ! Ce qu'il va advenir d'une princesse déjà morte depuis des siècles ? Surprise !!! Mais ne t'inquiète pas pour Wong : tout va aller pour le mieux pour lui et elle.

Chapitre 9: Une luciole dans la nuit

Depuis que Zhao était revenue un mois auparavant, Wong ne vivait que pour les instants où ils se rencontraient dans leur bosquet, cachés des autres, cachés de la vie. Il avait quitté l'appartement qu'il avait continué à occuper avec Kieko, au grand désespoir de celle-ci qui ne le comprenait toujours pas, et avait emménagé dans une petite chambre d'hôtel où il passait son temps à dormir et ne touchait plus à une goutte d'alcool, le retour de sa bien aimée lui ayant redonné le goût de vivre.

En ce merveilleux après midi d'été, les deux amants discutaient paisiblement lorsque la jeune femme s'anima et entreprit de se pencher sur l'eau alors qu'il souriait à la vision charmante qu'il avait devant lui. Wong se dit en lui même qu'il était le plus heureux des hommes d'avoir trouvé son âme sœur et d'avoir eu la chance de la rencontrer à nouveau après l'avoir perdu, ce qui n'était pas donné à tout le monde. En effet qui pouvait se vanter d'avoir rencontré son âme sœur, de l'avoir reconnu et de ne pas l'avoir laissé filer entre les doigts? Bien peu de monde. La jeune femme se releva et se figea, portant une main à sa poitrine. Alors qu'elle émettait des sons rauques, Wong se précipita à ses côtés juste au moment où elle s'évanouit. Il la recueillit dans les bras et l'allongea sur la longue pierre plate, retirant sa veste pour servir d'oreiller à la jeune femme. Elle ouvrit de nouveau les yeux quelques minutes plus tard à son grand soulagement et se mit en position assise grâce à l'aide de Wong qui ne lâchait pas sa main. Il porta un regard anxieux sur elle et l'interrogea:

"Que s'est il passé?

"Rien.

"Je t'en prie, Zhao. Tu suffoquais et tu t'es évanouie.

"Je t'assure.

"N'essaie pas de me mentir. Tu ne peux rien me cacher. Je sais qu'il y a quelque chose."

La jeune femme abandonna la lutte perdue d'avance et reporta son regard au loin, se perdant sur l'horizon. Sans le regarder, elle dit d'une voix à peine audible:

"Je me meurs.

"Quoi? demanda-t-il, le souffle coupé par cette révélation.

"Mon mari m'a transmis une maladie qui me consume. Le médecin ne m'avait pas donné plus d'une semaine et ça en fait deux. Je ne tiendrai pas plus longtemps."

Le jeune homme se leva et commença à arpenter le jardin d'un pas anxieux, fronçant les sourcils, ne voulant croire à la perte toute proche de l'amour de sa vie.

"C'est impossible." lança-t-il d'un ton péremptoire.

La jeune femme soupira en reportant à nouveau son regard d'ébène vers son amant.

"Si. lui assura-t-elle d'un ton doux. On ne peut rien y faire. C'est écrit et je ne peux lutter plus longtemps contre mon destin.

"Non, c'est impossible. Tu ne peux pas mourir. continua-t-il s'arrêtant pour la fixer.

"Wong, il en est ainsi. Je m'y suis faite, à toi maintenant de te résigner à cette fatalité.

"Non, tu ne me comprends pas. Tu ne peux pas mourir: tu es déjà morte."

La jeune veuve poussa un petit cri de stupéfaction, faisant un mouvement vers l'arrière. Il la fixa d'un air navré d'avoir dû lui dire de cette façon.

"Je...tu...je ne sais pas comment expliquer ceci. Pour toi nous sommes en 1436, n'est ce pas?" Voyant la jeune femme acquiescer de la tête, il continua en lui prenant les mains. "Pour moi, nous sommes en 2006. Je ne saurais comment cela a pu se produire mais c'est arrivé. Tu m'es apparue sur un cliché et je t'ai cherché et retrouvé dans cet endroit. Tu n'es pas un être vivant bien que je sente la chaleur de ta peau comme tu sens la mienne, lui expliqua-t-il en lui caressant la joue, tu n'es pas un fantôme non plus. Je dirai que tu es une sorte de réminiscence de cet endroit, qui continue à revivre ce dont il a été témoin auparavant. Notre amour, le fait qu'on soit des âmes sœurs vivant dans des époques différentes a dû créer un dysfonctionnement, une faille pour permettre notre rencontre."

Le long de son discours, Zhao s'était calmée, comprenant pourquoi ils ne se rencontraient pas en dehors de cet endroit, comme si ce jardin était une bulle pour les préserver du monde extérieur, un éden que le temps avait créé pour leurs rencontres. Elle prit une profonde inspiration et reprit de sa voix douce et calme:

"Ca ne change rien.

