Sad sky

Chapitre 3

Samedi midi, les cours venaient de se terminer, et je n'avais aucune envie de rentrer à la maison, même si Martin n'était pas là. Mais avant que je ne passe le portail du lycée, Axel arriva en courant vers moi.

"-Mel! Attends!

-Qu'est-ce qu'il y a? demandai-je.

-Ecoute, j'aurais un service à te demander, fit-il.

-Bien sûr", répondis-je aussitôt. Pour une fois que je pouvais l'aider. "C'est quoi?

-En fait, mon prof de philo nous a donné un devoir pour lundi, m'expliqua-t-il. Donc je vais devoir y passer mon week-end. Mais je devais emmener Ryuya en ville pour lui faire visiter. Tu peux le faire à ma place?"

J'avalai ma salive. Un: c'était vrai, et j'étais très mal. Deux: il le faisait exprès, et j'étais quand même très mal parce que j'avais déjà accepté. En gros, il me filait un rencard avec Ryuya, alors que je lui avais avoué mes sentiments, et que je ne savais pas quelle serait sa réaction.

"-Axel… ce n'est pas la peine de…

-Tiens, regarde", fit-il, ne m'ayant pas entendu. Il me tendit son sujet de devoir. Un truc sur la morale. "Balèze, hein?

-Oui…

-Alors c'est bon?"

J'eus un sourire forcé et hochai la tête. Je ne pouvais pas refuser maintenant. Il fut convenu qu'après déjeuner, je vienne chercher Ryuya pour que nous allions en ville. A quatorze heures, j'étais donc devant la porte des Goujun, en me préparant psychologiquement à cette confrontation avec le chanteur. Mais au moment où j'allais frapper à la porte, celle-ci s'ouvrit, et Axel et Ryuya sortirent.

"-Ah salut! fit le blond. Tu es ponctuel, dis donc.

-On dirait, répondis-je en haussant les épaules.

-Bon bah sur ce, bonne balade, lança-t-il.

-A tout à l'heure!" lui dit Ryuya comme nous nous éloignions. Axel répondit d'un geste de la main, puis rentra chez lui. Le japonais se tourna vers moi. "Alors, ça va?

-Très bien, mentis-je. J'ai juste les entrailles broyées par le stress.

-Tant mieux… tu sais…

-Par quoi veux-tu commencer? le coupai-je, craignant une conversation trop délicate.

-Je ne sais pas, le centre ville?

-D'accord, tu vas voir, c'est très sympa."

Nous allâmes donc au centre ville, visitâmes le parc, les rues commerciales, et je me sentis au fur et à mesure beaucoup moins oppressé. Je commençais à penser que Ryuya s'était endormi avant d'entendre ma confession. Et d'un côté, ce n'était pas plus mal. Nous sortions d'une boulangerie quand il se mit à pleuvoir des cordes, et nous allâmes nous réfugier sous la galerie marchande de la ville, à deux pas. Je m'essorais les cheveux en regardant la pluie d'un air vague, et songeai. Lève les yeux sur ton ciel triste. Il pleure aussi, tu sens la pluie dans tes cheveux? Oui je la sentais, et je n'aurais su dire pourquoi elle m'apportait un tel sentiment d'amertume. Ryuya, qui regardait aussi en l'air, sembla partager mes pensées.

"-Tu as l'air rêveur… tu penses à "Sad sky"?

-Oui, ça me fait toujours ça lorsqu'il pleut, depuis que je l'ai écrite.

-Hier pourtant, tu n'avais pas l'air aussi pensif pendant l'orage, me fit-il remarquer.

-C'est vrai… je ne sais pas pourquoi, me rendis-je compte.

-La pluie n'a pas l'air de se calmer, dit-il peu après. Si on allait au cinéma?

-C'est à dire…" fis-je. Je n'avais plus beaucoup d'argent, je ne pouvais donc pas y aller. Martin me filait toujours un peu d'argent, plus ou moins selon son humeur, en début de mois avec un "Tiens! Tu te démerdes jusqu'au mois prochain, je veux plus entendre parler de thunes!" Mais c'était justement la fin de ce mois-ci, et je devais attendre la semaine prochaine avant d'en espérer plus.

