Titre : Fou d'Aimer

Auteur : Niwa-himé

Genre : yaoi, désespoir, déprime

Disclamer : tout à moi !

Note importante de l'auteur : Histoire traitant d'homosexualité donc si ça plait pas, vous lisez pas

!Nouvelle histoire ! Nouvelle prise de tête ! Houra ! Chui maso ! je viens de le découvrir !... hum hum... désolé... bref, comme vous pouvez le voir, je me lance dans une nouvelle histoire longue... quoi ? vous aviez pas compris ? mdr... enfin, n'hésitez pas à me pitit mot! Ca m'enccouragera pour la suite... surtout que ça s'annonce assez euh... tordu ? complexe ? enfin... vous verrez bien ! Sur ce, cher lecteur, chère lectrice... je vous souhaite une agréable lecture !

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Prologue

25 janvier. On est le 25 janvier ! 17 ans. Je ne me sens pas plus vieux qu'hier. Je n'ai pas pris une ride. À mon âge c'est un peu normal. Enfin je m'en fous. Je vais avoir mon cadeau. Je l'attends depuis trois semaines ! Il exagère. Il a parlé d'un super cadeau pour mon anniversaire et puis rien. Ça se fait pas ce genre de choses quand même ! J'espère qu'il a pas oublié que c'est aujourd'hui !« Morgan ! Le petit déjeuner est prêt ! »

« J'arrive maman ! »Elle ne me souhaite pas joyeux anniversaire ? Peut-être qu'elle attend de me voir en face pour me faire un bisou en même temps ?! Non. Ce n'est pas trop le genre de maman. Enfin, ce n'est pas grave. Rien ne peut me gâcher cette journée ! Je dois me dépêcher. J'ai rendez-vous avec mes amis. J'espère qu'il sera là. Il n'aime pas trop être avec tous les autres. Surtout Lisa. Je crois qu'elle l'énerve. Je ne comprends pas vraiment pourquoi. Moi je l'aime bien Lisa.Maman ne m'a rien dit. Elle veut peut-être me le dire ce soir. J'ai remarqué qu'elle était assez tendue en ce moment. A cause de papa sans doute. Elle ne supporte sûrement pas qu'il ait refait sa vie sans difficulté. Enfin je n'y peux rien. Je ne le vois même plus. Il donne des nouvelles de temps en temps mais sans plus. Je n'ai aucun lien avec lui. J'ai l'impression d'être un fardeau pour elle parfois. Oublions ça ! Je ne vais pas déprimer alors que ça va être une journée magnifique !

Il n'est pas là. Je n'y crois pas. Il m'a oublié. Je me réjouissais tellement à l'idée de le voir aujourd'hui autant pour le cadeau qu'il m'a promis que pour lui. Enfin un peu plus pour lui.

La journée prend fin pour moi. Pourtant il n'est que trois heures mais les autres ont des choses à faire. Je ne l'ai pas vu. Même pas trente secondes. Je suis déçu. C'est de ma faute, je n'aurais pas dû m'imaginer cette journée. J'ai trop espéré et voilà, je suis déçu parce que rien ne s'est passé comme je le souhaitais.

« Morgan ! »

Je me mets même à entendre sa voix maintenant. Je pense que je suis un peu trop attaché à lui. Il faudrait certainement que je prenne de la distance. Maman m'envoie en pension pendant les vacances de février. Ça fait tâche, un môme de 17 ans parmi tous ces petits, mais je n'ai pas le choix. Maman n'a pas suffisamment confiance en moi pour me laisser seul. Ça sera l'occasion pour l'oublier un peu.

« Morgan ! »

Je deviens fou. Maman m'a souvent dit que je l'étais. Quoique la moindre parole ou le moindre geste de travers, c'est-à-dire qui ne correspond pas à ses idéaux, est considéré comme un acte de folie pure. Donc quoi que je dise et quoi que je fasse, je suis fou, pas normal pour elle. C'est assez agaçant. S'entendre dire tout le temps qu'on est fou, je ne le souhaite à personne. Vraiment personne. C'est barbant, et à la longue, on commence à croire que c'est vrai, qu'on est vraiment fou.

« MORGAN !! »

Je pense que je vais demander à maman de consulter. Elle sera sûrement contente. J'admets enfin que je ne suis pas normal psychologiquement et que j'ai besoin d'aide.

Hé ! Mais pourquoi on me tire à l'arrière ?! Ah ! Je vais tomber ! Et bien je serai tomber que dans les bras d'un homme. C'est pas désagréable. Il a la même eau de toilette que lui.

« Morgan… »

Hein ? Il me connaît ? Mais qui c'est ? Non… c'est vraiment lui ?

« Allan ? »

C'est lui ! Mais qu'est-ce qu'il fait là ? Je croyais vraiment que je ne le verrai pas aujourd'hui ! Enfin peu importe ! L'important c'est qu'il est là ! Avec moi ! J'ai tant espéré le voir toute la journée ! J'en pleurerais presque tellement je suis heureux. Allan c'est la seule personne que je voulais absolument voir aujourd'hui après Claudia.

