Titre : De 297 à 118

Auteur : Cerbère

Disclaimer : Les personnages sont ma possessions, merci de respecter mon travail.

Note : Cette histoire à germer quatre mois dans mon esprit avant que je ne me décide à la taper… Et encore maintenant, je n'arrive pas à en faire ce que je veux… Assez noire, avec un yaoi à peine visible… Elle n'a rien d'optimiste, je vous l'accorde, elle est culcul, mais j'avais vraiment envie de la partager avec quelqu'un… J'espère que vous l'apprécierez.

De 297 à 118

L'infirmière ouvrit la porte et soupira. Elle était agacée de devoir dire tous les jours la même chose à Ortie.

Il était encore là, lui murmurant de se réveiller, qu'il avait tellement de chose à lui dire, qu'il fallait qu'il se réveil. Qu'il ne le laisserait jamais tomber, qu'il était là, pour toujours.

Néanmoins, elle s'avança calmement, posa sa main sur l'épaule du garçon et attendit un court instant.

« Je sais » La devança-t-il « Gwen est dans un coma profond, quoique je dise il n'entend pas et je serais beaucoup mieux dans ma chambre à regarder un film que de rester à veiller sur lui ».

L'infirmière sourit tristement. Combien de fois lui avait-elle dit cette phrase ? Ortie se leva tout de même, serra une fois encore la main de l'alité.

« Je reviens vite Gwen. Cet après midi. Ne t'inquiète pas. Je ne t'abandonne pas, je te le promets… Ortie reste près de toi ».

Anna le fixa. À chaque fois, c'était les mêmes mots qui la faisaient s'émouvoir et se fâcher. Mais jamais encore elle n'avait eu le courage de mettre fin aux illusions d'Ortie. Elle travaillait depuis cinq mois dans le département des « brûlés à second effets » comme ils disaient par ici. Elle les connaissait depuis son arrivée, quatre mois auparavant. Les brûlures d'Ortie avaient plus ou moins disparus, laissant peu de trace sur le visage mais d'horribles marques sur le reste du corps. Ses cheveux qui avaient autrefois étaient long et brun recommençaient à peine à pousser, de manière inégale. Et ses yeux noirs restaient tristes. Il restait ici à cause d'une amnésie partielle dû à l'accident. Sa mère venait le voir tous les week-ends, mais il restait muet. Les seuls à qui il parlait étaient elle et Gwenael.

Lorsque Ortie fut sorti de la pièce, Anna dégagea les draps de son patient pour commencer sa toilette puis ses exercices qui duraient depuis déjà deux mois.

Le garçon en face d'elle, avait eu plus de chance, qu'Ortie, sur le point physique. Il n'avait été brûlé qu'au premier degré dans l'incendie qui avait pris son immeuble. Ses longs cheveux châtain clair étaient attachés en une natte et elle savait que ses yeux étaient vert pâle. Lorsqu'il était arrivé, il était conscient, ce fut trois jours après son entrée qu'il était tombé dans un coma profond. Sans explications. Ses parents venaient tous les jours, à l'exception de ses deux dernières semaines, où ils étaient en vacances, convaincu par les mots du docteur, qu'il ne se réveillerait pas avant longtemps… S'il se réveillait.

OoO

Ortie longeait les couloirs. La pause de midi était son moment préféré : Toutes les infirmières mangeaient et il pouvait se déplacer librement. Sans réfléchir, ses pieds le menèrent chambre 118. Celle de Gwenael.

Le brun n'avait jamais pensé le retrouver ici. Son Gwen. Dans le même état que lui, ou presque. Venaient-ils du même incendie ? Ortie ne le savait pas. Il n'avait été autorisé à se déplacer que depuis quelques semaines. De chambre en chambre, il avait vu les autres. Qu'avaient-ils fais pour être là ? Etait-ce volontaire ou accidentel ? Chaque patient lui arrachait la même question. Jusqu'à la chambre 118. Il ne s'était pas attendu à le trouver ici. Son Gwen.

Le docteur disait qu'il ne se réveillerait probablement pas avant longtemps. Mais Ortie savait qu'il se réveillerait. Le docteur disait que lui-même souffrait d'une amnésie partielle, et pourtant il se souvenait de tout.

