Chapitre 5 : Mascarade pour Jin-Hee !

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-Bon, je te préviens : pas de remarque sur son physique. Ca le complexe vraiment.

-Quoi, il est aussi maigrelet que toi lorsque tu avais son âge ?

Keenan passe son bras autour de mon cou et se fait un malin plaisir de me décoiffer.

-Hey, tu peux voir que je n'ai plus rien d'un maigrichon, je me suis bien développé depuis !

Je le repousse et fais mine de me recoiffer. En fait, j'essaie surtout de cacher la rougeur qui envahi mon visage. Ce type réapparait et je me retrouve à rougir comme un collégien, le cœur qui s'emballe aux moindre de ses sourires. Pathétique.

Il a insisté pour m'accompagner chercher Tansy. Nous sommes sur le quai, le train venant d'entrer en gare.

-Sérieusement. Il est vraiment complexé, donc je t'en prie…

-Oh ça va. Je ne suis pas sadique, je ne vois pas pourquoi je chercherais à le vexer. De toute façon, son problème n'a rien d'étrange : beaucoup d'adolescents prennent des centimètres le temps d'un été. Son tour viendra.

-C'est ce que je lui répète sans cesse mais têtu comme il est, il continu à penser que c'est une malformation qui va lui gâcher sa vie à jamais. Ah les gosses, je te jure !

Je cherche mon frère dans la foule de passagers descendant du train. Trouvé.

-Hey Oh Tansy ! Par ici.

J'accompagne mes cris de grands mouvements de bras.

Il se retourne vers Mark et lui fait un signe de la main avant de s'élancer dans notre direction.

Du coin de l'œil je peux voir l'expression étonnée de Keen. Il ne s'attendait surement pas à ça. Tan est ma réplique exacte. C'est encore plus choquant pour ceux qui m'ont connu à son âge. La différence c'est son 1m55 et ses 40kg ; c'est un poids plume qui ne fait pas son âge.

-Hyung ! s'écrit-il alors même que je le serre dans mes bras. Oh, mon bébé m'a manqué !

-Hyung ! Jin-Hee, tu m'étouffes là !

Oups, moi et mes élans d'affections. Je le repousse assez pour pouvoir inspecter s'il m'est revenu intacte.

-Ca va, tout s'est bien passé? Tu n'as pas fait de malaise? Aucun pervers n'a essayé de t'attirer dans les bois ?

-C'est bon, lâche-moi. Et arrêtes de me tripoter, s'énerve-t-il en se défaisant de mes mains chercheuses. Je te dis que ça va.

Le rire de Keen nous rappelle de sa présence. Tan le regarde, de haut en bas, les sourcils froncés.

-Qui c'est ?

-Non seulement il te ressemble mais en plus il a les même mimiques, plaisante Keenan.

-On se connaît peut-être ? lance Tansy on s'approchant de lui. Il ne lui arrive pas à la poitrine, mais il garde le menton relevé en signe de défi. Tan, malgré ses complexes, n'a pas la langue dans sa poche. Il sait même être agressif en certaines occasions. Pour compenser son petit gabarit ? Bon trêve de plaisanteries, je n'ai pas envie que ces deux là commencent sur des mauvaises bases.

-Moi je te connais effectivement, répond Keen, toujours souriant. Je suis Keenan Clery. Je t'ai connu quand tu étais encore bébé. Je t'ai porté le jour même de ta naissance. J'en ai fait de même avec ton frère. Je suis un vieil ami de la famille.

Il soutient le regard inquisiteur de Tan. Je m'imagine très bien les rouages du cerveau du petit. Il cherche toutes les fois où il a entendu parler de cet ami de la famille. La dernière fois qu'il l'a vu il avait 4 ans. Trop jeune pour s'en souvenir en personne. Mais disons que pour en avoir parlé une ou deux fois lors de mes moments de délires nostalgiques, il a forcément une idée de qui est Keenan.

-Ah tout s'explique ! S'exclame-t-il soudain. C'est à toi que je dois en vouloir d'avoir un frère aussi dégénéré. Tu peux le dire maintenant, je ne dirai rien à personne : tu la fait tomber ce jour là ?

Les deux s'observent quelques secondes avant de se sourire, amusés. Keen lui ébouriffe les cheveux et lui lance un « je t'adore déjà toi ».

Hein ? Quoi ? Mon frère adoré se serait-il retourné contre moi ? Comment en moins d'une minute ces deux là ont pu se jauger et s'apprécier à mon détriment ?

-Vous…vous êtes… la bave du crapaud n'atteint pas la blanche colombe !

Sur cette puérile répartie, je prends la direction de la sortie, abandonnant les traîtres derrière moi.

-Oh allez hyung, c'était juste pour rire. On sait tous que tu es dingue de nature. Keenan n'a rien avoir là dedans.

