Titre : sous un saule pleureur

Auteur : Niwa-himé

Genre : tragique, yaoi

Disclamer : tout à moi!!!

Note importante de l'auteur : Histoire traitant d'homosexualité donc si ça plait pas, vous lisez pas !

Je vous souhaite une agréable lecture !

oOo

Un pas, puis un autre. C'est ainsi qu'il errait depuis une heure dans ce parc vide de vie. Il faisait nuit et le vent soufflait violemment, mais il s'en foutait. Plus rien n'avait d'importance. Il était seul et désespéré. Il souhaitait plus que tout que ses pas le conduiraient vers un repos éternel.

Il s'arrêta face à un arbre, un saule pleureur. Comme il pouvait haïr cet endroit à présent. Tout avait commencé ici. Sa descente en enfer avait débuté sous ce même saule pleureur. Sa vie était un désastre. Ils l'avaient tous abandonné. Il était livré à lui seul. Comme il avait mal.

Un «b» et un «v» enlacés dans un cœur, avec écrit «pour toujours»,comme le font les jeunes collégiens amoureux. Quelle insouciance. Pensaient-ils vraiment que leur amour serait éternel ? Si oui, ils avaient été bien naïfs. C'est à cet instant seulement qu'il en prenait conscience. Bastien en aurait pleuré s'il avait pu. Il avait été stupide. Il avait cru au grand amour, et il avait foncé tête basse dans les ennuis.

Il se rappelle encore leur rencontre des plus banales, et il la maudissait chaque seconde davantage. Mais qui aurait pu prédire ce qui allait se passer par la suite ? Il avait cru en lui, en ses belles paroles… quel imbécile ! Il aurait dû se méfier. Mais non, comme d'habitude, le petit Bastien n'a rien vu venir.

Il avait l'air pathétique, seul sous cet arbre, à se remémorer des souvenirs douloureux. Pourquoi attendre ? Peut-être espérait-il au fond de lui qu'un passant l'en empêche. Peu importe. Il n'avait plus que cette solution. Et il avait pris sa décision.

Et puis tout était de sa faute. Il avait bien voulu ce qui s'était passé. Il l'avait rêvé des nuits entières. Mais il avait été persuadé que ces rêves étaient normaux. Tous les adolescents passaient par-là, non? Visiblement il s'était trompé. Il était le seul. Et il avait fait l'erreur d'en parler à son meilleur ami. Ce dernier n'avait pas mis cinq minutes pour l'insulter et lui interdire de l'approcher. Aux vues de sa réaction, Bastien avait compris qu'il n'était pas aussi normal qu'il le pensait.

Il avait tout fait pour se défaire de ces fantasmes, mais rien à faire, ils perduraient. Ce fut horrible lorsqu'il rencontra la personne qu'il désirait. Lorsqu'il le rencontra, lui, son malheur. Tout son être s'était éveillé, et il l'avait fixé durant des heures. Il venait souvent dans ce parc, Bastien était venu chaque jour dans l'espoir de le voir.

Et il était venu à la rencontre de Bastien qui, pris au dépourvu, avait fui à toute vitesse. Il n'avait plus remis les pieds au parc. Mais bien malgré lui, Bastien y était retourné, et ce fut la même scène qui se produisit, sauf que cette foi-ci, il ne s'enfuit pas. Et ce fut sa plus grande faute. Par la suite tout s'était déroulé comme dans un conte de fées. Bastien était sur son petit nuage, heureux par dessus tout. La chute fut brutale et douloureuse lorsqu'il redescendit sur Terre.

Ils étaient amis. Une amitié exceptionnelle certes, mais elle avait été la plus belle qu'il n'ait jamais eu. Bastien lui parlait à cœur ouvert, chose qu'il ne faisait pourtant jamais. Ils s'amusaient, ils riaient, ils discutaient, tout était parfait. Bastien oubliait ses rêves et concentrait son esprit sur une seule personne : lui.

