Encore un jour

"Fais-moi confiance une fois encore

Attends demain, attend l'aurore

Accroches-toi donc, souris un peu

Garde courage, relève les yeux"

- Tu es étrange ces derniers temps, tout va bien ?

- Ce n'est rien, un peu de fatigue seulement.

- Tu ne devrais pas te forcer autant, tu vas faire une nouvelle crise. Pour quelqu'un qui veut cacher qu'il est souffrant ce ne serait pas très indiqué.

- Tu as probablement raison. Je vais aller me coucher.

Et à ce moment, j'hésite, mais déjà les mots se sont échappés

- Dis, tu ne feras rien de stupide n'est-ce pas ?

- De quoi parles-tu ?

Et toi, pourquoi n'en parles-tu pas ?

Une fois de plus je te regarde partir, et je n'ai rien su te dire. Cela me rend triste de te voir prétendre qu'il n'y a que de la fatigue là où la réalité est tellement plus sombre. Mais je n'ose pas essayer de te consoler. Parce que tu ne me laisseras pas faire et qu'ensuite ce sera encore pire. Par ce que je sais bien ce qui trotte dans ta petite tête ces derniers temps. Je t'ai déjà vu jouer avec l'un des grands couteaux qui sont rangés à la cuisine. J'ai vu tes yeux, hypnotisés par les reflets froids de l'acier. Et je me doute que l'expression pensive de ton visage n'avait rien à voir avec la liste des événements heureux de la journée. Et moi j'ai peur. Peur qu'un jour tu décides que tu en a assez et que ça n'en vaut plus la peine. Par ce que je ne peux pas toujours te garder sous les yeux et entrer comme si de rien n'était au moment le plus opportun. Par ce qu'un jour tu jetteras un regard à ces couteaux, et je ne serais pas derrière la porte pour te faire reposer celui que tu tiendras dans la main.

" Prend le temps de regarder à tes côtés

J'y suis encore, rien n'a changé

J'y resterais jusqu'à la fin

N'essaie pas de m'en garder loin"

- Un extrait du nouveau tube, "encore un jour" de Denis Strike sur Radio W. Il est sept heure et c'est au tour de Sylvain de vous présenter les informations.

- Merci Laurent, aujourd'hui encore la grève continue dans les chantiers…

Lundi, la routine reprend ses droits. C'est l'heur de se lever, l'heure de préparer le café et de beurrer une tartine. Peut-être qu'aujourd'hui tu voudras bien l'avaler. Surtout ne pas se faire de faux espoirs, mais quand même essayer. On ne sait jamais…

Je n'aime pas les jours de semaine. Si je devais les définir par une couleur ce serait le gris. Un gris froid comme la pluie et compacte comme un mur de ciment. Oui, le gris convient très bien, c'est monotone à souhait. D'aussi loin que je me souvienne, ma manie de donner des couleurs aux choses et aux gens t'as toujours fait rire. Tu dis que si dieu m'avait consulté avant de créer le monde alors il n'y aurait que les arcs-en-ciel. Moi je ne trouve pas ça drôle. Ça me rassure de penser que les couleurs sont un langage universel. Par ce qu'un monde complètement gris ça n'aurait pas de sens. Mais ça tu n'en a rien à faire. Ça n'a pas d'importance pour toi. Depuis peu, plus grand chose n'en a.

J'entends tes pas dans la pièce d'à côté. Celle que tu as autoproclamé ta chambre par ce que "d'ici on voit le soleil se lever". Chaque matin, je m'attends à ce que tout redevienne comme avant. Je t'entends marcher vers la porte, je vois le bec de la poignée s'incliner vers le bas et mon cœur manque un battement lorsque le panneau de bois s'ouvre enfin pour te laisser passage. Mais chaque matin est une nouvelle déception. Ton visage se creuse de plus en plus, les cernes sous tes yeux deviennent de plus en plus sombres et c'est à chaque fois d'une voix plus morne et d'un air plus las que tu agites sans conviction ta main en signe de salut.

- J'ai préparé le petit-déjeuner.

- Pas faim.

- Tu devrais te forcer un peu tu vas finir par…

- Je te dis que je n'ai pas faim.

- Si tu insistes.

Mais très loin au fond une petite voix me dit que c'est moi qui devrais insister. Si seulement j'avais le courage de l'écouter.