Je les entends rire alors qu'ils se rapprochent de moi. Je ne ralenti pas et ne daigne pas leur répondre.

-Je vois que tu prends toujours aussi mal les blagues à ton sujet, Jin.

Ben disons, Keen, que je me sens un peu trahi de vous voir sympathiser si rapidement et à mes dépends qui plus est. Deux bras m'encerclent la taille, et une tête brune apparaît sous mon bras.

-Mianhae, Jin, s'excuse Tan avec un clin d'œil. Je suis désolé d'avoir piétiné ton amour propre et de t'avoir donné l'impression d'être un moins que rien.

Ok, voilà comment Tansy réussit toujours à m'avoir. Il sait pertinemment que je ne suis pas fâché. Mais il joue le jeu et s'excuse exagérément pour des choses qu'il sait ne pas avoir fait.

-D'accord, je te pardonne. En tant que grand frère c'est mon devoir d'être compréhensif. Mais que cela ne se reproduise pas.

Et voilà comment se termine nos chamailleries. Grand seigneur, j'accepte ses excuses, en lui faisant comprendre que c'est bien parce que je suis gentil. Manipulation affective diront certains. Mais entre nous, on ne sait plus très bien qui manipule qui.

-Et comment s'est passé ton séjour ? S'informe Keenan.

-Très bien. Surtout que j'ai rencontré quelqu'un de très sympa.

-Ah oui, qui ça ?

-Elle s'appelle Joanna. Elle est super. Drôle et un peu garçon manqué. Le premier jour je ne l'aimais pas parce qu'elle se la jouait de trop et elle participait à toutes les activités des garçons. Mais elle se débrouillait trop bien, mieux que certains gars.

Entendre Tan parlait avec autant d'admiration de quelqu'un d'autre que moi, c'est chose rare. Et ca m'énerve un peu. C'est qui cette fille ?!

-…je te jure elle a 15 ans mais elle veut bien sortir avec moi ! J'étais super étonné.

-Quoi ! Tu as une nympho de 15ans à tes trousses et quand je te demande si le voyage s'est bien passé tu me réponds oui ? C'est quoi cette folle, qu'est-ce qu'elle t'a fait ?

-Euh, Jin, je crois que tu n'as pas bien suivi l'histoire, intervient Keen.

-Oui apparemment. Un peu d'attention Jin ! Je disais que quand j'ai su qu'elle habitait à Paris, je lui ai demandé si elle voulait bien me revoir. Et elle a accepté. Donc on peut dire que j'ai une petite copine.

Il rit, tout heureux de nous apporter sa nouvelle. Keenan lui sert la main et le félicite.

Est-ce que je suis le seul à voir que quelque chose ne va pas ?

-Est-ce que je suis le seul ici à voir qu'il y a un problème ?

Je les observe, un à un, les sourcils relevés, dans l'attente de leur réponse.

-Non ? Personne ? Tan, je te le redis au cas où tu aurais oublié : tu as 13 ans. Cette fille en a 15. Tu la connais depuis seulement une semaine. Et tu lui demande de sortir avec toi ? A 13 ans, tu as d'autre chose à penser que sortir avec des filles. L'école, le sport, les copains. Non ? En plus, elle est plus âgée que toi. Non mais franchement, elle n'a pas honte d'elle ? C'est du détournement de mineur ça. Non, non, je ne peux pas être d'accord.

Ils me regardent les yeux écarquillés avant d'éclater de rire.

-Vous trouvez ça drôle ? Ma détresse vous fait rire ?

Leurs rires redoublent et je rougis d'incompréhension et d'agacement.

Keen s'avance vers moi et me prend dans ses bras.

-Jin-Hee, tu es encore plus adorable qu'avant. Allez calme toi, maintenant. Tous les garçons passent par là. Tansy a l'âge normal pour ce genre de chose. Il n'a pas dit qu'il voulait lui faire des enfants, juste commencer en douceur une petite histoire. N'oublie pas que c'est un ado, plus un bébé.

-Oui mais elle, elle a 15 ans, peut-être qu'elle en voudra des enfants.

Bon je sais, je délire complètement. Mais mon bébé me dit qu'il veut devenir homme !

-Ecoutes, hyung, cette fille est plus grande d'âge mais aussi de taille. Et elle m'aime bien, tu te rends compte ? Elle se moque pas mal de mon physique. Et je t'assure qu'elle est innocente, elle ne va pas me faire des avances ! Et puis pourquoi tu fais ça ? Je parie qu'à mon âge tu devais déjà sortir avec des filles. Je suis sûre que tu étais un tombeur.

-Non c'est faux. A ton âge, je n'y pensais même pas aux filles !

-Oh allez, à d'autres. Pas vrai, Keenan, qu'il avait déjà plein de petites copines ?

