Titre : Fou d'Aimer

Auteur : Niwa-himé

Genre : yaoi, désespoir, déprime

Disclamer : tout à moi !

Note importante de l'auteur : Histoire traitant d'homosexualité donc si ça plait pas, vous lisez pas !

Et je vous souhaite une agréable lecture !

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Chapitre 4

Je sursaute. Le verrou. Mes yeux s'ouvrent en grand. Je tremble. Je resserre mes poings sur les draps. Ma mâchoire se crispe. Non. Je n'ai pas peur. Non. Je n'ai pas peur d'eux. Ce n'est pas ma faute si mon corps tremble. Ce n'est pas de terreur. Non. Il tremble. C'est tout.

La porte s'ouvre. Je ferme les yeux étroitement. Sans doute instinctivement. Ce n'est pas par peur. On touche mon bras. Je me recule. Ne me touchez pas ! Non. Je tremble. Encore. Toujours. Toujours plus.

Mes yeux sont ouverts. Je fixe la femme devant moi. Je la fixe mais je ne la vois pas. Pourquoi est-ce que je m'agglutine contre ce satané mur ? Il n'y a pas de raison. Je n'ai pas peur. Non ! Je n'ai pas peur.

« Calme-toi. Je ne te veux pas de mal. Personne ne t'en veut. Reste tranquille et tout se passera bien, d'accord ? … Est-ce que tu comprends ce que je dis ? »

Je n'ai pas bougé. Ses mots montent lentement jusqu'à mes oreilles. Pourquoi me parle-t-elle comme si j'étais un animal sauvage… apeuré ? Non ! Je n'ai pas peur ! Certainement pas ! Pourquoi aurais-je peur ? Parce qu'ils m'ont mis dans de l'eau glacée ? Parce qu'ils m'y ont presque fait mourir ? Ou peut-être parce qu'ils m'ont torturé avec leurs électrochocs ? Non. Vraiment. Je n'ai aucune raison d'avoir peur. Je ris doucement. Aucune raison. Mon visage se tord en une grimace et j'éclate de rire pour de bon. Aucune raison ! Ah ah !

Je suis ramené brutalement à la réalité. On tire sur mon bras. Je suis si surpris que je ne tente aucune résistance. Ils m'enfoncent une aiguille. Non. Je tire mon bras et l'emprisonne de l'autre. Je les entends jurer. Je m'en fous. Je ne veux pas. Je relève les yeux vers eux. Ils s'approchent de moi. Non. Je me recroqueville. Pitié. Pitié, laissez-moi. Pitié. Oubliez-moi.

Je mange lentement le repas que la femme a déposé sur le lit. Je n'ai pas faim. Comment le pourrais-je ? Je suis mal à l'aise. Non. C'est autre chose. Je ne sais pas. Je crois que le regard de cet homme me fait peur. Je frissonne. C'est le froid. Ce n'est pas la peur. Je l'ai déjà dit non ? Je n'ai pas peur d'eux.

La femme reprend le plateau. Je ne fais plus attention à rien. Je suis fatigué. Je veux dormir. Peut-être que si j'ai de la chance, je ne me réveillerais pas. Je m'allonge doucement mais une main se saisit d'un de mes poignets et me tire à l'avant. Mes yeux s'écarquillent. Je crois que je suis tétanisé. Je n'essaie même pas de me rattraper. Je me laisse chuter sur le sol. Mes mains tremblent. Je les ramène contre mon torse. Je ne me redresse pas. Non. J'ai mal. A cause d'eux. J'ai mal. Pourquoi ? Pourquoi me faire ça ? Est-ce donc si plaisant de détruire quelqu'un ?

Ils me forcent à me lever. Mais je tombe dès qu'ils me lâchent. Mes jambes ne me tiennent pas. Aucun de mes muscles ne réagit. J'ai peur. Non. Je ne dois pas. Je serre mes poings et les appuie sur le sol. J'essaie de me relever mais ils me saisissent sous les aisselles et me maintiennent debout. Je baisse la tête. Je me sens si mal. Si misérable.

Ils me passent un peignoir blanc sur les épaules. La femme met chacun de mes bras dans les manches. Elle ferme le peignoir avec une ceinture autour de ma taille. Blanche. Tout est blanc. J'enfouis mon visage entre mes mains. Si blanc.

On me tire subitement le bras droit. Je suis l'homme docilement. Ce n'est pas comme si j'avais le choix. Il me broie les os. Mais ce n'est pas grave. Non. Ca n'a plus d'importance maintenant. Qu'ils me fassent autant de mal qu'ils veulent. Je m'en fiche. Rien n'a d'importance. Plus rien.

Le soleil m'éblouit. Comme toujours. C'est si aveuglant. Je veux rentrer. Retourner dans ma chambre. Je veux dormir. Je ne veux pas aller dehors. Je ne veux pas marcher. Je ne veux voir personne. Pitié. Laissez-moi seul.

C'est étrange. Il me dirige vers une partie du parc que je ne connaissais pas. Plusieurs patients sont assis sur un banc en pierre blanc devant une table en pierre, blanche elle aussi. Il y a beaucoup de gardes. Tous en blanc. Mais des gens. Il y a des gens habillés comme si… comme s'ils venaient de l'extérieur. Ils n'ont pas leur place ici. Non. Alors pourquoi sont-ils là ?

Il me tire dans la direction opposée de là où je regardais. Je ne fais pas attention à l'endroit où je vais. Je regarde à droite, à gauche. Je ne comprends pas. J'essaie mais je n'y parviens pas.

Je me cogne contre le dos de l'homme. Je suis surpris. Je recule immédiatement. Mais je ne vais pas bien loin. J'avais oublié sa main qui me retient près de lui.

Je focalise enfin mon attention sur ce que regarde l'homme. Je vois une femme debout. Non, deux. L'une est en retrait. C'est la plus jeune. Elle a de magnifiques cheveux dorés et bouclés. Elle est mignonne. Elle semble intimidée. Non. Je ne sais pas. Peut-être a-t-elle peur de moi ?

Je redirige mon attention sur l'autre femme et m'aperçois qu'elle parle. Ses lèvres bougent mais je n'entends rien. Je fronce les sourcils et me concentre. Je ris doucement. Et les voix se taisent. Ils me regardent bizarrement. Pourquoi ? Je ne sais pas. Je ne veux pas savoir.

Je hausse les épaules et détourne mon attention d'eux. Ils ont recommencé à discuter. Mais je n'entends pas vraiment. Seul un bourdonnement agaçant me parvient.

Une main dans mon dos m'invite à m'asseoir et je m'empresse de le faire. Je ne veux pas qu'on me touche. L'homme pose mes avant-bras sur la table. Il s'éloigne, mais je peux encore sentir son regard sur moi.

Mes mains tremblent et la femme la plus vielle pose sa main sur la mienne. Je me dégage de sa prise rapidement et fourre mes mains entre mes cuisses sous la table.

Elle soupire légèrement et ramène sa main vers elle. Je me fiche de l'avoir vexé, blessé, ou je ne sais quoi. Je ne veux pas qu'on me touche. Je ne veux pas, c'est tout !

« Morgan ? »

Je la fixe plus attentivement. Elle semble attendre quelque chose. De moi peut-être? Oui, sans doute. C'est moi qu'elle fixe en tout cas.

« Morgan, c'est moi… maman »

J'écarquille les yeux. C'est impossible. Non. Ca ne peut pas être vrai. Ca ne peut pas.

