Titre : sous un saule pleureur

Auteur : Niwa-himé

Genre : tragique, yaoi

Disclamer : tout à moi !!

Notes importante de l'auteur : Histoire traitant d'homosexualité donc si ça plait pas, vous lisez pas !

je vous souhaite une agréable lecture !

oOo

Bastien avait été ramené chez lui deux jours après sa tentative de suicide. Il avait vu un psychiatre mais il n'avait pas dit la raison de son geste. Il ne voulait le dire à personne. Pourquoi quelqu'un et surtout un étranger venait-il se mêler de ses affaires ? Il était libre de disposer de sa vie comme bon lui semblait. De toute façon, il ne tarderait pas à recommencer. Et il veillerait à ce qu'il ne se rate pas cette fois-ci.

Bastien avait tellement mal. Vincent n'était pas venu. C'était pourtant lui qui l'avait trouvé. Etait-ce parce qu'il avait dit qu'il l'aimait ? Oui, sans doute. De quel droit avait-il des sentiments pour une personne aussi bien que Vincent ? Il avait l'impression d'être un monstre aux yeux de tous. Vincent lui manquait tant. Peut être que s'il était venu voir Bastien, celui ci n'aurait pas eu de suite l'envie de retenter un autre suicide.

Son père avait dit qu'il lui pardonnait tout. Bastien avait compris de quoi il parlait mais il avait fait semblant de ne rien comprendre. Il lui avait alors dit que son petit écart resterait un secret. Son histoire avec Vincent ne valait pas la peine d'être prise en compte. Bastien aurait pourtant voulu que son père lui dise le contraire. Lui aurait souhaité que son histoire avec Vincent soit la seule histoire qu'il ait de sa vie. D'ailleurs il s'arrangerait pour que ce soit le cas. Son père lui parlait comme si tout n'avait été qu'un cauchemar, comme si rien n'avait été réel. Et sa réaction blessait Bastien. Rien n'avait changé avec son père. Si son geste aurait dû avoir une conséquence, alors cela aurait été que son père change de comportement avec lui et se comporte enfin comme un père.

Sa mère non plus n'avait pas changé. Pour la grande conversation qui avait eu lieu à son retour, elle avait donné raison à son mari. La seule chose qui était différente était la façon qu'elle avait de regarder Bastien. Elle lui demandait aussi sans cesse si tout allait bien. Bastien répondait toujours par oui. Mais il pensait le contraire quand elle le demandait. Il se lassait chaque jour un peu plus de ses questions. Mais que pouvait-il faire ? Il n'était pas le genre de personne qui hurle ce qu'il pense. Il préférait garder tout pour lui. Il ne faisait souffrir que lui comme ça.

Bastien n'avait plus de temps pour lui. Il allait au lycée, puis chez le psychiatre et puis il retournait chez lui. Ses parents avaient organisé son emploi du temps et il devait le respecter à la lettre. Son père menaçait de lui donner une claque s'il désobéissait. Bastien ne comprenait pas. Les parents d'un enfant suicidaire sont plus à l'écoute de l'enfant, attentionnés, non ? Ses parents agissaient de la manière opposée. Il était perdu. Il ne voulait même plus chercher ce qui le retenait sur terre. Ses parents ne faisaient en fait que l'encourager dans la voie qu'il avait choisi.

Le psychiatre tentait à chaque séance de le faire parler. Bastien restait muet. Il ne voyait plus la nécessité de dire quoique ce soit. Sa seule raison de ne pas mourir s'était enfuie au galop. Et puis comment pourrait-on le comprendre ? Il avait déjà dû mal à se comprendre lui-même alors si quelqu'un s'en mêlait. Bastien avait des anti-dépressifs à prendre. Il n'en saisissait pas le pourquoi mais il les prenait sans un mot. Mais ils ne l'aidaient en rien. Ils l'ensuquaient un peu de temps en temps mais sans plus.

Bastien était étendu sur son lit. Cela faisait un mois qu'il ne l'avait plus revu. Vincent. Son cœur se serrait. Pourquoi n'était-il pas à ses côtés ? Il voulait être dans ses bras, respirer son odeur. La vie était si cruelle. Il avait enfin mis la main sur ce qui pourrait le faire vivre et on le lui arrachait violemment. Il aurait pensé que Vincent veuille le voir et aille même jusqu'à se battre pour lui. Il était ressorti de cette tentative de suicide encore plus stupide qu'il ne l'avait été avant.