« Et bien, t'es dur d'oreille toi ! »

Qu'est-ce qu'il raconte ? Mais bien sûr ! C'est lui qui m'appelait !

« C'est toi qui criais mon nom ? »

« Ben oui, qui veux-tu que ce soit d'autre ? »

« Personne »

Je suis heureux. Oui tellement heureux. Même si maman ne me souhaite pas un bon anniversaire ou même si lui ne me le souhaite pas non plus c'est pas grave. Il est là. Sa présence me suffit à être bien. Je sens que mon année de mes 17 ans se passera bien.

« Tu m'as fait courir, c'est malin, moi qui aie horreur de ça »

« J'aime savoir que tu me cours après ! »

Je peux être moi avec lui. C'est sans doute le seul ou l'une des rares personnes avec qui je me permets certaines paroles. Si maman m'entendait parler à cet instant, je pense qu'elle me mettrait directement en maison de correction pour m'apprendre à être correct, et tant mieux si je reçois quelques coups. Pour elle, les coups sont nécessaires pour m'endurcir parce que je suis un garçon, et que les garçons doivent être durs, fermes. En bref, elle voudrait que je sois le male typique d'il y a un siècle. Un macho en bonne et du forme. Ce qui est bête, c'est que ce n'est pas dans mon caractère de me comporter comme elle le voudrait. Je la déçois. Je ne suis pas celui qu'elle aurait aimé que je sois. Je ne suis pas mon frère.

« Morgan… »

« Hm ? »

J'aime sa façon de dire mon prénom. Il est le seul à le prononcer aussi doucement, tendrement. Maman le prononce assez sèchement d'habitude.

« Joyeux anniversaire… »

Il s'en rappelle. Je savais qu'il ne pouvait pas me faire le coup du « j'ai oublié désolé ». Allan merci. Si tu savais tout ce que tu fais pour moi, je crois que tu en serais vraiment surpris.

Il ne va pas faire ça. Si ? On est en plein milieu de la rue et pas loin de chez moi. Si maman me voit qu'est-ce qu'elle dira ? Oh et puis je m'en fous. Je ne veux pas gâcher ce moment. Il embrasse si bien. Il est si doux. Allan est-ce que je ne suis qu'une conquête de plus pour toi ? J'aimerais être plus. Pour moi tu es plus. Déjà ? Non, je ne veux pas que ça s'arrête.

« Allan… embrasse-moi encore… s'il te plait »

Il a l'air surpris. C'est normal. Je l'ai habitué à me voir cacher mes préférences sexuelles. Mais aujourd'hui je n'ai plus envie de faire semblant. Je veux vivre. Je veux vivre pour celui que je suis. Je ne veux plus vivre pour celui que maman voudrait que je sois. Allan, je suis si heureux. Je ne t'oublierai jamais. Je n'oublierai jamais cette journée parce que… je veux le faire. Allan, je veux que tu me fasses l'amour. Je veux te donner ma virginité.

« Allan… j'ai envie d'aller chez toi »

« Je crois que ce n'est pas une bonne idée… »

« Pourquoi ? »

« On sera seul… »

« Et alors ? »

« Morgan tu sais l'effet que tu me fais… si jamais on va chez moi et qu'on reste seul… je risque de te sauter dessus… »

« Allan, je veux être seul avec toi »

Ses yeux pétillent. Il a compris. Il a compris ce que je voulais. Il me prend par la main.

« D'accord… mais avant, je veux te faire ton cadeau… suis-moi »

Je le suis sans discuter. Qu'est-ce qu'il peut bien me faire ? J'ai hâte de savoir. J'aurais presque envie de me mettre à courir. On se retrouve devant un tatoueur. Qu'est-ce qu'on vient faire ici ?

« J'ai pris rendez-vous, je sais que t'as envie de te faire un tatouage depuis pas mal de temps… ne me regarde pas comme ça, tu le répètes sans arrêt alors difficile d'oublier ! »

Il insinue que je le barbe ? Allan tu m'as vexé. Je n'ai pourtant jamais eu l'impression de me répéter…

« bref, je te paye un tatouage pour fêter tes dix-sept ans… »

C'est trop. Beaucoup trop. Pourquoi fait-il ça ? Il est fou. Je suis tellement sous le choc de ce qu'il vient de me dire que je garde la bouche ouverte sans rien dire alors qu'il me pousse à l'intérieur. Je n'arrive pas à parler. Il me montre une série de tatouages magnifiques. Je ne me décide pas. Je ne sais plus quoi faire.

« Morgan… ça ne va pas ? »

Si. Tout va à merveille. J'ai même du mal à croire que ce que je vis est réel.

« Allan pourquoi ? Je ne comprends pas, tu devrais… »

« Choisis-en un, c'est tout ce que tu as à faire, ne te pose pas de question… alors lequel te tente le plus ? »

Je jette quelques coups d'œil aux images qui s'étalent sous mes yeux. Aucune ne m'inspire. A part une. Mais j'ai l'impression que ça ferait trop classique. Allan a vu. Il a vu que je fixais un peu trop celui là. Il le prend et le donne au tatoueur.

