Ça, c'est l'histoire qu'a créée Hubert ! Et… Ben, lisez-là ! Je veux pas parler à sa place !

Miguel

oOo

Pour cette deuxième histoire, j'avais envie de rester sur mon terrain de prédilection : l'introspection d'une vie de souffrance, le tout sur un style introspectif. Je n'avais pas envie de repartir sur une histoire surnaturelle, mais de changer de genre. Le début est très inspiré de Jessica Bland ; c'est totalement volontaire. Bonne lecture !

Hubert

Au loin, là…

Chapitre 1

Il roulait. La route était droite. Le compteur affichait 130km/h.

Il roulait. Au bord de la falaise. Et tout ça n'avait plus d'importance. Aucune. Pas même les hommes. Pas même cet homme d'il y a si peu de temps. Pas même la bouteille de Vodka presque terminée posée sur le siège passager de la décapotable rouge. Tout était si lointain, si morne, comme délavé de toute émotion par le soleil brûlant de cet après-midi : 32°C. Tout se perdait comme une poussière lointaine dans un infini dévastateur qui avalait des souvenirs décharnés par trop de souffrance accumulée. Et il ne pensait plus rien, au volant de la décapotable. Non. Plus de larmes à déverser ; plus de cris à hurler. Un nom peut-être, survivant péniblement sur une carte d'identité : Beau Connors.

Personne n'assistait à la scène. Pas d'animaux non plus. Juste le bruit assourdissant du moteur surgissant au loin et se rapprochant vite. Très. Mais à ce stade de la partie, la solitude n'était plus pesante. Pas besoin d'applaudissements pour le dernier numéro. Beau faisait sa tournée d'adieu, et les spectateurs auraient été superflus, totalement inutiles. Tout comme la gifle de la chaleur qui le déshumanisait un peu plus, juste un peu. Mais sans douleur. A jamais. Le long de la falaise. Près de cette mer où il ne se passerait plus jamais rien, le bruit des vagues tel l'écho du néant se répétant sans fin.

Et la route était droite. Mais à un moment, elle tournerait. Alors le volant ne bougerait pas. Non. Il resterait bien droit.

oOo

Il n'y était pas arrivé. Comme chaque fois, il n'y était pas parvenu. Pourtant, dans sa tête, tout avait été planifié depuis le début. Il assurerait cinq dates : Las Vegas, Atlantic City, New York, Baltimore puis Wichita. Cette ville-là. Des adieux plus éloquents. Ses proches. Elle habitait là. Il avait tenu à assurer une date dans cette ville car c'était là qu'ils étaient. Ses parents. Sarah. Et Lisa… Lisa… Pauvre jeune femme qu'il avait plantée à l'église. Un putain de pédé…

Wichita… 'Dernière date'. Grands adieux… Mais à chaque que le grand virage approchait, il pilait un grand coup et finissait la tête contre le volant. Le coup du lapin. Voilà tout ce qu'il avait réussir à s'infliger à lui-même Et encore ce n'était même pas son oeuvre. Il avait simplement freiné trop fort un soir sans tenir compte du fait qu'il y avait quelqu'un derrière lui.

A chaque fois, il reculait. Une nouvelle date. Cleveland. Un nouvel adieu. Echec… Un mot qui résumait tout. New Orleans. Une nuit avec un certain Dave. Enchaîné. Il s'était complètement laissé allé. Trop. Il avait honte de lui. Et pourtant, il continuait. Boston. Une soirée dans un sauna. Attraction. Ce soir-là, tout le monde avait fait un tour de manège. Il n'y avait qu'à actionner la poignée. Se laisser faire. Sa pénitence pour n'avoir pas été jusqu'au bout. Oklahoma City. Une bonne cuite. Quelqu'un le réveilla le lendemain, allongé par terre à côté d'un banc.

« Maman, qu'est-ce qu'il a le monsieur ? Il est mort ?

