Bonjour tout le monde !

Oui, me revoici une nouvelle fois, pour une trilogie tout en fantastique ! Je m'excuse auprès de ceux qui pourraient suivre « Lost Angel » mais j'ai vraiment peu de cœur à l'ouvrage pour le 6ème chapitre… Etre obligée de le réécrire me désespère ! -- Alors je m'occupe à côté ! Donc soyez rassurés, il arrivera !!

Pour ce qui est d'ici :


Titre : Trilogie des Serments de l'Assassin.

Auteur : Imari Ashke (Ima.)

Disclaimer : tout ceci m'appartient ! Quelques personnes pourront remarquer qu'inconsciemment je me suis laissée bercée par L'Assassin Royal … Pas ma faute ! J'aime tellement ! .

Genre : Shonen-ai, peut-être yaoi plus tard… Je me tâte #

Résumé : Quand on fait le serment sur sa vie de tuer l'homme qu'a choisi votre cœur… Kelian face à ce cruel dilemme : le prince Johann ou son roi Nathan ? Trahison. Shonen-ai.


Trilogie des Serments de l'Assassin.

Première Partie : Le Serment d'Allégeance.

Des yeux bleus, des cheveux noirs, des traits fins, un corps musclé. Un être masculin, en tout. S'il existait une personne que l'on pourrait décrire comme l'opposé de cette définition parfaite de l'homme, je serais son modèle.

Au contraire de lui, j'étais blond aux yeux verts. C'était bien la seule chose dont j'étais fier, mes yeux. Ensuite mon corps ressemblait à celui d'une femme dont la ronde poitrine avait été retirée. J'étais frêle, fragile même. Ma taille, assez moyenne, ne compensait pas mon poids bien en dessous de cette norme. En étant ainsi, comment pouvais-je croire qu'un jour je saurais attirer son regarde, sa curiosité ?...

Johann était le prince et moi, je remplissais le rôle d'assassin. Assassin ? Oui. L'avantage de ma stature était le peu d'attention que l'on me portait lorsque arrivait un « accident ».

Mais chaque nuit je pensais avec colère que les rôles auraient dû être inversés. J'étais jaloux ! Johann, avec son corps de guerrier, aurait dû être le vaillant chevalier, et moi le frêle prince… Mais la nature l'avait voulu ainsi et personne ne pourrait jamais rien y faire, alors je le regardais de loin et l'admirais en silence.

« -Kelian, qu'est-ce que tu fais ? »

Je sursautai à l'injonction et détournai mon regard du prince Johann qui se tenait, non loin de là, accompagné de son père, le roi Nathan. Le capitaine de la garde royale me regarda d'un air torve et désappointé.

« -Retourne travailler… et viens me voir ce soir », dit-il en chuchotant la dernière partie de sa phrase. J'hochai la tête d'un air détaché et m'enfuis dans le château. La journée, on me laissait tranquille. On faisait croire que je travaillais, mais la plupart du temps c'était le sommeil qui m'accaparait. Mon rôle, je le jouais la nuit.

.oOo.

Je me trouvais ainsi, le soir, devant la porte du capitaine. Dans un silence extrême, je l'ouvris. Je la savais légèrement grinçante mais en jouai en écoutant attentivement le locataire de cet appartement. Quand je fus à l'intérieur, je refermai la porte dans un calme assuré. Le capitaine des troupes du roi écrivait son rapport ; il n'était pas vraiment discret. Il avait tout dans la force physique.

Je m'approchai de lui, restant dans l'ombre de sa chandelle, évitant la source de lumière qu'elle émanait. Quand je fus assez prêt de lui, enfin, je lui donnai un signe de ma présence :

« -Je suis là, Capitaine. »

Ma voix chevauchant le silence le fit sursauter et il tâcha d'encre la feuille sur laquelle il écrivait.

« -Kelian ! Tu pourrais prévenir !

-Je viens de le faire, il me semble. »

Un sourire étira mes lèvres. Dans l'ombre, j'étais le plus fort, c'était moi qui dirigeais, c'était moi le maître. Je me savais habile et silencieux ; c'est ce qui faisait de moi un parfait assassin, comme il se devait. Et même si je ne pouvais profiter de ce prestige au grand jour, je m'en réjouissais la nuit.

« -Assied-toi, assassin. »

Quand le capitaine prenait ce ton et m'appelait ainsi, ce qu'il avait à me dire allait être important. Je m'approchai mais restai debout face à lui, la tête haute. La nuit j'étais le roi, malgré ma chétive stature.

