CHRONIQUES ADOLESCENTES

Résumé : Ils sont deux adolescents tout ce qu'il y a de plus normaux, avec chacun leur vie, leur rêve, leur espoir…mais comme tous ceux de leur âge, ils grandissent, ils se cherchent, ils expérimentent de nouvelles choses…et notamment leur sexualité. Et s'ils en venaient à partager leurs états d'âme et leurs sentiments ? Venez suivre le parcours de ces deux garçons pas comme les autres…

Note : Cette histoire traite de relations homosexuelles, vous êtes prévenus. Sur ce, bonne lecture !

RARs :

Virginie : Et oui, je reprends à nouveau un rythme normal. Retour des journaux avec force de détails sur l'évolution de leur sentiment, et surtout des questions qu'ils se posent. J'espère que tu vas aimer !

Note : je tiens à rectifier une date du précédent chapitre (personne n'a pensé à me signaler cette erreur d'ailleurs), en effet, le 31 Février n'existe pas…c'est en fait le 3 mars…

Chapitre 16 : Vilains secrets

Vendredi 24 Août, journal de Nolan Carattini

Cette semaine de rentrée a été une des plus éprouvantes que j'ai pu vivre. Je ne pensais pas que Jason gardait tant de rancœur à l'égard de Kim, ou devrais je dire M. Simmons. Cela ne fait qu'une semaine qu'il est notre professeur d'Art Plastique, et j'entends déjà Jason le critiquer à tout bout de champs, que ce soit en classe ou en dehors des cours. J'ai presque l'impression qu'il est jaloux…mais je ne vois pas ce qui pourrait motiver un tel sentiment, je dois me faire des idées.

En tout cas je ne sais pas si je me ferais un jour à cette situation. C'est juste tellement étrange de l'avoir comme professeur…après tout, c'est le garçon avec qui j'ai passé une partie de mes vacances l'an dernier, que j'ai même embrassé parce que j'avais trop bu, et qui m'a aussi donné des conseils en matière de sexe…

J'ai presque eu du mal à le reconnaître le jour de la rentrée. Il n'avait plus ni mèches blondes, ni coiffure excentriques, ni vêtements branchés comme on en porte à New York. J'ai revu un jeune homme aux cheveux mi longs et aussi noirs que les miens, à la barbe mal rasé, et à la tenue très décontracté tout en restant sobre. Je ne pensais pas que je verrais un jour Kim s'habiller comme monsieur tout le monde.

Mais je dois avouer que ce style lui va plutôt bien. Il semble plus vieux, bien qu'en réalité il ait tout juste 20 ans. Il m'a expliqué qu'il effectuait un stage, ça fait parti de sa formation à l'école d'art, une sorte d'option qu'il a prise. Il m'a dit qu'il resterait un semestre, et qu'ensuite il retournerait à New York pour poursuivre sa deuxième année.

J'aime beaucoup quand il me parle de ses études, de ses projets, de la façon dont il planifie son avenir. Je crois que quelque part il me transmet une part de rêve. Il me donne envie d'avancer à mon tour et de me réaliser.

Mon futur est un peu flou. Il n'y a pas si longtemps je me voyais avocat. Mais depuis que je connais Jason, je n'abandonne pas l'idée de faire une carrière dans le basket.

Vendredi 24 Août, journal de Jason Scott

Je n'arrive pas à croire qu'on accepte ce genre de type dans une école réputée comme la nôtre. Tout d'abord, il est beaucoup trop jeune pour enseigner…il est à peine plus âgé que les dernières années. Et puis ces cours ne sont même pas construits. La seule chose qu'il est foutu de dire, c'est « laissez libre cours à votre imagination ». Moi aussi je peux en donner des cours comme ça. Il distribue des conseils au coup par coup comme on donne un cours particulier.

Je crois que si ce type n'était pas aussi important pour Nolan, je n'aurais pas hésité à le faire virer. Et puis je n'oublie pas notre altercation en France il y a un an, ça me reste encore en travers de la gorge. Il y a cette satanée colère en moi qui me donne envie d'exploser parfois, mais je ne veux pas perdre Nolan à cause d'une attitude stupide…cela ne ferait que le pousser un peu plus vers ce pervers venu de New York.

D'ailleurs, je ne suis pas aveugle. Je sais très bien que s'il est venu à Charlotte plutôt que dans n'importe quelle autre ville du pays, c'est pour Nolan. Il est toujours en train de le regarder, de lui sourire, de le frôler quand il passe près de lui…son attitude est presque vicieuse. Il me donne envie de vomir.