- Non, c'est un clochard, Tom. »

Beau Connors, le bellâtre à qui les jeunes filles en chaleur envoyaient leur petite culotte sur scène ? Beau Connors, la lopette dont le cul avait plus de bites que tous les urinoirs de Manhattan ? Beau Connors pleure.

oOo

Il n'y était pas arrivé. Plus de chant. Plus de sexe volé. Plus cette fille dans l'église. Plus de ciel bleu dans le cœur. Et plus de Ray surtout. Non. A jamais.

Il avait retrouvé son corps, ce matin-là. Au bord d'une route. Et tout avait disparu pour l'éternité. L'amour l'avait sauvé de la drogue, de la déchéance subie et induite par un succès trop mal géré. Et tout ça, si loin ! Ray était mort. Deux balles. En plein cœur. Et la vie est injuste ; et sans intérêt sans lui. Et le destin n'est qu'une roue qui vous impose toujours les mêmes abysses. Mais la route, elle, tourne toujours. Au bon moment. Et ce moment c'était maintenant. Virage à gauche. Beau accélère. Et le vide se rapproche. Et non, c'est trop bête ! Pas comme ça, pas maintenant. Freinage en urgence.

Rentrer à la maison. Prendre un Valium. Oui. Bonne idée.

La maison était au bord d'une plage isolée de Miami. A l'intérieur, il n'y avait que des souvenirs déchirants. Ray. Un Valium, vite. Et dormir.

Quelques heures plus tard, Beau émergeait. Il décida de se servir un verre et de ranger un peu le salon que le désordre avait submergé. Il suffisait de commencer par les livres accumulés. La peste, Louise Lullin, Le Monde selon Garp, et tous les autres. Soudain, une lettre qui devait être coincée entre deux ouvrages tomba sur le sol. Beau lut rapidement les quelques lignes.

« Ray, rendez-vous demain, 14h, à City Lake. Et n'oublie pas la pochette. »

Pas de signature.

Beau resta perplexe un long moment. Après avoir bien réfléchi, il décida de passer un coup de téléphone. Oui. Il le fallait.

« Bonjour, Karl. C'est Beau.

- Beau ? Je… Tu… Ca fait longtemps.

- Oui.

- J'ai appris pour Ray. C'est vraiment moche. Tu tiens le coup ?

- Dieu bénisse l'alcool !

- Ouais. J'te comprends. Si ma femme devait mourir comme ça, je f'rais pas mieux ! T'as aucune idée sur qui aurait pu faire ça ?…

- Non. »

Silence.

« Tu es toujours détective ?

- Bien sûr. Je t'accorde que les affaires sont pas au beau fixe, mais on s'occupe quand même !

- Tu peux te renseigner sur un lieu qui s'appellerait « City Lake » ? Disons pour demain. Je te rejoindrais. Au club de Jazz le Blue Blue Song. A 21h. Et tu me diras ce que tu as trouvé.

- Pas de problème. Je te dois bien ça.

- Merci. A demain, Karl.

- Attends ! Je voulais te dire…

- Quoi ?

- Non, rien. A demain. »

oOo

Le lendemain, Beau se rendit au « Blue Blue song ». Karl était déjà là. Beau alla s'asseoir à sa table, en face de lui.

« Salut, Beau ! T'es à la bourre.

- Gueule de bois.

- Encore ?

- On ne se refait pas. J'aime la bouteille et elle me le rend mal, expliqua-t-il, blasé.

- Tu veux boire quelque chose ?

- Tu te fous de moi ?

- Tu sais, ils vendent aussi des boissons non alcoolisées dans les bars.

- T'as le sarcasme facile, ce soir.

- On ne se refait pas. J'aime le sarcasme et il me le rend bien. »

Le serveur arriva.

« Vous prendrez quoi, messieurs ?

- Un café, demanda Karl.

- Un… Diabolo fraise… continua Beau. »

Le serveur partit. Karl avait un sourire jusqu'au jusqu'aux oreilles.

« Un diabolo fraise ? Eh ben, mon gros bébé…

- Ça va, tu t'amuses bien, Karl ? Et si tu me parlais de ce pourquoi je suis venu.

- Oh, c'que t'es susceptible ! »

Il attrapa l'attaché case qui était posé à côté de lui. C'était juste celui qu'il utilisait pour le boulot. Mais il n'y avait qu'une feuille ou deux concernant ce sur quoi Beau lui avait demandé d'enquêter.