« -J'ai pour toi une mission importante. Et elle t'est assignée par le roi lui-même. C'est moi qui lui ait parlé de toi ; tu as sa confiance, assassin. »

J'hochai silencieusement la tête. Ce genre d'attention ne m'amènerait rien de bon, j'en étais persuadé et c'était bien cela qui me faisait peur…

« -Tu as juré allégeance et fidélité au roi. Réitère ton serment, assassin du roi. »

Il y tenait ce soir à mon statut d'assassin ! Puis tout d'un coup, sa demande me percuta dans mon immobile surprise. Je le regardai dans les yeux, cherchant une raison à cette subite demande, mais il n'y avait rien. Alors, par obligation, j'obéis :

« - Je fais à nouveau ce serment qu'en tout temps et tout lieu, la parole de mon roi étant celle de Dieu, je suis sous ses ordres. Mon âme, mon corps, ainsi que tout mon être est l'arme entre ses mains. Ma vie lui est dévolue. »

Je levai ma main droite et de deux doigts effleurai mon front puis les posai sur ma bouche. Je sortis ma dague de la manche de mon autre main et coupai mon majeur, laissant couler le sang, puis le posai sur ma broche d'assassin. L'emblème de mon allégeance s'irrigua du sombre liquide puis s'illumina, quelques instants à peine.

Mon regard se reporta sur le Capitaine qui hocha la tête, satisfait.

« -Bien…, commença-t-il d'un air incertain. La mission du roi est… particulière, je dois bien l'avouer. Mais ton dévouement doit être inébranlable, assassin. »

J'hochai la tête à mon tour, me demandant quel meurtre j'aurais sur les bras ce soir-là. Donner la mort était une chose difficile. Chaque fois il y avait cette envie, au dernier moment, de redonner la vie à celui que l'on avait transpercé de son couteau, chaque fois ce si fort désir de tirer le verre qui se tendait vers les lèvres de son propriétaire, chaque fois cet irrésistible souhait de ne plus vivre alors qu'un autre se meurt face à soi… Tellement de douleur, de regret…

« -Assassin, le roi te demande de tuer son fils, le prince Johann ! »

Ma respiration se coupa et je cachai mon malaise. Mes yeux voulurent s'écarquiller, mes dents se serrer, mes poings se crisper. Pourtant je ne fis rien. L'apparence était un dû chez l'assassin, c'était sa seconde nature. Seul un léger haussement de sourcil répondit à mon maître d'arme.

« -Johann devient fort et influent, » continua-t-il calmement. « Notre roi se sent trahis par son propre fils. Il pressent le complot et préfère éliminer cette menace dès maintenant. Tu as de nouveau juré fidélité à ton roi. Fais ton devoir, jeune assassin. »

Et sur ses mots, il se détourna de moi. J'avais vu, tout au long de son discours, sa tempe droite battre frénétiquement ; il était aussi déconcerté et perplexe de cette décision que moi. Mais mon sentiment personnel était bien plus fort : tuer Johann ?

Oh mon roi ! pourquoi est-ce moi qui suis désigné ce soir pour lever la main sur le prince Johann, votre propre enfant ?

Je sortis silencieusement de l'appartement et commençai à hanter les couloirs jusqu'à ceux de la famille royale.

Je passais d'ombre en ombre, la lune disparut derrière d'énormes nuages chargés d'orage et la pluie tombant de manière discontinue. Moi je rampais, courais, marchais en direction de sa chambre. Les soldats se succédaient mais aucun ne me remarquait. Le passage secret dans l'angle du mur à l'entrée du couloir royal m'attendait inexorablement.

J'y parvins et machinalement j'appuyai sur la pierre grise, la deuxième à droite de la bordure, tout en poussant du pied la dalle au sol, second levier de l'ouverture de la porte.

J'entrai dans les galeries cachées et me frayai un chemin parmi les toiles d'araignées qui régnaient ici en maîtresses.

La chambre du prince Johann approchait, et quand enfin j'y parvins mon cœur battait à tout rompre. J'étais habitué à l'adrénaline qui me prenait chaque fois qu'une vie allait être arrachée à cette terre de ma propre main. Mais cette nuit… J'aurais presque voulu mourir ! J'aurais voulu que quelque chose se produise, m'empêchant de tuer ce si honnête homme…

Tant de pensées, de sentiments ! Pourtant je ne connaissais pas vraiment le prince Johann. Il m'était à peine arriver de le croiser une ou deux fois et à chaque rencontre j'avais ressenti cette même aura de certitude et de puissance mais aussi d'intelligence et de franchise. Face au roi, il était vrai que ce dernier ne faisait pas le poids…

Je dégageai le trou caché du mur de la chambre. Un coup d'œil à travers ne m'avança pas à grand-chose : il faisait noir, les tentures étaient tirées et ne laissent filtrer aucune lumière, même la plus mince. Les éclairs et l'orage paraissaient loin tout d'un coup.

Je connaissais cette chambre, le capitaine, mon maître d'arme, me l'avait assigné durant quelques semaines pour un test de surveillance.