Il entendit sa mère l'appeler. Il devait aller en cours. Une perte de temps. Il ne suivait rien de ce que disaient les professeurs. Il avait détesté leur attitude lorsqu'il était revenu en classe. Ils avaient tous été aux petits soins avec lui. Cela l'écœurait. Il en avait marre d'entendre constamment les autres lui demander si tout allait bien, s'il voulait parler d'un problème. Personne ne s'était jamais intéressé à ses problèmes avant. C'était là leur principale erreur.

Les cours étaient terminés. Il devait se rendre chez le psychiatre. Sa mère l'accompagnait tout le temps. Il était sous surveillance 24 heures sur 24. Comme à chaque fois, le psychiatre l'accueillit avec un grand sourire.

« Bonjour Bastien, comment vas-tu ? »

Bastien ne répondit pas. Sa question était stupide. Il ne serait pas là s'il allait bien et ils le savaient tous.

« Est-ce que tu es d'humeur à parler aujourd'hui ? »

Bastien s'assis et attendit. Il attendit que le temps passe. Lorsque le psychiatre repris la parole une demi-heure était déjà passée.

« Bien… Bastien, si tu es ici, c'est parce que tu as des problèmes, tout ce que je veux c'est t'aider à résoudre ces problèmes pour que tu ailles mieux, mais pour trouver la solution à ces problèmes il faut que tu me parles… »

Bastien le regarda dans le blanc des yeux. Ses parents lui avaient promis qu'il pourrait avoir un peu de temps seul si le psychiatre leur disait qu'il avait fait des progrès. Mais il n'avait pas envie de parler.

« La vie est tellement merveilleuse, alors je…

Merveilleurse… Pourquoi ? Pourquoi est-ce que nous nous accrochons à la vie ? Elle n'est que souffrance et désespoir. D'une telle vie j'en veux pas. Les hommes ne sont fait que pour une chose : souffrir et faire souffrir. Ils n'ont pas de cœur. Ils sont de glace. Des êtres dépourvus d'âme, de sensibilité… j'ai tellement honte d'en être un. Je me déteste avant tout parce que je fais parti de cette race infâme. Et je suis condamné à vivre. Condamné, parce que vous croyez bien faire en m'empêchant de mourir, de me tuer, mais vous ne me faites que souffrir davantage. Je vous hais. Je hais ce monde. Et je suis maudit à rester ici parmi ces monstres, ces bêtes assoiffés de la douleur de leur semblable, la torture les fait jouir, ne voyez-vous donc pas le malin plaisir qu'ils prennent à voir pleurer et crier de désespoir les autres ? Je n'ai pas peur de ce qui pourrait y avoir de l'autre côté de la mort. Je n'ai pas peur. Pourquoi ? Parce que rien ne peut être pire que de vivre. Vivre parmi vous. Ici, je suis en enfer. Je meurs à petit feu, lentement, et j'agonise sous les yeux du monde entier qui aime voir le malheur s'abattre sur moi… Pourquoi j'ai fait ça ? Parce que je voulais tout arrêter. Je voulais que cette mascarade qu'est la vie cesse. Je voulais ne plus avoir mal. Je voulais arrêter de crier comme un malade mon désespoir en attendant encore et encore que quelqu'un vienne me demander pourquoi j'hurlais. Mais personne, vous m'entendez, personne n'est venu. Ils m'ont bâillonné. Voilà ce qu'ils ont fait. Ils m'ont bâillonné parce que j'étais trop bruyant ! Mais moi tout ce que je voulais c'est une main qui se serait tendue vers moi. C'est tout ce que je voulais, rien de plus ! Je voulais être aidé mais plus maintenant ! J'ai compris que l'homme est égoïste, et que jamais… jamais je ne pourrai survivre dans ce monde sans être protégé, entouré, ou je ne sais quoi, par quelqu'un. En fait, je voulais juste compter pour lui. Je voulais être avec lui. Être son ombre m'aurait suffit. N'importe quel rôle m'aurait convenu, du moment que j'étais avec lui. Mais il n'a pas compris. J'avais pourtant cru qu'il n'était pas comme tous ces stupides hommes. J'ai cru qu'il m'entendrait hurler. Mais il s'est bouché les oreilles. Il n'a rien voulu savoir. Il n'a pas voulu écouter. Alors qu'il était mon dernier espoir. Et puis tout ça n'était que des illusions. Je me suis menti. Je savais. Je savais dès le départ que je n'étais rien pour lui. Absolument rien. Alors pourquoi ? Pourquoi est-ce que je me suis imaginé que je représentais quelque chose pour lui ? Pourquoi ? Peut-être… peut-être qu'en fait, tout est de ma faute. J'en demande peut-être trop à l'homme. Je lui demande de déplacer des montagnes pour moi. Mais qui suis-je pour oser faire une telle demande ? Personne. Je vois les humains comme des monstres mais peut-être est-ce moi le monstre dans l'histoire ? Ce que je suis stupide… Est-ce que vous m'entendez parler ? Quels beaux clichés que voilà ! »