« Je suis venue avec Claudia »

Claudia. Je fixe la plus jeune. Impossible. Non. Tout ceci n'est qu'une vulgaire mascarade. Une mascarade et rien d'autre ! Claudia n'est qu'une enfant. Une enfant ! Ca ne peut pas être elle ! Non !

Je respire vite. Peut-être un peu trop. Je me redresse. Je vois les deux femmes paniquer et répéter mon prénom. Mais je n'écoute pas. Non. Je veux partir d'ici. Je veux m'éloigner de ces deux femmes qui ont mis en scène cette plaisanterie. Croyaient-elles vraiment que j'allais tomber dans le panneau aussi facilement? Je suis en colère. Mes mains se serrent fermement. Je sens mes ongles s'enfoncer douloureusement dans ma paume. Je m'en fiche. Juste… Laissez-moi.

Un homme. Le même, je crois, que celui qui m'a amené face à ces femmes. Il appuie durement sur mes épaules et m'ordonne de me calmer. Est-il fou ? Comment veut-il que je reste calme alors qu'on tente de me faire croire que cette… cette… que c'est Claudia ! Là ! Devant moi ! Claudia ! Elle n'a que 7 ans !

Il tire sur mon bras et relève ma manche. Je n'ai pas le temps de réagir qu'un autre homme me maintient. Il se dépêche de m'enfoncer une aiguille dans le bras. Encore. Encore ! Toujours ces maudites piqûres !

Je me calme immédiatement. Du moins je crois. Je suis un peu endormi. Je n'ai plus envie de bouger. Je voudrais m'allonger mais je reste assis. Je n'ai plus de force.

Les deux femmes se rassoient. Elles me regardent prudemment. Je ris doucement. Ont-elles vraiment peur de moi ? Oui. Comme j'aimerais qu'elles tremblent de peur. Je ris un peu plus fort. A leur tour d'avoir peur.

La plus vieille me fait un sourire forcé. Qu'elle se le garde son sourire ! Je la regarde méchamment. Et mes lèvres s'étirent en un sourire presque sadique quand je vois le malaise qui la ronge.

Elle parle mais je n'écoute qu'à moitié. Je me fiche de ce qu'elle peut dire. De toute manière ce n'est pas intéressant. Elle me raconte sa vie. Qu'est-ce que je me fous de ce quelle a bien pu faire de son temps ! Veut-elle que je lui raconte ma vie ? Je la coupe dans son monologue et le lui propose gentiment. Elle a l'air ravi et m'encourage à parler. J'éclate de rire et me moque d'elle ouvertement. Je m'en fiche. Elle n'est pas ma mère.

« Quelle vie ? Pauvre idiote ! Comment peut-on avoir une vie ici ? »

Je lui crache ma réplique avec hargne et je la vois reculer tout en saisissant le bras de la plus jeune.

Aussitôt l'homme qui nous surveille bouge et je fais mine de me calmer instantanément. Pourquoi la piqûre ne fait-elle pas plus d'effet ? Pourquoi ? Je suis si énervé que je n'ai plus peur. Peur de quoi d'ailleurs ? D'eux ? Je me fiche de ce qu'ils peuvent me faire. Ils peuvent aller jusqu'à me tuer si le cœur leur en dit. Ils m'arrangeraient bien à vrai dire.

Le silence s'éternise. Je pensais qu'il durerait encore longtemps, mais la plus jeune le brise. Elle me raconte un souvenir. Je ne comprends pas. Je fronce les sourcils. Comment le connaît-elle ? Il n'y avait que Claudia et moi. Ma mère n'aurait pas pu leur rapporter. Claudia ne l'aurait pas fait. Je lui avais fait promettre de le garder secret.

Je pensais que ma mère avait organisé tout ce cirque. Mais c'est impossible. L'étrange impression d'être ici depuis des années me revient brusquement. Non. Ca ne peut pas être vrai. Pitié. Non. Ils ne m'ont pas réellement volé ma vie. N'est-ce pas ?

Je baisse la tête et regarde mes mains. Je n'ai pas vieilli. Si ? Comment pourrais-je le savoir ? Je ne me suis pas vu dans un miroir depuis…depuis…je ne sais pas. Je ne sais plus.

Je tremble. Je relève lentement la tête. J'observe la femme avec insistance. Et je la vois enfin. Oui. Ces cheveux. Ces yeux. Cet air grave. Ces traits me reviennent en mémoire. Ma mère. C'est elle. C'est elle.

Je tourne brusquement mon visage vers la plus jeune. Ce n'est pas une femme. C'est une ado. Et les traits de ma Claudia se superposent aux siens. C'est ma Claudia. C'est ma Claudia n'est-ce pas ?

Je tends la main vers elle mais elle recule. Je lui fais peur. Non. Je ne veux pas. S'il te plait, n'aie pas peur. Claudia.

« Claudia… »

Elle me fixe, étonnée. Et un large sourire illumine son visage.

« Morgan ! Tu me reconnais ! Je suis tellement contente, je… »

« Quel âge as-tu ? »

Je la coupe. Ce n'est pas grave. Je veux savoir. Oui. Je veux savoir. Combien de temps. Depuis combien de temps je suis enfermé ici ? Combien de temps ma mère m'a volé ?

« J'ai 15 ans maintenant… »

Elle continue de parler mais je n'écoute plus. 15 ans. 15 ans. Elle en avait 7... 8 ans. 8 longues années. 8.

Ma respiration se fait plus profonde. Je plonge mes yeux dans ceux de la plus vieille. Dans ceux de ma mère. 8 ans.

Ma mâchoire se crispe. 8 ans. Mes poings se serrent. 8 ans. Ma poitrine me fait mal. Je m'en fiche. 8 ans. Je n'ai plus peur de rien. Oui. La peur est partie. Je ris doucement. 8 ans. C'est de la haine. Oui. Oui. C'est de la haine que je ressens maintenant.

Je ris de plus en plus fort. Elles ne parlent plus. Elles me regardent comme si… comme si j'étais dément. Ah ah ! Oui. Là. Maintenant. Je suis fou. Fou de colère.

J'arrête de rire. Et je me penche rapidement au-dessus de la table. Je saisis son bras et la maintiens du mieux que je peux.

« Salope ! 8 ans ! 8 ans ! Est-ce que tu te rends compte ? Tu n'es qu'une putain de salope ! »

Je sens qu'on me tire brusquement à l'arrière. Je lâche ma mère. Je tombe du banc. Mais je me redresse vite. Je toise l'homme. Vous voulez un fou, hein ? Et bien vous en aurez un !

Il me saisit l'épaule. Il me dit que je ne dois pas la toucher. Je m'en fous. Je ne l'écoute plus. Je lui crache au visage. Il me relâche et fait un pas en arrière.

Je monte sur le banc. Je pose mes genoux sur la table et me dresse devant ma mère. Maman. Ma douce et tendre… maman. Elle se lève mais je ne lui laisse pas le temps de s'éloigner. Je la gifle violemment. Si fort qu'elle retombe assise. Elle se tient la joue les yeux écarquillés.

Je vois Claudia s'affoler du coin de l'œil. Mais je m'en fous. Oui. Parce que juste maintenant, il n'y a qu'une chose qui compte. Qu'une seule. Ma vengeance.

Je saisis ma mère par le col de son chemisier et la redresse à ma hauteur. Je serre mon poing. Je veux lui faire mal. Je veux la détruire. Et je vais la détruire. Oh oui.

