Auteur : RatselGott (anciennement Marieke5)

Disclaimer : Cette fiction et tous les éléments qui la composent n'appartiennent qu'à moi (et je suis très possessive)

Blabla : Au départ, je pensais mettre cette petite fic dans Trucs en vrac mais finalement…

SANS APPEL

jour 1

Un cahier vierge et un stylo, c'est tout ce dont j'ai besoin pour reposer mon esprit. Les gardiens ont bien voulu me les procurer. Pour des objets aussi insignifiants, m'ont-ils dit, pas besoin de payer. Et pourtant, je leur dois beaucoup. Ces objets n'ont rien d'insignifiant pour moi. Ils sauveront peut-être mon âme, qui sait ? Je l'espère de tout cœur, même si je sais qu'elle ne mérite pas d'être sauvée.

Ce que je me propose d'écrire, dans ce cahier "insignifiant" sera ma confession. Non, pas une confession, car je ne désire pas être pardonné. Des aveux, ce seront des aveux. Je veux que l'on sache, je ne peux pas garder tout cela pour moi seul. C'est un fardeau que je porte en victime consentante. Mon désir n'est ni de m'en défaire, ni de le partager. Je n'en ai pas le droit.

Je n'aurais jamais cru que des objets aussi simples qu'un cahier et un crayon puissent devenir aussi terrifiants.

jour 2

J'espérais pouvoir tout écrire d'une traite, mais ce n'est pas possible.

Au moment où j'écris ces lignes, je suis en prison. Depuis cinq mois. Ou cinq ans. Je pense que j'y finirai ma vie. Je suis dans cette cellule pour un crime que je n'ai pas commis. Je ne suis pas le seul à dire ça ici, mais c'est la vérité. Cependant, je ne clamerai pas mon innocence. Jamais. Je mourrai derrière ces barreaux. C'est tout ce que je mérite.

jour 3

Je suis un lâche. J'ai vécu toute ma vie en lâche. Lâcheté et culpabilité. Je ne suis pas coupable du crime dont on m'accuse, mais je ne suis pas innocent pour autant.

Je suis l'aîné d'une famille aisée comptant six personnes : mes parents, mes deux frères et leur sœur jumelle, et moi. Je n'ai été fils unique que pendant deux ans. Puis les triplés sont arrivés. Nous nous aimions beaucoup, tous les quatre. Mais j'ai toujours été un peu exclu. Il semblait y avoir un lien très particulier entre eux. Rien qu'entre eux.

jour 4

Concernant le crime dont je me suis rendu coupable, je n'ai jamais été inquiété. Ni même soupçonné. L'affaire a été "résolue", puis classée. Un autre a été condamné à ma place. Quelle ironie, maintenant que je suis moi-même dans cette situation, je ne risque rien en avouant. Mais même si j'écris dans ce cahier, je n'aurai sans doute jamais le courage de le faire lire à quiconque de mon vivant.

Lâche jusque dans la confession.

jour 5

Qui osera me parler du destin et de la fatalité ? Ils existent, j'en suis sûr. Après le classement de l'affaire, elle n'a plus jamais refait surface. La vie a continué, et aujourd'hui, je me retrouve puni, presque par hasard. Cela me fait rire.

Les triplés sont au cœur de cette vieille affaire. Ils sont morts.

C'est moi qui les ai tués.

jour 6

Ce garçon condamné à ma place il y a dix ans, était-il innocent ? Où l'était-il autant que moi aujourd'hui ?

Mes parents aussi sont morts. Mais je n'y suis pour rien. Enfin, je pense. Je suis seul.

jour 7

J'ai de la chance, je n'ai pas été condamné à mort. Mais c'est peut-être parce que la peine de mort a été abolie. J'aurai préféré être condamné à mort. Je me contredis. J'ai tout mon temps pour penser à ce que fût ma vie. Ce n'est pas facile. C'est même très douloureux.

Je me rends compte que je n'ai rien fait, en dehors de gâcher la vie des autres. Ou de les tuer.

J'aurais préféré mourir.

Lâche jusque dans la pénitence.

jour 8

J'espère mourir en prison.

jour 9

Je ne sais pas pourquoi je les ai tués. Je les aimais. C'était réciproque. Ils étaient gentils, joyeux. Les petits frères de tout le monde. Mes petits frères.