Finalement, venir ici ne m'aidait pas ! Et c'était tant mieux… il me semblait. Mais si je revenais sans aucune information, je deviendrais l'arrisé des assassins de ce château ! Bien que je ne les connaisse pas… Je savais simplement que nous étions trois, je trouvais que cela était déjà bien assez et même trop.

Etaient-ils, eux aussi, assaillis de remords à chaque meurtre ?

Silencieusement je détachai l'encoche qui retenait la porte fermée. Cette dernière était dissimulée par une toile, du côté du prince. Je la poussai silencieusement et doucement. Mon cœur battait encore. J'entrai et refermai la porte. Un léger déclic me signala, de manière ignoble, qu'elle s'était fermée. Mais cela voulait surtout dire que je ne pourrais plus ressortir par ici ; les battants cachés ne s'ouvraient que du côté du passage secret… J'avais envie de crier, de grogner mais je ne fis rien. Le prince Johann n'avait pas bougé et c'était déjà une chance.

Je m'approchai de l'autre côté de la pièce en imaginant la chambre en plein jour.

Là il y avait une petite table… que je contournai. Puis le coffre qu'il mettait exprès au milieu de la pièce pour prévenir toute intrusion. C'était là qu'il fallait que je fasse attention. Ce coffre était souvent déplacé. Je me courbai donc en mettant mes mains en avant pour éviter de me prendre les pieds dedans à la place. Il n'y avait rien, c'était étrange. Je continuai d'avancer et imaginai la porte qui s'approchait de moi, petit à petit.

Puis tout d'un coup, tout dérapa ! Mon pied droit percuta quelque chose (le coffre ?). Je gémis et voulu instinctivement me prendre le pied dans les mains. Mon bras gauche entra en contact avec le dessous d'une autre table et je fus déséquilibré. J'entendis avec horreur le prince se réveiller tout près de moi mais je ne pus arrêter ma chute. A peine ma tête était-elle tombée sur le lit de ma proie que celle-ci se dégageait des couvertures et appuyait une dague sur ma gorge.

Un nouveau cri m'échappa mais ensuite je me tus.

Je sentis le prince bouger et imaginai ses gestes. J'essayai de me dégager de sa poigne mais sentis alors mon sang coulé le long de ma gorge : la lame du couteau m'avait touché en une longue coupure.

« -Ne bouge pas, ou tu es mort », me chuchota le prince en continuant de farfouiller dans ses affaires.

C'était horrible ! C'était la pire des missions et elle allait entraîner, de toutes les façons, ma mort…

J'essayai à nouveau de me débattre et cette fois, la douleur m'agrippa la gorge. Je m'étouffai presque, toussai, mais le prince n'enleva pas son arme et arriva enfin à faire ce qu'il voulait : une bougie apparut enfin dans sa main droite, allumée. Il la posa à sa gauche, sur la table sous laquelle ma main avait buté avant que je ne tombe.

Nos yeux se croisèrent. Les siens étaient profonds et presque noirs dans cette sombre chambre. Penché sur moi avec sa dague, il avait l'air d'un véritable guerrier ! Ses cheveux noirs frôlaient ses joues et certaines mèches striaient ses yeux.

Ma bouche était asséchée, d'un coup, et quand je voulu avaler ma salive, je m'étouffai à nouveau.

Et ça fait mal !

« -Qui es-tu ? » me demanda le prince de façon calme, mais sans porter attention à ma toux.

« -Il me semble que mon identité doit rester cachée, même après ma mort. C'est la loi des assassins… »

Ma toux me reprit aussitôt ma phrase finit. Si je devais mourir, autant que cela soit de sa main !

« -Tu cherches donc à mourir.

-Pas vraiment, Prince Johann…

-Tu savais donc où tu étais.

-Bien sûr, dans votre chambre. »

L'affront que je lui faisais aurait dû suffire à le pousser à me tuer. Mais le Prince Johann était bien un homme qu'on ne rencontre jamais deux fois dans sa vie. D'un geste vif, il retira sa dague de ma gorge et recula. Il alla allumer toutes les bougies de sa chambre puis reporta son attention sur moi. Pendant ce temps, je me massais la gorge, essuyant délicatement le sang qui coulait de la longue plaie qui s'y dessinait. Je levais ensuite les yeux sur lui et remarquai comme il me dévisageait.

« -Tu ne m'es pas inconnu, » dit-il doucement.

J'hochais la tête en réponse mais n'émis aucun son.

« -Je t'ai déjà vu en compagnie du Capitaine de mon père… »

Un de ses doigts était venu frotter sa lèvre inférieure alors qu'il avait parlé. Il réfléchissait. Mais n'y tenant plus, je le lui dis :

« -Mon nom est Kelian, Prince Johann. »

Mes propos le stupéfièrent. J'étais un assassin et pourtant je lui offrais mon identité sur un plateau d'argent ! Mais j'étais entrain de faire un choix. Je préférais encore mourir pour le Prince Johann que pour mon roi…

Mon choix est fait !