Je suis soudainement arrêté dans mon élan. On retient mon poing à l'arrière alors qu'il allait heurter le visage de ma mère. Je tourne la tête. Je veux lui faire regretter de s'interposer dans cette dispute familiale. Je suis surpris par une main qui me broie les os de ma main qui tenait toujours ma mère et une autre qui encercle brutalement ma gorge. Je n'ai pas le temps de faire le moindre geste que je me retrouve subitement plaqué contre le sol froid.

Je ne réagie pas. Non. Pas tout de suite. Je ne comprends pas très bien. Et je vois deux hommes penchés sur moi. Je serre les dents. Je me débats. Je vais les tuer. Je vais les tuer !

Je hurle. Toujours plus fort. Je ne veux pas qu'ils me touchent ! Je ne veux pas ! Je vais leur faire payer. Je vais les étriper. Je vais les faire souffrir. Laissez-moi ! Mais laissez-moi ! Je veux qu'elle ait aussi mal que moi ! Pitié laissez-moi donc la tuer !

Je dégage l'un de mes bras et mords rageusement dans la main qui me tient encore. Je sens un goût acre glisser dans ma bouche. Je resserre ma prise. Et je sens une main s'abattre violemment sur mon visage. J'ai lâché la main en hurlant. J'ai mal. Je m'en fiche. Je continue de ma débattre. Je veux l'atteindre. Je veux la toucher. Je veux lui faire mal. Oui. Je veux la tuer !

Des larmes de rage coulent sur mes joues. Je m'étais juré de ne plus pleurer. C'est pas grave. Non. Parce qu'il n'y a plus de peine. Plus de peur. Plus de douleur. Il ne reste que la haine. Juste la haine.

Je hurle en m'en déchirer la gorge quand je sens une aiguille s'enfoncer dans mon bras. Non ! Pas maintenant ! Non ! Je respire rapidement. Mes paupières sont lourdes. Je n'ai plus de force. Ils se redressent. Ils m'observent méchamment. Ils me jugent. Non. Je leur fais pitié. Je serre les dents. J'appuie mes mains sur le sol dallé. Je tente de me relever. Mais mes muscles sont tous ankylosés. Je suis complètement vidé. Je suis comme une poupée. Sans vie…

Je les laisse me remettre sur mes pieds. Je garde la tête baissée. Je ris doucement. Je ne veux pas qu'ils me touchent. Pourquoi font-ils le contraire de ce que je veux ?

Je pose mes yeux sur ma mère. Elle est choquée. Je le vois clairement à son expression. Je souris. Vois ce que tu as fait. Tu m'as transformé en monstre maman.

Je vois Claudia sur le côté en retrait. Apeurée. Elle est complètement apeurée. Je revois le visage de ma petite Claudia, le soir où j'ai été emmené. Le soir où tout est devenu un enfer. C'est exactement le même. Exactement. Non. Non. Je ne veux pas. Claudia. Si seulement… si seulement je pouvais te parler. Si seulement je pouvais te montrer que je ne suis pas fou. Si seulement tu pouvais comprendre… me comprendre.

« Tout… tout est de ta faute… dis-moi, est-ce que tu es ravie ? Est-ce que ce tu vois te plait ? Est-ce que je suis devenu suffisamment cruel pour te plaire maman ? Regarde… regarde ce que tu as fait de moi ! Regarde ! Je te le ferai payer. Oh oui. Je me vengerai… Tout ce que j'ai subi… tout… tu subiras bien pire… tu connaîtras l'enfer… tu iras en enfer pour ce que tu m'as fait ! Je te ferai agoniser avec plaisir maman… Je te le jure maman, je me vengerai, je le jure »

Je n'ai fait que murmurer mes paroles. Mais je sais qu'elle m'a entendu. Oui. Je le sais. Je le sais à son visage déformé par la peur. Tremble maman. Tremble. Tu as bien raison d'avoir peur.

Je suis traîné vers le grand bâtiment blanc. Mes pieds ne bougent pas. Je ne bouge pas. Je ne fais rien pour marcher tout seul. Je n'essaie même pas. Ce n'est pas la peine. Et je suis si fatigué.

Ils me jettent pratiquement sur le lit. Je les laisse m'allonger correctement. Je les laisse me tirer mes poignets et mes chevilles. Je les laisse m'attacher. Serrés. Si serrés. Mais ce n'est pas grave. Non ce n'est pas grave.

J'entends la porte claquer. Le verrou. Je suis seul. Attaché. Privé de tout. Mais maintenant. Je n'ai plus de peine. Non. Maintenant. Oui. Maintenant. Je jubile.

Oh oui. Je jubile. Parce que je sais maintenant. Je sais ce qu'ils m'ont fait. Et je sais depuis combien de temps. Mais le plus important. Oui. Le plus important. C'est que maintenant je sais que rien, absolument rien, n'est de ma faute. Tout est de sa faute. Sa faute à elle. Je ne suis pas fou. C'est elle qui l'est. J'en suis sûr. C'est de sa faute ! J'éclate de rire. Et je ris. Et ris. Comme un fou… tout est de sa faute.

Je m'ennuie. Je suis toujours attaché. Je ne peux pas bouger. Je ne sais pas quoi faire. Je ris. Comme si d'habitude j'avais quelque chose à faire ici. Je ne sais pas depuis combien de temps ils m'ont ramené dans ma chambre. Comment le pourrais-je ? Je ne savais même pas que 8 longues années étaient passées. Alors comment pourrais-je savoir si je suis attaché depuis une heure ou plus ? Peut-être suis-je attaché depuis 2 jours… ou même une semaine.

J'entends le verrou. Je soupire. Je ne veux pas les voir. Je veux rester seul. Même si je m'ennuie. Je tourne la tête et regarde les nouveaux arrivants. Je fronce les sourcils. Que fait-il là ? Pourquoi ? Je suis perdu. Je ne l'avais pas vu depuis… je pouffe. Il faudrait vraiment que j'arrête de me poser des questions de temps.

Il m'a amené ici. Peut-être vient-il m'annoncer mon départ ? Ma mère morte de culpabilité leur a ordonné de me laisser partir. Je ne devrais pas trop espérer mais j'ai l'impression que quelque chose va se passer.

Je mords ma lèvre inférieure. J'ai envie de leur crier dessus. Pourquoi me font-ils une piqûre ? Pourquoi ? Je ne comprends pas. Ce n'est pas nécessaire… si ?

Ils me détachent. Mais je ne fais pas le moindre mouvement. Je suis si fatigué. Ils me soulèvent et me déposent sur une chaise roulante. Ils me rattachent les poignets et les chevilles. Pourquoi ? Je ne comprends pas !

J'ai la tête lourde. Je veux dormir. Mes yeux se ferment. Je les rouvre. Je veux rester éveillé. Mais mes paupières sont si lourdes…

Ma tête retombe en arrière sur le dossier de la chaise. Je fixe les néons du plafond du couloir. Je ris. J'ai l'impression qu'ils m'emmènent vers la mort.

Je ferme les yeux. Non. Je ne dois pas. Je les ouvre et je suis surpris de fixer le ciel bleu. Pourquoi sommes-nous dehors ? Peut-être suis-je réellement mort et ils veulent m'enterrer. J'éclate de rire. Je roule sur le côté. Mais je ne tombe pas. Non. Bien sûr que non. Les liens me maintiennent sur la chaise. Une main se pose sur mon torse et me plaque doucement contre le dossier de la chaise. Pourquoi sont-ils doux ? Pourquoi ? Je ne comprends pas.