« Où ? »

« Sur la hanche jusqu'au nombril… »

J'ai répondu à Allan automatiquement. Sur l'omoplate ou en bas du dos ça aurait probablement mieux fait. Mais je veux le voir. Je veux pourvoir le regarder sans miroir. Je n'ai pas le temps de réfléchir à quoi que ce soit que je suis déjà allongé sur une espèce de table qui ressemble beaucoup à celle où nous examinent les médecins. J'enlève ma chemise et mon tee-shirt. Allan s'assoit à côté de moi sur une chaise. Il tient la main et me sourit. Je n'ai pas peur. Il est là.

Il a enfin terminé. Cinq heures et il n'a fait qu'une demi-heure de pause entre temps. Ça a été long. Mais le résultat est là. Il est splendide. Sur ma hanche gauche, il y a trois branches mortes reliées à un tronc. C'est une portion d'arbre mort. Une chaîne est enroulée au tronc. Elle est légèrement tendue vers le haut. Elle est cassée. La partie attachée au tronc est faite comme si elle retombait. L'autre partie de la chaîne est nouée à l'une des pattes d'un oiseau. Il s'envole. Il est libre. Enfin la chaîne a fini par se briser. L'oiseau est fait de couleurs pastelles alors que l'arbre et la chaîne sont faits de couleurs fades. Cet oiseau me donne espoir. Peut-être que moi aussi un jour je pourrais être libre de toutes mes chaînes.

Allan me tend mes affaires. Je me rhabille. Il m'entraîne dehors . Il ne paye pas ? Combien cela a dû lui coûter ?

« Allan »

« Pas une question ! Maintenant que c'est fait, on en parle plus. »

Il me prend par la taille et me ramène contre lui. Il me mordille l'oreille. Je me sens mal. Je n'ai pas l'habitude de m'exposer. Lui semble totalement serein. Comment fait-il ? Je ne le comprends pas.

« Est-ce que… »

Il hésite. Il ne fait que chuchoter sa demande à mon oreille.

« Est-ce que tu veux toujours qu'on aille chez moi ? »

J'ai une bouffée de chaleur. J'avais presque oublié. Est-ce que je veux toujours ?… Oui. La question ne se pose même pas. Je n'y pensais plus, mais maintenant qu'il me le rappelle j'en ai encore plus envie.

« Allan… »

« Désolé, je n'aurais pas dû »

Il est gêné… et incroyablement mignon. Il croit qu'il a fait une bourde.

« Il est déjà assez tard… ma mère va me tuer… je crois que si je rentre dans deux ou trois heures l'engueulade sera la même que si je rentre maintenant… si on ne traîne pas trop, on peut y être rapidement chez toi, non ? »

Il me regarde quelques minutes sans rien dire. Il me sourit comme un dément. Il me prend la main. Allan ne m'a pas lâché la main de toute la journée. Il m'emmène chez lui. Il est si pressé qu'il me fait presque courir pour arriver jusqu'à sa maison. Il y a quelques heures c'était moi qui étais si pressé. J'ai peur. Est-ce qu'il va être rapide durant l'acte ? Est-ce qu'il me fera mal ? Comment est-ce que ça va se passer ? J'aurais peut-être dû réfléchir à tout ça avant de vouloir le faire.

Il sait. Il sait que je suis tétanisé. Il me prend la main et me guide jusqu'à sa chambre. Allan, je t'en pris ne me brise pas. Je suis déjà tellement fissuré qu'une fissure de plus et j'éclate. Il est doux. Il ne me brusque pas comme je l'ai cru. Il est lent et attentionné. Il fait attention à moi. J'aime qu'on s'occupe de moi. C'est si rare que je puisse avoir un peu d'attention. Positivement parlant, parce que sinon j'ai un trop plein d'attention de maman. Elle me fait toujours remarquer ce que je ne fais pas de bien. J'aimerais qu'elle n'y prête pas attention.

Maman. Je ne veux plus penser à elle. Je me sens bizarre. Les mains d'Allan sur mon corps me semblent éphémères. Il ne me touche pas vraiment. Il m'effleure. Ce n'est pas sa première fois. Ça se voit. J'ai mal. Je ne veux pas qu'il le sache. Je ne veux pas qu'il me regarde. Je fixe son grain de beauté qui est juste sous son oreille droite. Je me rends compte que la douleur est moins forte. Je commence à ressentir des picotements. Non. J'ai honte. Je suis sûr d'être rouge. Je gémis. Je ne veux pas… mais je n'arrive pas à m'en empêcher. C'est plus fort que moi. Je m'agrippe d'une main à sa nuque et de l'autre au drap. J'aime. Oui. J'aime ce que me fait ressentir Allan.