"-Je te paye la place, insista-t-il comme s'il avait lu dans mes pensées. Allez…

-OK."

J'aurais été fou de refuser. Je ne réalisais que maintenant que je me baladais avec mon chanteur préféré, ce qui n'était pas donné à tout le monde. Nous courûmes jusqu'au cinéma, manteaux sur la tête, enfin à l'abri au chaud. Il faisait encore froid pour le mois de février, et je pensais à mon anniversaire début mars, espérant qu'il fut tout de même un peu plus tempéré. Dans la salle, nous nous installâmes juste à temps, le film commençant à peine. Nous étions arrivés pour la séance de quatre heures, je m'inquiétai de l'heure.

"-On va sortir vers six heures, chuchotai-je à Ryuya. Axel va peut-être se demander où nous sommes.

-Je ne pense pas, répondit le chanteur. Il n'y avait pas d'heure de retour, je crois. On a juste dit "en fin d'après-midi", ça devrait aller.

-Ah d'accord", fis-je, soulagé.

Il me sourit, et nous nous intéressâmes enfin à la projection. En plein milieu du film, la voix de Ryuya me surpris. Sans tourner la tête, les yeux rivés à l'écran, je l'écoutais.

"-Il ne serait pas honnête de ne pas te répondre à propos d'hier.

-Tu… avais entendu, murmurai-je, à la fois impatient et affolé.

-Oui. Sache que ça me fait très plaisir…

-… tu dois entendre ça tous les jours au Japon…

-Pas mal oui. Mais je ne peux évidemment pas répondre à ces attentes…" Je me mordis inconsciemment la lèvre et fermai les yeux. "…tout comme je ne peux pas répondre aux tiennes." Mon cœur relâcha la pression et je me sentis incroyablement… soulagé. Je n'arrivais pas à y croire, mais j'étais tellement apaisé. Sans doute parce que je m'y attendais irrémédiablement, ou à cause de la façon dont il me l'avait dit, si gentille, ou peut-être bien les deux, et même, je n'en étais pas sûr. Ce dont j'étais sûr, c'est que j'allais bien mieux que je ne l'avais imaginé. "Je suis désolé, ajouta Ryuya.

-Non, c'est normal, répondis-je. Je le savais, tu sais.

-D'accord. Je suis content que tu le prennes bien.

-Est-ce que tu as déjà quelqu'un? demandai-je.

-Non, pas encore.

-Je te souhaite de trouver une personne qui t'aimera comme tu le mérites.

-Merci. Je te le souhaite aussi…" dit-il d'un ton non indifférent à mon goût. Mais je ne pus saisir de quoi il parlait et n'osai pas lui demander, n'étant même pas sûr de mon interprétation.

Oubliant vite cela, nous regardâmes la fin du film, sous l'œil courroucé de bonnes femmes devant nous qui n'avaient pas apprécié que l'on discute.

En sortant du cinéma, nous rentrâmes tout de suite pour ne pas nous faire attendre des Goujun. Nous arrivâmes dans la rue où habitait Axel et sa famille quand je vis le blond descendre d'une voiture avec son frère, portant des sacs contenant apparemment des vêtements. J'en étais sûr! Il m'avait menti, et tout ça pour me rapprocher de Ryuya. Je feignis de refaire mon lacet afin de laisser les deux frères rentrer chez eux. Devant la porte, Ryuya frappa, et Rémi vint ouvrir.

"-Salut! lança-t-il. Ça va vous deux?

-Oui, répondit le brun.

-Tu entres deux minutes Melvin? me proposa Rémi.

-Merci, fis-je en avançant dans le hall.

-Bonjour, fit Zoé en trottinant derrière son frère aîné.

-Bonjour Zoé.

-Tu viens voir mes dessins? me demanda-t-elle.

-Excuses-moi, je n'ai pas le temps, répondis-je avec un sourire désolé.

-Alors viens Ryuya… fit-elle en le traînant par la main.