Des derniers mots de Gwen avant qu'il ne l'abandonne face au lycée. De ses pas le ramenant chez lui. De lui s'enfermant dans sa chambre, sans répondre à sa mère. De ses cours qu'il avait empilé –ses cours qui ne lui serviraient plus jamais-, de la petite étincelle qu'avait fait le briquet avant de mettre feu au tas de papier. Puis se prenant aux rideaux.

Est-ce que Gwen avait regretté ses paroles et était venu à son secours ? Etait-ce pour ça qu'il se trouvait lui aussi dans son département ? Oui, il en était sûr. Gwen l'aimait. N'avait pas était près à l'admettre, mais il le savait. Aujourd'hui, ils étaient tous les deux saint et saufs, et dès que Gwen se réveillerait, ils pourraient en parler.

Ortie sortie de ses pensées. Gwenael bougeait. Son Gwen bougeait ! Il était tout excité et pris sa main dans la sienne, la serrant fort et ne pouvant s'empêcher de répéter ses mots dans une litanie :

« Viens, réveil toi, je suis là. Je suis là ».

Cela faisait déjà deux semaines qu'il attendait de voir ses yeux pâles s'ouvrir et le regarder. Il n'avait jamais su définir la couleur de ses yeux, mais ils étaient clairs… Et lui allaient parfaitement, c'est tout ce qui importait.

Enfin, Gwenael cligna des yeux, il ouvrit à plusieurs reprises la bouche, qu'Ortie devina sèche. Il lui tendit un verre d'eau, sans lui lâcher la main et lui fit boire quelques gorgées, lui reprenant le verre.

« Bois pas trop ou cela va te rendre malade » Le prévint-il, puis il le fixa « Si tu savais comme je suis content que tu te réveille… » Et comme Gwenael ne disait rien « C'est moi… Ortie ! Ton Ortie… Tu te souviens de moi, hein ? ».

Gwenael le fixa de ses prunelles pâles. Il ne disait rien. Sa gorge sèche l'en empêchait, et son réveil était trop récent pour qu'il mette ses idées en place et pire encore, il ne trouvait aucune idée à mettre en place. Dans sa tête c'était le trou noir.

« T'en fais pas… C'est le contre coup. Cela fait longtemps que t'es dans le coma. Je vais appeler Anna et ensuite on reparlera, d'accord ? ».

Jules hocha la tête et referma les yeux.

Ortie couru jusqu'au bureau des infirmières, et cria le nom d'Anna jusqu'à ce que celle-ci accourt, l'écoute puis aille au bureau du docteur principal, et ensuite, ces deux derniers s'avancèrent d'un pas précipité vers la chambre 118.

OoO

Ortie s'avança timidement vers la porte qu'il entrouvrit. Maintenant que Gwenael était réveillé, il se sentait timide. Plus sûr de ce qu'il pouvait lui dire. Ce dernier était allongé, fixant la fenêtre. Il eu un sursaut quand Ortie attrapa sa main.

« Le docteur a dit amnésie temporelle, mais je sais que c'est pas vrai. Il dit que j'ai une amnésie partielle, et ce n'est pas vrai… Alors… ».

Le brun sourit timidement.

« Si tu savais ce que je suis heureux que tu te réveilles Gwen. Ça fait des semaines que j'attends ça. Je ne savais pas que tu étais là, je n'avais pas le droit de bouger avant. Tu te rappelles de moi, hein ? ».

« On est où ? » Demanda-t-il en réponse.

« L'hôpital de Saint Jean de la Renaissance ».

« Alors je me suis loupé, hein ? ».

« De quoi tu parles ? » Demanda Ortie, ne voulant pas se rappeler cette journée. Son Gwenael était venu le sauver ! Rien de plus que ça !

« Ortie… Je… Je ne sais pas qui tu es. Je ne me rappelle pas de toi. Je suis désolé. Je ne sais pas moi-même qui je suis. Et je n'aurai pas du survivre à ça… ».

« Peut être alors que le doc' avait raison. Peut être que tu as une amnésie temporelle. Mais je vais t'aider ! Je vais tout te raconter. Tu vas voir… ».

« Ortie… Je… J'aimerai être seul… ».

L'alité pu voir les yeux d'Ortie perdre leurs étincelles. Il lâcha sa main et se leva.

« Je le savais… Tu m'avais toujours dis que tu ne m'abandonnerai jamais… Que jamais tu ne m'oublierais… Que tu serais toujours là pour moi, au moins autant que je serais là pour toi… Après toutes ses années où tu me l'a promis… J'ai cru que ça voulait dire quelque chose… ».