J'aimerais bien que Nolan puisse s'apercevoir de la vraie personnalité de « Kim ». Putain, voilà bien un nom d'homo New Yorkais…pitoyable tant ça frôle le ridicule et le stéréotype.

J'aimerais tant qu'il s'aperçoive de l'attitude sournoise de ce type, mais il a toujours été naïf et trop gentil.

C'est la première fois que je réagis ainsi. En temps normal, j'aurais tout fait pour écraser celui que je considère comme un adversaire. Mais je tiens tellement à cette amitié que j'ai noué avec Nolan que je ne veux rien faire qui puisse la compromettre. Qu'est ce qui ne va pas chez moi ? Je ne me suis jamais laissé rabaisser de la sorte auparavant.

Pour une fois que tout va bien à la maison…il faut que ce soit à l'école que je rencontre des problèmes. Depuis que j'ai été nommé capitaine, j'ai l'impression que mon père me met moins la pression, ou alors peut être est il tout simplement trop occupé avec son deuxième cabinet à New York. Ma mère est partie en reportage en Roumanie et ma sœur est repartie à l'université. Je ne pense pas la revoir tant que maman est à l'étranger.

Elles ont une relation étrange toutes les deux. Plus les années passent, plus je m'en rends compte. Je suppose que toutes les mères ont une relation privilégiée avec leur fille…mais Sarah et maman semblent partager plus qu'un lien particulier, plus comme une sorte de secret.

Mais je n'ai pas envie d'en savoir ou d'en découvrir plus. J'ai déjà assez de choses à gérer comme ça…


Jason avait pris l'habitude de venir le chercher tous les samedis pour un entrainement matinal. Cela leur permettait de garder la forme avant la reprise de la saison de basket, mais également de passer un moment rien que tous les deux. Ils se confiaient alors des choses plus ou moins intimes, se lançaient dans toute sorte de conversations. Ils appréciaient simplement la présence de l'autre et se permettaient une proximité qu'ils n'avaient pas en public.

« On marche un peu ? » proposa Jason, essoufflé après avoir couru pendant presqu'une heure.

« Je suis pas contre… »

Nolan essuya son front d'un revers de bras et scruta un instant le ciel. Le soleil commençait à chauffer et les brises matinales étaient bien appréciables.

« T'as prévu un truc cet après midi ? »

« Qu'est ce qui passe ? » demanda suspicieusement Nolan, « t'as pas réussi à décrocher de rendez vous galant ? »

« Très drôle…je te l'ai déjà dit, je ne compte pas avoir de nouvelles copines avant la fin de la saison, du moins pas un truc sérieux »

« Sors avec Alicia…c'est pas comme si t'avais jamais couché avec elle »

« Tu m'en veux toujours pour ça ? »

Jason agrippa Nolan par le poignet et l'obligea à s'arrêter pour lui faire face. Celui-ci secoua la tête en souriant.

« Tu sais très bien que je n'ai jamais aimé Alicia…mais avoue que t'as été un peu salaud sur ce coup là »

« Si jamais j'avais su que t'éprouvais des sentiments pour elle, je peux te jurer que j'aurais jamais fait ça…en plus, j'ai même pas pu aller jusqu'au bout. Je me suis mis à penser à toi et à ce que je faisais… »

Nolan se mit rire légèrement.

« Je savais pas que tu pensais à moi pendant l'acte… »

Jason se mit à rougir et se mordit la lèvre.

« Je voulais dire que j'avais eu des remords, espèce d'idiot »

Il se mit à rire à son tour et ne lâcha le poigné de Nolan que pour mieux prendre sa main et entrelacer ses doigts aux siens.

Jason aimait ce contact. Ce geste naturel n'était pour lui qu'une preuve de leur amitié et de ce lien particulier qui l'unissait à Nolan, et jamais celui-ci n'avait cherché à le repousser. Jason ne se posait pas de questions, sachant pertinemment que quand il s'agissait de Nolan, plus rien de ce qu'il faisait n'avait réellement de sens. Mais comme il était plutôt rare de voir deux garçons se prendre la main, il n'avait jamais été assez fou pour oser afficher une telle intimité en public.

« Tu m'as toujours pas répondu » reprit Jason.