-Bon, alors salut!" me dit-il avec un sourire et un geste de la main.

Je lui répondis de la même façon. Puis je me tournai vers Rémi.

"-Alors, comment était ta journée shopping avec Axel? tentai-je.

-Super! répondit-il innocemment. Tu veux monter le voir un peu?

-Si ça ne dérange pas…

-Bien sûr que non, allez vas-y!"

J'avais donc raison, et j'enrageais de ne l'avoir pas deviné. Je frappais à la porte de la chambre de mon ami, qui répondit un "entrez" peu motivé, et j'entrai. Axel, bras croisé sur son bureau et soupirant profondément, se redressa vivement en m'apercevant.

"C'est toi! s'écria-t-il, gêné d'avoir été vu ainsi par moi. C'était bien?" ajouta-t-il d'un ton maladroit.

La tête baissée, appuyé contre la porte, je ne dis rien. Il se leva, intrigué.

"-Je ne veux pas que tu fasses ça, lui dis-je.

-Quoi donc?

-Tu le sais! criai-je.

-Mais Mel…

-Tu n'avais rien à faire! Ton frère m'a dit que vous étiez allés acheter des fringues ensemble! m'emportai-je. Ne fais pas comme si de rien n'était!

-Oh mais…

-Ne fais… pas ça! criai-je, en me mettant à verser des larmes, de colère et de tristesse sans doute.

-Mel…" Il me prit soudain dans ses bras et me serra fort. Je me débattis, mais il ne me laissa pas. "Je suis désolé, je ne pensais pas que ça t'embêterait que je t'aide.

-Je ne parlais pas… de moi… sanglotai-je. Mais de toi! Je ne veux pas… que tu… te fasses ça!" Je pressai mes poings sur son torse et le frappai doucement. "T'as pas le droit…

-Shuuu… fit-il en caressant mes cheveux. Excuse-moi… excuse-moi…"

Il ne finit par me lâcher qu'au bout d'un certain temps, et ce fut à ce moment que je remarquai que ses yeux étaient brillants, et qu'il pleurait aussi. Je m'énervai encore plus, et je tentais de m'essuyer les yeux de la paume, sans que les larmes acceptent de s'arrêter. Incapable de supporter ça plus longtemps, je partis en courant, sans répondre à Axel qui cria mon nom une dernière fois avant que je ne claque la porte sur moi.

Chez moi, j'ouvris la porte à tâtons, n'ayant pas pris la peine d'allumer dans les couloirs de l'immeuble. Est-ce que Martin était rentré? Ou était-il encore chez un de ses amis à jouer aux cartes en buvant? La réponse ne se fit pas attendre.

"-Dépêche-toi de fermer cette putain de porte! gueula-t-il en arrivant devant moi, cigare au bec, bouteille et verre dans les mains.

-Hm…

-Qu'est-ce t'as?! cracha-t-il en abattant sa bouteille de scotch sur le meuble du dégagement. Tu pleures?

-C'est rien, fis-je en tournant la tête.

-Ça pleure pas un homme!" cria-t-il outré. Il m'envoya une gifle qui me fit tomber à la renverse. "Voilà, là t'as une raison de pleurer." Il récupéra son alcool, rentra dans sa chambre et claqua la porte. Peu après, je l'entendis ronfler à l'autre bout de l'appartement. Pas de problèmes à se faire pour les voisins, nous n'en avions plus depuis longtemps. J'allais dans la cuisine et me servis un verre d'eau, puis je m'étalai sur l'évier en pleurant tout mon soûl.

Ce dimanche là, je m'étais levé très tôt et m'étais fait à manger, décidé à ne pas sortir de ma chambre de la journée, ce à quoi je me tint. Le téléphone avait sonné plusieurs fois. La première, Martin n'était pas encore réveillé, la seconde il l'était, mais était dans la salle de bains. Et la troisième, il avait enfin décroché mais lorsqu'il m'avait appelé, j'avais fait mine de dormir, alors il avait demandé à son interlocuteur de me rappeler le lendemain, et avait raccroché violemment, énervé d'être dérangé pour rien. "Depuis quand il reçoit des coups de téléphone, ce gosse?!"