Mais le conte de fées fut de courte durée. Ils commirent tous deux l'impardonnable. Comment avait-il pu faire cela ? Avec un homme ? Il avait réalisé ses rêves. Ils l'avaient fait durant une nuit. Pourquoi avait-il fallu qu'il le fasse ? Ne pouvait-il donc pas être comme tous les autres ? Un homme. Il avait couché avec un homme. Il se dégoûtait. Bastien était certain d'avoir profité de lui. Il était impossible qu'il soit d'accord pour faire ça. Pourtant il avait semblé aimer, tout comme lui. Non, c'était son imagination. Comment aurait-il pu aimer ça ? Quelle honte…

Bastien avait fuit encore une fois. C'était ce qu'il faisait de mieux de toute façon. Il avait ensuite passé une semaine enfermé dans sa chambre. Ses parents ne l'avaient pas forcé à en sortir. Ils s'étaient fait du souci pour lui. Il n'avait pas très bonne mine. Comme il les aimait. Et comme ils avaient dû être déçus. Avant de sortir de chez lui, il avait tout dit. Oui, tout ce qu'il ressentait, tout ce qu'il avait fait, et même les rêves qu'ils faisaient… et qui s'étaient réalisés. Bastien ne leur avait même pas laissé le temps de dire un mot. Il avait hurlé un « pardon », et il était sorti de la maison…. de leur vie.

Il avait marché, et maintenant il se trouvait au pied du saule pleureur à genoux. Il aimait un homme ! Comment cela pouvait-il être possible ? Les hommes doivent aimer les femmes, non ? Il n'avait rien de normal ! Il aurait souhaité que cette relation ne soit qu'une abominable erreur dans sa vie, qu'il l'oublierait vite… mais à chaque fois qu'il fermait les yeux, il revoyait ses mains, ses yeux, il le revoyait lui dire « je t'aime ». Comment pouvait-il vivre avec ces sentiments ? Lui, il n'y arrivait pas.

Ce saule pleureur. Ils avaient échangé leur premier baiser sous ces feuilles. C'était lui qui avait fait le premier pas, Bastien s'était contenté de se laisser faire. Il avait aimé, il ne pouvait pas le nier. Toute leur histoire avait débuté ici même. Et c'est aussi ici qu'il aurait dû arrêter cette supercherie. Vincent avait dû bien rire de lui.

Il ne pouvait pas l'aimer. Bastien était sûr d'une chose : Vincent avait dû faire un pari ou une chose dans le genre comme on le voit dans les films un peu fleur bleue. Si non, comment aurait-il pu l'embrasser, le toucher comme il l'avait fait ? Bastien avait donc profité qu'il soit là pour assouvir ses envies. Il était dégoûtant. Il se donnait envie de vomir.

Il voudrait tant que Vincent arrive, le prenne dans ses bras, le serre le plus fort possible contre lui, l'embrasse, le touche, et le console. Il voudrait l'entendre lui dire qu'il est normal, que leur relation est normale, qu'il l'aime vraiment. Mais Vincent n'était pas là. Et Bastien était seul avec son désespoir. Il avait tenté de trouver une solution à cette situation. Il n'avait réussi à aboutir qu'à la même chose à chaque fois qu'il avait cherché. La mort seule lui enlèverait ce mal-être, cette douleur dans la poitrine. Il n'avait que cette solution, n'est-ce pas ? Pour se faire pardonner. Il mettrait fin à ses jours pour que Vincent le pardonne, ainsi que sa famille, et tous les autres…

Bastien plongea sa main dans son sac et en ressortit un canif. Il ferma les yeux, le porta à son poignet et attendit. Il attendit quelqu'un. Mais personne ne vint. Une larme coula et bien d'autres suivirent. Il reporta lentement, tremblant, la lame de son canif à son poignet. Il parvint difficilement à appuyer la pointe contre sa peau. Bastien ferma les yeux et prit une grande inspiration. Il se trancha alors les veines. Un gémissement sourd sortit de ses lèvres. Il ouvrit les yeux et observa le sang s'échapper de son corps. Avec une rage soudaine, il saisit le canif plus fermement et s'acharna sur sa peau une bonne dizaine de fois. Bastien devint essoufflé. Il écarquilla les yeux et fixa son poignet avant de lâcher le canif. Il poussa de faibles gémissements et tomba sur le côté, se tenant le poignet d'où se dérobait sa vie. Bastien cessa de pleurer. Une musique envahit son esprit. Une voix déchirante et agonisante prononça des paroles qui lui semblaient si évidentes. Ses yeux se brouillèrent, il les ferma et tout devint flou.

