Le soleil est absent: il pleut dehors. Sur l'étagère, l'intégrale de Jessica Blandy, deux disques, et des posters sur les murs, bien sûr. Mon cerveau est bloqué sur des pensées noires: l'habitude. Je suis né de ces douleurs qu'on ne veut pas nommer. Un soir d'octobre. Il pleuvait comme aujourd'hui. Une chambre de clinique aux murs blancs, un lit, une femme dedans, un homme aussi, mais vide à l'intérieur: l'intrusion. Le froid transperce la pièce. J'ai mis un pull et j'attends. Puis c'est l'heure. Le chemin: un trottoir, une voiture qui éclabousse et des enfants qui jouent dans les flaques et - jamais pour moi - des voix qui appellent.

La salle se remplit, une foule de travailleurs, des discutions, je ne m'y joins pas. Jamais. Je ne sais pas sourire. Ici, la télévision, les plateaux repas, un casier sans cadenas, et la voix pénétrante dans la tête: la voix du vent. Ce silence obscur et vif, qui traverse le champ des vaches et les mouches et l'arbre centenaire que je ne vois plus. Aucune importance. Et l'image dégradée et inachevée, le dessin d'Emma Lyon, A voice for eternity, cette époque regrettée que je n'ai pourtant jamais connue. Une vision, la montagne.

La montagne.

La montagne, les vacances qui n'en sont pas, pour moi. Jamais. Vite, il faut mettre le table. Dehors. Il est là et il va crier; et ne pas aimer - surtout. Les vacances qui font maigrir à cause du stress. Et les cartes postales. C'est mieux chez maman, mais il faut se taire, absolument. Et beaucoup de ballades. Le Nid d'Aigle, le Lac Blanc, c'est beau mais je n'apprécie pas. A quand le lac noir ? On ne me répond pas. Jamais. On lève les yeux au ciel: l'idiotie démasquée. Toujours. Les promenades dans la ville, les croissants tellement énormes, la météo et les glaces à l'italienne : le plaisir. Chocolat et pistache : le meilleur.

Il faut travailler, parler à des gens qui ne vous écoutent pas. Jamais. Un ticket de caisse, deux sandwiches dans la première rangée, un badge égaré au prénom de Pauline, un couteau, une salade à l'œuf.

Une discussion interceptée: je t'appelle ce soir. Elle va rentrer chez elle à pied, il pleut dehors mais cela ne la gène pas. Dans le couloir de sa maison, elle posera son pull : 20°C à l'intérieur. Elle mangera un gâteau ; un de plus, pour reprendre des forces ! Non, je suis au régime. Elle ouvrira son livre de maths, cherchera un peu la solution et prendra le téléphone. La promesse sera tenue. Je n'ai jamais de conversation. Nous sommes tous nés d'amour dans de vieux pays. L'amour m'a déserté. Désert. Le sable, une pierre à l'entrée du village, le soleil - il ne pleut jamais : le bonheur -, le vent, Lalla. Le vent. Magistral, et rester dans l'ombre, attention tu vas attraper des coups de soleil remets de la crème, vite, et la casquette, où est ta casquette ?

La radio diffuse un de ces titres à la mode. Personne n'y fait attention. Un enfant pleure, un ballon explose. Sur la porte d'entrée, deux mots : Restauration Rapide. Il est l'heure de rentrer. Personne ne t'attend, c'est la vie. Tu retrouveras tes draps froids. Au mur, des posters, un lustre en forme d'étoile, des étoiles lumineuses et le blanc du papier peint. La couleur du froid. Vite, écouter Vespertine pour aimer l'air glacial. Transcender la neige, les glaçons, les chorales et la solitude. Tu finiras dans l'oubli. Une pierre tombale, un bouquet de fleurs qui seront trop vite fanées, une inscription - A Mon Fils. La famille, et c'est tout.

Fatigué, je rentre dans mon lit et je ferme les yeux.