Comme d'habitude tu te contentes d'une tasse de café. Juste avant de retourner t'enfermer dans ta chambre. Les premières fois j'ai essayé de t'en faire sortir. Maintenant je n'essaie plus. Tu vois comme j'apprends vite ? Il a suffi d'une fois. D'une fois et d'une gifle. Avant je n'aurais jamais cru qu'on pouvait se faire comprendre par des coups. Il n'y a que les imbéciles qui ne changent pas d'avis. Même si elle n'était pas forte, cette gifle-là voulait tout dire n'est-ce pas ?

C'est triste, il suffit d'une seule claque pour dire "laisse-moi". Mais je ne connais pas de geste qui signifie "reste avec moi". Pour ces sentiments-là, il faut des mots. Et toi tu es devenu sourd.

Alors je te laisse ruminer tes pensées. Solitaire dans cette chambre où je n'ai plus le droit d'entrer. Et moi contre ta porte, j'attends que tu veuilles enfin sortir.

"Et vous dehors, qu'attendez-vous

Que tout s'écroule, que tout se brise ?

Que coule le sang sous nos chemises ?"

J'ai mal à la tête. Cette radio est infernale. Comment les gens peuvent-il travailler dans de telles conditions ? Il n'y a bien que dans tes bureaux que l'on monte le volume à ce point. Mais ça fait partie de ton charme. Ce qui te différencie de l'espèce de zombie qui m'attend à la maison.

- Par pitié, baisse le volume. On ne s'entend plus.

- Excuse-moi, je ne me rends pas compte. Donc comme je te le disais après le rendez-vous de dix heure il y aura un apéro…

- Je ne pourrais pas y aller.

- …

- J'aurais d'autres obligations à mon bureau.

- Bon, de toute façon les contrats seront signés, ce n'est pas comme si ta présence était vitale.

- Oui, tu as bien raison. C'est déjà étonnant qu'on m'aie demandé de participer à la signature.

- C'est quand même toi qui l'a rédigé ce fichu contrat. Depuis le temps qu'on l'attendait cet accord. C'est un grand événement.

- Si tu savais le nombre de contrats de ce genre qui transitent par nos services…

- Rien à faire. Celui-là compte beaucoup pour nous. Merci encore.

Voilà des mots qui me vont droit au cœur. Cela faisait si longtemps qu'on n'en avait pas prononcé de semblables en parlant de moi. Je sais que sourire fait ressortir mes traits creusés, mais sur le coup, je ne peux pas m'en empêcher.

- Dis voir, tu ne me parais pas en très grande forme ces derniers temps. Qu'est-ce qui t'arrive ?

- Rien. J'ai juste… Quelques petites difficultés d'ordre personnel.

La vérité c'est que j'ai l'impression que ma vie tombe en morceaux. Mais t'en parler n'y changerait rien alors je vais garder tout ça pour moi et toi tu garderas ton sourire.

- Si tu as des problèmes, tu sais que tu peux toujours m'en parler.

- Ne t'en fait pas, ce sera vite réglé.

- Bien. Alors à demain.

- À demain.

Le bruit de pas dans le couloir va décroissant avant de s'éteindre. Déjà la solitude me retombe dessus comme une chape de plomb. J'aime ton sourire. Il est franc et chaleureux. Tu a toujours l'air si loin de mes problèmes que cela me soulage.

"Pourquoi plus je me débats,

Et plus tu nous enlises ?

Y'a-t-il une fin à ta peine ?

Quelqu'un qui possède la clé de tes chaînes ?"

Première surprise en revenant, la musique. Cela faisait longtemps qu'elle n'avait plus sa place dans ta vie. Tu l'en avais même chassé avant moi. Mais ce que j'entends ne me rassure pas. Tu as toujours aimé les musques rythmées, très bien. Mais ça ce n'est pas de la musique. Ces bruits assourdissants et cette voix hurlante n'ont rien à voire avec ce que tu aimes. Alors pourquoi le bruit vient-il de l'appartement ?

Tu pourras au moins te vanter de me faire courir. J'ai même du mal à mettre correctement la clé dans la serrure et je dois m'y reprendre à trois fois avant de heurter la poignée par accident et de me rendre compte que la porte n'est pas verrouillée. J'ignore pourquoi ma gorge est si serrée. Ou plutôt je feint d'ignorer que j'ai peur. Qu'as-tu inventé cette fois ? Quelle lubie étrange ton cerveau a-t-il encore produite ? Une fois la porte ouverte, il ne me faut pas longtemps pour soupirer de soulagement. Voir ta grimace de dégoût et tes sourcils froncés suffisent même pour provoquer chez moi une furieuse envie de rire. La réponse était si simple, j'aurais dû m'en douter.