« Je… » hésita Nolan en resserrant sa main autour de celle de Jason, « je vois Kim cet après midi »

Jason s'éloigna brusquement sans même ajouter un mot. Nolan soupira et accourut derrière lui empoignant son tee-shirt et le forçant ainsi à se retourner.

« Je t'en prie Jason, ton attitude est tout à fait puérile. Si tu faisais l'effort, je sûr que tu apprécierais Kim »

« Merde Nolan ! Je n'ai pas envie d'apprécier un type comme lui ! Et le fait que tu ne te rendes même pas compte de la façon perverse avec laquelle il te reluque, je trouve ça encore plus désolant ! »

Nolan soupira.

« J'ai pas envie que tu te mettes en colère à chaque fois que je te parle de lui. Disons pour cette fois que si tu ne me fais pas de scène, j'oublie définitivement ta trahison avec Alicia »

Jason grimaça et sembla peser le pour et le contre.

« Comme j'ai pas envie que tu me ressortes cette histoire sur le tapis à chaque fois qu'on a un désaccord, disons que ça marche pour cette fois ci… » fit il de mauvaise foi et visiblement à contre cœur.


« Alors, et ces sélections ? »

« Elles ont été repoussées à la mi septembre. Le coach est toujours hospitalisé et il veut absolument être présent » répliqua Nolan en souriant.

« On est bientôt arrivé » fit Kim en tapotant nerveusement le volant de sa voiture.

Il conduisait une sorte de Jeep de couleur rouge. Nolan aimait bien cette voiture et préférait nettement la conduite de Kim à celle un peu trop sportive de Jason.

Il avait hâte de passer son permis au mois d'Octobre pour conduire à son tour, même s'il savait que ses parents ne pourraient certainement pas lui offrir une voiture comme la plupart des élèves de son école.

« Voilà, on y est »

Kim se gara tandis qu'ils arrivaient devant un grand immeuble dans lequel se trouvait l'appartement qu'il louait à Charlotte.

Nolan fut étonné de voir à quel point il était différent de celui de New York. A vrai dire, on aurait plutôt dit un immense atelier. Dans la pièce principale, il y avait tout un tas de matériel et au centre un simple canapé qui dénotait presque avec le décor ambiant. Tout au fond il y avait une kitchenette qui semblait à peine être utilisée, et deux portes qui menaient à la chambre et dans la salle de bain.

« Mince…il y a tant de désordre que j'ai l'impression d'être dans la chambre de Jason » se moqua gentiment Nolan.

Kim se mit à rire en prétextant qu'il était un artiste et qu'il avait besoin d'un environnement bien à lui pour créer. Nolan se disait qu'en effet, Kim avait toujours dû avoir un univers bien à lui.

« Alors, pourquoi tu m'as amené ici ? » demanda Nolan.

« Pour te faire visiter voyons… » répondit Kim comme une évidence, mais sans pour autant réussir à vraiment convaincre Nolan.

La façon dont il le dévisageait parfois rendait Nolan nerveux. Il ressentait une sorte de plaisir à sentir le regard de Kim qui se baladait sur son corps. C'était à la fois agréable et dérangeant. Il ne savait pas vraiment s'il était normal d'apprécier d'être dévorer de la sorte.

Quand Jason le lui faisait remarquer, il feignait l'ignorance, de ne pas s'apercevoir que Kim promenait ses yeux sur sa personne. Il lui répondait généralement qu'il se faisait ses idées. Mais la vérité était qu'il appréciait cette attention particulière, et il ne voulait surtout pas que Jason s'en rende compte.

Ils s'assirent sur le canapé et se mirent à parler de choses plutôt banales, jusqu'à ce que Kim lui avoue qu'il avait quelque chose de délicat à lui avouer et à lui demander.

« Ce n'est pas pour rien que j'ai choisi Charlotte pour ma formation tu sais… »

Nolan s'en doutait, mais ne s'attendait pas à ce que Kim se montre aussi franc.

« Tu sais… » poursuivit-il, « Depuis que je te connais Nolan, tu crées chez moi une sorte d'émulsion intense. Il suffit que je pense à toi pour sentir les idées affluer, pour sentir l'inspiration venir à moi…tu es ma muse Nolan. Tu es celui que j'ai attendu toute ma vie…tu m'inspires comme jamais je ne l'ai été. J'ai besoin de toi…car je voudrais te peindre »

Nolan resta un moment interdit, incapable de parler, de former une phrase correcte. Jamais il n'aurait pensé qu'il aurait pu provoquer une telle passion chez quelqu'un, et le fait que cette personne soit Kim le flattait encore plus. Mais il ne se sentait pas assez en paix avec l'image qu'il avait de lui-même pour accepter ce rôle.