Un silence ce fit et Ortie ouvrit la porte pour sortir.

« Je le savais que tout ça c'était que des mensonges ».

OoO

Cela faisait dix minutes que Jules était seul dans sa chambre. Souffrait-il vraiment d'une amnésie temporelle et non pas partielle ? Il se rappelait distinctement sa tentative de suicide, mais pas d'Ortie. Son visage ne lui disait rien. Et il s'appelait Jules, pas Gwenael.

Jules n'avait aucune envie de bouger, de parler, ou de répondre. Il ferma les yeux et s'endormit de nouveau.

OoO

« Gwen ? Gwen ? Tu m'entends ? Réveil toi s'il te plait ! ».

Jules fronça les sourcils. Combien de fois avait il déjà entendu cette phrase lors de son long sommeil ? Mais cette fois, on le secouait. Avec fatigue, il ouvrit les yeux pour voir Ortie. Dehors il faisait nuit.

« Qu'est ce que tu veux ? » Grogna-t-il.

« Tu ne te mettra pas en colère, hein ? Dis ? ».

Jules le contempla en silence. Ortie semblait tant affecté, apeuré qu'il n'avait pas le courage de se mettre en colère. Il secoua la tête.

« Je peux dormir avec toi ? ».

« C'est un lit simple Ortie » Fut la seule réponse que trouva Jules.

« Ce ne sera pas la première fois. Pourquoi as-tu tout oublié ? ».

Les sanglots étaient dans sa voix. Jules jura mentalement et se dégagea sans le lit pour laisser une place au brun qui se blotti contre lui.

Ils restèrent en silence quelques minutes, puis Ortie se redressa.

« Dis, tu vas te rappeler, hein ? ».

Jules le serra plus fort contre lui. Puis sentit Ortie se relaxer. La chaleur lui faisait du bien. Il ne pensa pas aux problèmes qu'allaient occasionner le fait qu'ils dorment ensemble. Tout ce qu'il voulait, c'était se rappeler d'Ortie. Ne plus voir la tristesse dans ses yeux.

« Ortie ? ».

« Oui ? » Il comprit à la voix que le brun était heureux d'entendre son prénom.

« Cela te dérangerais de m'appeler Jules ? ».

« Pourquoi ? Ton prénom c'est Gwenael… ».

« Je sais, mais je ne le reconnais pas. Je trouves Jules plus proche ».

« Si tu veux… » Répondit-il « Tout ce que tu veux » Murmura-t-il plus bas, pour lui-même.

OoO

Anna entra dans la chambre et soupira bruyamment. Elle avait espéré qu'Ortie cesserait de quitter sa chambre au réveil de Jules. Que ce dernier n'irait pas dans le même sens. Mais apparemment non.

Elle réveilla doucement Ortie et lui demanda de rejoindre sa chambre, les parents de Jules allaient arriver et peut être n'apprécieraient pas de voir Ortie près de lui.

Ortie acquiesça et sorti de la pièce. Anna fixa Jules. Il était courant de voir les patients demander un autre prénom que le leur lors d'une amnésie temporelle, mais elle se demandait qui était Jules… Et ce que diraient ses parents.

OoO

Ortie regarda le calendrier. Samedi. Sa mère à lui aussi allait venir. Bizarrement, cela ne lui faisait ni chaud ni froid. Elle allait encore lui rabâcher son inconscience, son état actuel, son mutisme. Elle allait encore parler et encore une fois il ne comprendrait pas un mot. Il s'était fermé à ses paroles. Plus aucunes importance maintenant. Maintenant que Gwenael était réveillé.

Il espérait tant que Gwenael, ou Jules –Peu importait son nom du moment qu'il se rappelait- se rappelle. Tôt dans la matinée, Jules l'avait réveillé et lui avait demandé de lui raconter ce qui c'était passé. Ortie n'avait pas hésité. Lui avait tout raconté. Tout. Sa déclaration devant les portes du lycée. Son rejet. Son envie de mourir, et comment il avait mit feu à ses livres de cours et tenté de mettre fin à ses jours… Comment Gwenael était venu le chercher et pourquoi ils se retrouvaient tous les deux ici.

