Earthquake

Chapitre 2

« Tonton !

- Grmmpphhh…

- Tonton !!!

- Agagueuh…

- TONTON !!!

- Quoi, Manon ?

- On va dézeuner ?

- Il est 2h00 du matin. Retourne faire dodo.

- Non, pas dodo.

- Sois mignonne, s'il te plaît.

- Manon fait dodo dans le lit de mémé. »

Qu'est-ce qu'il devait faire ? Le remettre dans son lit pour qu'elle hurlât ou la prendre avec lui et qu'elle dormît encore un bon paquet d'heures ?

« Allez, monte dans le lit de mémé ! »

Manon s'accrocha au drap et se hissa sur le lit, qui, dans son cœur, était toujours celui de sa grand-mère. En effet, Miguel dormait à présent dans le lit de ses parents et Pierre dans l'ancien lit de l'oncle de Manon. Pourquoi ? Ça, c'est une autre histoire…

Le réveil sonna à 5h15. Miguel se leva. Il alla se débarbouiller, la tête dans le cul, au sens figuré… Et malheureusement pas au sens propre. Le visage, les dents, du déodorant, du parfum dans l'espèce de buanderie ou son père avait installé une douche provisoire en attendant de faire la salle de bains… Il y a plus de vingt ans… Oh, la salle de bains, il l'avait commencé, mais on devait rentrer de l'extérieur et par la fenêtre… Et pour se faire, il fallait une échelle… No comment…

Une fois toiletté (ouaf ouaf !), il remonta sans faire de bruit, prit ses habits et alla s'habiller dans le salon. Il était 5h25… Il prenait à 6h00. Il aimait bien se réveiller en avance pour avoir un quart d'heure pour lui, pour pouvoir lire ou comater. Quand il était prêt plus tôt et qu'il avait assez de courage il allait à son boulot un quart d'heure plus tôt vu que c'est lui qui avait les clés. C'est ce qu'il fit ce jour-là. Arrivé là-bas, il trouva Vanessa, sa collègue, qui remplaçait Yolande, sa collègue habituelle, qui avait été affecté ailleurs.

En effet, Miguel travaillait pour une société de nettoyage qui l'avait affecté, quand il avait commencé, à la plonge et aux nettoyages du sol des cuisines d'un fast food dont l'enseigne était un clown psychopathe.

Cela faisait à présent un an que ÇA avait eu lieu, et la compagnie pourtant probablement multimilliardaire avait perdu beaucoup d'argent et avait de ce fait décidé de reprendre le chantier à son compte et de faire soi-même le ménage. Yolande, la collègue qui travaillait habituellement avec sa sœur… A ce souvenir, des images lui revinrent du jour où elle était morte… Son cœur se serra mais il chassa les douloureux souvenirs. Yolande avait été affecté au chantier sur lequel elle travaillerait après et Miguel se retrouvait donc avec Vanessa pour finir en beauté…

Tout à ses réflexions, il se retrouva à rentrer sur le parking. Il se gara, sortit de sa voiture, la ferma et se dirigea vers la porte. Il allait l'ouvrir quand Vanessa arriva sur son scooter. Elle se gara, lui dit bonjour et s'alluma une cigarette. Ils entrèrent ensuite, parlant de choses et d'autres.

« Et c'est parti ! pensa Miguel en fredonnant mentalement l'air de la chanson de Nadiya. »

oOo

8h20. Il remit en place la dernière poubelle, aidé par sa collègue qui avait fini un peu plus tôt. Il alla ensuite se laver les mains et revint vers la manager. C'était le dernier jour. C'était donc l'heure des adieux. Ça n'eut rien de larmoyant mais il découvrit la manager sous un jour moins… Masculin… C'est vrai qu'une fois qu'on l'avait entendu crier : « Je fais pipi debout si je veux ! », on se posait des questions… Mais elle fut bien différente de son simple aspect physique ce jour-là, ce qui lui laissa une bonne impression.

oOo

Une fois les adieux terminés, il fonça chez lui, prit une douche et partit pour la fac. Il avait troqué sa tenue d'homme de ménage contre ses habits de fashion victim qui étaient les mêmes qu'un an auparavant.

En effet, depuis la mort de ses proches dans les violents tremblements de terre, il n'avait pas acheté de nouveaux vêtements. Certes, il avait une garde-robe qui aurait pu habiller quotidiennement toute sa rue, mais ses habituelles dépenses à la période des soldes avaient disparus, tout comme ses achat frénétiques de mangas… Il avait d'ailleurs revendu tous ces derniers.

La raison de ce changement d'attitude était simple : il avait à présent une petite fille de deux ans et demi. Il avait donc du économiser bien plus que ce qu'il avait déjà économisé en étant entretenu par ses parents afin de pouvoir la sustenter, l'habiller et la divertir.