Le lundi matin, je ne me sentis pas la force d'aller en cours. Mon père s'en contrefoutait que j'y aille ou non, et c'était moi qui avais toujours fait mes mots d'absence, alors peu importe. Je ne voulais voir personne, et ne me voyais pas faire face à Axel de sitôt. En plus, je n'étais pas très bien. Peut-être avais-je pris froid samedi? J'attendis que Martin soit parti pour pouvoir aller dans le salon/cuisine; il était le dernier à qui je voulais parler, mais de toutes façons je ne le voulais jamais. J'allumai machinalement la télévision, puis le magnétoscope, et me calai dans le canapé avec une couverture. J'avais laissé une cassette vidéo dans le scope? Elle commença et mes larmes se remirent à couler comme la veille. C'était une vidéo de clips d'Ikenie Amano, et la voir me rappelait Ryuya et Axel, et cette terrible soirée. J'interrompis la lecture, et me recroquevillais sur moi-même. Ça pleure pas, un homme! Alors qu'est-ce que j'étais? …qu'est-ce que j'étais?

Je me réveillai avec la sonnerie du téléphone. Je m'étais rendormi? Et qui était-ce si tôt le matin? Un coup d'œil à la pendule m'appris qu'il n'était pas "si tôt", mais en fait onze heures.

"-Allô? fis-je d'un air endormi, le combiné manquant de me tomber de l'épaule où je l'avais calé pour garder la couverture contre moi.

-Melvin… salut, c'est Axel." Cela acheva de me réveiller; je lâchai tout à coup ma couette et pris le combiné à pleines mains. Je me sentais atrocement gêné, mais quand même heureux d'entendre sa voix. Qu'allais-je lui dire? Qu'allait-il me dire? Etait-ce lui qui avait essayé de me joindre la veille? Perdu dans mes réflexions, j'en oubliais même de répondre. "Mel… tu es là?

-Oui! Oui, je suis là, répondis-je précipitamment, remettant de l'ordre dans mes idées, une main dans les cheveux.

-Pourquoi tu n'es pas venu? me demanda-t-il d'un ton qui trahissait tristesse et culpabilité.

-Je ne me sentais pas bien, répondis-je d'un ton qui se voulait convainquant.

-C'est vrai?

-C'est vrai.

-Je te demande pardon…

-Arrête… fis-je. J'ai compris.

-Je pensais juste t'aider, il ne m'est jamais venu à l'esprit que ça te gêne. A bien y réfléchir, c'est vrai que je m'immisçais à ta vie privée. Décidément, je ne suis doué qu'à faire des conneries.

-Tu ne comprends donc rien, Axel? soufflai-je d'un ton attristé.

-Quoi?

-Jamais tu ne m'as embêté. Pour "Sad sky", tu sais très bien que ça m'a fait énormément plaisir, et quant à hier, je t'ai dit que je ne m'en faisais pas pour moi mais pour toi… J'ai passé une très bonne journée, et je t'en remercie, mais au final, qui devait être blessé? Pas moi. Si je t'avais crié dessus parce que j'avais eu la chance d'avoir un tête-à-tête avec mon artiste préféré, il y aurait vraiment un problème, tu ne crois pas? Quand je suis entré dans ta chambre, tu soupirais, tu n'avais pas l'air aussi dynamique que tu le prétends toujours… Dis-moi pourquoi.

-Non, c'est pas ce que…

-Dis-moi." un silence, puis il prit sa respiration.

"-Parce que j'enviais Ryuya. Même si c'était moi qui avais tout provoqué, je n'arrête pas de me dire que j'aimerais être à sa place.

-Quelle place? Tu es quelqu'un de super. Ne rêve pas d'un autre rôle, je ne le supporterais pas. Toute ma vie j'en ai rêvé.

-Ah oui?

-Jusqu'à ce que je découvre des choses qui n'auraient jamais été ce qu'elles sont si je n'étais pas moi", expliquai-je. Puis je ris: "Tu as tout compris j'espère?" Il rit aussi.