Allan. Merci. Il a été tendre. Il a été parfait. J'ai eu mal c'est sûr, mais il m'a dit que c'était normal. La première fois ça fait toujours un peu mal à ce qui paraît. Moi je ne sais pas grand chose sur le sexe alors je me fie à lui. Je me rhabille. J'aurais aimé rester dans ses bras mais maman doit m'attendre. Je suis déjà pas mal en retard. Allan me regarde m'habiller. Je me sens un peu gêné d'être observé comme ça.

« Tu es beau Morgan… »

Et voilà. Il a le don pour m'embarrasser encore plus que je ne le suis déjà. Il rit. J'aime son rire même s'il se moque gentiment de moi.

« On se voit demain ? »

Il me demande si on peut se voir demain ? Est-ce qu'il plaisante ? Je serai au paradis si on se revoyait. Si rien ne s'arrêtait une fois que j'aurais passé la porte de sa chambre.

« Oui »

Il me sourit. Je l'aime. Allan, je t'aime. Est-ce que tu me fuiras si je te le dis ? J'espère que demain il sera comme aujourd'hui. Je n'apprécierai pas qu'il agisse comme si rien ne s'était passé entre nous. Il est inquiet. Il a peur que je me fasse sévèrement réprimander en rentrant. Moi je m'en fous. Il a un mauvais pressentiment. Il me le dit en me serrant fort. Qu'est-ce qu'il peut imaginer ? Rien ne m'arrivera. C'est ma journée aujourd'hui. Il me dit au revoir avec un baiser. Et il me promet que demain on passera plus de temps ensemble.

Je rentre finalement à la maison. Maman va hurler. Ce n'est pas grave. Rien ne peut me gâcher cette journée splendide. Je vais faire un petit détour pour rentrer. Au point où j'en suis, un peu plus tard ou non, ne va pas aggraver la situation.

Je m'arrête à l'épicerie. J'ai de la chance, j'arrive juste avant qu'elle ne ferme. Je prends des bonbons pour ma petite sœur. Claudia est si contente quand elle a quelques sucreries. Son sourire sera mon cadeau d'anniversaire. Je l'adore. Dans ma famille, je pense qu'elle est la seule personne que je regretterai vraiment si un jour je devais en être éloigné. Ma petite Claudia. Mon petit ange. Maman ne devrait pas te mettre en pension. Tu n'as que 7 ans. Tu n'y as pas ta place là-bas. Moi aussi je suis en pension mais ce n'est pas grave. J'en ai pris l'habitude même si c'est difficile. Maman ne se rend pas compte à quel point elle est cruelle. Elle me met en pension alors que je pourrais rentrer tous les soirs à la maison. Je n'ai qu'une demi-heure de trajet entre l'école et la maison en car. J'ai de la chance d'être en week-end pour mon anniversaire. Je n'aurais pas pu voir Claudia sinon. Ni Allan. Maman a été très stricte avec le lycée. Je ne dois absolument pas le quitter. Même quelques heures à peine le mercredi après-midi. Enfin ne pensons plus à tout ça. Si maman me voit un peu triste elle va s'énerver.

Qui sont ces hommes ? Pourquoi sont-ils chez nous ? Je ne les connais pas. Ils sont étranges. Je ne les aime pas. Que viennent-ils faire ici ? Je veux qu'ils partent. Claudia. Où est Claudia ? Je ne la vois pas. Pourquoi maman l'a envoyé dans sa chambre ? Claudia ne supporte pas d'être seule. Elle le sait pourtant.

« Maman ? »

Elle ne me répond même pas. Qu'est-ce que j'ai bien pu faire pour déclencher cette attitude en elle ? Elle ne veut pas me regarder. Elle détourne le regard. Que se passe-t-il ?

« Bonjour jeune homme, la moindre des politesses est de dire bonjour quand on entre dans une pièce, non ? »

Pourquoi serais-je obligé de dire bonjour à des gens qui ne m'inspirent pas confiance ? Je suis le seul à décider à qui je dois dire bonjour et à qui je ne le dis pas.

« Qui êtes-vous ? »

« Tu es bien impoli… je ne t'ai pas demandé de parler donc tu vas gentiment t'asseoir et te taire… »

Je suis choqué. Il m'a parlé de manière si abrupte. Je suis tellement sous le coup de la stupeur que j'obéis sans rien dire. Même papa ne m'a jamais adressé la parole comme il vient de le faire. Pourtant papa est quelqu'un de très autoritaire.

« C'est donc lui, madame ? »

« Oui »

Maman ? C'est toi qui les as appelés ? Pour moi ? Mais de quoi s'agit-il ?

« Est-ce qu'il a conscience de ce qu'il est ? De ce qu'il fait ? »

« Non docteur, il le fait comme si c'était naturel… quand je l'ai vu cet après-midi je ne savais plus quoi faire, il a des comportements très étranges mais lorsque je l'ai vu avec ce garçon… »

Ce garçon ? Est-ce qu'elle parle d'Allan ? Elle… maman, tu nous as vu nous embrasser ? Mais qu'est-ce que tu comptes me faire ? Qui sont ces hommes ? Qu'est-ce que tu leur as demandé de me faire ?

