Le grand retour plus tres attendu de Dame Fleau d'Armes, qui remercie au passage le valeureux Mavrok pour sa beta-lecture, qui prend la forme d'un One Shot assez deprimant. Pourtant, je crois que je vais mieux ces derniers temps... Mais rien a faire, tout ce que je peux ecrire va toujours dans la meme direction. J'ai bien essaye d'ecrire une fin alternative mais j'ai pas reussi. Si elle daigne sortir un jour, je la mettrais en ligne.
Excusez le manque cruel d'accents mais mon PC est a present dote d'un clavier qwerty depourvu de ce genre de ponctuation... C'est fort genant j'en conviens mais bon.

Bonne lecture donc (et bonne annee )... Et n'oubliez pas la review a la fin! ;o)



Ca y est, je suis arrivee au bout de mon periple. Une semaine durant, j'ai marche pres de 20 heures par jour ne tenant compte ni du temps qui passait ni de la faim qui me tiraillait des entrailles. Seul m'importait le but de cette marche.

Les paysages que j'ai traverse me coupaient le souffle tant ils etaient beaux, purs, depourvus de la moindre salissure endemique a la presence humaine. Cette montagne, c'est mon sanctuaire, la ou je me refugie lorsque tout va trop mal.

Ces derniers temps avaient ete particulierement eprouvants et mon ame, mon corps me hurlaient sans cesse qu'ils avaient besoin de se ressourcer. Mes batteries etaient vides et il n'y avait aucun espoir de pouvoir les remplir a nouveau en restant en bas.

J'avais donc decide d'y retourner une derniere fois. Cela me fatiguait de devoir sans cesse effectuer des allers et retours et de constater qu'a chaque fois que je reviens, le monde est encore plus gris que la derniere fois que je l'ai laisse. J'envisageait donc serieusement de rester la-haut une fois arrivee, de profiter de cet environnement encore vierge, de pouvoir sentir la fraicheur de l'atmosphere lors de mon dernier soupir.

Au cours de ce dernier trajet, tout me parut plus beau, plus colore, plus gai. Le temps etait comme fige. J'avais le sentiment d'etre un visiteur dans un musee, en extase devant un tableau particulierement beau. Plus aucun son ne me parvenait si ce n'est le rythme de mon coeur accelere par tant d'efforts.

Les uns apres les autres, mes pas m'avaient mene au sommet le plus haut. De la, je domine le monde. Je me suis soudain sentie investie de cette mission divine que Dieu meme avait fini par delaisser. La pitie m'etreignit. Tous ces Hommes, si petits du haut de ma liberte, noyes dans leurs propres dechets qu'ils s'evertuent a multiplier... Non, je ne peux pas faire preuve de misericorde envers ces ignobles creatures qui se complaisent dans la decheance! Eut egard pour cette petite fleur chetive qui pousse a mes pieds...

Je sors alors de mon sac tous les cailloux que j'ai ramasse le long du chemin. Je les passe en revue un par un. Celui-la est d'un vert profond, cet autre blanc est lacere de fins traits gris comme s'il etait emballe dans une toile d'araigne. En voici un qui a la forme d'un vague coeur. Et lui, avec ses deux yeux blancs hagards qui me fixent, il a une teinte curieusement rouge, comme une goutte de sang. Je les considere ainsi tous les uns apres les autres, leur inventant a tous une histoire. Je suis tellement desesperee que j'en viens a converser avec de vulgaires cailloux... Si ca ce n'est pas du pathetique grandiose!!

Cette kyrielle de petites roches amassees dans mes bras commence a peser lourd. L'une d'entre elles degringole et tombe sur le sol. C'est celle en forme de coeur. Elle s'est brisee. C'est domage, c'etait me preferee... Tant pis, de toute facon, je vais mourir.