La surprise du psychiatre lorsqu'il avait prononcé ces mots, lui fit réaliser ce qu'il venait de dire. Et une surprise encore plus marquée se peint sur son visage.

« … Bastien… penses-tu ce que tu viens de dire ? »

Il eut envie de dire une réplique cinglante mais se retint. Pourquoi personne ne voulait prendre ses paroles aux sérieux ? Il avait dit une fois à Vincent qu'il voulait mourir. Et il avait eu un rire amer en disant de ne pas plaisanter avec ce sujet là. Vincent lui avait fait la gueule après. Il avait considéré sa plaisanterie de mauvais goût. Pourtant Bastien n'avait pas plaisanté. Il aurait aimé que Vincent lui donne une raison de ne pas accomplir son geste.

Une sonnerie retentit. C'était la fin de leur entretient. Bastien se leva précipitamment et couru presque pour rejoindre sa mère qui l'attendait patiemment. Bastien prit sa mère par le bras et la tira vers la sortie. Il voulait partir. Il ne voulait plus voir le psychiatre. Il fuyait. Il le savait. Il se comportait encore une fois comme un lâche mais peu importe. Il voulait partir. Le psychiatre les interpella à un pas de la sortie et sa mère se retourna pour l'écouter. Il avait été choqué et lui avait fallu un petit moment avant de se remettre des propos de Bastien. Mais il n'avait pas pris assez de temps selon ce-dernier.

« Bastien, je voulais te dire que nous reparlerons de tout ça et madame j'aimerai si possible le voir demain, je sais que c'est soudain et très impoli de ma part de vous prévenir au dernier moment mais il faut vraiment que Bastien vienne me voir demain. »

Sa mère acquiesça sans réellement comprendre ce qui se passait. Elle pensait pourtant que le psychiatre n'arrivait à rien avec son fils. Qu'avait bien pu dire Bastien pour déclencher cette réaction chez le psychiatre ?

Bastien avait une boule dans l'estomac. Qu'allaient-ils se dire à la prochaine séance ? Il ne voulait pas en parler. Qu'allait-il faire maintenant qu'il avait déballé une grande partie de sa douleur ? Il ne pouvait pas faire marche arrière. Il ne pouvait plus maintenant. Le psychiatre ne le laisserait pas faire un pas en arrière. Il allait insister. Il allait vouloir en savoir encore plus. Bastien n'avait plus d'échappatoire. Mais était-ce si mal que cela finalement ? Peut-être que ce psychiatre pourrait réellement l'aider. Peu importe. Il était payé pour écouter les gens vider leur sac, alors il viderait le sien, jusqu'à ce qu'il n'y ait plus rien à dire. Bastien parlerait au moins à une personne de sa misère. Personne ne pourra dire qu'il n'avait rien fait pour se sortir de là.