Mes yeux se ferment. Je dois avoir l'air d'un fou. La tête qui roule de gauche à droite. Avec mon petit rire de gorge. Mais qu'importe. Ils m'ont déclaré fou depuis bien longtemps, n'est-ce pas ?

Je suis si fatigué. Je mords ma lèvre inférieure. Je veux savoir où je vais. Je force mes yeux à s'ouvrir. Je n'arrive qu'à les garder entre-ouverts.

Ma respiration se bloque. Mes poumons se compressent. Mes doigts se crispent sur les accoudoirs. Et malgré la fatigue, malgré l'envie de dormir qui me tenaille, mes yeux s'écarquillent.

Non. Je ne veux pas. Pourquoi ? Pourquoi m'emmène-ils là ? Je ne veux pas. Non. Je ne veux pas. Non. Non.

« Pitié… Pitié »

Je ferme les yeux. Je me maudis. Oui. Je me maudis pour m'abaisser à les supplier. Mais peut-être… oui peut-être qu'ils auront pitié. Et dans ce cas. Oui. Dans ce cas. Je ne serai pas enfermé dans ce bâtiment. Ce bâtiment dont aucun patient ne ressort…

Je frissonne. Pitié. Je ne veux pas. Ils ne m'écoutent pas. Ils ne m'entendent pas. J'ai envie de hurler. J'ai envie de pleurer. Mais je ris. Oui. Je ris.

Je suis terrifié. On passe les doubles portes de ce bâtiment sordide. Et j'ai peur. Si peur. Je ne sais pas ce qui m'attends à l'intérieur. Mais je sais que je ne veux pas le savoir. Non.

Les couloirs sont sombres. Il n'y a que quelques rais de lumière. Il n'y a pas de bruit non plus. Non. Il y en a un. Oui. Le seul bruit que l'on entend. C'est le bruit de leur pas et mon rire hystérique qui raisonne désagréablement.

Ils s'arrêtent. Ils ouvrent une porte. Blanc. Non. Tout est si blanc. Ils poussent ma chaise dans la pièce. Non. Non. Je ne veux pas. Je les supplie. Je les supplie et ils ne me regardent même pas !

Ils me détachent. Non. Pitié. Je ne veux pas. Je voudrais pleurer. Mais mes yeux restent secs. Je voudrais hurler. Mais il ne sort de ma bouche que de piteux gémissements.

Ils me laissent tomber sur le sol. Un sol recouvert de matelas. Je relève légèrement la tête. Il n'y a pas que le sol. Tout. Tout est recouvert de ce qui semble être des matelas. Ma respiration se fait plus rapide. Je me retourne vivement. Non. Non !

Il ferme la porte. Je n'arrive pas à bouger. J'essaie de me redresser. J'appuie mes mains sur le sol et tends mes bras. Mais je me sens si faible. Je retombe. Non. Je tourne la tête. Je ne vois pas de fenêtre. Je ne vois rien. Non. J'étouffe. Pitié. Non. Non. Non !

Je suis allongé à même le sol. Mais peut-on vraiment le considérer comme un sol ? Peut-être serait-il plus vrai de dire un énorme lit…

Je fixe le plafond. Il y a des néons. J'ai dû mal à percevoir le plafond en lui-même. La lumière est si éblouissante…

Depuis combien de temps suis-je ici ? Un jour ? Une semaine ? Un mois ? Un an ? Je roule sur le côté. Je m'en fiche. Plus rien n'a d'importance maintenant. Non plus rien.

Le verrou. Je ne bouge pas. Ils entrent. Je ne les vois pas. Mais je le sais. J'ai les yeux grands ouverts. Mais je ne les vois pas. Je ne suis pas sourd. Mais je ne les entends pas.

Je les laisse me donner à manger. Je ne réagis pas. Non. Je ne réagis à aucun de leur geste. Pourquoi le ferai-je ? Je ne suis pas vraiment vivant. Non. Je ne suis plus vivant. Plus vivant…

Mes yeux restent ouverts. Je n'ai rien à regarder. Mais ils restent ouverts. Et ils fixent le vide. Le blanc.

C'est toujours la même routine. Depuis combien de temps ? Question stupide que je devrais arrêter de me poser.

Ils viennent. Ils me font une piqûre. Ils me donnent à manger. Ils me lavent rapidement. Un coup d'éponge seulement. Ils me changent. Et ils s'en vont. Ils me laissent. Seul.

Je m'allonge sur le dos. Les bras en croix. Je sens soudainement des mains sur moi. Des mains qui tentent de me relever. Je suis surpris. Mais je ne sursaute pas. Non. Je me laisse faire. Comme une poupée. Je souris. Ce sont des hommes qui jouent à la poupée. Je ris.

Ils me soulèvent. Ils me tirent les bras. Ils me passent un vêtement. C'est étrange. Les manches sont si longues. Ils passent derrière et attachent. J'ai le souffle coupé. Ils serrent trop. Beaucoup trop. Mais je ne me plaindrai pas. Non.

Ils saisissent mes bras. Peut-être ont-ils remarqué que ce n'était pas la bonne taille. Je fronce les sourcils. Ils me font croiser les bras en travers de ma poitrine. Mes mains sont collées à mes côtes. Ils tirent le bout des manches. Et je les sens les attacher dans mon dos. Pourquoi ? Je ne comprends pas…

Ils s'éloignent de moi. Je bouge mes bras. Non. Je ne peux pas les bouger. J'écarquille les yeux. Et j'éclate de rire. Une camisole ! Ils m'ont mis une camisole de force ! Je ris plus fort.

Ils me posent sur une chaise roulante. J'ai la tête baissée. Pourquoi m'ont-ils mis une camisole ? Je me balance légèrement d'avant en arrière. Je ne sais pas où je vais. Et je m'en contre fous à vrai dire.

Ils me font entrer dans une nouvelle pièce. Je ne regarde pas le décor. Non. Je garde la tête basse. Je me demande juste quelle nouvelle torture ils ont trouvé à me faire subir. Ils me forcent à me lever. Pour me faire rasseoir immédiatement dans une autre chaise. Je continue de me balancer d'avant en arrière. Je suis arrêté et plaqué contre le dossier de la chaise. Ils m'attachent. De quoi ont-ils peur ? De moi ? Oui. Je souris. Moi je n'ai plus peur.

J'entends la porte se refermer. Je relève un peu la tête. Je vois un bureau en bois. Une main posée à plat sur la surface plane. Je relève encore un peu les yeux. L'autre main de l'homme maintient sa cravate contre son torse. Je fronce les sourcils. Il a une blouse blanche. Mais elle n'est pas fermer. C'est si étrange. Si étrange. Il y a de la couleur. Ce n'est pas tout blanc.

Je finis par lever mes yeux sur le visage de l'homme. Mon regard se plonge dans le sien. Ses yeux. Ils sont sombres. Si sombres…

oooooOOOOOooooo

Cela fait deux semaines que je n'ai pas vu Jordan. J'essaie d'appliquer la décision que j'ai prise. Me retirer de la scène. Mais c'est difficile. Très difficile. Jordan m'appelle tout le temps. Je lui réponds bien entendu. Mais je tente de raccourcir nos conversations qui durent habituellement une bonne heure. Jordan n'a pas fait attention à mon changement d'attitude. Je ne veux pas que cela se voit. Alors j'essaie de m'effacer doucement. Stan m'en veut peut-être de cette lenteur que je prends. Mais je ne m'en préoccupe pas davantage.