« -Mais quelle stupide personne es-tu ? » s'écria doucement l'homme face à moi.

« -Peut-être la seule qui pourrait vous aider dans votre situation, mon Prince », répondis-je en hochant la tête doucement.

Un silence s'installa de nouveau. Je le regardai à nouveau, me demandant ce à quoi il pouvait bien réfléchir.

« -Tu m'as l'air bien au courant, jeune garçon. »

Cette réplique m'électrisa :

« -J'ai bientôt dix-neuf ans, mon Prince ! »

Et au lieu de me faire des remontrances un sourire étira ses lèvres puis un son étrange, entre le rire et le gloussement, lui échappa.

« -Un véritable enfant ! »

Je rougis de colère. Mon prince Johann était fier et humble ! Ce n'était pas cette espèce d'arlequin !

« -Tu es un assassin, n'est-ce pas ? », dit-il d'un coup, tout son calme et son sérieux retrouvés.

« Oui. »

-Pourquoi te divulguer ainsi ? »

Je souris légèrement.

«-Si j'avais le choix, mon allégeance vous serais dû, prince Johann. »

Il sourit à son tour, puis reprit :

« -Dans ta situation, tout assassin ferait de même. »

Mon sourire disparût. Il osait… Il osait !

« -Ma loyauté n'est aucunement comparable à celle des voleurs ! »

-Bien, bien, jeune Kelian. Alors que fais-tu ici, dans ma chambre, au milieu de la nuit ? »

Je me rembrunis mais gardai une certaine contenance :

« -J'étais venu vous tuer, Prince Johann. »

A ces mots, je sortis mes deux dagues de mes manches et les tendis vers lui puis les posais à terre. Je fis de même avec celle caché dans ma botte et l'épine empoisonnée dissimulée dans mes cheveux. Je posai toutes mes armes devant lui et m'en éloignai.

« -Quand as-tu changé d'avis ?

-Quand vous m'avez collé votre dague à la gorge. »

Je savais qu'en disant la vérité, je m'exposais à la possibilité qu'il me tue à tout instant. Mais mieux valait mourir que de vivre en étant vu comme un espion par le prince que j'admirais tant…

« -Et après, tu dis n'avoir pas la loyauté facile. Permet-moi de douter de ta bonne foi. »

Son ton était glacial et ironique, pourtant j'y percevais le doute. Le Prince était capable de doute, oui, comme tout homme. Il était donc aussi susceptible de mourir, comme tout être vivant.

« -Un assassin ne doit avoir de loyauté qu'envers son maître. Aller à l'encontre de ses obligations n'entraîne que la mort… »

-Et qui est ton maître, jeune Kelian ? Ce ne peut être le Capitaine Jorien… »

J'eu d'un coup l'envie de lui cacher la vérité. Apprendre que votre propre père est l'instigateur de votre mise à mort… N'était-ce pas trop ? Pourtant je ne mentis pas et répondis :

« -Mon maître est… le Roi Nathan. »

Le prince eut un sursaut puis il se rua sur moi, sa dague de nouveau sur ma gorge :

« -Tu mens ! »

Ses yeux brillèrent de colère mais il se retint de faire un geste de plus. Son regard se porta alors sur ma broche. De sa dague, il déchira mon vêtement pour l'y retirer. Je restais de marbre, ne cessant de plonger dans ses yeux profonds. La dague s'échappa ensuite de ses mains, tombant au pied du lit et il accrocha ses deux mains sur mon vêtement.

« -Tu ne mens pas… », murmura-t-il.

J'hochai la tête négativement. Il me lâcha d'un coup et tapa d'un poing rageur sur son lit.

« -Je le savais perfide et ivre de pouvoir, mais pas au point de vouloir me tuer ! »

Sa voix était sourde mais restait basse. Je jetais un coup d'oeil à ma broche, ne sachant que faire. Si je la touchais, Johann croirait-il que je gardais mon allégeance pour son père ? Mais si je la laissais là, je mourrais…

« -Reprends ta broche, assassin » m'ordonna le prince d'un ton acerbe. Je me sentis d'un coup abruti et gênant. Son ton me fit mal.

Mais je ne m'attendais pas à ce qu'il agrippe ma main qui portait ce symbole, alors que je me relevais. Finalement, il connaissait la magie ancienne.

« -Regarde-moi dans les yeux, assassin Kelian. »

Mon regard se porta sur le sien, obéissant à son ordre. C'est alors que je vis, pour la première fois, la chandelle de magie brillée dans ses pupilles. Le Prince Johann n'était pas seulement au courant des pratiques magiques de sa famille ; il les utilisait ! Ce fait tellement rare me fit écarquiller les yeux. Combien de décennies, déjà, étaient passées depuis le dernier descendant royal possédant la magie ?