"Parfaitement." Une pause, et il reprit: "Tu es seul?

-Oui.

-Est-ce qu'on peut passer, Ryuya et moi? Si ça te dit.

-Oh euh… oui, venez." Martin n'était pas là, autant en profiter. "Vous avez mangé?

-Non, on apporte tout, ça marche?

-Evidemment. Je vous attends."

Nous raccrochâmes, et je souris, satisfait. Mince! J'étais toujours en pyjama! Je courus dans ma chambre pour enfiler un jean et un pull de laine verte. Maintenant, il me fallait planquer toutes les bouteilles de Martin, je ne voulais quand même pas que mes amis voient ça. Quel bordel, cet appart'! Le vieux ne rangeait jamais rien, pas étonnant. Voilà, là c'était beaucoup mieux. Au même moment, on frappa à la porte. J'allai ouvrir à mes deux amis, et leur sourire me réchauffa le cœur. Les bras chargés de sandwich et de boissons, nous déjeunâmes en plein milieu de mon appartement, entre rire et bonne humeur.

Lorsqu'il fut une heure, j'interrogeai Axel.

"-Mais tu n'as pas cours aujourd'hui, au fait?

-J'ai fini à onze heures, j'ai des profs absents cette semaine. Heureusement, parce qu'avec Ryuya à la maison. C'est vraiment pas pratique de t'avoir fait venir en pleine période de cours, lui dit le blond.

-Ce n'est pas grave, je peux visiter le pays plus librement, fit le chanteur.

-Ouais, Rémi l'emmène souvent, me raconta Axel, parce qu'il voyage pas mal. Ce qui fait qu'il ne s'ennuie pas quand je suis en cours.

-Mais on peut se voir quand même, ajouta le brun. Tant mieux, car sinon ça n'aurait pas vraiment été une visite.

-C'est sûr, rit Axel.

-Vous voulez qu'on regarde une cassette? proposai-je ensuite.

-Bonne idée, acquiesça Ryuya, vite suivit par Axel.

-Très bien."

Nous choisîmes un film, je n'osai pas proposer des clips ou un dessin anime japonais, peut-être par peur que ça n'apparaisse trop stéréotypé. Je mettais la vidéo et revins m'asseoir entre mes deux amis. Axel à ma gauche, Ryuya à ma droite, j'avais l'impression d'être dans un rêve.

Je n'en étais pas tellement loin puisque je finis par m'endormir. Je me réveillai à la fin du film… sur l'épaule de Ryuya. Je me relevai brutalement.

"-Excuse-moi! m'écriai-je.

-Mais non, fit-il. Ce n'est rien."

Rougissant, je me tournai, et vit qu'Axel n'était plus à côté de moi. Ryuya me répondit avant que je ne pose la question.

"-Il est aux toilettes.

-Ah… d'accord", fis-je, soulagé qu'il n'ait pas assisté à mon réveil.

Lorsqu'il revint, il annonça qu'il serait peut-être temps qu'ils partent, ainsi je les raccompagnai en bas de l'immeuble.

"Au fait, m'étonnai-je. Comment avez-vous eu mon adresse?" Je ne l'avais jamais donnée à Axel.

"-Je l'ai demandé à ta copine Caroline, répondit le blond. Au début elle m'a regardé d'un air louche, et puis elle me l'a filée.

-Ah… fis-je, en imaginant la scène, un sourire aux lèvres. Bon, et ben à demain, ajoutai-je avec un sourire.

-A demain!" firent Axel et Ryuya.

Mais, alors qu'ils n'avaient fait que quelques mètres, Axel revint vers moi.

"-J'ai oublié de te demander si tu faisais quelque chose le deux mars. C'est mercredi.

-Non, rien, répondis-je, intrigué. Pourquoi?

-Est-ce que ça te dit de venir avec Ryuya et moi à une petite fête, en soirée?

-Oui! Oui, ça me dit vraiment.

-D'accord, alors à plus!" Il rejoint Ryuya avec un dernier signe de la main.