Jordan vient de m'appeler. Je n'ai pas répondu. Je n'en ai pas eu le courage. Son image s'est imposée à mon esprit. Et je l'ai vu soupirer de lassitude et d'embêtement en composant mon numéro. Mon cœur s'est serré. Et je n'ai pas répondu. Non. Je n'aurais pas pu lui parler comme si de rien n'était.

Ma seule conversation avec Stan a été un désastre. Et je ne cesse pas de me remémorer ses paroles si cruelles. Je me demande s'il a dit la vérité. Ou peut-être me trouvait-il trop présent lui mais pas Jordan. Je l'imagine bien demander à Jordan de moins me voir mais Jordan répliquer un non catégorique. Je ris. Quel idiot. Voilà que je me fais des films maintenant.

Je pose ma tasse de chocolat chaud sur l'accoudoir. Je fixe le mini bar dans le coin du salon. J'ai envie de rajouter une goutte de vodka dans ma tasse. Je mords ma lèvre inférieure. Je me lève. Je prends les bouteilles stockées et les emmène dans la cuisine. Je les pose toutes sur la table. Mes yeux ne décollent pas la bouteille de gin que j'ai bu à moitié la veille. Je m'en saisis et l'ouvre. Je la vide dans l'évier d'une traite. Et je sens mon estomac se contracter. J'ouvre la poubelle et la jette. Je recommence les mêmes gestes avec toutes les autres bouteilles.

Je me suis saoulé deux fois déjà depuis la dernière fois que j'ai vu Jordan. J'ai peur de partir sur une mauvaise pente. Maintenant que je n'ai plus d'alcool, je ne risque rien, n'est-ce pas ma douce ? Je ne veux pas finir seul. Mais peut-être que cela sera le cas. Mais je ne veux en aucun cas finir seul ivre mort, accro à l'alcool.

J'appuie mes coudes sur l'évier et enfouie mon visage entre mes paumes. J'ai mal. Peut-être est-ce un juste retour des choses. Qu'en penses-tu ma douce ? J'ai fait souffrir Jordan. Alors maintenant c'est à mon tour de souffrir. C'est cela ?

Le téléphone sonne. Je me précipite dans le salon et décroche en toute hâte. Jordan. J'ai le souffle court. Il est inquiet. Je souris.

Nous avons parlé un petit moment au téléphone. Je m'en veux de l'avoir retenu si longtemps. Mais juste cette fois. Juste cette fois, je voulais oublier ce que m'avait dit Stan. Je soupire. Je suis fatigué. Je vais dormir.

Le réveil sonne. J'aurais bien envie de rester au lit. Mais mon boulot m'appelle. Et Victor attend le moindre faux pas pour me tomber dessus. Je me redresse lentement. J'ai l'impression de n'avoir dormi que quelques minutes à peine. J'ouvre les volets. Il pleut. Je soupire. Il n'y a rien de mon côté.

Je n'ai pas le temps de prendre un café. Je me suis un peu trop éternisé sous la douche. Je ne trouve même pas ma sacoche. Je ne suis pas si tête en l'air d'habitude ! Si ma douce ? Je ne sais plus.

J'ai renversé le chocolat que j'avais oublié sur l'accoudoir du fauteuil hier soir. J'en ai mis partout. Mais le comble, c'est qu'il faut que je me change maintenant. Je vais être en retard. Victor va être infernal.

Comme prévu je me suis fait remonter les bretelles. Il me traite comme si j'étais un gamin irresponsable. Je crois qu'il m'a contrarié pour toute la journée.

Mon dernier patient. Enfin. J'aime mon travail. Mais entendre des problèmes que mes patients ont eux-mêmes créés la plupart du temps, et ce toute la journée, m'a un peu miné le moral. Sans oublié Victor qui n'a pas oublié de me rappeler d'être à l'heure pour une fois. Ce qu'il peut m'agacer.

Je marche lentement. J'ai envie de démissionner. Je ris doucement. Victor sauterait de joie tiens. Je soupire. Je voudrais tout plaquer et aller voir Jordan quelques jours. Peut-être le devrais-je ? Non. Il m'en voudra de débarquer à l'improviste. Et Stan me haïrait encore davantage. Je suis déjà loin d'être apprécié simplement…

Une idée complètement folle vient de me traverser l'esprit. J'ai eu l'espace d'un instant envie d'être malade. Gravement malade. J'aurais eu Jordan à mes côtés de cette façon. Je sais c'est égoïste.

J'ai menti à Jordan. Et je doute qu'il m'ait cru. Ma capacité à mentir est largement en-dessous du médiocre. Je ne m'améliore pas, hein ma douce ?

J'ai dit à Jordan que j'avais trouvé quelqu'un. Enfin que j'avais seulement rencontré une femme qui me plaisait énormément et que je sortais avec elle ce week-end. Qui le croirait ? Certainement pas Jordan. Surtout qu'il m'a demandé quelques détails. Comme le prénom de ma soudaine compagne. Oh j'ai honte. Le seul prénom que j'ai pu sortir a été Ginette. C'est horrible. Je crois que mon incrédulité du moment m'a empêché d'exploser de rire tant la situation est impossible.

Le week-end. Enfin. Un repos total. Et bien mérité d'ailleurs. Il faut que je fasse des courses. Je n'ai plus rien dans le réfrigérateur. Et j'ai envie de me gaver de sucrerie. En plus j'ai fini le cacao hier soir et il me reste une seule brique de lait. Je ne peux décemment pas déprimer correctement si je n'ai pas mon chocolat chaud à portée de main.

Les gens m'ont énervé. Ils souriaient tous. Ou presque. Alors cela m'a énervé. Je me demande parfois si je ferais pas mieux d'aller voir un psy.

Je suis épuisé. Je suis enfin à la maison. Mes clés. Ne me dites pas que j'ai perdu mes clés ! Ah non. C'est bon. Je les ai. Ouf. J'ai eu la peur de ma vie. Manqué plus que ça pour m'achever. Être à la porte de sa propre maison.

La porte était déjà ouverte. Je suis si tête en l'air que ça ? J'ai vraiment oublié de fermer à clé en partant ce matin ? Pitié. J'espère qu'on ne m'a pas cambriolé.

Je sursaute. Et je pousse un énorme juron qui te ferait honte ma douce. Jordan. Bon sang. Il m'a fait une peur bleue ce crétin.

Mais que fait-il ici ? Je lui avais pourtant dit que… que j'avais un rancart. Il ne m'a pas cru. Moi-même je ne me serais pas cru en fait.

Il m'aide à porter toutes les courses dans la cuisine. Il ne m'a même pas dit bonjour. Il me fait la tête. Je soupire. Pourquoi quand une seule chose ne va pas tout le reste doit automatiquement dérailler ?

« Papa, qu'est-ce que j'ai fait qui t'aies déplu ? »

Je le regarde avec des yeux ronds. Qu'est-ce qu'il a fait ? Rien justement. C'est moi le problème.