Ses parents, sa sœur et ses grands parents lui avaient légué un gros héritage mais il souhaitait vivre avec son argent en priorité. Il savait très bien que se reposer sur ce qu'on a conduisait trop souvent à se retrouver sans rien. Il ne s'était donc servi de cet argent que deux fois.

La première fois avait été pour rhabiller Manon de la tête aux pieds, ses habits étant restés dans les gravats de la résidence où elle habitait avant. A cela s'ajoutaient quelques jouets chers à son cœur et quelques peluches.

La deuxième utilisation avait été pour faire réparer tout ce que les différents séismes avaient détruit dans la maison, c'est-à-dire beaucoup de choses… Miguel était volontaire, mais il n'était ni plombier ni maçon…

Mais depuis, cet argent reposait sur des comptes auquel il ne touchait plus. Pierre, Manon et lui vivaient avec leur propre argent.

oOo

Miguel sortit de la fac à 16h30. Il avait difficilement fait son emploi du temps pour prendre à 10h00 et finir au plus tard à 16h30, quitte à n'avoir des fois que dix minutes pour manger, ou même seulement dix minutes de pause dans toute la journée. De toute façon, il n'était pas adepte de la pause café. Trop cher. Il en allait de même pour le restau U ou les sandwicheries… Il amenait toujours à manger de chez lui pour économiser de l'argent gaspillé sur une nourriture qu'il pouvait se faire lui-même en plus grande quantité et à moindre frais.

Pour en revenir à son emploi du temps, il y avait bien une heure qui débordait de son emploi du temps de ministre et qui faisait se terminer une des ses journées de cours à 17h30… Mais il ne pouvait pas…

A 17h00, il travaillait sur un autre chantier et il ne pouvait pas manquer un seul jour où on le remplacerait, la devise de cette boîte étant « Si t'es malade, on te fait descendre… ».

Là aussi, il replaçait sa sœur sur un chantier ayant pour logo un gros bibendum blanc…

oOo

A 19h30, alors qu'il sortait de son boulot, il reçut un coup de fil. Un numéro de portable… Il décrocha :

« Bonjour, Mr Lebrun, entreprise SAFEN.

- Bonjour.

- Je vous appelais pour votre nouvelle affectation.

- Je vous écoute.

- Ce serait au complexe sportif de la Gauthière, du lundi au samedi, de 6h00 à 9h00.

- Je commence demain ?

- Euh… Oui…

- J'y serai.

- Je… Bonne soirée… »

Certains diraient qu'ils avaient changé. Plus d'assurance, moins de sentiments… Le contraire du Miguel d'avant. Pourtant, ce Miguel était toujours là. Il n'avait seulement pas sa place dans cette nouvelle vie… Cette vie d'adulte.

oOo

Il rentrait dans sa voiture quand son téléphone sonna de nouveau.

« Oui, Pierre ?

- Ça va ?

- Un peu crevé, mais ça va ! T'es allé chercher Manon ?

- Non. J'avais un rendez-vous, expliqua Pierre. »

La respiration de Miguel s'accéléra.

« Hé, je déconne ! On est en train de manger.

- Ne joue pas avec mes nerfs. Je suis déjà assez à cran.

- Tu ne crois pas que tu devrais te reposer et arrêter un de tes chantiers ?

- On en a déjà parlé.

- Je sais, et je préfère te savoir vivant et manger des patates à tous les repas.

- Je veux pas remettre ça sur la tapis. »

Il dévia la conversation

« Tu sors ce soir ?

- Si tu n'as pas besoin de moi.

- Je t'en prie.

- Tu viens ?

- Bien sûr ! Et je laisse Manon à ses nouveaux tuteurs ?

- Je suis sûr qu'elle adorerait déhancher son petit popotin en boîte. »

Miguel sentit le téléphone changer de main.

« Manon aussi, elle va danser ! lança la petite fille.

- Oui, mon loulou. On dansera avec Tonton ?

- Oh, ben oui !

- Allez, rends le téléphone à Pierre. A tout à l'heure, Manon !

- A tout à l'heure, Tonton ! »

oOo

Pierre et Miguel n'étaient plus ensemble. Leur histoire avait duré encore un mois après qu'il soit venu habité avec eux mais elle n'avait pas résisté à un Miguel qui n'avait plus assez de temps à lui consacrer.

Mais ils étaient civilisés. Ils étaient restés amis et Miguel lui avait tout naturellement ordonné de rester avec eux. Manon l'aimait déjà beaucoup et il n'avait nulle part où aller, sa maison ayant été détruite, sa mère étant morte, et son père étant trop loin…

Pierre avait eu plusieurs petits copains depuis leur histoire mais Miguel refusait de faire des rencontres. Pierre voyait bien ce qui se passait et il ne savait pas combien de temps Miguel allait tenir.