« Je…je suis flatté, vraiment. Mais je ne crois pas que je sois le plus apte à jouer le rôle de muse. Je suis loin d'être parfait au point de t'apporter l'inspiration divine. Je crois que ça me gêne que tu puisses penser ça de moi »

« Merde Nolan. Tu es beau, tu as un corps gracieux, tu es plein d'esprit. Bien sûr que tu m'inspires tout un tas de choses. Mais c'est normal que tu ne puisses pas voir tout ce que moi je vois en toi, ou alors tu serais plutôt du genre narcissique… » concéda t-il, « et puis tu es un ado de 16 ans, c'est le passage critique du sempiternel je n'aime pas ce que je vois dans le miroir »

Nolan se mit à rire puis reprit plus sérieusement :

« Je ne sais pas » soupira t-il, « Je vois mal quel genre de tableau pourrait représenter un type comme moi. Et puis tous les mecs de mon âge n'ont pas autant de complexe. Je suis sûr que Jason ne se serait jamais posé toutes ces questions…il ferait un bien meilleur modèle que moi »

« Ce garçon est un petit con prétentieux et ce n'est pas lui que je veux »

Nolan lui jeta un regard mauvais.

« Ne commence pas…pas toi. Tu es sensé être plus mûr que lui Kim, je t'en prie. Je n'ai pas envie d'entendre à longueur de journée le mépris que l'un éprouve pour l'autre et vice versa… »

« Excuse moi, j'avais oublié à quel point il comptait pour toi »

« Jaloux ? » demanda Nolan avec un sourire espiègle.

« Je dois t'avouer que oui »

Nolan se mit à rougir devant le sérieux avec lequel Kim avait répondu. Il secoua la tête comme pour se remettre les idées en place, ce qui fit sourire Kim.

« Je ne t'ai pas encore tout dit Nolan… »

« Qu'est ce que tu as en tête ? » demanda t-il avec une pointe d'inquiétude dans la voix.

« En fait…je veux que tu poses pour moi entièrement nu »

Lundi 10 Septembre, journal de Nolan Carattini

Cela fait déjà deux semaines que Kim m'a soumis cette proposition insensée. Je sais très bien que c'est totalement fou et que jamais je ne pourrais accepter…mais je n'arrête pas de retourner cette proposition dans ma tête encore et encore.

Kim m'a dit que ça pouvait être une façon de vaincre mes complexes. Sur ce point là, il n'a pas tout à fait tord. Je me souviens encore de mon affrontement avec l'ami du père de Jason, cet homme vicieux et tordu. J'avais besoin de me guérir de l'attaque de Kingsley, et la seule solution était de me remettre en situation mais cette fois-ci en défendant mon honneur. Je me suis senti beaucoup mieux après ça…comme si j'avais reconquis ma virilité perdue.

Peut être que pour arrêter d'éprouver tant de mépris envers mon corps, je devrais l'exposer, prendre le taureau par les cornes et affronter mes craintes.

Même si cette idée est séduisante, je ne me vois absolument pas me déshabiller complètement devant Kim…me mettre entièrement nu devant lui et poser dans le plus simple appareil. Je peux déjà sentir ses yeux me détailler dans chacune de mes imperfection…rien que d'exposer les parties intimes de mon corps à découvert me fait frémir et me rend nerveux.

Je ne peux décidément pas faire ça…il faut que je lui dise non. Je sais qu'il ne m'a pas lancé d'ultimatum, qu'il m'a dit de prendre mon temps…mais cette histoire me travaille trop. Il faut que j'y mette un terme.

En plus, les sélections commencent demain pour recruter les nouveaux membres de l'équipe. Il faut que je me focalise sur ça et pas autre chose.

J'aimerais tant en parler à quelqu'un, mais je ne sais pas à qui. Il est hors de question que j'amène le sujet avec Jason. Il serait capable de débarquer chez Kim en l'accusant de voyeurisme ou je ne sais quoi, alors que rien ne s'est passé pour le moment. Quant à Sam, elle est vraiment trop préoccupée entre le basket et ses cours particuliers. Et puis, ce n'est pas le genre de conversation qu'on a ensemble elle et moi.

