Auteur : Umbre77

Titre : Mauvais Œil

Disclaimer : Tout m'appartient, de A à Z… (ça fait bizarre d'écrire ça !)

Genre : Yaoï ! Que les homophobes désertent cette page immédiatement. Merci.

Résumé : Né un Vendredi 13 Février, Naël a le mauvais œil, aux yeux de tous. Son déménagement lui laisse entrevoir l'espoir vague d'avoir la paix… Mais l'aura-t-il réellement ?

Note de l'auteur : Je tiens à préciser que les habitants de Namur ne sont en aucun cas comme décrit dans l'histoire présente. Ceci est une fiction, personne n'a jamais lynché quelqu'un (du moins, pas à ma connaissance) pour une histoire de mauvais œil. Je ne pense pas non plus que nous soyons porté sur cette croyance en Belgique (mais je ne connais pas tout le monde, dans ce pays).

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Chapitre 7 : Le second travail

Il était arrivé deux minutes en avance. Saint-Rémy était principalement un parking sur lequel se trouvait une église – assez laide, selon lui, mais il n'aimait pas les églises, étant donné les ennuis que la religion lui avait apportés – et elle était relativement déserte. Le temps, mais aussi l'heure, expliquait le vide d'un parking gratuit très fréquenté habituellement. Il y avait juste une camionnette rouge. Naël profita de son avance pour jeter son emballage dans la poubelle. Il avait mangé tout son repas du bout des lèvres, perturbé parce qu'il avait vu.

Qu'Anatole soit gay, il s'en fichait. Mais qu'il soit si intéressé par le baiser était déstabilisant. Il ne s'était jamais intéressé à personne. Il ne regardait pas les filles, parce qu'elles ne voulaient pas de lui, à Namur. Quant aux garçons, il les fuyait, car ils étaient ses principaux tortionnaires.

Depuis qu'il était à Huy, Jessica lui avait tourné autour. C'était une jolie fille. Vraiment. Mais il n'avait pas pris le temps de la regarder. Pourquoi s'attacher, de toute façon ? Dans quelques catastrophes – car il ne doutait pas que son mauvais œil allait le rattraper, à un moment ou un autre – il se retrouverait de nouveau seul, donc…

Toutefois, il s'était attaché à Anatole. Il ne se mentait pas. Il voulait devenir son ami, à lui et uniquement lui. Pourquoi ? Il l'ignorait lui-même. Attirance ? Pas particulièrement. Il n'avait jamais pris le temps de détailler Anatole. Il était plus grand et plus fort que lui. Il avait des cheveux noirs et des yeux bleus. Ça s'arrêtait là. Anatole avait un sale caractère, il s'arrêtait à l'apparence des gens trop rapidement. Il le prenait pour une merde, mais il commençait à être gentil avec lui, au point de lui offrir un cadeau d'anniversaire et de rire avec lui à la boutique. Ni plus, ni moins.

Un rapprochement ? Sans doute, mais il ne s'imaginait pas sortir avec Anatole. Alors quoi ? Pourquoi ce trouble ? Cette excitation ? Etait-il… gay ?

La question n'eut pas de réponse. La porte de la camionnette s'ouvrit pour laisser passage à… une armoire à glace. Un mastodonte. Un géant ? Un canon ! Sérieusement, était-il gay ? Il se posa la question alors qu'il regardait cet homme s'approcher de lui, une expression interrogative sur le visage. Il devait avoir la trentaine, facilement. Il était habillé d'un jeans abimé et d'une chemise à carreaux rouges et blancs. Par-dessus, il avait une veste épaisse et des moufles qui semblaient pratiques et chaudes. Sa carrure était impressionnante. Il était visiblement un homme très manuel. Mais ce qui faisait sa beauté, ce n'était pas ses muscles. C'était lui tout entier. Il avait ce que Naël ne posséderait jamais : un charisme étouffant. Et un visage d'ange, il fallait l'admettre. Il s'arrêta juste devant lui – et il était vraiment grand, bien plus que tous les hommes qu'il connaissait – et le regarda de ses yeux clairs. Il ne pouvait en déterminer la couleur, étant donné les ténèbres qui les entouraient. Etaient-ils verts ou bleus ? Il ne le saurait qu'après les avoir vu en pleine lumière.

