Taïlinn

Chapitre 3

Ce qui est bien avec les jeunes gens, c'est qu'ils sont bêtes à mourir. Et Taïlinn ne faisait pas exception à la règle. A aucun moment elle ne s'étonna de ne trouver personne sur son chemin pour stopper sa course de victime assez gravement brûlée. Et elle aurait du. En fait, elle n'avait aucune notion au sujet de la réincarnation, et c'était bien dommage pour elle car son violeur en avait, lui.

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Et ce qui est bien dans cette histoire, c'est que nos héros faisaient jeu égal sur le plan de la stupidité. A aucun moment Yuan ne s'étonna du fait qu'il avait réussit à tuer son père sans que dernier ne résiste.

Quand Yuan se réveilla, il ne comprit pas où il se trouvait. Il lui semblait qu'à l'instant d'avant il était chez ses géniteurs en train de réaliser le remake d'un film d'horreur de seconde zone. Et là, il était dans une pièce sombre, au milieu de nul part. Près de lui se tenait un jeune homme d'à peu près son âge qui l'observait attentivement. Ce dernier prit la parole.
« Ca va ?
- J'ai un putain de mal de crâne ! Surtout avec cette odeur ! C'est quoi ce truc ? »

Le jeune montra du doigt quelque chose derrière Yuan. Celui-ci se retourna et vit le corps du femme, ou du moins ce qu'il en restait.
« C'est ma mère ? reprit-il.
- Ta sœur. Ta mère l'a tuée et vous a jeté dehors - elle morte, toi inconscient - en criant : « Comme disait Amélie, quel sort pitoyable que le vôtre ! », puis elle est partie. Alors je t'ai ramené chez moi. Tu te souviens de ce qui t'a plongé dans le coma ?
- Non, répondit Yuan, excédé. Je me rappelle de rien après la mort du vieux con. Si ma mère est sortie, c'est que la barrière ne fonctionne plus. Et puis tu es qui, toi, d'abord ?
- Je m'appelle Iccs. »

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Idrissa Minabo avait vingt-deux ans. Il était né dans la même ville que Yuan et Taïlinn. Dès son plus jeune âge, il se distingua de ses petits camarades grâce à un élément étrange que lui avait attribué la nature : son regard. Ses yeux d'un bleu perturbant mettait mal à l'aise tous les gens qui le croisait. A l'école maternelle, une de ses maîtresses alla même jusqu'à plonger dans la dépression suite à une exposition prolongée à ce mystère oculaire. Ses parents eux-mêmes ne tinrent pas très longtemps. L'enfant n'avait pas quatre ans qu'il subissait déjà ce que ses géniteurs considéraient comme le seul moyen de tenir face à ces perturbations filiales, en d'autres ternes des raclées d'une intensité telle que n'importe quel tortionnaire de mineur se serait vu obligé de prévenir les services à l'enfance. Mais en réponse à ces sévices, Idrissa ne faisait qu'opposer son regard perturbant, ce qui ne faisait qu'aggraver son cas.
Il était donc condamné à une vie solitaire. Ses camarades de classes ne s'approchaient de lui que pour lui jeter des pierres, parfois d'une taille insensée. Une fois, le projectile lui ouvrit sérieusement le crâne, ce qui lui valut cinq points de sutures qui n'émurent cependant pas ses parents, qui n'avaient en eux que de la haine à son égard.
Mais Idrissa était résistant. A l'adolescence, réalisant qu'Amélie Nothomb disait vrai en écrivant : mon corps, c'était tout ce que j'avais, décida de tout mettre en œuvre pour que ce qui était sa croix devienne son meilleur atout. Il s'exerça tant qu'en moins d'un an tout le monde se mit à le déifier. Et il n'hésita pas un instant à en profiter. A quinze ans, il réussit à mettre dans son lit Nashan Delgaäd sans aucune difficulté, ce qui lui fit dire que les femmes étaient un don du ciel. Et, deux semaines plus tard, quand il remplaça la jeune fille par son frère Mär, il comprit que les garçons n'étaient pas mal non plus. Ce qui le poussa à un objectif qu'il jura d'honorer toute sa vie : coucher avec le plus de personnes possible. Et ce fut d'une facilité déconcertante : même son cousin et sa professeur de musique, la sublime mademoiselle Xi'an, ne résistèrent pas une seule seconde à l'appel de la succube qu'il était devenu.
A dix-huit ans, il quitta le domicile familial sans aucun regret et chercha un emploie. Il fut rapidement embauché dans une boulangerie où il décida de rester travailler toute sa vie, faisant de son existence une alternance entre le travail et d'exquises parties de jambes en l'air. Et ce matin là, il était en train de marcher dans la rue, observant une fille en minijupe assise à la terrasse d'un café qui lui faisait un numéro de charme des plus réussis, quand il s'écroula sur le sol tout d'un coup. Les gens accoururent. Un homme qui se disait médecin déclara l'arrêt cardiaque. Cependant, deux minutes à peine après que fut débuté le massage cardiaque, Idrissa se releva, comme si de rien n'était. Mais une chose en lui avait changé : son regard avait disparut, laissant place à des yeux remplis de haines. En effet, malgré les apparences, ce n'était pas le jeune homme qui était revenu d'entre les morts, mais les esprits de Krichninn et du violeur de Taïlinn qui avaient pris possession du corps d'Idrissa. Et cette réincarnation que personne ne soupçonnait était lourde de conséquence : l'association de ces deux grands maîtres mentalistes rendait ce nouvel être invincible à toutes les attaques de l'esprit, y compris le redoutable stop que Taïlinn usait avec délectation. Et aussi étrange que cela puisse paraître, Krichninn avait toujours les pouvoirs que lui avait volé son fils.