Bastien releva la tête et découvrit qu'il se trouvait dans un champ. Il regarda son poignet et ne vit aucune cicatrice, aucune plaie ouverte, rien. Il tourna sur lui-même et parvint enfin à apercevoir l'ombre de deux silhouettes. Il s'approcha d'un pas lent. Les deux personnes se firent plus distinctes. Il les reconnut. Lui et Vincent. Il se rappela cet instant. C'était leur premier baiser. Le saule pleureur était magnifique, il avait toutes ses feuilles. Bastien vit Vincent se pencher sur lui, et déposer délicatement ses lèvres sur les siennes. Leur baiser n'avait été qu'un touché de lèvres. Bastien avait été surpris par ce geste et avait reculé. Ils s'étaient regardés droit dans les yeux, et Bastien avait finalement posé à son tour ses lèvres sur celles tant désirées. Cette fois-ci le baiser avait été plus long et bien plus profond. Bastien, se mordit la lèvre inférieure à ce souvenir. Il n'avait jamais embrassé qui que ce soit avant. Quelle sensation étrange. Il avait été maladroit, Vincent avait eu un léger rire après. Il avait guidé Bastien. Comme il avait aimé ce baiser. Si tendre. Il avait été envoyé sur orbite à la seconde où leurs lèvres s'étaient rencontrées. Pour ce qui est du reste, il en rougissait encore à ce souvenir. Vincent avait dit qu'il avait un goût unique et exquis. Il n'avait pas vraiment compris le sens de ces mots. Un baiser restait un baiser quelque soit la personne avec qui il était échangé, alors pourquoi dire que c'était unique ? Vincent avait forcément eu d'autres flirts. Vincent était quelqu'un d'étrange. Le baiser prit fin, il se vit regarder son aîné rire. Bastien le trouvait tellement beau, et davantage encore avec ce sourire. Tout se brouilla et Bastien se retrouva dans un cimetière.

Il avait 9 ans. Son frère venait de mourir. C'était de sa faute. Tout le monde l'avait dit. Ses parents l'avaient dit. Il devait surveiller son petit frère. Il n'avait fait que le regarder courir. Il courrait sur la route. Mais Bastien n'y pouvait rien. Ses parents n'avaient jamais dit que son petit frère ne devait pas jouer sur la route. Il ne pouvait pas savoir. Non. Il ne pouvait pas savoir que la voiture n'aurait pas le temps de freiner. Il ne savait pas qu'il fallait lui dire de revenir. Pourquoi devait-il revoir cela ? C'était déjà tellement douloureux de vivre avec sa mort. L'homme d'église disait quelques mots et Bastien vit sa mère et son père en larmes. Ils déposèrent une jolie fleur sur le petit cercueil et partirent en direction des voitures, sans un regard pour lui. Il aurait voulu qu'il pleuve ce jour là. Les autres auraient cru qu'il pleurait lui aussi. Bastien se rappelait ne pas être arrivé à verser une seule larme pour son frère. Était-il donc si monstrueux ? Son frère était mort et pas une seule larme ? Ce fut après ce jour que ses parents l'envoyèrent dans un pensionnat. Cela ne faisait qu'un an qu'il était revenu vivre parmi eux. D'ailleurs, Bastien se demandait encore pourquoi. Ils ne se parlaient que très peu. Pourquoi se rappeler ce moment là ? Cela ne faisait que le réconforter dans sa décision. Le cercueil disparu et tout devint flou. Bastien ferma les yeux un court instant et les rouvrit pour se retrouver dans le parc, sur le côté d'un petit chemin encadré d'arbres.

Il vit Vincent marcher le long de l'allée du parc avec ce qui devait être des amis. Et il se vit lui. Avec un groupe de ce qu'il se plaisait à dire « amis », assis à l'ombre du saule pleureur. Son meilleur ami, du moins celui qui l'était encore à ce moment-là, l'avait poussé dans les bras d'une fille. Ils étaient collés quand Vincent les avait enfin remarqués. Bastien fut saisi par le regard qu'il avait eu à ce moment-là. De la douleur. Pourquoi souffrait-il ? Il ne comprenait pas. Était-ce le fait qu'il ait des amis, qu'il puisse vivre sans lui, qui lui faisait mal ? Vincent pensait peut-être qu'il était une personne si pathétique et misérable que personne ne voudrait de sa compagnie. C'était sans doute la raison de cette lueur d'étonnement dans ses yeux. Vincent n'avait pas fait de commentaire sur leur rencontre au parc lorsqu'ils avaient été par la suite en tête-à-tête. Bastien aurait aimé qu'il fasse une remarque, cela l'aurait probablement aidé à comprendre pourquoi il avait eu cet air étonné, mêlé de douleur. Vincent disparu, et le décors changea à nouveau. Bastien se retrouva assis sous le saule pleureur, mais seul cette fois.