« -Assassin, fais ton serment d'allégeance. »

J'avalais ma salive puis, mes yeux toujours les siens, je fis un serment que jamais je ne pourrais refaire pour qui que ce soit d'autre :

« -Je fais ce serment, qu'en tout lieu et tout temps, je vivrai et mourrai pour mon Seigneur Johann. Que sa pensée soit celle de la guerre et du sang ou qu'elle soit celle de la paix et de la sérénité de son peuple, je lui obéirai. Moi, Kelian, jure de servir ce roi jusqu'à la fin de mes jours et même après ma mort. Tout mon être lui appartient, jusqu'à… »

Je ne pus terminer ma phrase. Le mot était trop fort. Oui, mon cœur lui appartenait tout autant que mon corps et mon esprit. Cela, chacun le sentit mais aucun de nous ne le dit…

Je sentis dans cette vague dévastatrice de magie qui m'atteignit ensuite, le profond désarroi de mon souverain. Je lui donnai ma vie et il m'en était d'un coup plus reconnaissant que jamais.

Puis il n'y eut, d'un coup, plus rien. Je cru que j'avais rêvé cette sensation de ne faire qu'un avec le prince, mais je la savais réelle.

« -Pourquoi… Pourquoi as-tu détourné les écrits d'allégeance ? »

Il était troublé. Je le sentais à sa façon de parler et en le regardant. Oui, pour lui j'avais changé les paroles du serment, pour lui prouver ma loyauté.

« -Je vous les ai donnés de la façon la plus proche de mes sentiments, au plus près de ce que ma loyauté est envers vous et de ce qu'elle représente pour moi… »

-Tu es quelqu'un de vraiment étrange, jeune Kelian… Raconte-moi ce qu'il s'est passé, je te pris. »

J'hochais la tête, assis sur son lit, comprenant sa question.

« -Le capitaine m'a demandé cet après-midi de venir dans son bureau durant la nuit. C'était le moment où vous étiez avec votre père, dehors. Le soir venu, je suis allé rejoindre mon maître d'arme ; il m'a fais refaire mon serment d'allégeance avant de m'assigner cette mission qui était de vous tuer. Il était mal à l'aise et m'a tout dit le plus vite possible, comme pour s'en débarrasser ! Je ne l'avais jamais vu si étourdi… »

-Et tu ne sais pas pourquoi mon père veut ma mort ?

-La raison que le Capitaine a mentionné était que le roi votre Père soupçonne un complot dont vous seriez le dirigeant, prince. »

Johann hocha la tête.

« -Il n'avait pas tort, mais je l'aurais pensé plus rapide ; cela fait bien deux ans que ce complot existe. Il est seulement temps, à présent, de mettre à exécution tout cela…

-Alors il avait raison !

-Oui tout à fait. Son règne cruel prendra bientôt fin. Après-demain, le Roi mourra ou se soumettra. La famine, la guerre et l'agonie de Dadryan prendront fin. Oui, la nuit prochaine… »

J'étais impressionné par sa détermination et son envie de paix. Presque malgré moi, ma jambe droite se fléchit et je me prosternais face à lui. Mon audace me porta jusqu'à le tutoyer :

« -Johann, tu as toute ma dévotion. Ma vie t'est consacrée…

-Je le sais, assassin… Maintenant, va ! Retourne à tes appartements. »

J'étais déçu de sa réponse. Mais qu'attendais-je de plus ? J'étais son assassin à présent, rien de plus. Pourtant ce pas en avant me fit l'effet d'un coup de poing quand je compris à quel point j'étais devenu proche de lui à présent.

Le Prince Johann, celui qui avait gagné toute ma confiance depuis notre première rencontre, ainsi que mon admiration sans borne. Je lui serais fidèle même après la mort…

.oOo.

Quand le soleil se leva le lendemain je me sentis étrange. Je me demandai quelques instants ce qui était arrivé durant la nuit quand tout me revint en mémoire. Un sourire s'étira sur mes lèvres mais je sentis la peau de ma gorge me tirer. Je pris un bandage et me l'enroulait doucement autour du cou. Je devrais rester toute la journée ici pour éviter que l'on remarque tout cela. La journée allait être longue et ennuyeuse…

Je passais donc ce temps ensoleillé enfermé dans ma chambre. Je ne fis aucun rapport au Capitaine et attendit la nuit avec envie. Rien ne me faisait plus envie que cette lune transperçant le ciel et ce soleil disparaissant à l'horizon !

Quand enfin ce moment arriva je me faufilais jusque dans les appartements du prince Johann. Celui-ci m'attendait, habillé, armé.