D'un signe de tête je salue ton invité. Tes amis ne restent jamais longtemps, plus encore ces derniers temps. Mais ce spécimen-là est particulièrement persistant. Probablement à ranger dans la catégorie des idiots doués d'instinct. J'ai peur que nous ne soyons finalement trois pour le souper. Même si en définitive l'idée n'est pas pour me déplaire. Te voir parler même à d'autres que moi me fait du bien.

C'est agréable de travailler à la cuisine avec ta voix comme fond sonore. Tu parais enthousiaste pour une fois.

Le repas avance lentement, de votre côté la conversation semble en faire de même. Alors que vient faire le silence là au milieu tout à coup ? J'aurais tant aimer qu'il attende encore un moment sur le pas de la porte celui-là. Quelle girouette je fais tout de même. À peine les bruits reviennent que je change d'avis. Ce n'est plus une conversation que j'entends, c'est un cris. Et il m'appelle.

- Qu'est-ce qui se passe ?

Devant moi un visage ravagé par l'inquiétude. Ce n'est pas le tien. Toi tu gis à terre. Je suis incapable de gérer les urgences. C'est ton domaine, pas le mien. Je finis par découvrir une réserve supplémentaire de courage, cachée dans un coin. C'est suffisant pour que je puisse prendre les choses en main.

- Sa chambre est juste là, aides-moi.

- Il ne vaudrait mieux pas appeler un médecin ?

- Non, c'est bon.

Pas besoin, je sais ce qu'il faut faire. De toute façon appeler de l'aide est totalement exclu. Tu ne le supporterais pas n'est-ce pas ?

Je n'aurais jamais imaginé que tu puisses être si léger. J'étais pourtant là pour te voir perdre du poids. Encore là lorsque tu repoussais ton assiette sans même y avoir touché. Toujours là pour te voir vomir malgré tout tes efforts pour me le cacher. Mais c'est une surprise de te prendre dans mes bras et de pouvoir te soulever. Je n'ai finalement pas vraiment besoin d'aide pour te transporter jusqu'à ton lit. Et quelques mots suffisent pour que nous soyons à nouveau seuls tout les deux.

J'ai eu beau me retenir, mes paroles ont tout de même été blessantes. Ces préoccupations me paraissent si puériles. Je te regarde tous les jours mourir sous mes yeux et je dois encore me préoccuper de la sensibilité de parfaits inconnus ? J'ai les nerfs à fleur de peaux à force de vivre dans la peur constante qu'il ne t'arrive pas quelque chose où que tu ne fasse une bêtise et il faudrait que je garde mon calme ? Tu vas rire, mais là c'est trop. Je craque. J'aurais mis le temps, j'y aurais englouti mon énergie, j'y aurais même perdu le sommeil, mais finalement je craque. Avoue ça doit te faire bizarre en te réveillant de me voire éclater en sanglots.

- Qu'est-ce qui s'est passé ?

Ce que j'aime avec les crises de nerf c'est qu'elles font l'objet de manifestations aussi diverses que variées. Tes mots sont à peine prononcés qu'ils me font passer des sanglots à un rire aigu et complètement hystérique qui me fait mal au ventre et n'empêche en rien mes larmes de couler. Et ton air d'incompréhension ne fait rien pour me calmer.

Alors comme ça tu veux savoir ce qui s'est passé ? Mais je n'en sais strictement rien moi. En fait je ne sais plus rien. Tu me garde toujours le plus loin possible de toi, malgré tous mes efforts tu te conduits avec moi comme si je ne valais pas la peine que l'on s'intéresse à ma petite personne. Je suis toujours parmi les derniers au courant, il a même fallut que ton médecin téléphone à une heure à laquelle tu n'étais pas là pour que je saches que tu n'allais pas bien. Tu le vois bien, je ne suis au courant de rien. Je me démène tout les jours pour trouver la moindre opportunité de passer un peu de temps avec toi, mais je ne sais jamais rien. Elle est quand même bonne celle-là qu'en penses-tu ?

- Où est ce que tu vas ?

- Me coucher.

Je claquerais bien la porte aussi tant que j'y suis. Mais je me retiens. Une façon de me démarquer par rapport à toi. Car cette même porte entre tes mains aurait probablement claqué à réveiller les voisins.