D'ailleurs, ça fait un moment qu'on n'a pas parlé tous les deux. Il faudrait peut être que je fasse un peu plus attention à elle. Sam ne me semble pas très en forme depuis quelques temps et je commence à m'inquiéter…elle n'est plus vraiment la même depuis qu'elle est rentrée de son camps de basket cet été…


« Bon sang…tous des putains d'amateurs. Ils n'ont pas leur place sur un banc de touche et encore moins dans l'équipe B »

Il envoya valdinguer son tee-shirt sur le banc d'en face.

« Tu exagères un peu Jason…je te rappelle que quand j'ai passé moi-même les sélections, tu as tout fait pour me dégager de l'équipe » argumenta Nolan.

« Tu ne savais même pas faire un tir en course » répliqua Jason.

« Il ne sait toujours pas faire un tir en course et il est titulaire » fit remarquer Finelay, ce qui déclencha un fou rire dans le vestiaire.

« Je sais faire un tir en course ! » se défendit Nolan alors que Thomas ne cherchait qu'à se moquer gentiment de lui, « enfin presque… »

« C'est vrai les mecs, lâchez le avec ça » commença Jason, « il touche presque le panier maintenant »

Les joueurs se remirent à rire tandis que Nolan essayaient dans une tentative perdue d'avance de frapper Jason avec son tee-shirt.

« C'est quoi ce bordel ! » retentit la voix du coach qui venait d'entrer dans les vestiaires, « j'en ai fini avec les petits nouveaux et je n'ai pas envie que quand ils débarquent dans ce vestiaire, ils pensent que le basket à Charlotte Latin School c'est de la rigolade, compris ! »

« Oui coach ! » répliqua l'équipe d'une seule et une même voix.

« Scott, dépêche toi de t'habiller et rejoins moi, on doit faire le point tous les deux »

« Oui coach »

Mardi 11 Septembre, journal de Jason Scott

J'ai bien cru que le coach ne me lâcherait jamais après les sélections. On a bien délibéré une heure durant avant de trouver un accord. Mais globalement il s'est rangé de mon avis, le niveau cette année est plutôt faible.

Quand je suis rentré, j'ai eu la surprise de voir que mon père était revenu de New York. Je pensais qu'il ne reviendrait pas avant la fin de la semaine…dommage. Je me suis tellement habitué à avoir cette maison immense pour moi tout seul que quand il y a quelqu'un d'autre, ça en devient presque dérangeant.

Après le diner, j'ai surpris une conversation pour le moins étrange entre mon père et un type au téléphone…ou peut être était-ce une femme, je ne sais pas. Je ne me souviens pas avoir relevé un quelconque nom pendant leur échange. Mais mon père avait l'air plutôt remonté. Il n'arrêtait pas de dire que j'étais avant tout son fils, que la personne en question n'avait pas à intervenir dans ma vie. Mais à qui donc mon père pouvait il bien s'adresser ?

Quoique…rien ne me dit que « mon fils » me désignait moi. Qui me dit que mon père n'a pas un fils caché ? Une maîtresse ? Peut être même a t-il une deuxième famille à New York ?

Je me fais vraiment trop de films je le sais bien…pourtant cette histoire m'intrigue. Je n'avais jamais entendu mon père défendre les intérêts de celui qu'il appelle son fils de cette façon. Je ne sais pas ce qu'il cache, mais quelque chose me dit que ce n'est pas très bon.

Comme si ça ne suffisait pas, je viens d'apprendre que ma mère revenait le week-end prochain. Je suppose que ça signifie que ma sœur va sûrement revenir également pour le week-end. Il faudra absolument que j'aille me réfugier chez Nolan, il est hors de question que je reste chez moi alors que ma harpie de sœur sera là…


Nolan trouvait toute cette histoire étrange et ne pouvait s'empêcher d'être inquiet. Cela faisait une semaine que Sam ne venait plus en cours. Quand il avait été voir chez elle, sa mère lui avait simplement dit que sa fille avait eu une allergie dont ils n'avaient pas réussi à déterminer la cause et qu'elle serait absente quelques jours, le temps de se remettre.

Ce qu'il ne comprenait pas, c'était pourquoi ses parents avaient absolument insisté pour qu'il ne la voie pas. Sam était sa meilleure amie, si elle était malade il se devait de voir comment elle allait. Et puis il savait à quel point elle avait du mal en cours, alors rater toute une semaine allait être plutôt dur à rattraper pour elle. Il l'aiderait bien sûr, mais il savait depuis le temps que Sam avait ses limites. Elle était loin d'être stupide, mais elle avait juste des difficultés à apprendre, elle était plus lente que la normale et elle devait vivre avec. Heureusement qu'elle avait des capacités sportives hors du commun, Nolan se disait que c'était un don qu'elle méritait de posséder plus que n'importe qui d'autre.