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Taïlinn courait à travers les champs depuis deux jours. Elle n'avait pas mangé. Elle se contentait d'absorber l'énergie mentale des animaux qu'elle croisait, ce qui donnait à peu près le même effet que si elle avait avalé cinquante litres de café. Puis elle restait éveillée, puis elle perdait pied. Et puis la faune locale s'amenuisait…

Le soir du deuxième jour, elle arriva dans un village. Avec ses habits déchirés, son visage défait, ce poids inquiétant qu'elle avait perdu, ses brûlures et cette tache au niveau de son intimité, les villageois tentèrent de l'aider. Mais à peine la touchait-il qu'ils tombaient, morts, sur le sol.

Elle avança en sautillant et en chantonnant à travers la ville. Devant la porte du château, il fit exploser les gardes et la porte en applaudissant et en criant :

« Oui ! Encore !!! »

Puis elle entra dans la salle du trône où le seigneur se faisait nourrir par ses mignons.

« Gardes, butez-moi cette raclure ! »

Si seulement Taïlinn n'avait pas tué tous les gardes sur sa route jusque là, ils auraient pu donner l'alerte. Et peut-être que certains auraient fuis et auraient ainsi pu survivre... Mais là, ils tombèrent tous, excepté le seigneur. Taïlinn vint se poster devant et reprit sa sempiternelle rengaine musicale :

« Monsieur le gros seigneur, va chercher Yuan. Tu as trois secondes. Une, deux, trois. »

C'était trois secondes de trop. Le gros monsieur tomba. Taïlinn le repoussa d'un coup de pied, après avoir pris sa couronne.

« Maintenant, c'est moi le roi. »

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Dans le même style, à Vaya, la capitale du continent, Idrissa entra dans le palais de l'empereur. Grâce à ses nouveaux pouvoirs, il figea tous les membres du palais. Leurs cœurs, figés eux aussi, entraînèrent rapidement leur mort. Mais ils restèrent debout, tels des statues de marbre.

Seul l'empereur était encore en vie. Idrissa arriva jusqu'à lui, prit sa couronne, puis posa sa main sur son crâne. Il lui fit ainsi vivre sa plus grande peur. Il mourut littéralement de peur. Il le jeta ensuite dans un coin. Il parla ensuite mentalement à tous les villageois en même temps et leur ordonna de venir à son couronnement, qui aurait lieu le soir même.

Maintenant, il fallait se créer une armée. Pas la Milice. Une vraie armée. Avec des vrais généraux. Et il fallait aussi tuer les gêneurs, qui pourraient s'avérer dangereux à la longue. Iccs, Taïlinn et Yuan, sans qu'ils le paraissent était une menace. Ils étaient puissants et ils le deviendraient encore plus. En outre, s'ils parvenaient à récupérer la Pierre et le livre des Morts, le nouvel empereur serait en danger.

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Au cœur du marché de Vaya, un vieillard racontait des légendes aux enfants attroupés autour de lui.

« Et vous voyez, on dit que si l'on trouve cette pierre, on peut souhaiter n'importe quoi.

- Raconte-nous encore l'histoire du livre des Morts !!!

- Ah… Cette histoire. Il parait qu'il existe un livre qui permet d'empêcher la résurrection. En effet, quand on meurt, notre âme renaît dans le corps d'un nouveau né. Les gens très puissants peuvent renaître dans le corps d'un adulte et ainsi continuer leur vie. Et ce livre permet d'empêcher cela. Si on écrit le nom d'une personne avec son sang dans ce livre, elle ne pourra plus renaître dans un autre corps.

- A quoi ça sert ?