« -Prince ? » demandai-je après avoir passé l'entrée secrète.

Il ne sursauta pas mais je sentis sa surprise.

« -Il y a donc une entrée caché dans mes appartements… Très bien. Garde ce secret pour toi, je te fais confiance. »

Trop bouleversé par cet acte, je ne fis qu'hocher la tête.

« -Je voudrais, jeune Kelian, que tu me suives. Ton rôle d'assassin commence cette nuit près de moi. Tu vas me servir de garde du corps… Je veux que tu me suives de la manière la plus discrète possible. Est-ce bien compris ? Je te fais confiance, je mets ce soir ma vie entre mes mains. »

« -Johann ? », demandais-je, mon audace de la nuit dernière reprenant sa place.

Il se tourna vers moi, surpris et curieux.

« -J'en serais digne. »

Il hocha à son tour la tête puis ouvrit la porte, en me chuchotant :

« -Plusieurs hommes avec moi ce soir vont créer l'invasion du château. Sois prudent. Personne ne te connaît. »

Tout cela pour dire que j'agissais à nouveau dans l'ombre, connu d'aucun des deux groupes de ce combat. Seulement de la personne la plus importante.

Le prince s'élança dans les corridors. Un bruit, un cri, se fit entendre. J'entendis le prince chuchoté mais ne compris pas ce qu'il disait. Pour ma part, je laissais une marge entre nous et observais les alentours. Je cherchais dans chaque mur les emplacements des pièges que j'étais seul à connaître entièrement. Ma mémoire était une fierté que je n'avais divulguée à personne. Et ma curiosité, une aide que j'avais été le seul à qui elle ait servi.

Un bruit se fit entendre devant le prince ; un soldat approchait. Je vis Johann se plaquer contre le mur et couru vers lui. Arrivé au croisement du couloir, je le dépassai et me retrouvai le point de mir du soldat. De là, j'allais actionner le piège se trouvant face à notre ennemie. Je ne savais pas s'il était réellement avec ou contre nous, mais ma mission était de protéger Johann et je préférais prévenir le danger plutôt que de le subir.

D'un geste sec mon poing frappa une arcade et je me penchais légèrement vers l'avant : une dizaine de couteaux fusèrent vers l'homme seul qui courrait vers moi. Il mourut seul et sans voix.

« -Toi ! » , s'écria le prince, presque impressionné.

« -Je passe devant, Prince Johann. »

Et sans un mot de plus, je le précédai. Il m'indiqua alors la direction à prendre et je pris les précautions qui s'imposaient. Pas à pas, nous approchions de la salle du trône. Nous savions tous les deux que le roi Nathan attendait de pied ferme l'arrivée de son fils. Je redoutais cette confrontation plus qu'il ne paraissait.

Enfin la salle du trône apparut et nous entrâmes ensemble.

« -Ah, mon fils, Johann, tu es arrivé…

-Oui père, me voilà.

-… Toi… »

Son regard s'était posé sur moi. Je m'avançai vers lui et le saluai de la tête.

« -Tu as été chargé d'une mission ! Traître ! »

Johann se posta devant moi. Le regard brûlant il répondit à ma place :

« -Il m'a porté allégeance. Il a gagné ma confiance tout comme mon estime en me protégeant… »

Un rire s'échappa du corps du roi, puis il dit, ironique au possible :

« -Un assassin qui prête une deuxième allégeance ne mérite aucune estime qui soit… Tu me fais honte, fils. »

« -La honte est pour moi, père. Ton peuple a peur de toi. Il redoute ta colère et ne supporte plus ton règne si hostile. Je viens prendre ta place ! »

Le rire du roi se transforma en ricanement provocateur.

« -Ce royaume est le mien, Johann. Tu n'es que mon fils ; ton temps n'est pas venu.

-Mon temps, père, était révolu il y a deux jours. Mais aujourd'hui je revis et cette nouvelle existence ne sera que pour le peuple de Dadryan ! »

Johann, arrivé au terme de sa patience, se saisit de son épée qu'il portait à son côté. Il la sortit de son fourreau et, d'un geste lent, défia son père, l'épée allant toucher son front et se baissant à la hauteur de son ennemi.

Nathan, roi de Dadryan, se leva et répondit à cet affrontement d'un même geste.

Enfin, d'un même mouvement, le fils et le père se précipitèrent l'un vers l'autre. Parant et attaquant, ils esquivaient et se rencontraient dans une danse folle et meurtrière. Les éraflures s'alignaient et ils s'épuisaient dans des gestes amples. Bientôt, ils eurent du mal à tenir leur épée et Johann se servit pour la première fois de la magie. J'étais fasciné. Personne n'avait jamais usé de magie devant moi ! C'était réservé aux membres de la famille royale et pourtant le roi Nathan n'en possédait pas une once. Comme son prédécesseur d'ailleurs. Oui, combien de décennies étaient passés depuis le dernier roi mage ? Jusqu'à ce jour ?