Quand il avait averti le coach de son absence il semblait déjà au courant. A la tête qu'il faisait, Nolan savait pertinemment qu'il y avait plus. Cette histoire d'allergie n'était qu'une couverture, un mensonge ridicule qui cachait quelque chose d'autre, et sûrement quelque chose de grave. Mais il se jura de le découvrir.

« Alors, tu as réfléchi ? »

Nolan sortit brutalement de ses pensées et se retrouva nez à nez avec Kim. Il lui avait glissé quelques mots discrètement au milieu du brouhaha ambiant, comme il le faisait si souvent.

« Je…désolé, j'étais ailleurs… »

« Je te signale que tu es dans ma classe, c'est pas cool de dire à son prof qu'on ne suit pas le cours »

« Excusez moi M. Simmons, mais s'il vous plaît ne me mettez pas d'heures de retenues, ça ferait très mauvaise impression sur mon dossier scolaire » fit Nolan d'un air théâtrale.

« Tu me donnes là une occasion de te faire chanter tu sais… » puis il murmura, « je pourrais te donner une retenue particulière dans mon atelier, je pourrais monter le chauffage et t'aider à enlever tes vêtements »

Jason, qui était juste à côté, n'avait pu s'empêcher d'écouter la conversation, faisant semblant de chercher quelque chose dans son sac. Il fut tellement choqué par l'échange qu'il faillit en tomber à la renverse, surprenant Nolan et Kim qui cessèrent toute conversation.

Kim repartit discrètement vers son bureau, non sans un avertissement à l'intention de Jason.

« Nolan, va falloir que tu m'expliques certaines choses… » chuchota Jason d'un ton sec. Nolan soupira, il sentait qu'il n'allait pas aimer devoir s'expliquer…


Jason le reconduisit chez lui après l'entraînement. Ils étaient tous les deux silencieux dans la voiture, et Nolan n'aimait vraiment pas cette tension entre eux.

« Arrête-toi ! » s'écria t-il tout à coup, sans savoir pourquoi il avait crié de la sorte.

Jason s'arrêta à l'entrée du quartier résidentiel de Nolan, à quelques rues de chez lui.

« Qu'est ce qui t'arrive ? » cria Jason à son tour.

Nolan se contenta d'attraper son sac et de sortir de la voiture. Il avait besoin de prendre l'air. C'était tout à coup comme si Jason l'étouffait…

« C'est quoi ton problème Nolan ? » demanda Jason en sortant de la voiture à son tour et en l'agrippant par son sac pour l'empêcher de partir.

« Pourquoi est ce que je dois toujours te rendre des comptes sur tout ce que je fais ? »

« Excuse-moi… » soupira Jason en passant une main nerveuse sur son visage, « c'est juste que…j'ai peur que ce Kim ne t'éloigne de moi. Je sais que c'est idiot, mais j'ai besoin de toi. Tu es le seul sur qui je puisse compter, et je… »

« Et tu crèves de jalousie pour je ne sais quelle raison Jason. Je ne sais vraiment pas ce qui t'arrive…depuis qu'il est prof ici, tu agis vraiment bizarrement »

« Tu m'en veux ? » demanda t-il un peu honteux.

« Non, bien sûr que non. Je veux juste que tu me fasses confiance et que tu supportes Kim jusqu'à la fin du semestre. Après il retourne New York et tu ne le verras plus, ok ? »

Jason se sentait vraiment idiot. Il avait l'impression d'être une femme jalouse faisant une scène à son mari qui fricotait un peu trop avec sa secrétaire.

« De quelle proposition te parlait ce type au fait ? » reprit-il après un instant.

Nolan soupira. Il devait lui dire la vérité, il en avait marre de toujours lui cacher la moitié des choses dès qu'il s'agissait de Kim.

« Il m'a demandé si je ne voulais pas poser pour lui. Il dit que je l'inspire, que je suis une sorte de muse pour lui »

« Il veut que tu joues les modèles ? C'est tout ? C'est pour ça que tu devais réfléchir si sérieusement ? »

« Il veut que je pose pour lui…entièrement nu »

Jason resta un moment interdit face à cette révélation.