- Ça sert à empêcher les êtres maléfiques de renaître dans un nouveau corps et de continuer à faire le mal… Car les êtres puissants ont conscience de se réincarner. Et surtout… »

La tête du vieillard partit alors violemment sur la droite et sa nuque se brisa, tout comme celles des enfants à qui il avait raconté l'histoire. La voix d'Idrissa résonna alors de nouveau dans la tête des villageois.

« Quiconque répandra de fausses histoires verra sa vie s'achever, ainsi que celle de tous ceux auquel il tient. »

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Iccs ne comprenait pas pourquoi mais il ne ressentait plus le lien qu'il avait avec son bourreau. L'heure fatidique approchait et il ne savait pas à quoi s'en tenir.

« Yuan. Est-ce que tu sais quelque chose à propos d'une pierre que ton père aurait volée ?

- Pourquoi, toi aussi, tu la veux ?

- Ben, disons, que je voulais aller la voler au temple ou elle devrait se trouver et… »

Iccs raconta son histoire et comment son lien avec le taré psychopathe avait disparu.

« Si le lien a disparu, c'est pas compliqué ! C'est qu'il est mort. Ça a sûrement un rapport avec Taïlinn. Elle a du essayer de s'enfuir et le tuer par mégarde.

- Par mégarde ?

- Elle est très puissante et elle ne maîtrise pas bien ses pouvoirs. Pas du tout, même. Alors, si ton gars a essayé de lui faire du mal, elle a du le tuer… Sans faire exprès. On verra à l'heure fatidique où tu dois mourir mais il semble que tu survivras. De toute façon, on ne pourra pas arriver à temps au temple duquel tu viens pour ramener la pierre. »

Là, un homme tapa violemment à leur porte en hurlant qu'il devait trouver un certain Yuan sinon une folle furieuse allait tuer tous les gens dans son village.

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En effet, Taïlinn avait convoqué tous les membres de son « royaume » et tuait tous ceux qui disaient ne pas savoir où était Yuan. C'est pourquoi Wicca fit semblant d'être le meilleur ami de Yuan et demanda à partir à sa recherche. Heureusement pour lui, Taïlinn ne pensa pas à utiliser ses pouvoirs pour lire ses pensées et voir s'il disait vrai.

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Peu après le départ de Wicca, Taïlinn renvoya gentiment tous les villageois, sans en tuer un seul.

« Ben ça, c'est pas banal ! s'étonna Gling-Gló qui réalisait tout juste que son âme venait de se réincarner dans le corps de Taïlinn. Merde !!! Je veux retourner dans le monde des Morts ! Ah oui ! C'est vrai ! Je dois prévenir Yuan de ce qui se passe et lui dire d'aller trouver le Livre des Morts. »

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Dans l'immense pièce où trône Taïlinn. Rien qu'elle, l'esprit de Gling-Gló et le silence. Juste le vent, lointain. Pas de plainte. Et puis soudain, une silhouette. Taïlinn l'observa avec respect; en effet, oser l'approcher vu son comportement délétère relevait de la prouesse chevaleresque. Cependant l'adolescent, une fois proche de la toute nouvelle souveraine des lieux et de la région, se contenta de lui tendre une lettre, sans un mot, et de faire demi-tour. Taïlinn fut choquée par tant d'affront et de manque de respect envers sa si haute personne qu'elle décida que la peine de mort était la seule solution. Mais une voix lointaine nichée au fin fond de sa tête réussit à la convaincre qu'elle avait mieux à faire. Oui. Pas de temps à perdre. La lettre. Elle l'ouvrit rapidement, déchiquetant l'enveloppe sans aucun ménagement. Et ce qu'elle lut la laissa perplexe.

« Taïlinn,
Il est temps de remettre de l'ordre dans toute cette histoire.
REYkjavik »

De l'ordre ? Comme si elle était responsable de toute cette boucherie ! Bon, d'accord, elle n'avait pas eu ces vingt-quatre dernières heures un comportement digne d'un prix Nobel de la paix. Mais cela ne permettait en aucune façon à ce REYkjavik de lui donner des ordres ! Elle se concentra et pensa très fort REYkjavik mort, mais elle n'eut aucun moyen de savoir si son souhait avait été exhaussé. Et, d'un coup, elle se sentit extrêmement fatiguée, comme si le contrecoup des évènements atroces qu'elle avait récemment vécus lui revenait en pleine figure. Elle ne savait pas quoi faire dans un tel instant, mais la voix logée en elle, et qui poussait le vice jusqu'à porter un nom, Gling-Gló – Taïlinn était persuadée d'avoir déjà entendu ce nom quelque part, mais où ? –, avait ce qu'elle considérait comme une solution miracle. Prendre de la poudre plein le nez. Heureusement, ou malheureusement selon les points de vue, Gling-Gló savait que l'ex-propriétaire des lieux en était un grand adepte et qu'il en cachait toujours un peu dans un sac scotché sous son trône. Il fut donc bien facile de s'en procurer, et d'en prendre par la même occasion. Gling-Gló se sentit revivre mais Taïlinn, qui n'avait pas l'habitude de consommer des substances illicites, fut prise de vertiges impressionnants. Et rapidement elle sombra dans un sommeil qui ressemblait beaucoup à un état semi-comateux.