Johann était blessé à la hanche, gravement, et il envoya un étrange éclair doré sur son père. Celui-ci le reçu de plein fouet et s'écroula. Il n'était pas mort mais bien assoupi.

Je me précipitais vers Johann.

« -Prince ! Votre hanche…

-Va vérifier qu'il n'est pas mort, s'il te plaît… »

Je préférai obéir au lieu de l'épuiser et allais vers le roi. Je posai deux doigts sur sa gorge et sentis son pouls. Je tournai mon regard vers le prince et hochai la tête de manière affirmative.

« -C'est bon », murmurai-je.

Johann s'affaissa, soulager.

« -C'est tout de même mon Père, » murmura-t-il.

Mais quand je me détournai et voulu me lever, on m'agrippa et on me plaqua contre un torse ; le roi s'était réveillé !

Un léger cri de surprise m'échappa malgré moi. Johann se releva d'un coup et vit, abasourdi, son père le narguer, son épée sous ma gorge.

Un rire presque dément lui échappa et je fronçai les sourcils. Je n'avais jamais beaucoup aimé cet homme. Il était cynique et pervers dans ses actions…

« Johann, Johann… », dit-il entre deux rire, « quelle tragédie ! D'abord je vais le tuer, puis ce sera ton tour… Hé hé ! »

Je regardais mon Prince dans les yeux, légèrement effrayé. Mourir ne me faisait plus vraiment peur… n'est-ce pas ? Mais mon cœur battant m'appris le contraire. Dans les yeux de Johann, je vis d'un coup briller la lueur magique que j'y avais perçu auparavant puis dans ma tête une voix me parla. C'était la sienne.

Baisse-toi, me murmura sa voix, alors que l'épée du roi montait pour me décapiter.

Sans réfléchir, j'obéis. Je n'avais plus rien à perdre !

Je sentis quelque chose frôler mon échine et la poigne du roi se desserra puis disparut. J'entendis un sourd bruit de chute derrière moi. Etait-ce la magie de Johann qui l'avait terrassé ?...

Je levais les yeux sur ceux légèrement embués de Johann, puis, gêné par sa peine, les tournais sur son père. Il était mort, l'épée de son fils planté dans son cœur. Finalement, sa soif de pouvoir et de mort l'avait perdu…

Je me tournai de nouveau vers Johann et m'approchai enfin de lui. Des larmes silencieuses coulaient le long de ses joues.

« -C'était mon père, c'était mon père… », ne cessait-il de répéter. Ne sachant quoi faire d'autre, je lui serrai une épaule pour le réconforter. Je ne pouvais rien faire d'autre…

Après quelques instants, le prince releva son visage vers moi. Plus traces de larmes ni de tristesse, seulement un calme et une certaine sérénité habitaient ses traits.

« -La fin de la tyrannie se termine… Kelian, va-t-en, avant que l'on te trouve. Je ne pourrais t'assurer aucune protection dans mon état… »

Et dès la fin de ses paroles, il s'évanouit, une main sur sa hanche blessée. Je vérifie alors que rien de grave ne l'a atteint, puis, sur son ordre, je me retire par un passage secret se trouvant dans la salle du trône. La chance me poursuivant, les hommes de Johann entrent au moment où je referme mon passage, silencieusement, disparaissant à nouveau de la vie du château…

.oOo.

Le lendemain, Johann fût déclaré roi. Il y eut une grande fête et son peuple fût réellement en joie. J'étais fier de ma participation, si mince fut-elle.

Blessé, le Prince devint le Régent et s'assied sur son trône. Parmi les serviteurs je le vis, l'observai et me réjouissai de cette victoire. Parmi ses serviteurs je fis la fête et j'aidai au service. Finalement, pour garder mon anonymat d'assassin je pris place dans la chevalerie, sous ordre du prince. Mon Capitaine m'en informa dès le lendemain.

.oOo.

Cela faisait maintenant trois jours que tout cela s'étaitpassé. Trois jours que je n'avais pu revoir mon Prince… mon Roi. Le temps me manquant, ou le sien l'accaparant, sa chambre n'avait été l'antre que de l'un de nous à chaque entrée.

Mais ce soir-là, je le savais enfin de retour ! Alors avançant rapidement, je me dirigeais vers sa chambre et entrai silencieusement. Enfin, du moins le pensais-je : une pile de livres tomba derrière la porte, lorsque je l'ouvris, donnant un signe plutôt bruyant de mon arrivée.

« -J'ai trouvé où se cachait cette entrée secrète », dit calmement Johann en me voyant entrer.