Keen réfléchit. Il desserre son étreinte juste assez pour croiser mon regard. Je fais appel à toute ma volonté pour ne pas baisser les yeux. Qu'est-ce qu'il cherche à découvrir en me regardant comme ça ?

-En fait, je dois avouer qu'il a raison, répond-t-il finalement en me libérant totalement de ses bras. Tu n'avais pas de copines. Tu préférais rester avec Rin et moi, un vrai pot de colle. On pensait que tu faisais un complexe d'Oedipe déviant.

Oh, Keen, si tu savais pourquoi j'étais toujours à tes basques tu rirais moins ! Maitrise tes émotions Jin. Ne laisse rien transparaitre

-Ah Ah, un complexe d'Oedipe. N'importe quoi. Bon, Tan, laisses moi encore réfléchir. On en discutera plus tard.

-Yes ! s'écrie Tan en s'accrochant à mon bras. Tu sais que je t'adore frérot ?

-Pourquoi tu es si content ? Je viens de te dire que j'y réfléchis, je n'ai pas encore donné mon accord.

-Oui, Oui. Prends ton temps pour te décider. En attendant je vais appeler Joanna pour lui dire que c'est ok.

Et voilà comment mon frère me manque de respect. Il sait que lorsque je ne mets pas de véto immédiat c'est qu'il y a 99 de chance pour que se soit en sa faveur.

Qu'est-ce que je ne ferais pas pour lui !

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Fred nous attend devant la grille de la maison. Téléphone à l'oreille, il tape du pied et fait des mouvements de sa main droite comme pour donner du poids à ses propos. A notre approche il éteint rapidement son portable et le fourre dans la poche de son pantalon smoking.

-Oy Fredo.

-Oy Jin. Salut Keenan et le morveux.

Pendant que j'ouvre la porte Tan lui sert la main façon gangsta.

-Que nous vaut ta visite ? lui demande-t-il.

-Juste venu discuter business avec mon associé.

-Oh, ok. Allons dans mon bureau.

Il me prend la main et m'entraine rapidement à l'intérieur. On grimpe les escaliers deux par deux puis il me pousse dans la pièce avant de refermer la porte derrière lui.

Reprenant mon souffle, je l'interroge du regard quelques secondes puis voyant qu'il ne se décide pas à s'expliquer :

-Mais qu'est-ce qui te prends ? C'est pour parler boulot que tu me presses comme ça ?

-C'était pas prévu, mais j'ai été obligé, je te jure.

-Euh, je suis un peu perdu là. Si tu pouvais commencer par me raconter le début de l'embrouille, parce qu'il y a embrouille, n'est-ce pas ?

Je vais m'assoir derrière mon bureau et démarre l'ordinateur.

-Bon, ça vient ou quoi ?

-Donc, en fait, commence-t-il hésitant. Ma mère vient dans deux semaines. Je vais avoir droit à sa visite annuelle.

-Ok

-Sauf que cette année elle s'attend à me voir casé.

-Hun, elle risque d'être déçue.

-Pas si sûr. Cette année j'ai quelqu'un à lui présenter.

-Ah bon, qui ? Petit cachotier, tu ne m'avais pas dit que tu voyais quelqu'un ? Mais, attends, tu la donc trompé avec les sœurs ? Oh Fred, je t'avoue que je suis déçu.

-Mais non, imbécile, m'interrompt-il énervé. Je n'ai personne. Elle n'arrêtait pas de me harceler alors je lui ai menti. Je lui ai dit que j'étais avec quelqu'un depuis plusieurs mois maintenant. Et tout de suite elle s'est mise à faire des projets d'avenir, des petits enfants, des visites régulières. Non mais tu imagines ? Je l'ai stoppé net en lui disant que j'étais avec… avec un homme.

Je ne suis pas sûr de comprendre. Il invente une relation amoureuse et une relation gay en plus ? Mais qui se mettrait dans une situation pareille sans raison ?

-Euh, Fredo, je savais que tu étais bizarre mais à ce point là ça frise là bêtise. Pourquoi tu ne lui dis pas tout simplement que vous venez de vous séparer, quelques jours avant son arrivée ?

-Mais non, elle voudra quand même la rencontrer histoire de voir qui j'ai pu fréquenter. Je la connais. Ecoutes, mon plan est parfait. Ma mère est ouverte d'esprit, elle a bien accepté ma nouvelle sexualité. Donc je suis en couple avec un mec, elle est contente et moi ça me préserve de lui faire des petits enfants. On reste ensemble quelques semaines encore puis on se sépare en tant qu'amis.

Pas si bête que ça son plan. Inutile mais pas bête.

-Oui, ça peut marcher. Fais donc ce qui te plait. Et pour le travail, tu n'avais rien à me dire finalement ?

