Auteur : RatselGott (anciennement Marieke5)

Genre : POV, angst

Résumé : Les dernières pensées d'un condamné à mort.

Disclaimer : Ce texte dépressif est de moi, qui ne suis pas dépressive. Il m'a vaguement été inspiré par le tableau Tres de mayo de Goya.

LES RICHESSES D'UN CONDAMNE

Je suis là, dos au mur et face à la mort. Au sens propre comme au figuré. Je lève les yeux en fronçant les sourcils. Le soleil est éclatant, le ciel est bleu. Un léger vent frais souffle sur mon visage et me fait sourire.

Dans mon dos, mes mains liées me font mal. Les cordes qui les entravent sont trop serrées. Je ne fais pas le moindre geste pour me défendre mais qui sait… si je pouvais, peut-être essaierais-je quelque chose pour prolonger ma vie. Si je pouvais étendre les bras, foncer droit devant moi et franchir le barrage de ces hommes armés qui se dressent devant moi. Si je pouvais courir plus vite que mes jambes peuvent me le permettre, je le vois d'ici, ils me tireraient dessus. Me blesseraient mortellement. Mon élan brisé, je m'écroulerais sur le sol de terre battue. Je glisserais peut-être sur quelques centimètres, écorchant mon visage sali.

Si je pouvais éviter leurs balles, ils me courseraient. Et s'ils n'étaient pas assez rapides, ils lanceraient les chiens.

"Tu dois être bien fou pour sourire devant le peloton d'exécution."

La grosse voix du colonel résonne dans ma tête comme s'il s'était agi d'une voix intérieure. Mais je ne cherche même pas à savoir s'il a raison ou tors. Au stade où j'en suis, quel intérêt de savoir si je suis fou ou non ? De toute façon, dans moins de dix minutes, je serais mort.

Lentement, je baisse le regard. Le soleil éclatant, le drapeau national qui claque dans le vent, les canons des fusils qui parleront d'ici peu de temps. Puis les soldats, le colonel qui se tient non loin d'eux, légèrement en avant. Leurs bottes cirées et poussiéreuses. Le sol, rouge, sec, craquelé par endroits, parsemé de rares touffes d'herbes du désert. Mes pieds, nus et aussi rouge que la terre de ce pays qui flambe. Le bas de mon pantalon, blanc et sale.

Du monde est venu assister à mon exécution. Il y a quelques instants, j'ai fait un geste que je ne recommencerais pour rien au monde. D'abord apeuré par le rituel de la mise en place des bourreaux, je tournai la tête vers ma droite. De l'autre côté des barrières, ma mère, mes frères, mon oncle. Ma mère qui pleurait, ses larmes qui reflétaient le soleil, ses larmes qui brillaient. Comme les diamants des Grandes Dames. Comme les richesses des Dames du Monde.

Ma mère qui implorait pitié pour moi. Mes frères qui la retenaient pour qu'elle ne se jette pas entre les fusils et son fils. Son frère qui me fixait, droit comme un I, le regard dur. Je ne sais pas ce qu'il pense. Est-ce qu'il en veut à ceux qui m'ont condamné ? Ou m'en veut-il de m'être fait prendre ?

Je ne regrette rien. Si je devais refaire ma vie, je la referais de même manière. Je me suis battu pour ce en quoi je croyais et j'ai échoué. Mon existence n'aura pas été vaine. Je laisse derrière moi la marque et le courage d'un homme qui croyait en l'avenir. Tous ces gens qui me regardent maintenant, tous ces soldats face à moi, ne pourront jamais oublier qu'un jour, je foulai cette terre rouge. Même si l'Histoire avec sa grand Hache ne retient pas mon nom, ce que j'ai accompli durant ma vie ne disparaîtra pas avec moi.

J'aurais souhaité faire tellement plus. Bien sûr, j'aurais souhaité que mes enfants grandissent dans ce monde nouveau que je voulais créer pour eux. Mais moi mort, ils ne verront jamais le jour. J'aurais souhaité opposer d'avantage de résistance face aux juges.

Pourtant, aujourd'hui, plus rien n'a d'importance. Je vais mourir. Ma mère pleurera. Mes frères aussi peut-être, quand ils seront seuls. La foule hurlera, louera ma mort ou la condamnera. Mais aujourd'hui est le dernier, il n'est plus temps de penser à demain. Je ne pourrais jamais réconforter ma mère. J'espère que mes frères le pourront. Mon oncle me fera martyre dans la mémoire familiale. Il parlera de moi comme d'un grand homme qui ne vit pas ses rêves se concrétiser. Il dira : "Nous avons perdu un soldat." Et ma mère répondra : "J'ai perdu un fils."

Comme si elle résonnait dans mon esprit, la voix du colonel retentit sur la place. Les fusils dressés s'abaissent. La main du colonel se lève.

Je ferme les yeux. Quand il m'avait proposé de m'aveugler avec un bandeau, j'avais refusé. Je ne voulais pas fuir le châtiment car il faisait partie de mon combat perdu. Je ne voulais pas oublier pourquoi j'étais là, et me repentir de ce que je ne regrettais pas.

Je ferme les yeux car je ne veux pas mourir les yeux ouverts. Je veux mourir comme on s'endort après une partie d'échec perdue. Avec l'espoir que demain, je prendrais ma revanche.

Sur la place soudain silencieuse, les fusils ne parlent pas. Ils chantent. Cette chanson que j'ai tant de fois entendu quand j'étais vivant et que je savais par cœur. Plusieurs balles m'atteignent et font jaillir le sang qui circulait dans mes veines. Mes jambes cèdent, mon corps s'écroule à genoux sur le sol rouge de ce pays que je souhaitais différent.

Dans la foule soudain immobile, ma mère ne crie pas. Elle pleure. Ses larmes, que je m'étais juré de ne plus jamais voir couler. Elles brillent sous le soleil écrasant de ma dernière journée. De petits diamants qui roulent jusqu'à cette terre, qui se mêlent à la poussière.

Je dois lui dire que je vais bien, que tout est pour le mieux. Je veux lui dire de ne pas me pleurer. Qu'elle ne doit pas laisser rouler ses diamants sur ce sol rouge. Je veux tourner mon visage vers elle et lui jeter un dernier regard. Mais déjà le rouge de mon sang se mêle à celui de la terre. Je veux lui crier que je l'aime, mais ma voix ne passe pas mes lèvres. Seul mon dernier souffle s'en échappe.

xxxxx FIN ? xxxxx

Voila. Que dire ? J'espère que ça vous aura plu ? Ce n'est pas une histoire très réjouissante mais bon… OK, j'arrête là.

A la prochaine.