« Merde, me dis pas que tu vas accepter Nolan…et dire que tu me traites de parano quand je te dis ce mec est un vicieux, mais tu as vu le genre de proposition qu'il te fait ! » s'énerva t-il à nouveau.

« Ce n'est pas ce que tu crois, c'est artistique, ça ne va pas au-delà ! » se défendit Nolan.

Jason fulminait. Quoiqu'il dise, il avait l'impression que Nolan prenait toujours la défense de ce type. Ils semblaient avoir noué un lien particulier…un lien visiblement plus fort que celui qui existait entre lui et Nolan. Cela lui faisait mal, et il sentait monté en lui encore une fois une intense colère.

« Toute façon tu n'es pas capable de faire ça. C'est à peine si t'oses enlever ton tee-shirt devant tout le monde dans les vestiaires » répliqua t-il comme si il cherchait à le défier.

« Tu crois que j'en suis pas capable ? Et bien je vais le faire, rien que pour te prouver que t'as tord ! »

Nolan n'en croyait pas ses yeux. Il ne pensait pas entendre à nouveau dans la bouche de Jason tant de mépris. Ce ton offensant ne lui avait pas été adressé depuis qu'il faisait parti de l'équipe. Il sentait se former dans sa gorge une sorte de boule oppressante et douloureuse…elle le brûlait de l'intérieur, et il devait serrer les dents pour s'empêcher de pleurer comme un gosse tant il se sentait frustré.

« Qu'est ce qui se passe, t'aimes ça te faire mater par des pervers ? » Jason savait qu'il allait être abject, mais il avait besoin de faire ressortir toute cette colère en lui, « T'avais apprécié la grosse queue de Kingsley dans ta bouche ce jour là dans les vestiaires ? Je t'ai rendu service finalement. C'est comme ce jour où t'es venu soi-disant m'aider à régler le problème que j'avais avec le pote de mon père. En fait, je vous avais interrompu quand je t'ai trouvé dans la chambre avec lui, n'est ce pas ? »

Nolan en restait muet. Ces accusations le touchaient pile à l'endroit où ça faisait mal.

« Tu sais quoi » reprit Jason, « tu me fais penser aux mecs que ma mère a filmé pour son reportage…ces putes roumaines qui tendent la croupe devant les touristes américains pour finir leur fin de mois. T'es comme eux finalement, une catin de foire qui aime s'exhiber »

Nolan se contenta de lui tourner le dos pour repartir, mais Jason l'agrippa une fois de plus par son sac.

« Ne me tourne pas le dos comme ça ! » hurla t-il.

Alors qu'il forçait Nolan à se retourner, il vit quelque chose qui le bouleversa…une image qui resterait graver longtemps dans sa mémoire comme celle de la cruauté dont il était capable envers les gens, et particulièrement envers ceux qu'il aimait. A ce moment là, alors qu'il contemplait avec détresse les yeux remplis de larmes de Nolan et son visage figé dans une expression de peine intense, il sut qu'il ne valait pas mieux que son père…

« Oh merde Nolan…je voulais pas… »

Il vit le poing qui se dirigeait sur lui mais ne fit rien pour l'éviter. Il laissa Nolan le frapper en plein visage, gardant ainsi la marque qu'il méritait de porter, celle de la honte.


Le jour suivant cet incident était un mercredi. Jason et Nolan firent leur possible pour s'éviter. Ce jour là il n'y avait pas d'entraînement de basket, et Jason remercia Stevenson de leur faire grâce de cette journée. Il sentait que s'il revoyait Nolan, il ne pourrait s'empêcher de vouloir lui coller à son tour son poing dans la figure. C'était plus fort que lui, la colère était un sentiment qui gouvernait tous les autres, et il n'arrivait pas encore à la maîtriser comme il le devait.

Il avait voulu écrire dans son journal intime, mais chaque pensée, chaque mot insultant, lui revenait en pleine figure. C'était comme si les mots lui renvoyaient son propre reflet…un reflet sombre, odieux, détestable de lui-même. Il prenait peur en relisant ce qu'il écrivait, et il préférait arracher les pages plutôt que d'accepter cette facette si méprisante de sa personnalité. Il ne voulait pas entacher le nom de Nolan par des insultes puérils, car en fin de compte, il était avant tout en colère contre lui-même et sa faiblesse d'esprit, sa dépendance envers ce garçon qu'il y a quelques jours encore, il appelait volontiers son meilleur ami.