Ils n'ont jamais eu plus de dix-sept ans.

Ils n'étaient qu'un. Ils étaient trois.

Ils s'aimaient, peut-être trop. Je les aimais, peut-être trop. J'étais exclu. Un peu trop. Il y avait un lien particulier entre eux.

J'étais jaloux. J'ai fais une grosse bêtise.

jour 10

Ils me manquent.

Je ne me rappelle même plus pour quel crime on m'a enfermé ici. Peu importe, je sais pourquoi je suis là.

C'est ma soeur que j'ai tuée en premier. J'étais saoul. C'est ce que je me dis. J'aimerais le croire. Mais j'étais sobre.

Elle m'aimait, comme une sœur. Et je l'aimais, mais pas comme un grand frère. J'aurais aimé qu'aucun d'entre eux ne soit mon frère. Ni ne soit de ma famille. Il eu mieux valu que je ne les rencontre pas.

jour 11

Pourquoi ai-je aujourd'hui encore autant de mal à parler d'eux ? A penser à eux ? Je crois que j'ai honte des sentiments que j'avais pour eux, que j'ai toujours pour eux. Pourquoi est-ce que je ne les accepte toujours pas ?

jour 12

Je ne sais pas lequel des deux garçons fut le premier à mourir. Ils ont été retrouvés ensemble, leur sang et leurs larmes se mêlaient.

De la même façon, nous n'avions jamais su lequel des deux était né en premier. Parce que notre mère était alors inconsciente et que le médecin n'a pas su les reconnaître. Notre soeur est arrivée la dernière. Elle fut la première à partir.

jour 13

Je n'étais ni saoul ni drogué. J'étais fou. Fou d'eux. Je voulais qu'ils ne soient qu'à moi. Rien qu'à moi. Mais eux n'avaient pas besoin de moi, ils étaient tous les trois.

C'est pour ça que j'étais jaloux, parce que je n'étais pas le seul à les aimer. Tous les trois. Ils s'aimaient aussi. Ils n'avaient pas besoin de moi, je n'étais que leur grand frère.

Je n'ai pas supporté d'être seul, alors je les ai tués. S'ils ne pouvaient être à moi, ils ne seraient à personne.

Je ne sais pas pourquoi je n'ai jamais été soupçonné. Ou plutôt, je ne sais pas pourquoi ce garçon a été accusé et condamné à ma place. Il était un ami des triplés. On raconte qu'il était amoureux de ma soeur, et que mes frères auraient refusé qu'il s'approche d'elle. L'enquête a conclu qu'il s'agissait d'un crime passionnel. Sur ce point au moins, elle avait raison.

jour 14

Je ne les ai pas tués tous les trois. Pas vraiment. Pas directement. Je suis la cause de la mort des garçons, mais je ne les ais pas tués comme j'ai tuée ma soeur.

En fait, je crois que c'est sa mort qui les a tués. Et comme j'en suis responsable…

A mon sens, je les ai bel et bien tués tous les trois.

jour 15

Ma confession est faite. Je peux disparaître maintenant. Je me demande si je l'attendrai ou si j'irai la chercher. La mort.

Maintenant que je n'ai plus rien à cacher, je ne vois pas pourquoi je m'attarderai. J'ai juste envie de ne plus exister, de n'avoir jamais existé, d'être oublié.

J'aimerais dormir, et ne jamais me réveiller. Mais je ne veux pas mourir. J'ai peur de les revoir. Peur de ce qu'ils pourraient me dire. Je me suis souvent demandé pourquoi ils ne me hantaient pas. Puis je me suis souvenu que l'on dit de la vengeance qu'elle est un plat qui se mange froid.

jour 16

Je suis sûr qu'ils m'attendent quelque part. Tous les trois. Ensemble. Ils sont forcément ensemble. Je suis sûr qu'ils me haïssent. Et qu'ils se vengeront. C'est tout ce que je mérite, je le sais bien. Mais j'ai peur. J'aimerais leur échapper, ne jamais les revoir. J'aurais aimé n'avoir jamais existé.

Lâche jusque dans la rédemption.

xxxxx FIN ? xxxxx

J'avais une idée très précise de ce que je voulais que ça donne mais j'y suis pas arrivée. Tant pis. Je la reprendrais peut-être un jour, qui sait ?