« … C'est incompréhensible, parfois il paraît normal et puis subitement il devient étrange… je me suis rappelée de votre clinique, ma famille y avait interné ma mère, j'ai téléphoné à mon père et il m'a encouragé à vous appeler… »

« Il a bien fait madame »

« Vraiment, je pensais que c'était juste une passade au début mais cet après-midi, j'ai réalisé qu'il n'était pas normal, et que je ne pourrais plus m'occuper de lui, faire passer sa folie comme normale… je suis épuisée docteur… je ne sais plus quoi faire »

« Ne vous inquiétez pas, nous allons le prendre en charge… »

« Mais qu'est-ce que vous racontez ? Je ne comprends rien ! »

« Tais-toi veux-tu ! Je ne m'adresse pas à toi mais à ta mère, alors reste calme et tout se passera bien… »

Rester calme ? Il parle de clinique, de folie, d'internement et je devrais rester calme ?! Ils parlent de moi, je le sais !

« Nous allons l'emmener dès ce soir, plus tôt nous le prendrons à charge, mieux ce sera pour vous »

« D'accord… je te rendrais visite, ne te fais pas de souci, tout se passera bien Morgan »

« Mais… maman je ne comprends pas ! »

« Tu es malade, et je les ai appelés pour qu'ils te soignent »

Malade ? Je suis malade ? Mais non ! Je suis en très bonne santé ! Je… est-ce que malade est un autre mot pour dire fou ? Maman est-ce que tu crois vraiment que je suis fou ?

« Non ! Je ne vais aller nul part ! Et surtout pas dans une clinique pour dingue ! Je ne suis pas fou ! »

« Messieurs, maîtrisez-le… n'ayez pas peur madame, nous ne lui ferons pas de mal, j'avais prévu qu'il ne nous suivrait pas tranquillement, nous allons lui administrer un sédatif, il dormira durant tout le trajet jusqu'à la clinique »

Ils me plaquent au sol. Je ne peux pas bouger. J'essaye de me débattre mais les deux hommes qui accompagnent le « docteur » font dix fois ma corpulence. Aïe. Il m'a piqué. Un sédatif. Il a dit que c'était un sédatif. Est-ce que c'est pour ça que je me sens drôle ? Je commence à voir trouble. Maman. Je tourne la tête vers les escaliers. Je ne veux plus la voir. Qui… ? Claudia ? Non ! Tu me vois. Non. Je ne veux pas. Ma Claudia. Je ne veux pas. Laissez-moi. Allan. Aidez-moi ! Claudia, ne me regarde pas ! Je pleure. Je me mets à hurler. Le « docteur » me repique le bras. Je le sens. Claudia. Allan. Pitié quelqu'un ! À l'aide ! Au secours ! Je vous en prie. Je vous en supplie. Laissez-moi ! Je ne suis pas fou ! Je ne suis pas fou ! Je… maman pourquoi ?… Claudia… Claudia… non… les crois pas… je suis pas fou…

« … suis… pas… fou… »

oooooooooooooooooooo

Je me sens vieux. Mon fils a 23 ans déjà. Il est parti de la maison depuis quatre ans. Ça fait long. Surtout que ça fait quatre ans que je suis seul. Je suis en vacances. Enfin ce sont justes deux petits jours mais ça revient au même. C'est rare que je sois en vacances. Je n'ai pas pour habitude d'en prendre depuis ces quatre dernières années. Qu'est-ce que tu en penses ma douce ? Tu crois que je fais bien de l'écouter ? Je ne voulais pas les prendre, ces vacances. Mais Jordan a tant insisté. Il a quelque chose à me dire. Je voulais qu'il le dise au téléphone mais il m'a dit que c'était pas quelque chose à annoncer au téléphone. Tu crois que c'est grave ma douce ?

Je me fais des films. Il doit peut-être m'annoncer qu'il va se marier ou qu'il a fait un enfant à une femme et me voilà grand-père. Ça n'arrangerait pas mon état d'esprit. Je me sens vieux, fatigué. S'il me dit « tu vas avoir un petit-fils ! », Je vais vomir. Je vais me dire me voilà avec les deux pieds dans la tombe. Il me restera plus qu'à mourir vite fait. Je ferais mieux de me re-centrer sur autre chose. Mais il fait mal son affaire. Quelle idée de me demander de venir le voir à cette période de l'année. Il sait pourtant que je suis très irritable à cette époque de l'année. Heureusement j'ai pu le dissuader de me faire venir aujourd'hui. Enfin je suis quand même dans le train. En fait il a gagné. Je m'en aperçois que maintenant. Ce n'est pas si grave. Il m'a au moins laissé le temps de t'apporter des fleurs et nettoyer ta tombe. Oh, ne crois pas que je ne la nettoie jamais. Je la nettoie tout le temps, mais aujourd'hui, il faut qu'elle brille. Ce n'est pas n'importe quel jour aujourd'hui. N'est-ce pas ma douce ?

