Earthquake

Chapitre 1

« ARRÊTE !!! C'est trop tard !

- Non, c'est pas trop tard !!! Je vais te dégager !

- Abruti ! Tu vois pas que c'est foutu ! On est coincé sous les gravats. Pars avec Manon et laisse-nous là !

- Non ! ».

La gifle claqua brusquement. Elle venait d'Anna.

« Maintenant, tu m'écoutes. Il y a eu un tremblement de terre. Et l'immeuble va s'écrouler. Tu as vu les murs ?

- …

- Réponds !

- Oui…

- Et qu'est-ce qu'il va se passer ??

- …

- DIS-LE !!!

- Ils vont s'écrouler… Sur toi et Remy qui êtes coincés… Et sur moi si je ne pars pas avec Manon.

- Alors, pars !

- Mais… Vous allez… Mourir…

- Oui, répondit Remy. Mais on veut faire une dernière chose avant de mourir. Et quelque chose de bien. On veut que notre fille vive. Et notre seule chance, c'est toi. Tu es sa seule famille maintenant que nos deux familles sont mortes. JE VEUX QU'ELLE VIVE !!! ».

Anna acquiesça lentement. Manon était près de sa mère, n'ayant pas conscience de ce qui passait autour d'elle. Elle ne savait pas qu'elle voyait sa mère et son père pour la dernière fois.

Anna et Remy avaient les jambes coincées sous les gravats. La seule position qu'ils pouvaient prendre à présent était une position assise, et ils l'avaient adoptée depuis un moment déjà.

Elle lui fit un signe, lui demandant de s'approcher d'elle. Elle le pressa, pensant qu'il ne restait pas beaucoup de temps.

« Allez, viens ! dit-elle. On a pas beaucoup de temps. »

C'est alors qu'il réalisa toute l'horreur de la situation. Il allait leur dire adieu, prendre Manon et partir le plus vite possible, les laissant ici où ils allaient mourir, écrasé par l'éboulement des murs.

Alors les larmes se mirent à couler en de longs flots ininterrompus. Ils ne pouvaient les retenir. Pourtant, comme si le lien déjà très fort qui l'unissait à sa sœur en temps normal s'était intensifié encore un peu plus et ce brusquement, il sut sans la regarder qu'elle ne pleurerait pas. Il st qu'elle allait sourire…

Il s'approcha de sa sœur, pleurant et pleurant encore. Celle-ci fit pivoter son buste du mieux qu'elle put pour se rapprocher de son frère et l'attira violemment à elle.

Alors, il sut qu'elle allait éclater de rire. C'est ce qu'elle fit et elle lança alors qu'elle le tenait dans ses bras :

« T'es vraiment un p'tit pédé pour pleurer comme une gonzesse !

- Pourquoi… Tu rigoles ?

- Ben, je vais pas pleurer. Elle va être heureuse comme tout Manon avec son tonton. Et je suis sûr qu'avec toi, si elle est différente, elle sera acceptée. Tu te battras pour elle ?

- Oui ! Je te le jure !

- Alors, tiens tes promesse et sors de là avec elle, et vivant. Et prends ça avec toi. ».

Anna sortit une enveloppe toute froissée de sa poche et la lui tendit.

« Donne ça à Manon quand elle sera plus grande.

- Quand est-ce que tu l'as écrit ?

- Quand les tremblements de terre ont commencé. Elle n'est pas que de moi. On l'a écrite tous les deux, explique Anna en désignant son concubin. Un pressentiment sûrement… A toi de voir quand tu jugeras qu'elle est prête…'.

Il acquiesça. Il la vit alors appeler Manon et la serrer dans ses bras, jouer un peu avec elle comme si tout était normal. Elle la fit compter, la souleva de terre pour lui faire l'avion dans ses bras, lui chatouilla sous les bras, ce qui la faisait tant rire. Puis elle lui dit de traiter son père de 'Vilain' comme elle le lui avait appris. C'est ce qu'elle fit mais en prononçant 'Viyin'.

Puis Anna la dirigea vers son père qui l'embrassa à son tour. Lui aussi souriait. Il la fit jouer à son tour, comme si tout allait pour le mieux. Il émanait d'eux une telle sagesse. L'échéance de la Mort leur faisait relativiser à un point qu'il parvenait à savourer ces derniers moments avec leur fille tout en n'étant pas excessifs. Il se comportait comme il le faisait tous les jours avant ces temps maudits.

Ayant terminé, Remy lui tendit Manon et les deux parents du bébé lui firent signe de partir, un grondement commençant à retentir. Déposant une dernière caresse sur la joue de sa sœur et laissant un rapide bisou sur la joue de Rémy, chose qu'il ne faisait jamais, il lança un ultime :

« Je vous aime tous les deux. ».

Ils ne répondirent pas mais leurs yeux en disaient long, bien plus longs que le plus long des mots.

Alors, il prit Manon dans ses bras et partit en courant. Il entendit les murs commencer à se fissurer puis à s'écrouler. Il accéléra et se rua dehors.

A peine dehors, l'immeuble où résidaient sa sœur et son mari il y a encore quelques heures s'écroula. Il ne pleura pas à nouveau. Il avait compris. Il était père à présent. Et il réagit comme l'aurait fait la mère de Manon. Désignant l'immeuble, il dit à Manon :

« Tu dis au revoir à Papa et Maman ? »

Manon s'exécuta et plia et déplia ses doigts plusieurs fois comme le lui avait appris ses défuntes mères et grand-mères. Puis sans qu'on le lui demande, elle amena sa main à sa bouche et envoya un bisou aux ruines poussiéreuses. Le dénommé Miguel en fit autant. Il posa ensuite Manon à terre et lui donnant la main, il lança :

« On va à la maison ? On va faire 'plouf' dans la piscine à Mémé… Dans ta piscine, pardon.

- Mmm ! fut la réponse du bébé qui n'arrivait pas encore à dire 'oui'.

- Et on fera faire 'plouf' à la poupée ?

- Mmm ! ».

Et ils partirent tous les deux vers la voiture et vers une nouvelle vie. Pierre appela sur la route, disant qu'il était à présent sans abri… Il dit quelque chose qui fit sourire Miguel malgré la tristesse qui l'envahissait.

« Je crois qu'on va être trois dans notre maison, Manon… ».

oOo TBCo Oo

Ceci n'est pas une one-shot. J'ai hésité mais non, je pense qu'il y aura une suite. En fait, c'est sûr. Mais ce sera quand j'aurais de l'inspiration. Ce sera aléatoire, y'aura de gros bonds dans le temps. En fait, c'est un panorama de la vie des personnages et pour une fois, la vie du couple gay ne sera pas mise en avant bien qu'il influencera l'histoire. Ce sera plus une toile de fond, vu que l'intérêt de l'histoire, c'est de montrer l'évolution de ma petite Manon chérie, mon petit bout'chou de nièce que j'adore !

Pour l'info, j'ai pensé tout le détail de ce que je viens d'écrire en allant de ma fac à la place Delille rejoindre mon chéri. Et j'ai failli pleurer en conceptualisant ça. Ben, ça remue toujours de penser à la mort de ceux qu'on aime…

C'est tout pour cette fois !

Miguel