Mal à l'aise, je ne savais quelle tête affichée ; je venais de me faire avoir comme un apprenti…

« -Ne t'en fais pas, je ne vais pas te renvoyer pour cela ! Je te sens joyeux et effrayé en même temps… Tu es étrange. »

Je le regardai sonné. Comment pouvait-il savoir dans quelle situation je me trouvais ? Ce que je pensais ? Cette peur d'être chassé, oublié et cette joie de le revoir ?

« -Approche, jeune Kelian.

-Oui, mon roi. »

Je n'osais même plus le tutoyer. Il me fit un signe et un sourire. Je me sentis un peu plus à mon aise.

« -Ici, ne sois pas si formel, Kelian. Je te dois la vie, j'ai une dette envers toi.

-Je ne veux aucun présent de votre part ! » dis-je d'un coup.

Je l'avais sauvé, d'accord, mais en échange, je voulais simplement qu'il ne m'oublie pas.

« -Je ne t'obligerai pas à recevoir quoi que ce soit de ma part… Et ne sois pas si formel, t'ais-je dit. »

Je m'assieds enfin sur son lit, face à lui. Tout ce que je voulais à cet instant, c'est que le temps s'arrête. Ce que je ressentais à présent mêlé au battement de mon cœur, était insupportable. J'aurais voulu plus mais…

« -Kelian, je voudrais tout d'abord te demander… Voudras-tu rester à mon service ? »

Sa question m'étonnait. Que croyait-il ? Après avoir touché de si près mes sentiments, lors du serment.

« -Bien sûr, Seigneur ! »

« Kelian ! Ici, je suis Johann, et tu es Kelian. Il n'y a ni roi ni assassin… D'accord ? »

Sa remontrance en était-elle vraiment une ? Je préférai hocher la tête.

Un soupir s'échappe de sa bouche puis, finalement, il s'assied à mes côtés.

« -Je voudrais partager quelque chose avec toi…

-Quoi ? » Mon courage avait repris sa place. Je me sentais bien avec lui. Oui, il avait le titre de roi, mais il restait un être comme les autres.

« -Me fais-tu confiance ?

-Bien sûr ! Quelle question ! »

Johann sourit et me tendit sa main. Je la pris en silence et sa deuxième main se posa autour de la mienne, pour l'encercler.

« -Accepte ceci, Kelian… »

Et là, doucement, comme un vent s'approchant pas à pas et passant à travers moi, des sentiments que je savais être les siens me parvinrent. En réponse à ce que je lui avais accordé sans savoir le jour du serment, il me donnait sa réponse. Je n'aurais jamais imaginé être aussi fasciné de ce qu'il pensait… et pourtant ! Là, m'entourant, l'amour, le respect, l'envie de protéger, la peur… Tous ces sentiments mêlés les uns avec les autres produisaient la seconde partie d'un puzzle dont je possédais la première.

Enfin, tout aussi lentement, tout cela disparut et je me retrouvais de nouveau face à lui. Son sourire n'avait pas disparu et il me regardait avec cette lueur enchanteresse qui brûlait ses yeux. Un certain amour naissant… qui ressemblait tellement au mien !

« -Johann… tu…

-Je m'en suis rendu compte cette nuit où nous avons, ensemble, combattu mon père… Depuis le début, depuis la première fois où nos regards se sont croisés, ton image m'a poursuivis, inconsciemment… Chaque jour, chaque semaine et chaque année, tu es resté enfoncé dans ma tête et dans mon cœur. Mais je me cachais derrière un masque je crois. Et ma magie, très latente encore, a créé un véritable mur… Et ce mur s'est brisé au moment où j'ai tué mon Père… Au moment où je t'ai dit « baisse-toi »…

-Tu veux dire « au moment où tu as pensé » à me dire de me baisser… Tu n'as jamais ouvert la bouche, Johann.

-C'est vrai… »

Nos regards se croisèrent de nouveaux de manière plus profonde. Tout ce que je voulais, à cet instant, c'était qu'il s'approche…

Et en réponse, Johann se tendit vers moi et je m'avançai à mon tour. Doucement, nos lèvres se croisèrent et s'unirent. Nous nous embrassâmes doucement d'abord, puis beaucoup moins par la suite. Me basculant sur son lit Johann prit la position haute. Assis sur mon ventre il me regarda dans les yeux avant de parler :

« -Que va-t-il nous arriver ? », me demanda-t-il alors.

« -Je ne sais pas mais… approche. »

Johann baissa sa tête et je l'embrassai.

« -Si je peux profiter de toi ainsi au moins une fois par an… je serais heureux.

-Par an ! Sale menteur ! »

Et en réponse il m'embrassa à son tour, me faisant regretter mes paroles.

« -Oui, tu as raison, une année est bien longue… Chaque seconde serait un temps parfait, Johann… »

Nous ne savions pas encore que ce n'était que le début…


Ima.