Je rentrai chez moi, le moral monté à bloc. Ce soir là, rien n'aurait pu me déprimer, pas même mon père qui gueula pour tout et rien, mais ce n'était pas bien nouveau. Lorsque je me couchai, j'écoutai le dernier CD de Ryuya. Mais je commençai à réaliser que j'avais peut-être fait une erreur. Et cela se confirmerait ce mercredi même.

"-Qu'est-ce qu'il t'arrive?

-Hein?" Je me tournai vers Caroline, ne comprenant pas sa question.

-T'étais vraiment malade toi, hier? fit-elle, un sourcil largement haussé. Si tu voyais le sourire scotché à ton visage depuis ce matin!

-Oh… peut-être oui.

-Alors, c'est pourquoi? T'as enfin compris?" Je la regardai de travers. "Non, indubitablement pas.

-Mais compris quoi?!

-C'est pas à moi de te dire ça!" lança t-elle.

Mais je m'en fichai qu'elle ne me le dise pas, j'étais de bien trop bonne humeur. Je revins au club de volley-ball en fin d'après-midi, mon œil étant guéri, et m'entraînai encore une fois avec Axel, les autres membres avec qui j'avais quand même plus ou moins sympathisé, et à ma grande surprise, avec Ryuya. Le prof avait accepté qu'il participe à la séance, sachant qu'il en avait pas mal fait, et avait fait partie du club de son lycée pendant deux ans. Tant mieux, c'était à nouveau l'occasion de me trouver avec eux deux, et je ne pouvais rêver mieux. Mais j'étais surtout impatient d'aller à cette fête, dont je demandai des détails à Axel. Il me dit de venir dans une petite salle polyvalente de son quartier, à sept heures, et qu'il n'y avait rien à amener.

Le jour dit, je ne tenais pas en place. Toute l'après-midi je cherchai à m'occuper. Mes devoirs étaient faits, j'avais fini de manger, j'avais réécouté les quelques CD que je possédais plusieurs fois, bref, j'étais complètement désœuvré et terriblement impatient. Martin avait griffonné un mot le matin, disant qu'il ne rentrerait pas, qu'il allait chez un ami à une centaine de kilomètres d'ici. Pour tout dire, je n'en avais que faire, mes pensées étaient autre part.

Enfin l'heure de partir! Je m'y rendis en vélo. Arrivant près de la salle, je m'étonnai de n'entendre aucun bruit. Etais-je en avance? M'étais-je trompé d'endroit. J'allai ouvrir, et constatai que c'était ouvert. Bon signe, mais moins en ce qui concernait le noir complet. Je cherchai l'interrupteur lorsque des spots éclatèrent de partout et j'entendis un hurlement retentir, qui disait: "Joyeux anniversaire!"

Estomaqué, je ne bougeai plus. Je me pris la tête dans la main. Mon… anniversaire? Avec cette idée de fête qui m'occupaient l'esprit, j'avais complètement zappé ça! Axel s'avança vers moi, suivit de Caroline et des joueurs du club de volley. Ryuya, sur la scène, s'empara d'un micro et commença à chanter ma chanson préféré, qui provenait de son second album.

"-Bon anniversaire, Mel, fit-il avec un sourire.

-Je… je… tentai-je désespérément.

-Ça te plait? demanda-t-il.

-Si ça me plait? fis-je, ébahi. Il me demande si ça me plait!"

Je faillis pleurer contre l'épaule de Caro qui me prit dans ses bras en me murmurant un "Ça y est t'es adulte petit frère", bien que je ne le ressente pas du tout, surtout pas avec des larmes qui menaçaient de déborder comme un gosse.

Caroline m'offrit un CD, Ryuya le tee-shirt "Sacrifice" (je crus mourir), les membres du volley s'étaient cotisés pour m'offrir un nouveau baladeur, plus performant que le mien ce qui m'arrangeait pas mal, et Axel avait organisé la fête.