J'espère que Jordan ne me fera pas attendre. Je n'aime pas trop prendre le train mais bon. C'est moins cher et c'est moins fatigant pour moi. Il faudrait que j'arrête de me plaindre. Je ne le vois pas tous les jours notre filston. Alors je préfèrerais lui donner l'impression que tout va bien. Mais je crois qu'il soupçonne quelque chose. Le pire dans tout ça, c'est que j'ai l'impression de mal vieillir. Toi qui me disait que j'étais un bon vivant ma douce. Que dirais-tu si tu me voyais dans cet état ?

« Papa ! »

Ah le voilà. Il me semble qu'il a grandi. Ou bien c'est moi qui me suis un peu plus ratatiné. Il ne m'a pas oublié. Il m'aurait entendu, s'il m'avait oublié le rejeton. Il a encore changé sa coupe de cheveux. Ah lala. Qu'est-ce qu'ils ne font pas ces jeunes avec leurs cheveux. À notre époque, une coupe simpliste ça suffisait. Maintenant ils ont tous des coupes extravagantes. Est-ce que ce genre d'extravagances t'aurait plu, ma douce ? Je me souviens que tu aimais toujours les choses étranges, hors du commun.

« Comment vas-tu papa ?… attends, laisse-moi porter ton sac »

Et voilà. Il me prend mes bagages. Il se conduit comme si j'étais un vieux croulant même plus capable de soulever une feuille. Comment veux-tu que je ne me sente pas vieux à ses côtés ?

« Je vais bien et toi ? Tu es seul ? Tu n'as pas emmené ta petite amie ? Tu as peur que je la fasse fuir, n'est-ce pas ? »

« Papa, tu n'as pas changé »

Il rit. Je suis content de le savoir bien, heureux. Tu sais, même si je suis psychiatre je ne comprends pas notre fils parfois.

Il marche lentement. Je n'ai que 48 ans. Il me traite comme si j'en avais trente de plus. J'ai tendance à me voir vivre longtemps. Ne crois pas que je n'ai pas hâte de te voir. C'est juste que j'ai envie de profiter un peu de notre fils. Je veux en profiter pour nous deux ma douce.

Quel moulin a parole ! Il n'a pas atténué son flot de parole depuis que je l'ai vu il y a un mois. Dans la voiture il ne s'est pas arrêté. Et maintenant encore, alors qu'il me fait entrer dans son appartement il continue à parler de lui, de sa vie. Je crois qu'il a compris. Oui. Il a compris qu'il faut qu'il me rassure. J'ai peur qu'il ne soit pas bien. Je veux que tout soit parfait pour lui.

Il me parle. Il me parle. Il ne se soucie pas du fait que je pourrais analyser chacune de ses paroles comme le fait tout psychiatre. Il a pris ça de toi. Les personnes qui parlent aux psychiatres sans crainte sont rares. Elles ont toutes peur qu'on découvre une maladie psychologique ou un problème quelconque en eux. Pourtant je ne juge jamais sans qu'on me le demande. Je crois qu'il le sait. Comme toi tu le savais.

Il ne me dit toujours rien. Je lui ai payé le restaurant. Il m'a invité mais j'ai insisté pour que ce soit moi qui paie. Je veux qu'il garde son argent pour lui. Il dînera une fois de plus au restaurant avec un, une ami(e). Il a quand même objecté un peu. Mais juste pour la forme parce qu'il me connaît bien. Je suis têtu quand je veux. J'aurais pu refuser de venir en vacances chez lui, même s'il insistait. Têtu comme je le suis je l'aurais emporté. Quoique lui aussi n'est pas mal têtu. Je crois que j'avais vraiment envie de le voir en fait.

Nous retournons chez lui. Je suis surpris. Un homme est installé dans le canapé. Je ne l'ai jamais vu auparavant. Qui pourrait-il bien être ? Il a les clés de l'appartement de Jordan. D'ailleurs notre fils a l'air déstabilisé par sa présence. Il ne l'attendait pas. Comment dois-je réagir ma douce ? Oui. Je dois être poli. Je n'ai pas de raison de devenir agressif.

« Bonjour jeune homme »

« Bonjour… vous êtes le père de Jordan ? »

Comment peut-il le savoir ? Tu penses que notre ressemblance est si frappante ma douce ? Je n'ai pourtant pas l'impression que Jordan ait hérité de mes traits.

« Oui, qui êtes-vous ? »

Je lui serre la main. Je ne veux pas paraître pour un rustre aux yeux des amis de notre fils.

« C'est un ami, papa… il va s'en aller, va poser ta veste dans la chambre, je vais le raccompagner jusqu'à l'ascenseur »

Jordan fait des signes à son ami. Il croit que je ne les vois pas. Ma douce si tu savais à quel point notre fils a du mal à être discret. Le pire c'est qu'il croit vraiment l'être. Alors que ça serait plutôt le contraire.

« Au revoir »

Il me répond faiblement. Il est contrarié. Jordan le met à la porte. C'est clair comme de l'eau de roche. Je ne sais quels sont leurs liens mais je ne peux pas m'empêcher de les observer de la porte d'entrée. Ce jeune est bien familier. Je ne sais pas comment je dois interpréter ces gestes à l'égard de Jordan. Est-ce que je devrais demander quelques petites explications à notre fils ma douce ?