Nolan ne se sentait pas vraiment mieux. Il refusait de regarder quiconque dans les yeux, craignant de croiser le regard des autres. Il n'arrivait pas oublier les mots si durs de Jason, qui pourtant sonnaient si justes quand il y repensait. Au fond de lui, il savait qu'une infime part de son être aimait attiser le désir. Était-il vraiment comme il le disait ? Il doutait de lui-même…

Il se sentait si seul tout à coup, et il n'osait pas parler de ses craintes à Kim, il n'était pas sûr que celui-ci soit vraiment objectif.

A la fin de la journée, alors qu'il s'apprêtait à rentrer chez lui, il fut interpellé par Liz qui courrait en sa direction.

« Salut Nolan ! »

Il sourit pour la première fois de la journée. Il aimait bien cette fille, et il regrettait tout le mal qu'avait pu lui faire Jason. Elle était gentille, jolie, intelligente, mais trop naïve pour son propre bien.

« Tu vas bien Liz ? »

Elle acquiesça d'un signe de tête.

« Si je viens te voir, c'est pour te demander si tu avais des nouvelles de Sam »

« Non…pourquoi ? »

« En fait, il faut que je te raconte quelque chose, ça s'est passé pendant le camp cet été. Avec les pompomgirls et les filles de l'équipe de basket, on est parti au même endroit et en même temps cette année, tu vois…»

Nolan hocha de la tête pour lui faire signe de continuer.

« Un soir, alors que je revenais d'une sortie pas vraiment autorisée avec un ami à moi, j'ai croisé Carl Vance qui repartait en voiture. Il y avait des rumeurs qui circulaient comme quoi il voulait sortir avec Sam et qu'il avait plutôt mal pris le fait qu'elle le rejette. Je me suis dit qu'il était sûrement venu la voir pour retenter sa chance, et à la tête qu'il faisait, qu'il avait encore essuyé un refus. J'y ai pas prêté attention plus que ça…jusqu'à ce que je tombe sur Sam qui était encore dehors alors que le couvre feu était dépassé, et c'est pas vraiment son genre de désobéir aux règles. Elle était assise par terre, la tête entre les genoux. J'ai tout de suite vu qu'elle allait pas bien. Quand j'ai voulu m'approcher d'elle, j'ai vu le coach Stevenson qui se dirigeait vers elle, et comme j'étais pas sensée me trouver dehors à cette heure-ci, je me suis cachée. Il l'a aidée à se relever…et mon dieu Nolan…elle avait des bleus sur le visage, sur les bras…et il y avait du sang sur son pantalon, entre ses jambes. Je ne dis pas que j'ai raison à 100 pour 100, mais je pense que Vance y est pour quelque chose »


Jason allait regagner sa voiture sur le parking de l'école quand il vit une femme dont la voiture était arrêtée juste derrière la sienne. Il se dirigea vers elle, agacé.

« Vous voulez bien bouger votre voiture que je puisse sortir » fit il d'un ton sec, laissant transparaître clairement son irritation.

« T'es Jason Scott ? »

« Ouais…et vous, vous êtes qui ? »

Il l'observa un moment alors qu'elle semblait chercher ses mots pour lui répondre. Elle devait avoir une trentaine d'années, mais pas plus de 35 ans. Elle avait de longs cheveux blonds aussi pâles que les siens. Son physique était similaire à celui de sa mère, une ressemblance plutôt troublante d'ailleurs, bien que sa mère se fasse des teintures pour obtenir ce blond si particulier que seul lui et son père possédaient dans la famille. Elle était fort maquillée tout en dégageant une certaine classe, même si son accent sentait un peu trop le trottoir et les clubs de streap tease à son goût.

« En fait… » finit elle par répondre d'un ton hésitant, « je m'appelle Nicole Brayers, et je suis ta mère »

Je tiens à m'excuser d'avance pour la longueur de ce chapitre, mais j'avais tellement d'idées qui me venaient en tête que je n'ai pas pu m'empêcher d'écrire. Au départ, je voulais couper juste après la dispute (comme c'est mignon, la première dispute d'amoureux…comment ça non ?), et puis j'ai continué à écrire, sans savoir comment m'arrêter…bref.

Comme vous le voyez, cette rentrée est plutôt mouvementée, et le prochain chapitre ne fera pas dans la dentelle. Mais je ne les garderais pas loin de l'autre très longtemps, promis !