Il faisait un métier fatigant aux horaires douteux, couplé avec des études et une fille à élever, le tout saupoudré d'une pincée de maison à faire tourner, de nourriture à préparer et de courses à faire… Mais sa volonté était inflexible.

Pierre avait trouvé un travail lui aussi, mais il reconnaissait sans problème qu'il était moins éprouvant. Faisant des études d'infographistes mais n'ayant que son CAP et pas encore son bac, il n'avait trouvé qu'un poste mineur dans une agence de pub. Il gagnait de quoi apporter sa pierre à l'édifice, les horaires ingrats en moins. Il continuait bien sûr ses études, comme Miguel, principalement parce qu'on lui avait fait clairement comprendre à son entrée dans sa boite qu'il était compétent mais qu'il n'aurait pas de poste plus haut placé tant qu'il n'aurait pas son bac.

Pierre s'occupait donc de Manon le matin, l'emmenant chez la nourrice avant de partir à Clermont pour ses cours. Il la reprenait le soir et la ramenait, Miguel ne pouvant assumer aucune de ses tâches du fait de ses horaires et du fait qu'il faisait déjà assez de choses.

oOo

Ce soir, c'était vendredi. Pierre était sorti et rentrerait probablement plus que tard.

« Nous aussi, on va en boîte, Manon ?

- Oui ! »

Miguel alla mettre en route sa stéréo et monta un peu le son. Manon commença à bouger ses doigts comme si elle dansait le disco et à secouer sa tête comme si elle était dans une rave party.

« On danse tous les deux ? »

Manon acquiesça et il la prit dans ses bras et la fit tourner à toute vitesse, ce qui l'amusait en fait bien plus que de danser à deux. Elle rigola tant qu'elle put puis les deux se laissèrent tomber dans le canapé, la tête leur tournant.

Une fois que le sol se fut arrêté de bouger, Miguel demanda :

« Manon ?

- Quoi ?

- Tu veux un bonbon au chocolat ?

- Oh oui ! »

Manon n'aimait pas les bonbons ni les gâteaux mais le chocolat… Un jour, il y avait un paquet de chocolat dans le meuble de la télé. Miguel l'avait ouvert et en avait donné à Manon qui le regardait et qui aurait tuée pour en avoir. Il avait ensuite remis le paquet dans le meuble. Mais Manon savait déjà ouvrir les meubles… Et elle l'avait ouvert. Elle avait pris des chocolats mais elle avait renversé le sachet. Son oncle et sa mère avait accouru pour ramasser les confiseries et Manon… Manon s'était jetée, en ramassait le plus possible et se les fourrait dans la bouche…

Tout ça pour dire que Manon aimait le chocolat. Et ce n'était rien de le dire… Elle reçut donc quelques smarties, qu'elle appelait bonbons au chocolat.

« On les compte ? suggéra Miguel, improvisant une séance de mathématiques.

- C'est Manon qui fait. Un, deux, crois… Deux, crois, quatre, cinq… Deux, crois… Crois bonbons !

- Euh… Ben, oui, c'est ça. Tu m'en donnes un ?

- Oui. Bouge pas, c'est Manon qui te le donne. »

Elle le prit et le lui mit dans la bouche. Manon adorait jouer à la grande, comme tous les enfants. Elle aimait par exemple faire manger Pierre. A une époque, elle adorait faire boire son tonton au biberon… Que de litre d'eau il s'était envoyé pour l'amuser…

Manon parlait aussi très souvent d'elle à la troisième personne. Une vrai Alain Delon en culottes courtes.

Miguel la regardait manger ses bonbons quand soudain, elle descendit, et, se tenant l'entrejambe en trépignant, elle annonça :

« Veut faire pipi !!

- Ben, vas-y au lieu de danser le sirtaki. Fonce ! »

Elle alla aux toilettes et se débrouilla comme une grande. Après tous ses pipis faits par terre nécessaires à l'apprentissage de la propreté, elle faisait les choses toutes seules et n'avait même plus besoin de pot.

Miguel alla la rejoindre.

« C'est bon ?

- Oui, c'est bon !!

- On va mettre la couche pour la nuit ?

- Non, pas dodo !!! gémit-elle.

- Ben si, loulou !