Sa mère était à ses côtés, elle souriait. Tous les gens dans cette rue bondée souriaient. Il aurait voulu ne plus voir personne sourire. Il voulait leur arracher leur envie de sourire. Le psychiatre, les professeurs, les « camarades de classe », même les passants, mais surtout sa mère. Son père ne souriait pas. Mais aussi loin que remontait la mémoire de Bastien, il n'avait jamais vu son père sourire. Mais sa mère était insupportable. Son sourire accroché aux lèvres. Elle ne s'en détachait plus. C'était étonnant. Depuis sa tentative de suicide, elle ne l'avait jamais quitté. Il était là. Et Bastien avait l'impression que son sourire se moquait de lui, lui riait au nez. C'était horrible. Il aurait préféré retrouver sa mère avec ses tonnes de sautes d'humeur. Quelle hypocrite. Elle était comme tout le monde, hypocrite. Elle souriait. Oh oui, elle souriait, et elle prenait soin ainsi de voiler la douleur, la misère. Elle se voilait la face. Mais elle n'était pas la seule à le faire. Tous. Tous le faisaient. C'était d'ailleurs si barbare. Cette façon de s'empêcher de voir la réalité. La chute était pourtant plus difficile lorsqu'on ne connaissait pas ce qu'il y avait en bas. Alors pourquoi s'empêcher de regarder ce qu'il y a au fond du ravin ? Pour que la douleur soit encore plus aigu ? Que l'homme est atroce.

Sa mère l'entraîna avec elle faire des courses. Il détestait aller au centre ville. Il y avait beaucoup trop de monde. Il n'aimait pas la foule. Mais il ne protesta pas. Et quand bien même. Le moindre signe de refus, de « rébellion » comme disait sa mère, et il était surveillé encore plus férocement qu'il ne l'était déjà. Il préférait donc éviter de contre-dire ses parents et ils leur obéissaient au doigt et à l'œil. Bastien se languissait que cette situation si ridicule se termine au plus vite. Bastien n'écoutait pas ce qu'elle disait. Il n'écoutait plus personne, et puis de toute manière pour ce qu'ils avaient à dire. Il s'ennuyait. Il ne pouvait même pas s'évader dans sa tête. Si sa mère l'apercevait avoir les yeux dans le vague, elle courait le dire à son père qui venait lui donner une bonne claque pour le faire revenir à la réalité. Quelle délicatesse. Bastien adorait ses parents.

Alors que sa mère entra faire ses achats, Bastien préféra rester dehors avec l'accord de celle-ci, évidemment. Elle avait eu un éclair d'hésitation et puis l'avait finalement laissé seul. Il ne s'aventurerait pas à fuir. S'il prenait le risque, il devrait être sûr de ne jamais revenir. Il n'osait pas imaginer la scène qui se passerait une fois qu'il serait face à son père après cette petite fugue. Bastien secoua la tête. Mieux valait qu'il ne pense pas à ce genre de choses. Cela lui donnerait trop d'idées et il risquerait de s'exécuter.

Il s'appuya contre le mur du petit magasin et attendit patiemment. Il observa distraitement les passants et son regard se porta sur le trottoir de l'autre côté de la rue piétonne. A quoi servait un trottoir si les passants pouvaient marcher sur toute la largeur de la rue ? C'était une preuve supplémentaire de la stupidité des êtres humains. Il vit un petit groupe de jeunes. Ils riaient. Lui aussi avait eu droits à quelques instants de bonheur avant ça. Ce n'était pas du bonheur pas à proprement parler mais c'était un court instant où plus aucun souci n'existait. Sans s'en rendre compte il ne cessa plus de les fixer. Et peut-être qu'à ce moment là, une petite lueur d'envie dans ses yeux faisait son apparition. Est-ce que s'il retrouvait ces petits moments là, le désir si intense de vouloir la mort s'amoindrisserait ? Il ne pourrait jamais plus le savoir puisqu'il était contraint de suivre les moindres petits pas de sa mère.