Pendant toute la soirée, je dansai (bien qu'un peu réticent au départ), je ris, et m'amusai comme jamais auparavant. Je souriais à tout, le sang me battait aux tempes avec force, tellement la tête me tournait. Peut-être un peu à cause de l'alcool que j'ingurgitai. Peu habitué à en boire (contrairement à Martin), à la fin de la soirée, j'étais ivre. Mais conscient tout de même. La dernière chanson que chanta Ryuya fut "Sad sky", et je me mis à pleurer, mais j'étais complètement soûl, c'était probablement pour ça. Ou parce que j'avais enfin ouvert les yeux. Tout était tellement clair désormais. Etait-ce ça dont me parlait Caroline? Je lui demanderai. En attendant, il me fallait régler cette affaire. Mon regard croisa celui de Ryuya. Lui aussi avait compris, j'en étais sûr. Il me sourit, je lui répondis et écoutais la fin de la chanson avec un soupir bienheureux.

La fête se termina vers une heure. Nous allions être beaux, demain matin, en arrivant au bahut! Néanmoins c'était la plus belle soirée de ma vie, et je ne la regretterais jamais.

Quand tout le monde fut parti, il ne resta plus qu'Axel et moi. Ryuya était rentré avec Rémi, qui avait aidé à tout apporter avec sa voiture.

"-Je te raccompagne, fit Axel en me tenant le bras.

-C'est gentil… répondis-je. J'en ai besoin, effectivement." Je ris. "Je voulais dire quelque chose… mais j'ai oublié… ajoutai-je, en le regardant, lui ou son double.

-Tu t'en souviendras demain", dit-il avec un sourire.

Entre ça et le moment où nous arrivâmes à mon appartement, je ne sais plus ce qui se passa. Je repris conscience sur le seuil de la porte. Axel ouvrit et vint me déposer dans ma chambre.

"-Ton père n'est pas là?

-Nan… pas grave…

-Il a pourtant laissé ses clés.

-Ouais… il fait toujours ça…

-Tu veux un verre d'eau? me proposa le blond.

-Ça ira, merci.

-Alors je vais te laisser…

-Hum?

-Je ferme derrière moi, ça vaut mieux, je te rendrai tes clés demain, enfin, tout à l'heure. Alors à plus tard… et encore bon anniversaire."

Il sortit sans que je puisse dire autre chose, je n'y arrivais plus vraiment.

Et puis, en plein milieu de la nuit, je me réveillai en sursaut. Je t'aime. Voilà ce que j'avais oublié de dire à Axel. C'était lui, mon ciel triste, qui pleurait quand je n'allais pas bien, et qui souriait dans le cas contraire. C'était pour ça que j'avais tellement mal quand je le blessais malgré moi, ou qu'il m'aidait alors qu'il retournait le couteau dans sa propre plaie. C'était lui qui me rendait heureux quand je le voyais. Toujours à s'inquiéter pour moi, sans jamais s'énerver, il voulait toujours me faire plaisir, et j'appréciais tellement ça. Pourquoi n'avais-je pas compris ? Je n'avais pas réalisé pourquoi son regard me troublait, il n'y avait pourtant jamais eu que le sien qui me faisait cet effet. Et quand il avait l'air triste, tout ce que je voulais c'était le réconforter, je voulais tant qu'il ne fasse que sourire. Quand il m'ignorait, je souffrais, quand il n'étais pas là, quelque chose n'allait pas. Mon ciel triste… Voilà mon erreur. Je confondais amour et admiration. Ryuya était Ikenie Amano, et je l'avais toujours considéré en tant que tel. Ma passion pour ses chansons venaient de ses textes, et c'était encore Axel qui me les avait fait découvrir. Et le soir, quand ses morceaux me berçaient, je pensais à cette musique, mais c'était le visage d'Axel que je voyais avant me fermer les yeux. Je m'en rendais enfin compte.

Ce fut sur cette idée que je refermai les yeux, desquels coulaient des larmes silencieuses, de soulagement je crois, d'avoir enfin compris ce que j'aurais du savoir depuis bien longtemps. Ça pleure, pas un homme! Et bien si je devais ne pas en être un, c'était le cadet de mes soucis. Axel m'acceptait comme j'étais, et je voulais être auprès de lui comme avant, sans rien changer. Demain, pensai-je. Demain Axel saura.