« Absolument rien Jordan, pourquoi crois-tu que tu aies fait quoique ce soit ? »

« Et bien… tout… jusqu'à notre dernière conversation au téléphone, je pensais vraiment que tu étais débordé, ce qui ne m'étonnait pas étant donné que tu te laisses marcher sur les pieds par Victor… mais le coup du « j'ai un rendez-vous avec une femme charmante qui s'appelle Ginette », là ça ne passe pas du tout »

J'en étais sûr. Pourquoi est-ce que je ne suis pas resté au simple « j'ai du travail à gogo » ?. Je cherche trop compliqué parfois.

« Qu'est-ce qui ne va pas avec Ginette ? »

Je me taperai bien la tête contre un mur des fois. La seule question que je lui pose c'est ça ?! Mais il a dit ce prénom avec un tel mépris.

« Papa je t'en pris, on ne va pas faire dans les détails, tu veux ? Pourquoi as-tu inventé une histoire stupide à propos d'une femme pour ne pas venir à la maison ? »

Et si je lui disais ? Non. Il ne me croirait pas. Il va sans doute se dire que je suis devenu fou. Que j'imagine des choses et peut-être va-t-il même imaginer que j'invente tout ceci parce qu'en fait je déteste Stan.

« Je crois que je me trouvais trop envahissant Jordan »

« Envahissant ? Alors ça n'a rien avoir avec mon homosexualité ? »

J'écarquille les yeux. Comment a-t-il pu envisager que je m'éloignais de lui pour cette raison ? Je croyais avoir prouver que ça ne me dérangeait pas du tout ?

« Bien sûr que non Jordan ! Voyons, qu'est-ce que tu vas t'imaginer toi alors… »

« Papa, pourquoi est-ce que tu t'es trouvé soudainement envahissant ? Je ne vois pas où tu es envahissant… »

« Euh… je ne sais pas, je me suis dit que tu avais un copain maintenant, et que, et bien, il faudrait que je te laisse un peu tranquille, tu ne penses pas que tu passes trop de temps avec moi ? Peut-être que Stan et toi pourraient être plus souvent ensemble si je ne suis pas toujours dans tes pattes, non ? »

Il soupire. Et il me fait une grimace.

« Stan, il n'est quasiment pas là le week-end. Sans parler de la semaine. Et puis même s'il est à la maison, il ne parle pas vraiment. C'est un peu comme s'il n'était pas là en fait… »

Oh. Je vois. Stan. J'aurais bien envie de le faire détaler de la vie de notre fils à coup de pied dans le derrière.

« J'ai eu peur. Stan m'a persuadé que tu ne voulais plus venir parce qu'en fait tu acceptais mon homosexualité avant parce que tu n'avais jamais été confronté à la réalité directement, et de te faire le rencontrer avait brisé la barrière qui t'empêchait de voir la réalité… enfin un truc dans le genre… Je suis heureux de voir que ce n'est rien de tout ça. »

Je fronce les sourcils. A quoi joue ce Stan ? Mes doigts sont crispés sur la porte du placard. Bien heureusement, il n'est pas en face de moi. Je ne suis pas violent d'ordinaire mais je n'aurais pas hésité à lui faire valser la mâchoire.

« C'est stupide Jordan, je te rappelle que ce n'était pas la première fois que je te voyais embrasser un autre homme »

Il garde le silence. Il faut vraiment qu'il se mette en tête que son homosexualité ne me dérange d'aucune manière que ce soit.

« … C'est vrai, j'avais oublié… Je crois que ça m'a tellement angoissé de te sentir t'éloigner de moi, que j'ai gobé tout ce qu'on pouvait me dire »

Il pose ses coudes sur la table et appuie son menton contre ses deux paumes. Il hausse un sourcil. Il a un sourire moqueur. Quelle vacherie va-t-il me sortir ?

« Alors, Ginette ? »

Je lui envoie le torchon accroché au-dessus de l'évier dans la figure et sors de la cuisine vexé.

Jordan m'a fait comprendre que ce n'était pas le beau temps avec Stan. Il le traite comme une demoiselle. Je me suis un peu moqué de lui d'ailleurs. Quoi ma douce ? Je sais je ne devrais pas. Je devrais compatir et le soutenir. Mais lui n'a pas cessé de me rappeler ma fameuse Ginette.

Stan lui tape sur les nerfs je crois. Mais je connais Jordan. Et je sais qu'il ne rompra que s'il est à bout. Il n'aime pas rompre. Il ne veut pas faire de mal à la personne. J'ai beau lui dire que ce sont des choses naturelles et que même si l'autre souffre, il faut savoir se montrer un peu égoïste dans la vie. N'ai-je pas raison ma douce ? En restant avec une personne qu'on n'aime pas, on risque non seulement de souffrir soi-même mais peut-être aussi de faire encore plus souffrir la personne qu'on souhaite protéger. J'essaie toujours de le faire comprendre à Jordan, mais rien à faire.

Je ne suis plus du tout Jordan. Il a fallu à peine deux semaines après ce week-end pour que notre fils soit follement amoureux de Stan. Je n'arrête pas de me demander ce que ce crétin a pu faire à Jordan pour qu'il retombe aussi facilement dans ses bras. Moi qui espérais qu'il le largue une bonne fois pour toute et qu'il trouve un gentil petit homme. C'est raté. Ça m'énerve.

Victor doit sentir que je suis à cran parce qu'il ne me fait aucun commentaire. J'ai réussi à le persuader de rencontrer un jeune homme, tout juste diplômé certes, mais il est doué c'est indéniable. Et je veux absolument remettre un peu de jeunesse dans ce bureau.

J'ai réussi ! Je suis fier de moi ma douce. Victor a cédé. Peut-être devrais-je être à cran plus souvent ? Non. Vraiment, je préfère ma petite tranquillité habituelle à mon état d'énervement du moment.

Jordan ne cesse de me parler de Stan. Stan d'ici. Stan de là. Je ne dis rien à notre fils et je l'écoute avec patience. Et je fais même mine d'être absolument ravi pour lui. Finalement je ne suis pas si mauvais comédien que ça. Tu ne trouves pas ma douce ?

Je me réveille en sursaut et balance ma main sur ce maudit réveil que je vais finir par noyer dans le lavabo. Je fronce les sourcils. La sonnerie est toujours là. J'ouvre les yeux légèrement. Deux heures du matin. Je fais un bon dans mon lit en comprenant qu'il s'agit de mon téléphone. Je me précipite dans le salon. J'ai presque failli m'aplatir de tout mon long sur le plancher en bois.

C'est Jordan. Il est en état de choc. Stan a eu un accident de voiture. Il est à l'hôpital. Je ferme les yeux. Je soupire de soulagement. Je sais que je suis cruel. Mais je suis rassuré de savoir que Jordan va bien. Je ne sais pas ce que j'aurais fait s'il était arrivé quoi que ce soit à notre fils.

Je raccroche le téléphone. Il est quatre heure et demi. Je ferai mieux de retourner me coucher. Mais je sais que c'est inutile. L'état de désespoir de Jordan m'inquiète. Bien entendu je suis inquiet pour Stan. Mais Jordan reste ma préoccupation première.

Stan va bien. Il est sorti de l'hôpital aujourd'hui. Il y est tout de même resté un mois. Et il est dans un fauteuil roulant. Il fait de la rééducation, bien sûr. Les médecins ont bon espoir qu'il retrouve ses jambes.

Jordan va mieux. Même s'il se fait encore un sang d'encre. Le copain de notre fils avait l'air plutôt gêné de me voir si souvent. De me voir tout court en fait. Surtout maintenant qu'il sait que je sais ce qu'il a raconté à Jordan sur le pourquoi je m'éloignais de lui. Je lui en veux bien entendu. Mais je fais de mon mieux pour ne pas le montrer. Particulièrement en ce moment. Jordan n'a pas besoin de ça.