Sans y faire attention, son regard s'accrocha à une silhouette qui faisait partie de ce petit groupe. Étrangement elle lui paraissait familière. Bastien se fit plus insistant. Il était de dos. Il ne voyait pas son visage. Peut-être que s'il le fixait encore et encore, il sentirait un regard et finirait par se retourner vers lui. Il n'en était pas convaincu mais cela ne l'empêcha pas pour autant de le quitter des yeux. A un certain moment, il vit une jeune fille l'observer puis pivoter pour se pencher à l'oreille de sa silhouette. Celui-ci ne mit pas trente secondes à faire volte face. Et Bastien écarquilla les yeux, entrouvrit légèrement ses lèvres, et soudain, il lui parut qu'on venait de lui enlever l'air qu'il respirait et le sol sous ses pieds. Il était dans un profond état de choc. Vincent. Voilà donc pourquoi cette silhouette lui était si familière. Il était là. Juste à quelques mètres. Il riait. Du moins le faisait-il jusqu'à ce qu'il l'aperçoive. Vincent semblait dans le même état de choc que lui. Peut-être Vincent le croyait-il mort. Si seulement cela pouvait être le cas. Bastien aurait donné tout l'or du monde pour qu'on lui ôte la vie et qu'importe s'il devait souffrir mille et une tortures avant. La fille sembla parler à Vincent. Elle avait un sourire sur les lèvres. Était-il si ridicule que cela pour que même une étrangère se raille de lui ? Bastien eu une soudaine envie de vomir. Ses mains tremblèrent. Ses jambes se crispèrent. Partir. Il fallait partir. Ce seul mot raisonnait au fond de lui.

Une larme coula le long de sa joue. Il serra les mâchoires. Qu'importe s'il se montrait faible. Plus rien n'avait d'importance. Son cœur lui faisait si mal. Il avait l'étrange impression d'être écartelé. Vincent fit un pas dans sa direction. Et Bastien se redressa. Il la sentait. Elle l'appelait. Était-il devenu fou ? Qu'importe, il l'avait tellement voulu. Pourquoi pas maintenant. Sa douleur si vive se ravivait, pour le peu qu'elle s'était éteinte. La mort, il l'allait se la donner. Et qui pourrait le sauver ? Personne. Il ne voulait pas être sauver. Pourquoi être sauver d'ailleurs ? Ce serait encore pire d'être une nouvelle fois arraché à la mort. Vincent s'avança dans sa direction. Il n'était qu'à deux pas. Il l'entendit prononcer son prénom. Bastien sourit. Il sentait ses larmes rouler le long de ses joues. Plus rien n'avait d'importance. Il pouvait lui montrer sa souffrance maintenant. Il tourna la tête et vit sa mère. Rien ne l'en empêcherait. Il marcha vers Vincent et posa ses lèvres sur les siennes. Vincent sembla choqué, ou plutôt surpris. Bastien recula légèrement. Juste assez pour pouvoir parler. Il murmura un faible « je t'aime ». Il se détacha de lui. Et après un dernier sourire, Bastien se mit à courir. Il courait aussi vite que son corps le lui permettait. Vincent ne le suivait pas. Alors qu'il était déjà assez loin, il entendit Vincent crier son nom.

Il n'avait pas de temps à perdre. Il arriva devant chez lui. Et il bénit sa mère de mettre une clé sur l'encadrement de la porte. Il entra à toute vitesse. Il se dirigea directement dans la chambre de ses parents.

Qu'espérait-il ? Le voir dans un état de dépression profonde ? Peut-être bien que oui. Il aurait eu la preuve que Vincent avait tenu à lui ne serait-ce qu'un peu. Bastien se considérait comme étant une personne qu'on oublie vite. Et Vincent semblait confirmer ce qu'il pensait.

Il plongea sa main dans le fond de l'armoire et sortit une boite en bois. Il l'ouvrit lentement, retenant presque son souffle. Il caressa doucement le métal qui s'offrait lui. L'arme à feu de son père. C'était une façon brutale de mourir. Il y avait pensé. Mais il trouvait les armes à feu trop barbare. Maintenant il n'avait plus le choix. Ça serait direct. Sans retour. Avec une bale dans la tête même le plus prestigieux des médecins n'y pourrait rien. Il sera enfin mort.

Bastien trembla légèrement en saisissant l'arme. Il rangea la boite à sa place et plaça l'arme dans la poche intérieure de sa veste en jean. Il ne devait plus rester ici. Ces parents ne le laisseraient pas sortir. Surtout après avoir fait faux bon à sa mère en plein centre ville. Il sortit. Étrangement, il se sentait serein. Il se sentait bien. Parce que pour une fois, tout se passerait comme il le voulait. Oui. Cette fois personne ne le ramènerait.