Jordan est gêné. Je ne vais pas lui demander des détails. S'il doit m'en parler, il le fera. Je ne tiens pas à le forcer. Peut-être est-ce que ce jeune homme est en lien avec ce dont il voulait me parler.

J'attends patiemment qu'il se livre à moi. Qu'il me dise enfin ce qui m'a fait venir ici si précipitamment. Mais rien. Il ne dit rien. Je ne veux pas le forcer. Je crois qu'il a peur. Ce qu'il va me dire à l'air sérieux. Je le sens anxieux. Je ne vais pas lui tirer les vers du nez. Je vais attendre. Il me le dira bien à la fin du week-end.

Je suis fatigué. Je pense que je vais lui dire bonne nuit. On vient de rentrer et la surprise qu'on a eu m'a un peu remué, je m'y attendais vraiment pas. Il est déjà minuit passé. Je ne vais pas dire que je n'ai pas l'habitude de me coucher tard, je mentirai, mais là j'ai sommeil. Il ne m'en voudra pas si je lui dis bonne nuit maintenant.

« Papa… on boit un petit café ? »

Un café. Ce n'est pas ça qui va m'aider à dormir. Depuis le temps que j'en prends, le café m'a toujours donné du punch. Il n'a pas perdu son efficacité sur moi depuis toutes ces années. Je crois qu'il veut me préparer à ce qu'il va m'annoncer.

On discute de mes patients, de son travail. Il a décidé de s'accrocher. Il voulait abandonner son travail d'avocat. Tu te souviens ? Je t'en avais déjà parlé. Il en a assez des petites affaires sans intérêt. Son cabinet ne lui donne que des dossiers banals que tout avocat peu compétant peut prendre en main. Il veut des affaires palpitantes. Je suis content qu'il est refusé de devenir policier. Je ne l'aurais pas supporté. Je serais mort d'inquiétude. Le savoir en danger m'aurait rendu paranoïaque ou je ne sais trop quoi. Avocat. C'est un bon métier et sans risque. Enfin, en principe. De nos jours, n'importe quel métier devient dangereux. Quelque soit le métier que l'on exerce, tous devraient avoir des primes de risques.

Il se ronge les oncles. Il est apeuré. Est-ce donc si dramatique ? Ma douce, pourquoi a-t-il peur de ma réaction ? Je ne sais pas de quoi il s'agit, mais vu son comportement, ça m'inquiète.

« Papa, promets-moi de ne pas te mettre en colère ou dans une rage folle »

Jordan. Je lui fais peur ? Je ne pensais pas donner l'impression d'être quelqu'un de colérique.

« Je te le promets Jordan »

Il se jette à l'eau. Il prend une inspiration et…

« Je… je suis homosexuel »

… Quoi ?

« Je ne comprends pas »

« Papa, c'est pourtant simple à comprendre… je n'aime pas les femmes… j'aime les hommes »

Notre… fils ? Il ne peut pas être homosexuel. Je ne peux pas m'empêcher de faire une tête stupéfaite. Je ne parviens pas à saisir le sens de ses paroles. Elles sont claires mais mon esprit rejette ses propos. Ils ne peuvent pas être vrais.

« Tu plaisantes Jordan ? »

« Non »

Bien. Mon fils n'aime pas les femmes.

« Tu n'aimes pas les femmes au sens psychologique seulement, non ? Tu sais, être misogyne ne renvoie pas au fait d'être homosexuel »

Je crois que je viens de trouver le mal entendu. Notre fils pense l'être mais en fait il ne l'est pas. Il a mal interprété certains de ses actes.

« Je ne suis pas misogyne papa, je n'aime pas les femmes dans le sens où je ne supporte pas d'être avec l'une d'elles en tant que couple… et aussi au sens sexuellement parlant… les femmes ne m'attirent pas… »

… J'ai raté un épisode. Je l'ai vu sortir avec des filles magnifiques. Il ne peut pas…

« Jordan, tu trouves des hommes beaux ? »

« Oui »

Mais tout s'explique !

« Tu sais, il m'arrive aussi de trouver certains hommes beaux et j'en viens même parfois à désirer être eux ! »

« Papa, je trouve des hommes beaux mais à la différence de toi, c'est que moi je… je les désire aussi… »

« C'est à dire Jordan ? Développe veux-tu »

« C'est embarrassant papa… Qu'est-ce que tu ne comprends pas dans ce que je viens de te dire ? »

Tout. Je suis perdu.

« Tu les désires comment ? »

« Je les désire comme toi tu peux désirer une femme »

« Tu veux les mettre dans ton lit… »

C'est assez dur comme parole. Je m'étais attendu à tout… sauf à ça. Comment dois-je réagir ? Ma douce dis-moi. J'ai besoin de toi.