J'ai passé ce dernier week-end chez Jordan. Et je suis bien heureux d'être enfin rentré à la maison. Stan se comporte comme un connard. Excuse-moi le mot ma douce, mais je crois que tu ne te serais pas retenue de le dire toi non plus.

Il profite largement du souci que se fait Jordan pour lui. Il lui fait faire tout et n'importe quoi. Je me suis fait saigner l'intérieur de la joue à force de me mordre pour me retenir d'éclater de colère.

Je crois que le pire dans tout ça c'est que Jordan se sent coupable de ce qui est arrivé. Va savoir pourquoi ma douce ! Il dit que c'est de sa faute. Je ne comprends pas. J'essaie de persuader Jordan qu'il n'y est pour rien mais… et bien, tu le connais ma douce, il ne m'écoute pas, et continue de s'empêtrer dans sa culpabilité.

Je comprends enfin. Stan était ivre quand il a pris le volant. Jordan ne voulait pas que je le sache mais il a fini par le dire sans y faire attention. Il m'a fait promettre de ne rien dire à ce sujet à Stan. Et si Jordan s'en veut c'est parce qu'il l'a laissé partir de leur appartement dans cet état. Mais il m'a dit qu'il n'en pouvait plus. Et que lui-même l'avait incité en s'en allait. Je fais encore plus sentir ma présence à Jordan.

Je ne sais pas s'il la veut. Mais il m'a appelé. Moi. Et pas n'importe quel ami qui aurait pu venir en courant à l'hôpital. Je pense qu'il a besoin de moi. C'est peut-être narcissique mais je m'en fiche. Je veux soutenir de mon mieux notre fils. Et ce même si Stan me lance un regard noir à chaque fois que Jordan nous laisse seul.

Je rentre à la maison après une journée vraiment laborieuse. Je pensais que la venue d'un nouveau collègue amoindrirait nos tensions entre Victor et moi. Mais elles s'aggravent de jour en jour.

Je sursaute. Jordan est assis sur le perron. Décidément il est toujours là quand je rentre avec des courses. Il a la tête enfoncé entre ses bras repliés sur ses genoux ramenés contre son torse. Je fronce les sourcils. Je devrais arrêter de faire ça. Je crois que j'ai une ride profonde entre les deux yeux à force.

Je touche l'épaule de Jordan. Il me fait peur en sursautant violemment. J'ai fait tomber mes sacs. Je garde une main sur le cœur.

« Jordan franchement tu cherches à me tuer ! »

Il prend un air piteux et m'aide à ramasser mes achats éparpillés sur le sol. Il me demande pardon. Pour m'avoir fait peur. Pour arriver comme ça, sans avoir prévenu. Et il a oublié le double des clés que je lui avais fait. Il ne cesse de s'excuser. C'est étrange. Ce n'est pas dans ces habitudes.

Nous rentrons et il me parle de son travail. Il n'y met pas le ton. Je ne sais pas ce qui se passe, mais cela doit être assez grave. Enfin je pense.

Je lui sers une tasse de chocolat chaud. Je sais qu'il n'en raffole pas. Mais c'est comme un code. Si je lui tends une tasse de chocolat plutôt que du café c'est un peu comme si je l'incitais à me dire ce qui ne va pas, c'est lui dire « je sais que c'est dur mais il faut en parler mon fils ». Il relève la tête et me fait un pauvre sourire. Il a compris mon message. Évidemment. Je le fais toujours passer de la même manière.

« Stan et moi c'est fini. »

Il se mord la lèvre inférieure. Je sais qu'il s'était davantage attaché à lui depuis l'accident. Alors je m'abstiens de lui répondre qu'il n'était pas trop tôt et qu'il n'avait vraiment rien à faire avec un homme comme ce Stan.

« Qu'est-ce qui s'est passé ? »

Voilà. A la place je lui demande de me raconter. Je le soutiens. Je lui dis que je comprends sa peine. Alors que je n'aie qu'une envie c'est de lui hurler d'arrêter de s'apitoyer sur lui-même. Et puis bon débarras ! Stan ne me manquera pas !

Stan l'a trompé. Notre fils lui a fait une scène et c'est parti sur une pente glissante. Jordan lui a reproché tout ce qu'il avait accumulé depuis le début de leur relation. Et apparemment Stan avait des choses à déballer lui aussi.

Jordan pense qu'il est le responsable. Il est à sa deuxième relation sérieuse et déjà la première a été un échec par sa faute. Du moins il le pense fermement. Il pense que quelque chose cloche chez lui. Jordan est quelqu'un d'extrêmement fidèle. Et il pense que l'envie de tromper l'autre vient de celui qui est cocu. Comment lui expliquer que c'est dans la nature des hommes d'être infidèle ?

J'ai bien tenté de lui expliquer que ça ne venait pas de lui. Que les hommes sont des animaux. Il ne faut pas l'oublié. Et ils répondent seulement à des besoins primitifs. Je ne dis pas qu'il faut pardonner cet acte. Mais il ne faut pas non plus se juger responsable. N'est-ce pas ma douce ? Il y a toujours un moyen de ne pas succomber à la tentation d'aller voir ailleurs. Mais je me retiens de lui dire cette dernière phrase.

« Et toi ? En 30 ans tu n'as jamais touché une autre femme… jamais, la seule que tu aies touché est maman »

Bien dit Jordan. Mais comment expliquer ce que je ressens ? Tu as été ma première ma douce. Tout comme j'ai été ton premier. Et tu seras ma dernière. Comme je l'ai été pour toi. Je sais que pour quelqu'un d'extérieur, je dois être fou. Je n'ai toujours pas fait mon deuil. Et le plus étrange encore est que je te parle. Mais nous deux c'est spécial, n'est-ce pas ma douce ?

Je n'ai pas réussi à lui faire comprendre qu'il n'y était pour rien. Quand il s'y met il peut être une vraie tête de mule ! Je l'ai envoyé se coucher. Peut-être qu'une bonne nuit de sommeil l'aidera à y voir plus clair. Et accessoirement à réaliser que ce Stan était un trou du cul. C'est affreux. Je deviens vulgaire. Mais je ne peux pas m'en empêcher dès que je pense à ce crétin. Voilà que je recommence. Tu ne m'en veux pas, ma douce ? Je sais combien tu étais à cheval sur les grossièretés.

Jordan rentre chez lui. Il a pris la voiture pour venir. Forcément il reprend la voiture pour partir. J'ai tout de même essayé de le convaincre de prendre le train. J'angoisse. Je ne veux pas qu'il lui arrive quoi que ce soit.

« Pourquoi ne m'as-tu pas dit que Stan t'avait poussé à t'éloigner ? »

Je suis choqué. J'ai les yeux écarquillés. Il rit légèrement et me fait un sourire triste.

« Je suis désolé pour ce qu'il t'a dit… si j'avais su… »

« Jordan, ce n'est pas grave, et puis l'important c'est qu'il ne soit rien arrivé, n'est-ce pas ? »

« hm… tu aurais quand même dû me le dire »

« Pour que tu t'énerves et m'accuses de je ne sais quoi ? Hors de question ! »

« Je n'aurais jamais fait ça ! »

« Jordan, c'est le passé maintenant. Ce qui est fait ne peut-être décousu. Ne t'inquiète plus de ça, d'accord ? »

Joran est bien rentré. Je suis soulagé. Enfin pas vraiment. Il est encore très déprimé. Il n'aime pas la solitude. Et Stan qui l'a complètement détruit.