Jules avait retenu son souffle pendant tous le récit, avait tiré Ortie dans ses bras, enfoui sa tête dans son cou et avait murmuré combien il était désolé d'avoir tout oublié. Combien il était désolé de ne pas avoir répondu favorablement devant les portes du lycée… Puis il l'avait embrassé. Légèrement, mais Ortie avait senti la peur le quitter.

Jules ne se rappelait pas encore, mais il essayait. Et il l'aimait !

OoO

Jules était assit dans son lit. La conversation du matin lui revenant en mémoire. Alors il n'avait pas attenté à ses jours ? Il était venu se faire pardonner de ses paroles. C'était Ortie qui avait tenté… C'était lui qui avait le corps ravagé par les flammes. Il l'avait senti. Il ne comprenait pas pourquoi son cerveau avait une autre raison pour sa présence ici. Mais il allait parler avec ses parents et alors… Tout s'expliquerait.

OoO

Anna entra dans la chambre 297, suivit par la mère d'Ortie. Celui-ci était dans son lit, zappant les chaînes à la télé, la tête ailleurs. Sur Jules, elle en aurait mis sa main à couper.

La femme la congédia fermement et s'assit près de son fils, lui prenant la main, qu'il retira avec précipitation. Elle ne dit rien. Après un long silence, elle soupira de résignation et se lança dans sa tirade habituelle.

« Ecoute, je sais que tu souffres de la mort de Gwenael, mais il ne sert à rien de t'enfermer comme cela dans ta coquille. Cela ne le fera pas revenir. Tu ne crois pas que tu as manqué assez de cours comme cela ? Ortie, il est temps de te ressaisir, tu ne vas pas passer ta vie dans cet hôpital… Wilfried, tu m'entends ? ».

Ortie ne réagit pas à son véritable nom. Il était habitué à son surnom. Il l'avait depuis sa rencontre avec Gwenael, douze ans auparavant. À huit ans, il était le seul de sa classe à pouvoir prendre les orties sans en ressentir aucune démangeaison.

Sa mère l'agaçait. Ses paroles ne lui venaient aux oreilles que sous une multitude de mots dont il ne comprenait pas le sens. Il se leva.

« Où vas-tu ? » Demanda-t-elle.

« Voir Gwen » Répondit-il.

Sa mère sentit des larmes de rage couler. Son fils venait de prononcer ses premiers mots depuis cinq mois, et elle se rendait compte que tout ce qu'elle lui avait dit lui était passé au-dessus. Elle couru à sa suite, le retenant par le bras.

« Ça suffit, maintenant Wilfried ! Je sais que tu as mal, mais arrête de t'enfermer dans tes rêves. Gwenael est parti. Il n'existe plus ! » Elle avait crié. La frustration l'empêchait de se contrôler. Pourquoi son fils n'avait-il d'yeux que pour une personne qui ne voulait rien avoir à faire avec elle ?

Anna sorti de son bureau en courant, sous les cris de la mère d'Ortie. Elle les sépara et berça Ortie dans ses bras. Celui-ci s'était mis à crier et pleurer.

« ARRÊTE ! TU NE SAIS RIEN ! GWEN IL EST LÀ, ET IL M'AIME ! TU N'ÉTAIS PAS LÀ POUR ME SAUVER, TOI ! LAISSE-MOI TRANQUILLE ! ».

Alors qu'Anna le berçait dans ses bras, le brun ne pouvait s'empêcher de crier le nom de son ami « GWEN ! GWEEEEEEEEEEEEEEEEN ! ».

La mère de Wilfried était épouvantée par les mots. Son fils s'accrochait à un mort. Quelqu'un qui avait bien failli l'entraîner avec lui. Pour une fois, elle suivit le conseil de l'infirmière et alla se rendre dans le bureau de celle-ci.

OoO

Jules était assis sur son lit et attendait avec impatience et inquiétude. Ses parents avaient quinze minutes de retard et il entendait Ortie crier son nom. Il ne pouvait pas bouger de son lit. Il ne maîtrisait pas encore ses jambes.

Puis Ortie se tu. Allait-il mieux ? Et enfin, ses parents arrivèrent.

Il reconnu sa mère sans soucis, lorsqu'elle le serra contre elle, murmurant « Mon trésor ». Son père était toujours le même que dans son souvenir, avec le sourire en plus. Mais la jeune fille à leurs côtés… Qui était-elle ? Il ne se rappelait pas de sœur.