Bastien marcha lentement. Il se dirigea d'un pas tranquille, assuré vers le parc qui avait déjà était témoin de sa douleur. Il vit de loin son saule pleureur. Le seul qui l'avait soutenu durant toutes ces années. Il fronça légèrement les sourcils. Il y avait quelqu'un. Appuyé contre l'arbre, il reconnut Vincent. Que faisait-il ? L'attendait-il ? Non impossible. Il secoua la tête de gauche à droite. Pourquoi continuait-il de se bercer d'illusions ?

Bastien attendit calmement. Il ne voulait pas lui parler. Il était sûr qu'il se laisserait aller sans aucune crainte, ni honte dans ces bras. Et il ne le voulait pas. Il ne voulait plus être dans l'illusion. Et ses bras qu'il le soutenait, non qui faisait semblant de le soutenir, ne pouvait pas l'aider. Il ne faisait que l'enfermer dans un monde d'illusions. Il savait que la chute n'en serait que plus dure. Il fallait qu'il en finisse. Vite. Sans plus attendre. Pourquoi avoir attendu si longtemps d'ailleurs ? Avait-il vraiment attendu que quelqu'un, Vincent vienne à lui ? Était-il donc stupide à ce point ? Dans tous les cas il n'aurait jamais survécu bien longtemps dans ce monde, naïf et stupide comme il était.

Deux femmes s'approchèrent de Vincent et l'entraînèrent loin du saule pleureur. Enfin. Bastien les remercia silencieusement. Voir Vincent accablé de cette manière lui faisait mal. C'était à cause de lui qu'il souffrait. Il en était certain. Il serra l'arme à feu à travers le tissu de sa veste. Il faisait le bon choix.

Il s'agenouilla face au tronc imposant du saule pleureur. Il leva les yeux au ciel. Tout était noir. Pas une seule étoile n'assisterait à sa mort. Il sortit l'arme de sa poche intérieure et l'observa durant de longues minutes. Il tremblait. Est-ce que cela allait lui faire mal ? Plus mal que de s'ouvrir les veines ? Il avait peur. Il réalisa avec horreur qu'il hésitait, qu'il avait envi de courir voir Vincent, de se jeter dans ses bras, de lui demander de l'aimer et de le faire vivre.

Est-ce qu'il devait vivre ? Non, la question était plutôt est-ce qu'il le voulait ? Il se laissa aller contre le saule pleureur, le dos appuyé contre le tronc. Bastien fixa l'arme à feu.

Qu'importe qu'il soit là. Qui le pleurerait ? La voix du psychiatre raisonna dans sa tête et il ferma les yeux doucement. Sa famille ? Ses tendres et aimants parents ? Non, certainement pas. Ou du moins le pleureraient-ils que peu de temps. Ses amis ? Quels amis ? Il n'en avait pas… peut-être… peut-être Vincent ? Probablement pas. Il ne l'aimait pas. Du moins pas réellement. Il pensait l'aimer mais Bastien savait que c'était faux. Vincent s'en rendrait compte lui aussi tôt ou tard. Et il comprendrait que les larmes qu'il avait versé, s'il en versait, ne étaient que des larmes de pitié.

Il rouvrit les yeux brutalement. Le temps des questions étaient révolu. Plus de questions, plus de pensées, plus de doutes. Il fallait qu'il agisse. Avant qu'il ne regrette.

L'arme dans la main gauche, il la leva. Une impression de ralenti s'imposa à son esprit. Ses gestes étaient trop lents. Et il tremblait. Il ne devait pas abandonner. Pas si prêt du but. Il sentit le métal froid entrer en contact avec sa peau au niveau de sa tempe. Il ferma les yeux. Qui le sauverait ? Qui viendrait le sauver cette fois-ci ? Vincent ? Encore ? Il entre-ouvrit les paupières et ne fit face qu'au vide. Personne. Il était seul.

Une larme coula sur sa joue. Il resserra sa prise sur l'arme à feu. Sa respiration se fit saccader. Sa gorge se nouait. Il crispa ses doigts sur l'arme. Une dernière pensée pour Vincent. Un dernier souffle. Une dernière larme.

Un bruit mat et sourd raisonna dans le petit parc paisible.

Fin ?