« Laisse-moi la nuit… j'ai sommeil Jordan et tu connais le dicton, la nuit porte conseil »

« Papa… »

« On remettra cette conversation à demain, d'accord ? »

« Si tu veux »

« Dors bien Jordan »

« Toi aussi papa »

Il a l'air triste mais… je ne sais pas quoi lui répondre. Je suis complètement désemparé. Jordan pardonne-moi mais j'ai vraiment besoin de réfléchir.

Homosexuel. Je me suis toujours dit que tous les humains, quelque soit leur différence, restent des humains. Les homosexuels ne m'ont jamais révulsé ou posé de problème. Mais je n'en connaissais aucun en même temps. Pourquoi est-ce qu'un homme peut-être attiré par une personne de même sexe ? Peut-être ne l'ai-je pas aimé comme il aurait voulu que je l'aime. Il compense alors son manque d'affection en le recherchant chez les hommes. Non. Il ne peut pas rechercher l'affection que je ne lui ai pas donnée dans les bras d'un homme. Je lui ai donné toute l'affection que j'ai pu. Et puis dans ce cas je pourrais aussi dire qu'il devrait se pencher sur les femmes pour rechercher l'affection de sa mère qu'il n'a jamais eu. Qu'ai-je pu faire pour qu'il devienne ainsi ? L'ai-je mal élevé ? Réponds-moi ma douce. Pourquoi est-il comme ça ?

J'ai finalement réussi à m'endormir. Il est à peine 10h. Moi qui espérais dormir le plus longtemps possible. Je pourrais faire semblant de dormir. Non. Ça ne serait pas correct envers Jordan. Peut-être n'était-ce qu'un simple rêve. Non. Il ne faut pas que je parte dans cette direction.

Il est déjà levé. Et bien. Vu sa mine, il n'a pas eu une nuit très agréable. J'aurais dû lui dire quelque chose hier. Mais quoi ? Même ce matin je ne sais toujours pas quoi dire.

« Bonjour »

« … Bonjour papa »

Papa. J'ai l'impression qu'il me supplie. Qu'il le répète à chacune de ses phrases pour ne pas que j'oublie qu'il reste notre fils quoiqu'il arrive. Qu'en penses-tu ma douce ? Que penses-tu de notre fils ?

L'ambiance est assez tendue. Je n'arrive pas à engager la conversation. On prend un café assis l'un en face de l'autre en silence. Je dois être franc avec lui. Il l'a été avec moi, je lui dois bien ça.

« Jordan, depuis quand le sais-tu ? »

« Depuis 2 ans environ »

Tout ce temps. Durant tout ce temps il ne m'a rien dit. Il s'est tu. Il m'a laissé le taquiner à propos des filles. Il m'a laissé croire qu'il était hétérosexuel.

« Qu'est-ce qui t'a décidé à me le confesser ? »

« Mon petit ami »

Il… il a un petit ami. Bien. Que de nouvelles en si peu de temps. J'espère qu'il ne me le présentera pas aujourd'hui. Je suis assez irrité comme ça… peut-être… oui. Le jeune homme d'hier soir. Ce devait être lui. Je n'ai plus envie de parler. Je ne veux plus parler de ça.

On a plus échangé un seul mot. On a gardé le silence. Il a tenté à quelque reprise de parler comme si de rien n'était mais ça n'a rien donné. Je ne fais aucun effort. J'agis mal, n'est-ce pas ma douce ? Je ne devrai pas me comporter comme je le fais. Je le fais souffrir. Je le sais mais… je ne peux pas m'empêcher de me comporter comme ça. Je me trouve détestable. Toi aussi tu dois me trouver détestable. Et Jordan. Moi qui lui ai toujours dit qu'il était important d'être tolérant. Je me retrouve à me faire voir intolérant. Je suis nul.

Je reprends le train en fin d'après-midi. Sur le quai, nous sommes autant mal à l'aise l'un que l'autre. On se fait une petite accolade et puis c'est tout. Dis-lui quelque chose.

« Jordan, laisse-moi un peu de temps s'il te plait… après tu verras tout ira mieux »

Il acquiesce. Il est hésitant. Que va-t-il dire ? Je monte dans le train. Je reste devant les portes. Elles vont se fermer dans peu de temps.

« … Papa, je t'aime ! »

Réponds-lui. Dis-lui que tu l'aimes aussi.

« A bientôt Jordan »

Les portes se referment. Je n'ai rien dit. Il me regarde avec des yeux écarquillés. C'est la première fois que je ne lui réponds pas « moi aussi je t'aime » quand il me dit m'aimer.

Je suis un mauvais père tu crois ? Je l'aime. C'est notre fils mais… je… je suis estomaqué. Il me faut du temps pour comprendre ce qui se passe. Tu m'as toujours dit que j'étais lent d'esprit après tout. Jordan j'espère que tu me pardonneras. Mais je te promets d'affronter les barrières qui viennent de se dresser entre nous par ma faute. Une par une. Ça me prendra du temps sûrement, mais je te jure que j'y arriverai Jordan. Même si pour ça je dois me reconstituer un autre idéal de vie.

à suivre …