« Allons Jérôme, tu ne te souviens pas de Julie ? ».

Julie ? Non, cela ne lui disait rien… Ou plutôt, il se rendait compte que Jules n'était pas son prénom. Il l'avait entendu dans ses rêves. Persuadé que c'était le sien… Et non pas celui d'une fille… Dans le fond, ce n'était pas Jules, mais Julie.

Cette dernière s'avança vers lui et lui prit la main, qu'il retira par habitude. Julie ne broncha pas, comme si elle trouvait se geste normal.

« Je comprend que tu m'en veuille Jérôme. Et je suis désolé… Je sais que tu m'aimes. Je ne voulais pas te faire souffrir… Tu m'étouffais… ».

« Sors » Murmura-t-il entre ses dents.

Elle s'arrêta et le regarda, puis essaya de reprendre sa main, qu'il retira avant qu'ils ne se touchent.

« Ne me touche pas. Sors d'ici ! ».

La jeune fille ne se fit pas prier, et sur un dernier regards pour ses parents, sorti de la pièce. Sa mère vint s'asseoir à ses côtés.

« Tu sais… Elle s'en est beaucoup voulue. Elle a vraiment cru que tu ne sortirais jamais d'ici. Elle est venue te voir les deux premiers mois. Tous les jours. Elle t'aimais vraiment. Personne ne comprend ce qu'il s'est passé. Pourquoi tu as voulu nous quitter Jérôme ? ».

« Gwen… » Corrigea doucement le brun.

« Pardon ? » Demanda sa mère.

« Je veux voir Ortie ».

« Qui est Ortie, Jérôme ? ».

« Je ne m'appelle pas Jérôme, mon nom c'est Gwen et je veux voir Ortie… ».

« Il faut appeler l'infirmière » S'inquiéta sa mère.

« Nan, pas l'infirmière, ORTIE ! JE VEUX VOIR ORTIE !!!!! ».

Anna venait de quitter précipitamment la chambre 297. Elle avait un mauvais pressentiment. En parcourant le couloir, celui-ci se confirma. C'était bien le nom d'Ortie qu'elle entendait à travers le corridor.

Dans son lit, Jules, Jérôme ou Gwenael, peut importait son nom se débattait dans les bras de sa mère, criant à tue-tête le nom d'Ortie. D'un geste habituel, elle écarta la mère et prit l'adolescent dans ses bras, le berçant, comme elle l'avait fait quelques minutes plus tôt avec Ortie.

Elle demanda calmement aux parents de l'attendre dans son bureau. Ils partirent calmement avec un sentiment d'impuissance.

OoO

Anna n'en revenait pas. C'était la première fois qu'elle voyait deux patients agir de la sorte. Ce n'était pas la première fois qu'elle voyait des liens se tisser entre eux. Mais un aussi fort, si.

Dans le bureau, la mère d'Ortie restait obstinément muette face aux parents de Jérôme qui s'échangeaient leurs craintes à voix basses.

Anna s'inquiétait. Qu'allait-elle pouvoir leur dire ? Rien ne pouvait les rassurer. Peut être eux, pourraient-ils lui dire ce qu'il s'était passé chez chacun de leur enfant…

OoO

Ortie s'était endormi dans les bras d'Anna. Tellement plus maternelles que ceux de sa mère. Il rêvait. Cela faisait longtemps que cela ne lui était pas arrivé. Gwenael était là. Devant le lycée. Ensuite, les images étaient si incohérentes avec la réalité…

Le brun se réveilla en sursaut, couvert de sueur et pris de gros remords. Il ne compte ni une, ni deux et sauta hors de son lit et se dirigea en courant vers la chambre 118. Jules était dans son lit, les bras encerclant ses genoux, les yeux appuyés sur ceux-ci.

« Jules… ? » Appela-t-il, incertain de ce qu'il allait dire.

« Ortie… Ortie, mon Ortie » S'extasia Jules en passant ses bras autour des épaules du brun et se laissant pleurer.

Ortie ne savait pas quoi faire ou dire, il serra Jules fort contre lui et attendit que la crise de larme passe. Puis il s'écarta s'assit en face de lui, sur le lit et évita son regard.

« Jules… Je dois te dire quelque chose ».

« C'est Gwen… T'avais raison, je me rappelle… » Sourit celui-ci.