- Non, pas dodo ! »

Elle faisait toujours ça mais en fin de compte, elle ne faisait pas de crise. Sa maman avait fait un grand travail sur sa fille et Miguel espérait bien continuer ainsi. Ce n'était pas si mal parti.

oOo

Manon s'endormit bien vite, son doudou dans les bras. Son oncle ne se fit pas prier pour en faire autant…

oOo

5h00… Il se leva… Et réalisa… Il n'avait donné aucune consigne à Pierre, et s'il n'était pas rentré, il n'y aurait personne pour garder Manon. Heureusement, il le trouva torse dans la cuisine en train de boire.

« Tu t'es bien amusé ? demanda Miguel.

- Bof. J'aurais mieux fait de rester avec vous.

- C'est pas moi qui l'ai dit. Bon, je vais me préparer.

- Ton nouveau chantier ?

- Oui, l'ASM !

- Petit pervers !

- Tu crois franchement qu'à 6h00 du matin, y'aura quelqu'un ?

- On sait jamais !

- Ouais… Tu fais gaffe à Manon. Coupe le gaz sous l'évier, si elle se lève avant toi et qu'il lui prend l'envie de jouer avec les boutons… Ferme la porte… Ne la laisse pas trop longtemps livrée à elle-même, elle n'a que…

- Dégage ! Je fais ça tous les matins, j'ai l'habitude ! Si elle ne vient pas me secouer dans le lit, ce dont je doute, mon réveil sonne de toute façon à 7h30. Je lui prépare un petit joint et une petite bière et j'ai la paix jusqu'à ce que tu rentres.

- Tu sais qui y'avait une nourrice qui les gavait au mont blanc pour qu'il soit rassasié et qu'il dorme.

- Bonne idée ! J'essaierai.

- …

- Fais pas cette tête, elle mangera dès qu'elle aura fait le ménage. Et je suis pas radin : un verre d'eau et un bout de pain, c'est rien du tout. »

Pierre fit un grand sourire et Miguel descendit se préparer et se disant qu'il était dur de savoir si Pierre bluffait, tellement il bluffait bien…

oOo

Ce chantier était tout simplement merveilleux. L'entrée était bouchée. Il fallait se garer plus loin après avoir tournée un quart d'heure et s'être mis en retard. Arrivé en courant, il fit la connaissance de ses nouvelles collègues et d'un chantier tout simple ou il fallait se déplacer dans le noir, ouvrir des portes dans le noir avec un trousseau plein de clés dont une seule servait à quelque chose… Mais le mieux était que personne n'avait les clés du local avec les produits et les balais… Bref, après lui avoir expliqué une heure en quoi le travail consistait, elles se rendirent qu'il ne pouvait pas travailler, n'ayant pas de produit à sa disposition, faute de clés.

Il les aida donc à faire leur poste et repartit ensuite chez lui prendre un repos bien mérité.

oOo

Le lundi matin, il y alla pour cinq heures. En effet, les horaires étaient incompatibles avec ceux de ses collègues qui finissaient à huit heures et à qui ils ne pouvaient donc pas rendre les clés à huit heures… Il prendrait donc en même temps qu'elle, ce qui ne serait pas plus mal pour foncer chez lui prendre une douche et être à 10h00 en cours.

Il devait avant cela nettoyer deux bâtiments… Il alla en premier lieu ouvrir le portail puis se rendit vers le premier bâtiment. Il ne put pas ouvrir la porte dans le noir… Il alla vers l'autre qu'on pouvait heureusement éclairer de l'extérieur. Il y fit le ménage tant bien que mal avec le peu de matériel encrassé et défoncé qu'il y avait…

Il n'était pas en avance avec le temps perdu à se repérer dans le noir et à essayer d'ouvrir des portes à l'aveuglette… Il décida donc de courir pour retourner au premier bâtiment. Son sac battait la mesure tandis qu'il courait. Mais brusquement, il battit une drôle de mesure… Une mesure descendante.

Dans le noir profond dans lequel était plongé cette partie du complexe sportif, il n'avait pas vu une avancée de trottoir entre deux places de parking. Il tomba donc violement sur le sol, sa chute amortie par son bras doigt.

Il ne put se retenir de gémir… Il était seul et il n'arrivait pas à se relever…

TBC

Comme je l'avais dit, j'écrirai des chapitres quand j'aurais des idées ! Et là, j'en avais, Alors, voilà le chapitre 2 ! L'histoire dans la chute dans le noir semble bizarre ? Pourtant, c'est bel et bien ce qui m'est arrivé sur ce chantier. J'ai été arrêté deux semaines et j'ai eu mal au bras pendant plus d'un mois… Mal au point d'avoir mal en mettant mon blouson et de limite pas pouvoir braquer le volant quand je conduisais… Merci la gentille boite qui m'emploie….

Enfin bref… J'aurais aussi pu me tuer, perdu au beau milieu d'un chantier plongé dans le noir. J'ai plutôt été chanceux !

Miguel