Je ne cours pas, j'avance calmement. D'ailleurs, je suis calme. Du moins, maintenant je le suis. Les larmes coulent toujours sur mon visage, mais c'est un détail sans importance.

"Car parfois il te faudra reprendre courage

Être toi juste entre deux orages

Me serrer dans tes bras, et prendre du temps

Pour faire disparaître mes peurs d'enfant"

La musique et la lumière qui viennent du couloir m'éblouissent et me gênent. Mon esprit embrumé réclame sa dose de sommeil. Il y a trop longtemps que je n'ai pas dormi une nuit entière et la fatigue m'empêche de ressentir même l'ombre d'un début de curiosité pour la silhouette encadrée dans l'embrasure de la porte. Je m'apprête à émettre un grognement quelconque pour faire comprendre que je veux dormir lorsque ta voix me surprend et m'arrête.

- Je t'en fais voir de toutes les couleurs, pas vrai ?

Les mots mettent un peu de temps avant d'avoir un sens. Mais ils finissent de me réveiller aussi sûrement que l'aurait fait de l'eau froide. Je me redresse dans mon lit et je te regarde. On dirait bien que tu me croyais encore au pays des songes. Tu semble tellement étonné que je ne peux m'empêcher de sourire. Et sous mes yeux, après quelques secondes d'hésitation, tu souris à ton tour. Cela fait si longtemps que je ne t'avais pas vu ainsi.

- Je m'excuse si je t'ai empêché de dormir.

- Ce n'est pas grave.

Il y a maintenant ce qui me semble une éternité, tu avais l'habitude de débarquer comme ça au milieu de la nuit. Tu attendais que la lumière sur mon visage me réveille et ensuite tu venais te blottir près de moi et nous discutions ensemble pendant des heures. Mais là, il y a quelque chose de différent. Entre nous deux, il y a comme une fosse qui se serait creusée peu à peu et que tu ne saurais pas comment franchir. Alors tu reste là, gêné.

Il y a trop de temps qui s'est déjà enfui, où tu te tenais loin de moi quand je te voulais à mes côtés. C'est peut-être pour cela que je te fais signe de me rejoindre.

Tu t'approche, fais mine de t'asseoir près de moi mais au dernier moment tu choisis de t'installer au pied du lit, me forçant ainsi à me redresser pour pouvoir te regarder.

- Ça faisait longtemps…

Trop apparemment si tu ne sais même plus quoi faire ou dire.

N'importe quoi plutôt que de supporter le silence.

- Pardon pour tout à l'heure. Je n'étais pas vraiment dans mon assiette.

- Oui… Je comprends.

C'est ça mon œil.

- J'ai reçu un coup de fil. Il paraît que tu as une nouvelle façon de mettre les gens à la porte ?

Le reproche est à peine voilé. J'ai du mal à retenir une réponse cinglante.

Pourquoi faut-il que tu parles de ça maintenant ? Tu n'as rien d'autre à me dire ? Rien de plus important ? Pas de mensonge rassurant, pas d'explication pour ce qui c'est passé tout à l'heure ?

Je sens les larmes remonter vers mes yeux. Mais cette fois la moitié d'entre elles sont des larmes de rage.

- Tu m'a fait peur. J'avais autre chose en tête que de donner des explications à la première personne venue.

Le coup semble avoir porté. Tu détournes la tête. Que me caches-tu encore ?

- Ce n'était rien. Je vais bien.

Cette fois je ne te laisserais pas t'en tirer.

- Mensonge ! Tous ça ce ne sont que des mensonges. Pourquoi ne dis-tu pas la vérité ?

- Mais je te jure…

- Arrête avec ça !

Ces derniers mots, je les ai hurlés. Cette fois rien ne pourra m'empêcher de vider mon sac.

- Je le vois bien que ça ne va pas. Je ne suis pas aveugle. Alors maintenant arrête. Si tu ne veux rien dire c'est d'accord. Mais dans ce cas débrouille-toi sans moi. Qu'est ce que tu crois ? Que je vais passer ma vie à te regarder mourir de loin ? Ce n'est pas comme ça que ça marche. Si c'est ce que tu attends de moi alors tu fais fausse route.

Je sens les larmes qui roulent sur mes joues. On dirait qu'une fois de plus je n'ai pas pu les retenir. Mais je n'en ai plus rien à faire. Tout ce qui importe, ce sont ces mots qui me brûlent la gorge au passage.