« Non Jules. Tu ne te rappelles pas. Je vais t'expliquer pourquoi… » Sa voix c'était fait faible et il avait senti Jules se raidir à ses côtés. « Je me rappelles de tout Jules. De tout ! Des derniers mots de Gwen avant qu'il ne m'abandonne face au lycée. De mes pas me ramenant chez moi, de mes pensées, de mon envie de mourir… Je me rappelle m'enfermant dans ma chambre, sans répondre à ma mère, alors qu'elle me demandait comment c'était passé ma journée. De mes cours que j'ai alors empilé. Mes cours qui n'aurait plus jamais du me servir, plus jamais, de la petite étincelle qu'avait fait le briquet avant de mettre feu au tas de papier. Et… ».

« Et ? » L'encouragea Jules, la gorge noué. Il n'était pas sûr de vouloir savoir.

« Et de mon mouvement de recul soudain. J'ai éteints le feu grâce à ma couette, et j'ai couru hors de l'immeuble jusqu'à celui de Gwen. Je ne pouvais pas attendre l'ascenseur, j'ai pris les escalier, grimpant les marches quatre à quatre jusqu'au sixième étage. Essoufflé : Je soufflais comme une baleine. J'ai tambouriné à la porte jusqu'à ce que la voisine vienne se plaindre du bruit. Personne, je devais me rendre à l'évidence, Gwen n'était pas encore rentré. Mais alors, c'était quoi cette odeur de brûlé ? Cela m'avais fais sourire inconsciemment de voir que tous les deux, ont avaient les mêmes pensées. Mais cela n'avait rien d'amusant…

Prenant soudain conscience de ce qui se passait, je me suis mis à tambouriner à la porte de la voisine, jusqu'à ce que celle-ci ouvre. « Y a le feu » J'ai crié, complètement hystérique. « Il y a le feu et Gwen est à l'intérieur ».

La voisine a d'abord était septique puis lorsque l'odeur lui vint aux narines, elle a couru au téléphone pour appeler les pompiers. Pendant ce temps, je dévalais les escaliers, manquant de tomber à plusieurs reprises, pour récupérer les clés chez le concierge. Quand j'ai ouvert la porte de l'appartement, ce n'était qu'un brasier, j'ai pas réfléchis et je me suis dirigé vers la chambre de Gwenael. Mon Gwen. Je ne comprends toujours pas pourquoi l'alarme ne s'est pas déclenché… Ni avant mon arrivé, ni après…

Après, je n'ai quasiment plus aucun souvenir. Pas à cause de mon amnésie, mais parce que j'ai perdu connaissance. Trop chaud. Trop enfumé. J'ai juste eu le temps d'attraper la main de Gwenael, que celui-ci à refermer. Puis trou noir ».

« Je ne m'en rappelle pas » Murmura faiblement Jules.

« Bien sûr que tu ne t'en rappelles pas ! Gwen est mort ! J'ai été brûlé sur tout le corps au je ne sais quel degré. Tu lui ressembles tellement. J'ai cru… Je suis désolé ».

Ortie avait fini dans un sanglot et avait quitté la chambre. Il n'arrivait pas à croire que le docteur avait raison. Il avait eu une amnésie partielle. Il avait occulté la mort de son ami. C'était lui qui était allé à son secours. Pas Gwen au sien. Et il était arrivé trop tard.

Ortie se laissa glisser le long du mur, à côté de la chambre 118 et se laissa pleurer. Gwenael, son Gwen ! Il pouvait entendre Jules l'appeler, faiblement, puis de plus en plus fort. Il l'entendait mais n'arrivait pas à réagir. Il lui avait donné de faux souvenirs… Et il en était devenu dépendant.

Le brun s'avança vers le bureau d'Anna. Il voulait parler avec elle. Il devait quitter cet hôpital. Il devait reprendre sa vie, sans Gwen…

Et Jules, sans lui… Sans lui dont le souvenir n'était que fabriqué à cause d'une méprise. D'une trop forte ressemblance. Leur seule différence était que Gwen avait les yeux vert d'eau… Pas le même que ceux de Jules, si pâle…

OoO

Ortie passa devant la chambre 118 en silence, à côté de sa mère. La pièce était silencieuse. Il rehaussa son sac, contenant ses effets personnels et médicaments et murmura :

« Je suis désolé Jérôme… Et Bonne chance… ».

Voilà... A bientôt

Cerbère