J'ai reçu une lettre d'une clinique privé. J'avais envoyé une demande d'emploi. Je ne pensais pas recevoir de réponse. C'est une clinique plutôt renommée et je ne suis pas très connu dans le milieu. Je me rappelle ma première réponse à une candidature pour un travail dans un hôpital public. J'avais si tant angoissé. Mais je ne me soucie guère de leur rejet ce coup-ci.

Je suis estomaqué. Ils ont accepté. Ils m'embauchent. J'avais fait cette lettre sous un coup de tête après une dispute avec Victor. Je ris. Et bien. Quel revirement de situation !

J'ai parlé à Jordan. Il est ravi. La clinique est dans sa région. Je lui ai dit de me réserver cette semaine. Je vais visiter les maisons. Pas question que je vive dans un deux pièces. J'ai besoin d'espace.

Tout est en place. Cette semaine est ma dernière au cabinet. Mes clients me disent tous qu'ils vont me regretter. Mon jeune collègue aussi. Ma secrétaire s'est même mise à pleurer. Je commence à m'en vouloir de les quitter. Si subitement en plus. Mais Victor s'est bien empressé de m'aider à mettre en vente la maison. J'ai trouvé un acheteur plutôt rapidement d'ailleurs. Enfin. Je ne regrette rien. Jordan déprime. Même s'il essaie de me le cacher je le vois bien. Il a besoin de moi. Et j'avoue être ravi d'être si près de lui.

Je soupire. Il y a du travail. Il faut tout rangé. J'ai horreur du rangement. Faire le ménage ne me dérange pas plus que cela mais ranger…

Jordan me prête main forte. Bien heureusement. Nous avons presque fini. J'attaque mon travail dans peu de temps. J'ai une boule dans l'estomac. Et je me connais, je ne vais pas dormir de la nuit.

Ça n'a pas raté. Je suis prêt à partir alors qu'il n'est que sept heure du matin. Et je commence à neuf heure. Jordan n'hésiterait pas à se moquer de moi. Toi non plus d'ailleurs ma douce.

Ils m'ont bien accueilli. Peut-être même un peu trop bien. Je crois que je deviens paranoïaque. J'en ai parlé à Jordan et il est d'accord avec moi.

Notre fils a emménagé à la maison. Il se sent seul. Et il ne le supporte pas. Il pense toujours à Stan. Je ne comprends pas pourquoi vu comment il le traitait, il devrait plutôt être heureux de cette séparation. Enfin, je fais mon possible pour l'aider.

Je sors de la maison. Ce nouveau poste me plait. J'ai des horaires fixes. Il ne me rajoute aucune heure au dernier moment. Je suis plus apaisé. Pas de Victor pour me casser les oreilles. Quoique le directeur de la clinique m'est un peu antipathique.

Il faut que je pense à m'arrêter chez le boulanger. Jordan a gagné un procès. Je veux fêter sa victoire. Un bon gâteau s'impose. Je marche tranquillement sur le parking de la clinique.

« Docteur Harper ? »

Je sursaute et lâche ma sacoche. Il y a un homme qui se tient juste à l'arrière de ma voiture.

« Je suis désolé de vous avoir fait peur, je pensais que vous m'aviez vu »

« Ce n'est pas grave… que me voulez-vous ? »

« Je suis Alan Donager, est-ce qu'il serait possible de vous parler quelques instants autour d'un café ? »

Je ne sais pas ce qu'il me veut. J'ai l'impression que je vais me mettre dans un pétrin pas possible. J'ouvre la portière de ma voiture. Il s'empresse de venir à mon niveau.

« Monsieur Donager… »

« Je vous en prie, il faut absolument que vous rencontriez Morgan Wincher, c'est un patient de cette clinique, si vous pouviez me dire pourquoi il y est enfermé… mon numéro de téléphone et mon adresse sont écrits sur cette carte, tenez… Je vous en pris… Aidez-le »

Je prends rapidement sa carte et monte dans ma voiture.

Nous fêtons dignement la victoire de Jordan. Je suis ravi de le voir le sourire aux lèvres. Non pas un sourire triste. Mais un vrai sourire.

Cela fait une semaine que j'ai rencontré cet homme. Et je ne sais pas pourquoi mais je ne suis pas arrivé à jeter sa carte. Le nom de Morgan Wincher trotte dans ma tête. J'ai déjà essayé de demander qui s'occupait de ce cas mais je n'ai droit qu'au silence pour réponse. J'ai cherché son dossier et je ne l'ai pas trouvé. Je sais que je devrais oublier. Mais je n'y parviens pas. Jordan me conseille de laisser tomber. Je ne sais pas quoi faire.

J'ai fini par mettre la main sur le dossier de Morgan Wincher. Il est classé à part. avec un tas d'autres dossiers. Ce sont des cas considérés comme irrécupérables. Et la clinique conseille à la famille l'enfermement à vie. J'ai parcouru son dossier. Il n'y a pas marqué la raison de son internement. C'est sa mère qu'il l'y a mis. A 17 ans. 17 ans. C'est si jeune. Il doit être très malade pour l'interner si jeune et ce de manière définitive.

J'ai appris que les patients classés irrécupérables sont dans le sinistre bâtiment au fond du parc à l'écart du reste de la clinique. Je suis de plus en plus intrigué.

Apparemment le docteur responsable de la section « irrécupérables » est tombé malade. Je ne le connais pas. Je ne l'ai jamais vu en fait. Je me suis dévoué pour me charger de ses patients. Les deux autres ne voulaient pas. Ce qui m'étonne le plus c'est qu'il y ait si peu de psy dans une clinique si grande. Et je trouve que pour la renommée qu'elle a, elle manque de personnel, mais aussi de locaux plus dignes.

J'ai demandé à voir Morgan Wincher. Il n'y a pas eu d'objection. Il sera mon premier patient considéré comme « irrécupérable ». Je trouverai sans doute la raison de son internement dès le premier coup d'œil.

Je souffle un bon coup et crie un « entrez ». Deux infirmiers maintiennent sévèrement un jeune homme. Ils lui ont passé une camisole de force alors qu'il ne bouge pas et se laisse traîner jusqu'à la chaise face à moi. Ces cheveux sont longs et lui tombent sur le visage. Je n'arrive pas à le voir. Ne sont-ils pas chargés de s'occuper de l'hygiène aussi ? J'ai l'impression qu'il n'a pas été lavé depuis plus d'une semaine.

Je suis presque choqué quand je les vois l'enchaîner à la chaise. Est-il si violent ? Je ne fais aucun commentaire de peur qu'ils le ramènent rapidement dans sa chambre.

Je ne me rasseyais seulement après que les deux infirmiers soient partis. Je toussote légèrement. Je sens son regard glisser lentement sur moi. Et ces cheveux tombent légèrement en arrière.

Morgan Wincher, ravi de te rencontrer enfin.

à suivre…

Petit commentaire : je n'aime pas quémander des reviews, mais vu le nombre de personnes qui lisent cette histoire, ça serait sympa de me laisser un petit mot pour savoir si je dois continuer ou pas, et puis ça m'encouragerait à écrire plus vite, mici beaucoup