Fred s'approche de moi et met ses mains sur mes épaules.

-Le plan est bon, tu trouves ? Ca te convient ?

-Oui, il n'est pas si nul que ça. J'espère que ca marchera pour toi.

-Merci vieux, tu me sauves la vie.

-Mais en quoi ça me concerne ? Tu fais ce que tu veux de ta pseudo vie amou…

La lumière se fait enfin dans mon esprit. Non. Non. Pas possible

-Mais si, je lui ai dit que tu étais mon petit ami. Elle t'adore, je ne pouvais pas mieux choisir pour devenir gay. Je crois même que c'est ce qui a fait passer la pilule.

-Mais je rêve. Tu es complètement malade, dis-je en repoussant ses mains. Tu es en plein délire, c'est ça ?

-Je t'en prie. Ce n'est pas grand chose quand même.

-Bien sûr que si. Tu me demandes de jouer le gay et de mentir bêtement à ta mère que j'apprécie énormément tout ca parce que tu n'as pas le cran de lui dire que tu es un coureur de jupon patenté.

-Oh allez, tu ne me feras pas croire que ça te dérange tant que ça de jouer l'homo. Si cela avait été pour ton ami Keenan, tu aurais été le premier à te porter volontaire.

Je l'observe, sans voix, déçu par ce coup bas. Je sais qu'il est désolé à la façon dont il évite mon regard maintenant.

Je me lève et fais quelques pas pour me calmer. Il a mit le doigt là où ca fait mal. Primo parce que je n'avais pas idée d'être aussi transparent. Mon « secret » risque de m'exploser au visage si tout le monde me devine comme ça. Et secundo parce qu'il vient, d'une certaine manière, de me coller une étiquette. Gay. Pour lui je serais donc gay. Et pour les autres aussi s'ils savaient mes sentiments pour Keen.

-Je n'aime pas que tu te serves de mes confidences passées pour me forcer à faire ce que tu veux.

-Je sais, je suis désolé. Vraiment. Je ne te demanderais pas une chose pareille si ce n'était pas important pour moi. Tu me connais, je tiens à mon indépendance. Et ma mère m'a menacé de venir vivre avec moi. Définitivement. Je ne tiendrais pas le coup de l'avoir sur le dos constamment. Et puis je dois avouer que je veux éviter qu'elle découvre le coureur de jupon que je suis, comme tu l'a si bien dis.

J'ai peut-être été dur en disant ça. Ca ne plairait à personne d'être insulté de salope. Et puis, je comprends qu'il veuille éviter sa mère. Nina est vraiment une femme adorable, une mère aimante. Mais son amour est envahissant, étouffant. Elle sait toujours tout mieux que son fils, elle veut toujours tout faire à sa place, car bien sûr elle est la seule à savoir ce qui est bon pour lui. A plusieurs reprises, je suis allé en vacances chez eux dans le sud. Et je dois dire que j'en pleurais de pitié pour Fred. Car de le voir perdre son assurance habituelle et redevenir le petit fils à sa maman mit de force dans ses jupons, est une expérience traumatisante. Pour lui comme pour moi. J'en frissonne rien que d'y repenser.

-Bon, de toute façon, j'ai plus le choix. Tu lui as déjà sorti ton bobard.

-Merci, Jin, s'écrie-il en me pressant dans ses pattes. Tu me sauves la vie. Je te le rendrais 100 fois.

-Y'a intérêt. Mais je mets une condition au contrat tout de même : pas de baisers.

-Il faudra bien devant ma mère, sinon elle va se poser des questions.

-Ok pour des marques d'affections, chastes je précise. Mais rien d'autres. Pas de gestes déplacés ou des tentatives de séductions. Je sais qu'il y a longtemps que tu désires mon corps d'Apollon. Ca ne m'étonnerait pas que tu aies monté ce plan pour m'avoir à ta merci.

BONNE ANNEE 2008 !!!

Merci à toutes celles qui m'ont laissés des commentaires ! Vous ne savez pas à quel point vous me faites plaisir.

Ornaluca : merci, lectrice fidèle

Doush.k : je suis très contente que tu m'aie fait l'honneur de reviewer. J'espère que cette update ne te décevra pas.

Freak-of-Spade: J'adore Winter Storm. Continue de produire une histoire d'une telle qualité. Et Merci de m'avoir laissé un commentaire.

Laku-san : peut-être que c'est la narration à la 1ère personne qui te dérange ? Quand tu sauras ce qui te titille, fais le moi savoir. Peut-être que ça me permettra d'améliorer mon écriture.


Hyung veut dire grand frère. C'est aussi une marque de respect d'un jeune envers un homme plus âgé que lui.

Mianhae est mot familier qui veut dire « je suis désolé », « je m'excuse ».