Titre : Autour d'un verre

Auteur : Cerbère

Genre : Souvenir

Note : À nos 4 ans 'going' 5.

Note aux lecteurs : Les commentaires entre parenthèses viennent de Yaële qui a corrigé les fautes et vérifié l'exactitude du récit.

Autour d'un verre

Si de toi ou moi l'une de nous deux avaient été un garçon, alors nous serions probablement un couple. Mais, si l'une de nous deux avait été un garçon, alors nous ne nous connaîtrions pas. (C'est ce que je me suis souvent dit, oui)

Je ne sais plus quand l'histoire a commencé. Que ce soit fin septembre, milieu octobre ou début novembre importe peu. Ce qui importe, c'est COMMENT l'histoire a commencé.

Nous avions une amie en commun : Fanny. Elle était dans le même internat que moi et elle faisait sport avec toi. C'est comme ça que les choses se mettent en place.

J'avais fini les cours et avais deux bonnes heures à tuer avant que l'internat ouvre. J'allais me rendre en perm ou au CDI peut-être. Je ne sais plus. Je penche plus pour le CDI. En chemin, j'ai alors rencontrée Fanny –mon amie- et toi. Je vous voyais souvent ensemble, principalement à l'internat le mercredi après-midi. Fanny m'a proposé de vous accompagner en ville et j'ai accepté.

Je crois être restée plutôt silencieuse lors du trajet. Peut-être pas. Je ne m'en rappelle pas et encore une fois : cela n'a pas grande importance.

Arrivées à la place de Verdun, nous sommes allées au ''Café des Arts'' pour rejoindre une camarade de classe de Fanny : Pauline, ainsi qu'une amie de cette dernière dont je ne me rappelle pas le prénom (si ça peut te rassurer, je ne me souviens même pas de sa tête) et cette fois, ça importe. En fait non, ça n'importe pas, mais cela me dérange.

Bref, Fanny s'est commandé un chocolat chaud tandis que toi et moi, toutes deux sans sous, nous contentions d'un verre d'eau. Puis nous sommes toutes les trois montées à l'étage rejoindre Pauline et son amie. Je vais appeler cette dernière Estelle, car je sais que son prénom n'est définitivement pas Estelle et que tant qu'à me planter, je veux me planter en beauté.

Fanny et Pauline discutaient. Elles étaient dans la même classe et avaient des choses en commun. Estelle, toi et moi-même buvions nos 'consommations' en silence, prêtant plus ou moins l'oreille. (plutôt moins que plus, lol)

Et c'est là que ça a commencé !

La conversation a changé. Après quelques mots échangés avec Fanny, Pauline s'est tournée vers toi et moi qui faisions l'angle :

« Quel est votre degré de masturbation ? ».

Je n'oublierai certainement jamais ta tête à ce moment là : la tête un peu baissée –tu devais regarder tes ongles ou peut-être même tes pieds- les yeux tels deux soucoupes volantes, les iris légèrement remontés vers Pauline, la bouche ouverte et, bien sûr, l'incapacité de parler.

Pour ma part, je n'avais pas l'air plus fine et ai manqué de m'étouffer avec ma boisson. Je ne savais pas que l'on pouvait avoir un degré de masturbation…

Toujours étant que toi et moi demeurions silencieuses. Fanny avait déjà répondu, mais je n'avais pas entendu et n'avais pas envie de savoir. Et comme Pauline insistait, j'ai alors répondu ''0'', tout comme toi. Estelle, elle, refusa de répondre ouvertement mais inscrivit sa réponse sur le portable qu'elle rendit à Pauline et à qui elle demanda de ne regarder la réponse que lorsqu'elle serait partie.

La réponse ''0'' avait dû surprendre Pauline qui posa une autre question, adressée à nous deux :

« Vous faites quoi sous la douche ? ».

« Bah, je me lave » Ai-je répondu.

« Et avec la pomme de douche ? ».

« Pareil » As-tu répliqué.

La pauvre Pauline devait être bien déçue par nos réponses pour s'acharner ainsi. Toujours est-il qu'avec une pomme de douche, je ne fais que me laver… Que cela lui plaise ou non. (Tout à fait)

Une fois les chocolats chauds –et verres d'eau- engloutis, nous sommes sorties, repartant vers le lycée. Estelle nous quittant, Pauline s'empressa de regarder la réponse à sa question :

« 12 ! » S'est-elle écriée, puis elle porta sa main à sa bouche pour étouffer son rire.

Je dois avouer que ''12'' ne m'a jamais parlé. 12 quoi ? Le nombre de fois en une heure ? Journée ? Semaine ? Mois ? Un pourcentage ? (D'après la conversation, c'était par semaine, il me semble)

J'ai passé une partie du chemin du retour à chanter ''Rebecca'' des Wriggles avec Pauline qui me faisait partager les joies du live. Puis nous sommes arrivées au lycée. Pauline et toi, vous êtes allés prendre votre bus tandis que Fanny et moi partions vers l'internat.

Jours après jours, toi et moi nous disions bonjour lorsque nous nous croisons dans les couloirs. Parfois nous discutions, tout dépendait de l'emploi du temps.

Les choses se sont enchaînées. Au cours des trois années de lycée qui ont suivit, toi et moi, nous nous sommes plusieurs fois retrouvées autour d'un verre au ''Café des Arts'' ou ailleurs et pas seulement autour d'un verre. La première année, cette rencontre nous est beaucoup revenue comme sujet de conversation. Et aujourd'hui, si nous en parlons peu, nous ne l'avons pas pour autant oubliée. (Comment on aurait pu, ne ? )

Tu as beaucoup dit que si l'une de nous deux avait été un garçon, alors nous serions sûrement un couple. Mais nous savons que si l'une de nous deux avait été un garçon, nous ne nous serions probablement pas rencontrées. Alors je ne regrette rien.

Finalement, ce qui importe ce n'est pas comment. Ce qui importe c'est que ça se soit passé entre toi et moi –autour d'un verre- et que cela ait toujours autant d'importance pour toi et moi…

Ya, si tu avais étais un garçon, alors ces mots auraient une autre signification. Mais comme tu es une fille alors ils en ont une simple : je t'aime…

Premier trimestre de l'année scolaire 2002-2003

Cerbère