Depitee, je lache ma brassee de cailloux et me laisse tomber sur les genoux. Je m'obstine a vouloir les disposer en un joli tas ordonne. Je veux en faire une pyramide comme au temps des pharaons, quand le monde etait encore viable. Me revient alors un extrait de la tirade du Cid que j'avais du apprendre au college. "Oh cruel souvenir de ma gloire passee, oeuvre de tant de jours en un jour effacee." Acte I, scene 4. Decidement, ce texte ne m'aura pas quitte du jour ou je l'ai decouvert. Il a pris d'assaut ma memoire alors que j'avais 12 ou 13 ans et n'a eu de cesse de me poursuivre, ressurgissant tout au long de ma vie a des moments plus ou moins opportuns. Je pense a Corneille. Serait-il heureux de savoir que, quatre siecles plus tard, quelqu'un va mourir avec pour seule oraison un passage de sa tragedie?

Au milieu de ces pensees, je termine machinalement mon tas de cailloux, en empilant un sur les deux precedents. Je me releve, les genoux endoloris par la durete du sol et contemple mon oeuvre. Je remarque alors que le dernier caillou que j'ai pose, celui qui domine l'edifice est le rouge, avec ses deux taches blanches en plein milieu. Il continue de me devisager comme s'il avait affaire a une personne demente... Demente, je le suis peut-etre devenue, mais ce caillou n'a pas de conscience, il n'est meme pas vivant! Qu'est-ce qui me prend de lui preter de telles idees?! C'est un caillou, un caillou! UN VULGAIRE CAILLOU!! Je lui hurle sa pauvre condition au visage et de rage, je m'apprete a decocher un grand coupe de pied dans ma pyramide. Je ne veux plus voir ce stupide caillou rouge! Je bascule mon poids sur ma jambe gauche, leve le pied droit, plie le genou vers l'arriere et balance mon pied en avant, droit dans cet amas rocheux composite artificiel. Je sais que ca va faire mal mais la douleur physique a souvent appaise la douleur morale. Il est toujours plus aise de se debarrasser de quelque chose a partir du moment qu'il est materialise.

Mais, au moment ou mon pied aurait du, selon toute vraisemblance, atteindre sla cible, rien ne se passa. C'est tout du moins ce que je crus au depart. En fait, au lieu de percuter un tas solide, j'ai l'impression que mon pied s'enfonce dans une sorte de boue gluante. Au lieu de ressentir une douleur aigue qui partirait du bout de mes orteils pour remonter jusqu'au genou puis serait relayee a mon cerveau grace a la moelle epiniere, j'eprouve une sensation d'intense brulure comme si je venais de mettre ma jambe dans le feu ou plutot dans une pate bouillante.

J'ouvre les yeux. La ou aurait du se tenir un simple tas de caillou se dresse une forme rouge, mouvante avec deux yeux blancs, vides.

Prise de terreur, je ne veux plus mourir. Mon instinct de survie me pousse a extirper ma jambe de cette masse mais rien n'y fait. Peu a peu, je me sens aspiree a l'interieur.

Seule ma tete et un bras depassent encore. Tout mon corps brule desormais. Mon ame me quitte, la douleur la fait fuir. Je ne suis plus qu'un poid inerte.

La chose m'avale totalement. Pendant un moment, je vis dans la bete. Elle est vaguement translucide et le monde a travers elle ressort deforme et baigne de sang.

Plus d'air, j'etouffe. Ma vue se trouble, ma tete tourne.

Je m'evanouis.

Je me meurs.

Je suis morte.


la notion de pathetique grandiose, je l'ai trouvee sur un blog au hasard de mes peregrinations sur le net.
"semper sequindo odorem sanguis est Cerberus" en francais ca donne "toujours avide de suivre l'odeur du sang, c'est Cerbere." c'est tire des paroles d'une chanson de E Nomine, "Schwarze Sonne (Soleil Noir)".
Alors...?
C'est pas tres gai hein!... Je vous avais prevenu.
N'oubliez pas la review! lol (comment ca je suis lourde?!)