Il était venu se réfugier ici. Ses parents lui avaient hurlé dessus. Il en avait oublié la raison, mais il revoyait très bien son père lever la main pour l'abattre sur sa joue. Il connaissait déjà Vincent quand c'était arrivé. Bastien aurait souhaité se réfugier dans les bras de Vincent. Mais il n'était pas là. Qu'aurait-il dit s'il avait été là ? Qu'il en avait assez ? Qu'il ne supportait plus d'être dans une maison où le fantôme de son frère le hantait ? Vincent ne savait même pas qu'il avait perdu son frère quand il était enfant. Bastien réalisa alors que Vincent ne savait rien sur lui, sur son passé. Lui non plus ne savait pas grand chose sur lui. Pourquoi étaient-ils ensemble ? Ils ne se connaissaient pas vraiment finalement. Vincent devait se foutre de ce qui pouvait lui arriver. Bastien s'en fichait. Il ne voulait pas qu'on s'intéresse à lui, qu'on le prenne en pitié. Vincent l'avait déjà pris en pitié une fois, et cela suffisait largement. Il ne se faisait pas d'illusions, Vincent lui avait adressé la parole la première fois seulement par pitié. Ce soir là, il était resté assis durant des heures. Il en avait oublié son rendez-vous avec Vincent. Mais celui-ci ne devait pas se faire de soucis, ou se préoccuper de la raison de son absence, il devait juste être en colère que Bastien lui ait posé un lapin. Vincent lui avait hurlé dessus quand ils s'étaient retrouvés par la suite. Mais Bastien n'y avait pas prêté d'attention particulière. Il s'était contenté de s'excuser faiblement. L'image se brouilla et fit place à une autre scène. Bastien mit un petit moment avant de regarder ce qui s'exposait à ses yeux.

Il se vit de nouveau assis sous le saule pleureur, dans la même position que l'image qu'il avait vu quelques secondes auparavant. Mais différemment de l'autre, il ne s'était pas réfugié ici dans l'espoir d'oublier tout. Il s'était juste assis là pour contempler le ciel, la nature. Bastien vit Vincent arriver derrière lui. Il s'accroupit contre son dos, et se pencha légèrement pour lui donner un baiser sur la joue. Bastien n'avait pas bougé durant tout ce temps. Il n'avait même pas réagit au baiser. Vincent s'était assis sur l'herbe, toujours derrière lui, et l'avait attiré doucement dans le creux de ses bras. La tête de Bastien reposée sur son cœur. Il avait aimé cet instant. Quand il avait entendu les battements de cœur de Vincent, il s'était dit que peut-être… peut-être battait-il pour lui… C'était stupide mais il avait aimé cette pensée. Elle était agréable. Oui, Bastien s'était dit que c'était agréable d'avoir tant d'importance pour une personne qui ne vivait presque que pour lui. Bastien n'avait personne pour qui son cœur battait. Il battait juste parce qu'il fallait qu'il batte. Une nouvelle fois tout devint flou. Bastien baissa la tête et hésita à regarder la scène qui allait se jouer sous ses yeux. Il commençait à avoir les larmes aux yeux.

Bastien redressa la tête lentement et vit Vincent et lui rirent. Comme il aurait aimé rire ainsi tout le temps. Il aimait rire avec Vincent. Celui-ci avait toujours le mot qu'il fallait pour au moins le faire sourire. Vincent était quelqu'un d'exceptionnel. Lui n'était rien. Comment avaient-ils pu finir ensemble ? Là encore l'hypothèse du pari ne l'étonnerait pas. Dans les films les hommes font toujours un pari sur une fille, et à la fin, l'homme demande pardon et finit avec la fille. Dans la réalité, on fait des paris, mais ça ne se termine jamais bien. Enfin peut-être se trompait-il. Vincent avait peut-être une bonne raison de rester avec lui. Mais laquelle ? Bastien avait beau se creuser la tête, il n'en voyait aucune. Alors qu'il ne s'y attendait pas, tout devint flou. Bastien ferma un bref moment les yeux et les écarquilla face à la scène qu'il vit.