"Comment ça?

"Le temps continue de s'écouler pour moi, comme pour toi. Dans mon époque, je suis sur le point de mourir et le fait que j'existe pour toi n'implique pas que je sois éternelle. Le temps va achever son œuvre et dans quelques temps, tout sera fini, je serai morte.

"Non. se borna-t-il le visage ruisselant de larmes. Non, tu ne peux pas me quitter, tu ne peux pas mourir."

Il mit sa tête sur les genoux de sa bien aimée et laissa sa douleur éclater devant l'inéluctable de leur situation. Il avait beau s'y refuser, elle allait le quitter encore une fois mais dorénavant ce serait définitif, il n'y aurait plus de retour en arrière. Elle le berça en caressant ses cheveux, le rassurant.

"Connais-tu l'histoire de Jingu?" lui demanda-t-elle, l'air absorbé dans sa mémoire.

Il releva la tête et la fixa en faisant signe que non. Elle entreprit alors de la lui raconter:

"Jingu avait un petit frère qu'elle aimait de tout son cœur. Cependant, un soir, elle se querella violemment avec lui, ce genre de dispute qu'ont souvent les frères et sœurs pour une raison dont eux seuls conservent le secret. Le petit garçon, effrayé, s'enfuit à travers champs aussi vite que le lui permettaient ses petites jambes et ses sanglots. Ce fut bientôt au tour de Jingu de s'affoler: son frère ne rentrait toujours pas. Elle s'en fut par la campagne, explora tous les jardins, toutes les rizières, tous les coteaux où poussaient les mûriers mais point de petit frère. Alors cherchant toujours, elle parvint à l'orée d'une grande forêt et le noir profond l'enveloppa, noir de la nuit, puis noir des arbres dont la masse dense demeurait impénétrable. Hurlant de peur, épuisée, trébuchante, Jingu tomba et mourut d'épuisement. Mais son âme inconsolable refusait obstinément de rejoindre le séjour des morts: elle cherchait toujours son petit frère. Les juges des Enfers, émus, finirent pas l'autoriser à se réincarner dans une luciole. Les soirs d'été, on la voit encore portant lumière et laissant derrière elle un sillage d'émeraude, courir la campagne à la recherche du malheureux petit garçon. Vois tu Wong, je suis comme Jingu. Lorsque la mort me séparera de toi, je te chercherai partout à travers monts et vaux, à travers les âges. Je ne cesserai jamais de te rechercher jusqu'à ce que je t'ais retrouvé. Je t'en fais le serment."

Durant le récit qu'elle avait fait, la nuit les avait peu à peu enveloppé et Wong hocha la tête pour lui faire comprendre qu'il l'attendrait quand bien même, il ne pourrait la retrouver qu'après plusieurs éternités. Ils s'étreignirent longuement avant de se séparer à regret, pressentant qu'ils ne pourraient plus le refaire avant longtemps.

.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.

Le lendemain, elle ne vînt pas, ni le surlendemain. Au troisième jour, Wong se résigna à la perte de sa belle. Les jours devinrent des semaines, les semaines des mois, et un après-midi, il eut un besoin impérieux de mettre noir sur blanc leur histoire, de dire au monde entier qu'il avait trouvé le bonheur qui lui avait été arraché peu de temps après et qu'il voulait s'excuser auprès de Kieko de n'avoir pu rencontrer un amour comme celui qui l'unissait à Zhao. En partant vers la Cité Impériale où il continuait à se rendre inlassablement toutes les nuits, il glissa la lettre à la porte de l'appartement de la jeune femme. Il se promena dans les rues de la Cité morte depuis des siècles et s'appuya sur la rambarde d'un pont de bois rouge enjambant l'une des rivières traversant le lieu. Il écoutait les eaux s'écouler sous ses pieds quand une petite luciole apparut dans son champ de vision, laissant derrière elle un faisceau de lumière tortueux. Puis épuisée, elle descendit sur la main du jeune homme qui la fixait alors qu'elle s'éteignait sur sa peau, comme ravie d'avoir trouvé un endroit où mourir en paix. Wong sourit paisiblement et comprit ce qu'il devait faire. Gardant précieusement le petit insecte dans le creux de sa main, il enjamba sereinement la rambarde et, le sourire aux lèvres, se jeta dans la rivière dont les eaux noires le happèrent et l'engloutirent à jamais.

Fin.

.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.

Voilà c'est fini : j'espère que vous avez apprécié cette histoire que j'ai préféré terminé ainsi plutôt que de finir comme à l'origine avec le point de vue de Kieko qui dénotait avec le reste du récit et ne me satisfaisait pas vraiment. Je vous remercie d'avoir lue cette fiction et de m'avoir soutenue pour cette histoire qui est la seule à présent que j'ai terminé. Encore un grand merci (je ne le ferai jamais assez) et peut être au hasard d'autres pages !