- Je sais que ça ne doit pas être facile pour toi, mais tu n'as pas l'exclusivité des sentiments. Moi aussi je n'en peux plus. J'en ai assez d'essayer d'entamer la conversation avec un mur. J'en ai assez de t'observer de loin en me demandant à quel moment tu vas faire quelque chose d'irrémédiable. Et arrête de me regarder avec cet air désolé. Je ne veux pas plus de ta pitié que tu ne veux de la mienne.

Les larmes se transforment en sanglots, les mots s'embrouillent lorsque arrivent leurs tours d'être prononcés. Et je me rends compte que je cafouille tellement que même si j'avais encore quelque chose à te dire, tu ne comprendrait même pas ce que je raconte.

Tu ne m'avais encore jamais vu pleurer n'est-ce pas ? Malgré les larmes qui me brouillent la vue je peux voir ta mine déconfite à l'autre bout du lit.

La personne qui s'approche timidement de moi et me prend avec tendresse dans ses bras m'est inconnue. Ou plutôt c'est une partie de toi que je ne connaissais pas. Maintenant il y a même une main qui me caresse gentiment la tête pendant qu'une voix murmure des "Chuuute, chuut. C'est fini… Ça va aller…". Comme j'aime cette voix. Comme j'aime ces bras qui m'enlacent et me rassurent. Comme je t'aime, toi.

Une partie de moi est révoltée par mon comportement. Cette partie n'approuve pas que je fonde en larmes et que je te laisse me consoler. Elle a une voix très persistante qui m'encourage à me reprendre et à t'envoyer balader. À conserver au moins ce qui me reste de fierté. Est-ce que c'est honteux de pleurer ? Est-ce qu'il faut se sentir méprisable lorsque on ressent le besoin d'être soutenu ?

Cette voix dit des bêtises. Moi j'ai besoin de toi. Et pour le lui prouver, je me blottis encore plus dans tes bras et mon visage se réfugie dans ton cou. C'est fou ce qu'on y est bien. Tant pis pour la voix et la fierté mal placée, qu'ils aillent voir ailleurs si j'y suis.

Lorsque mes épaules arrêtent enfin de tressauter tu t'éloigne un peu de moi. Juste assez pour voir mes yeux encore humides de pleurs. Loin de tes bras la voix reprend soudain de la force. C'est une chose de pleurnicher contre ton épaule, c'en est une autre de te montrer mon visage chiffonné. C'est à mon tour de vouloir détourner la tête. Mais tes mains de chaque côté de mon visage m'en empêchent. Tout doucement tes pouces viennent essuyer les dernières larmes tendis que tu me fixe intensément.

- Ça va mieux ?

- Oui, merci …

- De rien… Je crois que je te dois des excuses.

Là, j'ai du mal comprendre

- Pardon ?

- Tu comprends, ces derniers temps avec tout ce qui s'est passé, je n'étais pas vraiment moi-même…

- C'est normal. Avec ce que tu dois endurer…

- Ce n'est pas une excuse.

J'aimerais bien hausser un sourcil, mais tes mains toujours de chaque côté de ma tête m'empêchent de bouger comme je le voudrais. Comme si tu avais deviné mes pensées, tu les enlève d'un geste précipité. Et tu reprends la parole d'une voix mal assurée.

- Tu comprends, c'est étrange de se dire qu'on va souffrir jusqu'à la fin de ses jours, sans jamais avoir de répit… Enfin… Non, ce n'est pas vraiment ça… Et en même temps… Je ne saurais pas comment t'expliquer. Quelquefois j'aimerais être déjà mort pour ne pas avoir à subir ça jusqu'à la fin. Et à d'autres moments… J'ai peur. Peur de mourir, peur de me retrouver sans personne avec moi… Je ne voulais pas que tu penses que je te laissais de côté c'est juste que…

C'est juste que nous essayions tous les deux de faire de notre mieux chacun de notre côté et que nous sommes passé à côté de ce qui était vraiment important. Les gens sont tellement bêtes parfois…

- Ne t'en fait pas. Ce n'est pas demain la veille que je vais te laisser tomber. Et maintenant dodo.Et n'oublie pas d'aller éteindre la radio.

"Mais avant tout reste encore un peu,

Restes, tu verras tout ira mieux

Par ce que, j'en suis sûr,

Le temps soigne toutes les blessures."

Fin

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