Il se vit allonger dans l'herbe, sur le dos, et au-dessus de lui Vincent l'embrassait délicatement. Il eut le souffle coupé. Bastien vit la main de Vincent s'égarer sous son pull alors que ses lèvres embrassaient la peau de son cou. Il avait des frissons et un besoin soudain l'envahit. Il voulait se retrouver dans les bras de Vincent. Il voulait que Vincent lui fasse encore l'amour. Non. Vincent l'avait juste baisé. Il ne lui avait pas fait l'amour. Mais comme il avait été doux avec lui. Il n'avait jamais eu d'expérience sexuelle, mais celle que Vincent lui avait fait connaître avait été sublime. Il n'avait pas de point de comparaison, mais il sentait au fond de lui que Vincent avait été parfait. Bastien ferma les yeux et croisa ses bras sur sa poitrine. Il revoyait les mains de Vincent le déshabiller, le caresser. Sa voix le rassurait et lui murmurait des mots doux, il aurait tant aimé qu'ils soient vrais. Bastien poussa un gémissement au souvenir de cette nuit de passion. Tous ses rêves érotiques étaient partis en fumée. Il n'avait plus qu'eu en tête Vincent. Il était tout pour lui. Finalement, cette nuit là, il avait pris conscience de l'importance qu'avait Vincent pour lui. Mais savoir que ce n'était pas réciproque était tellement douloureux. Bastien eut soudain mal au poignet. Il baissa son regard sur lui et vit des entailles dans sa chair d'où s'échappait un liquide rouge, son sang. Une larme glissa sur sa joue et il murmura doucement, faiblement « Vincent ».

Il ouvrit les yeux et tomba sur le visage de Vincent. Il pleurait et le serrait dans ses bras en se balançant d'avant en arrière, déposant des baisers sur son front.

« Vincent »

« Je suis là, ne t'inquiètes pas, tout va s'arranger Bastien, j'ai appelé une ambulance, elle va arriver d'une minute à l'autre… »

« Non… »

« Non ? Bastien… »

« Je ne veux pas… pourquoi ? »

« Bastien je ne comprends rien »

« Je ne veux pas… de ta pitié »

« Ma pitié… tu es en train de mourir Bastien, tu as perdu beaucoup de sang, je crois que tu délires… bordel, heureusement que le sang a coagulé »

« Laisses-moi… »

« Quoi ? Mais ça va pas ! Ne fais pas d'efforts, restes tranquille… mais qu'est-ce qui t'as pris de faire ça… je savais que tu ne me disais pas tout, qu'il y avait quelque chose qui clochait, mais j'aurais jamais pensé que tu veuilles te donner la mort… »

« Vincent… je crois que je t'aime »

« Oh putain… Bastien, je t'en pris reste en vie, tu dois rester en vie »

« Vincent… tu ne m'en veux pas ? »

« Bastien… Bastien ! Bastien ! Je t'en prie, ouvres les yeux !… BASTIEN !!! »

Vincent faisait les cents pas dans la salle d'attente. Les parents de Bastien étaient arrivés à peine un quart d'heure après le coup de téléphone que l'infirmière leur avait donné. Ils étaient assis côte à côte et se serraient la main. Après environ une heure d'attente, le médecin arriva et demanda à parler aux parents.

« Est-ce que je pourrais… »

« Qui êtes vous ? » demanda le père de Bastien à Vincent

« Ne suis le petit ami de Bastien »

Vincent crut avoir fait une énorme bêtise. Aux vues de leur réaction, aucun des deux ne savait pour les préférences de leur fils.

« Est-ce que je peux parler ? » Questionna le médecin

La mère de Bastien hocha brièvement la tête et le médecin commença donc le résumé de la situation.

« Nous avons pu refermer les blessures de son poignet, il aura des cicatrices mais rien de bien méchant… par contre, son état psychologique m'inquiète… je crains qu'il ne faille le surveiller de très près, et lui faire suivre une thérapie. Votre fils a fait une tentative de suicide, il ne faut pas que vous preniez les choses à la légère. Il risque de recommencer, c'est pourquoi il lui faut un soutien moral constant, et essayer de comprendre et trouver la raison de son geste… il ne s'est pas encore réveillé, il faudra attendre un peu, je viendrai vous prévenir dès que vous pourrez le voir… »

Vincent regarda les parents de Bastien pleurer silencieusement.

« Tout est de votre faute ! Vous êtes le seul responsable de l'état actuel de mon fils ! Ne l'approchez plus jamais ! » déclara le père de Bastien avec agressivité.

« Mais je… »

« Vous ne croyez pas en avoir assez fait ? Vous avez failli le tuer ! »

Vincent partit en vitesse. Ses yeux lui piquaient, il avait envie de pleurer. Comment pouvaient-ils dire ça après ce que Bastien lui avait révélé ? Ils ne comprenaient pas leur fils… ou Bastien avait réellement fait ça à cause de lui. Cette idée était insupportable. Il se sentit soudain fatigué. Il s'assit sur un banc, se prit la tête entre les mains, et versa les larmes qu'il retenait depuis trop longtemps à son goût.

Bastien se réveilla et vit un plafond blanc. Il n'était même pas capable de se tuer.

oOo

à suivre …