« Alors, sur « City Lake », il n'y a rien. Le seul lieu qui s'en rapproche en terme de nom, c'est Salt Lake City.

- T'es rien de plus vague ? C'est grand, Salt Lake City…

- Attends, j'ai pas fini. Je me suis mis en relation avec un autre détective là-bas. Il te propose, moyennant finances, de t'aider, si tu te rends là-bas.

- Attends, il y a quelque chose que je ne t'ai pas dit. »

Il lui montra la lettre qu'il avait trouvée dans son appartement. Karl sembla embêté.

« Effectivement, c'est un détail important. Mais bon, c'est plausible que ce soit bien Salt Lake City. Ce n'est qu'à une heure et demie d'ici. Il aurait très bien pu te dire qu'il allait au boulot et y aller durant la journée et revenir. »

Une ombre passa sur le visage de Beau.

« Je ne veux pas dire qu'il te mentait, Beau. Je dis juste que mon hypothèse est peut-être vraie. Il avait sûrement une bonne raison d'aller là-bas et de ne pas t'en parler. »

Beau lui arracha le lettre des mains et prit les deux feuilles ou Karl avait noté ce qu'il avait trouvé, ainsi que l'adresse du détective. Puis il partit brusquement.

oOo

Beau retourna chez lui. Il tourna la clé dans la porte. Elle ne tournait pas, comme si… Il retira la clé. Il ouvrit la porte qui n'était en fait pas fermé. Il n'était pas stupide. Il habitait dans les beaux quartiers, dans une baraque que beaucoup auraient qualifiée de maison « de bourge ». Si la clé ne tournait pas, c'est que la porte avait été forcée. Il entra. Juste à coté de la porte, il y avait un petit meuble. Il passa la main derrière. Il prit la boite qui était coincée entre le mur et le meuble, la posa dessus, l'ouvrit et prit son contenu. Qui n'avait pas de flingue en Amérique ?

Il avança jusqu'à la cuisine. Tout avait été mis à sac. Des débris plein le sol. Le salon n'était pas mieux. Fauteuils et canapé éventrés, table basse matraquée, tous les tiroirs ouverts et vidés. La photo de Ray et lui au sol. Piétinée.

Beau vida une bouteille de cognac et s'endormit dans le salon, à même le sol, la précieuse photo de son défunt petit ami et lui serrée contre lui. Trop saoul, il n'entendit pas le téléphone de maison sonner ni le vieux répondeur à cassettes s'enclencher :

« Beau, c'est Karl. Décroche, mec… Bon, tant pis. Ecoute-moi bien. Cette lettre, c'est moi qui l'ai écrit. Je travaillais pour Ray. Il cherchait qui a tué ses parents et… Sa petite sœur… On avait une piste à Salt Lake City… Mais j'avais modifié le nom, au cas où tu tombes dessus. Je t'ai quand même aiguillé vers Salt Lake city, en disant au détective de ne rien te dire sur cette affaire. Je l'ai fait pour te protéger. Les gens qui ont tué la famille de Ray, ils ont aussi tué Ray, tu as du le comprendre. Dès qu'on essaie d'en savoir plus sur eux, il se débarrasse de toi. Rappelle-moi, Ray ! Et ne fais pas de conneries… »

oOo

Le lendemain, Beau fit son sac avec ce qui n'avait pas été détruit et partit pour Salt Lake City. Il n'écouta pas son répondeur. Il ne ferma pas non plus sa maison.

TBC

Fin du chapitre 1 ! Autant vous dire que c'est dur pour moi d'écrire dans un style assez sombre et en plus de faire une histoire avec des meurtres et des dossiers secrets… Mais bon, c'est formateur !

C'est tout !

Miguel

oOo

S'il y a une chose dont je me rends compte, c'est qu'il est plus facile de détourner l'histoire d'un autre que de garder le cap avec la sienne ! Miguel ne pense pas toujours la même chose que moi en ce qui concerne l'histoire, mais c'est le but ! Enfin, j'espère que tout ça vous plait. La suite pour bientôt, promis !

REYkjavik