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Quelques heures plus tard, Yuan, Iccs et Wicca arrivèrent au château. Ce dernier montra Taïlinn aux deux autres en la pointant du doigt et prit ses jambes à son coup. Les deux jeunes se rapprochèrent de la guerrière. Cependant Yuan ne voulut pas montrer sa joie de retrouver son élève, ce qu'il l'aurait sans doute conduit aux larmes et donc au déshonneur, comme le lui avait toujours apprit son père. Il entreprit donc de gifler violemment la jeune fille, ce qui eut pur effet de la tirer de sa torpeur apathique. D'ailleurs, elle l'eut sans doute tué vu le geste déplacé qu'il venait de commettre à son égard si elle n'avait pas été sous l'emprise de la drogue.
« Tu crois que c'est le moment de dormir ? hurla Yuan. T'as pas changé : c'est dans les moments importants que tu te défiles ! Nous, on bosse ! »

Yuan n'avait évidemment pas conscience de l'énormité de l'absurdité qu'il venait de proférer.
« Laisse-la tranquille, murmura Iccs. Elle n'a pas l'air d'aller bien…
- En effet, dit Taïlinn qui se frottait le front tout en clignant péniblement des yeux. J'ai été perturbé par une voix dans ma tête qui me pousse au vice…
- Une voix dans ta tête ? reprit Yuan. Tu t'arranges pas toi, toujours aussi barge !
- Oui, répondit Taïlinn qui ne releva pas la réflexion désagréable de son professeur. Cette voix semble même porter un nom : Gling-Gló.
- Gling-Gló ! s'écria Yuan. Ma sœur s'est réincarnée en toi ? Je savais même pas que la réincarnation était quelque chose qui existait vraiment. Je parie qu'elle a réussit à te faire prendre de la coke !
- Non ! dit Taïlinn d'un ton péremptoire. »

Elle s'étonna de la facilité avec laquelle elle avait réussit à mentir. Puis elle reprit le fil de son histoire en disant :

« Ta sœur ? Tout me semble plus clair ! Et puis je crois qu'elle a un message pour toi : elle veut que tu retrouves le Livre des Morts…
- Rien que ça ! bougonna Iccs. »

Les deux autres, qui ne comprenaient pas la signification du message de Gling-Gló, le regardèrent avec perplexité. Iccs décida alors qu'il était temps pour lui de se présenter à la jeune fille.
« Mon nom est Iccs. Je suis un… ami de Yuan.
- Enchantée. Moi, c'est Taïlinn, mais je pense que tu le savais déjà.

Et Iccs entreprit de leur expliquer ce qu'était le Livre des Morts.
« Donc on a du pain sur la planche, dit Yuan. Il faut qu'on retrouve ce livre. Je ne vous l'ai pas dit, mais en chemin, j'ai sondé l'esprit des gens; et si j'en crois ce que j'ai lui dans leurs pensées, un certain Idrissa Minabo ferait régner la terreur à Vaya. Vous le connaissez ?
- Non… mentirent en cœur Taïlinn et Iccs en rougissant, se remémorant soudain par la même occasion quelques anciens plaisirs charnels qu'ils avaient eut avec le jeune homme.
- En tout cas, je suis persuadé qu'il va être un obstacle dans notre quête, continua Yuan. Heureusement, il sera le seul. Partons ! Et en chemin, ma petite Taïlinn, tu nous feras le plaisir de nous expliquer ce qui t'a mis dans cet état pareil, parce que si tu crois que je n'ai pas remarqué tes blessures et ton inquiétante maigreur, tu te trompes ! »

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Ce qu'il y a de triste avec la jeunesse, c'est qu'elle a la mémoire courte. Dans les rues de la ville marchait avec détermination une personne dont les trois jeunes avaient totalement oublié l'existence, en se récitant une phrase d'Amélie Nothomb : Et comme il y a une forme de justice, elle assouvit son désir d'assassinat sur celle qui le lui avait suggéré. C'était Kaara, la mère de Yuan, qui avançait d'un pas rapide, les yeux remplis de haine.

TBC…

Bonne lecture…

REYkjavik

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Bon, moi je voulais que Taïlinn redevienne gentille et oublié tout ce qui s'était passé et qu'un jour, ça lui revienne peu à peu en mémoire et que ça la torture… Mais bon, puisque ça n'a pas l'air de la gêner outre mesure d'avoir commis un début de génocide, on va arranger ça… Niark…

Miguel