« Tu es Naël ? » demanda l'homme.

Il ne put qu'hocher la tête.

« Enchanté, je m'appelle Jonathan Kain. Maurice t'a parlé de moi ?

-Pas – il se racla la gorge – pas exactement. Il m'a dit qu'un homme viendrait me chercher et qu'il jugerait si je pouvais travailler sur le chantier ou pas…

-Et tu es quand même venu ? Avec une telle indication, j'aurais eu les jetons et je ne me serais pas présenté ! Tu as du cran ! »

Naël se contenta d'hausser les épaules. Il n'avait pas de cran, il était désespéré, nuance !

« Bon… je ne vais pas te mentir, je ne sais pas si tu seras utile. Tu es mince comme un coucou, tu n'as pas l'air d'avoir la moindre force. Les premiers jours risquent d'être très difficiles et pourtant, ce n'est pas un travail éreintant qu'on va te confier, au début. Tout juste transporter du matériel de construction, tenir l'outil de quelqu'un pour l'aider et j'en passe. Les trucs chiants, en clair. Pourtant, je sais que tu vas morfler. Ça demande une certaine force, je suppose que tu t'en doutes.

-Je suis très persévérant, répondit Naël.

-Et très fauché, si j'en crois Maurice, répondit Jonathan. Bon. On va te mettre à l'essaie une semaine. Tu as une voiture ? »

Il répondit négativement. Une voiture ! Ah ! Faudrait déjà qu'il ait assez d'argent pour passer le permit !

« Mhmm… Tu as un autre travail, c'est ça ? Près d'ici ?

-La boutique d'antiquité », répondit Naël.

Il se retourna et la pointa du doigt. De la place, elle était visible, même si un saule pleureur la cachait à moitié.

« Je vois. Et tu finis à 19 h ?

-Oui, tous les jours, même le samedi.

-Mhmm… Bon, si tu es pris, je pourrais te charger ici, mais il faut que tu sois là plus tôt. Est-ce que 19 h 05, c'est dans tes cordes ?

-Oui, pas de problèmes. Je suis arrivé à cette heure-ci parce que Maurice me l'avait dit. J'aurais pu être là plus tôt.

-Voilà qui est bien. Pour rentrer, par contre… Tu habites où ?

-Marchin, répondit-il.

-Moi, c'est Marche. Je peux te déposer en bas du Thiers, ça te convient ?

-C'est parfait. »

L'homme hocha de la tête et se dirigea vers sa camionnette. Naël le suivit aussitôt.

« Par contre, faudra changer de vêtement. Mets plutôt des vieux pulls, si tu ne veux pas trouer et salir toutes tes affaires.

-Je prendrais de quoi me changer. Je ne veux pas que… que mon patron sache, pour mon second travail. Le connaissant, il culpabiliserait en se disant qu'il ne me paye pas assez. Et il mettrait son nez dans mes affaires et je ne veux pas. »

Jonathan hocha de la tête et monta dans la camionnette. Naël s'empressa de s'installer sur le siège passager. Il boucla sa ceinture sous le regard approbateur de son voisin. Grâce à la fugace luminosité de l'habitacle, il nota qu'il avait les yeux verts et des cheveux bruns clairs. C'était vraiment un bel homme.

« Tu te changeras sur le chemin, ici. Sauf si ça te gêne que je te voie torse nu ?

-Non, du tout, répondit Naël.

-Bon… Si tu es accepté sur le chantier, tu n'auras qu'à laisser des vêtements dans la camionnette. Je n'y toucherais pas. Ce sera plus simple que de te promener avec toute la journée. »

Naël approuva. Cet homme lui plaisait. Il était intelligent et logique. Il se demanda vaguement quelle place il occupait, dans la hiérarchie du chantier. Elle devait être importante, sans doute.

« Prépare-toi mentalement à avoir des courbatures, dit-il en souriant. Crois-moi, vu ton physique, tu vas vraiment avoir du mal ! »

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Jo – après trois jours, il avait abandonné les « monsieur » et le vouvoiement, sous la demande du chef de chantier – avait raison. Après cinq jours sur le chantier, il avait tellement mal au corps qu'il avait du mal à marcher. Chaque muscle, chaque partie de lui hurlait à la trahison au moindre mouvement. Pourtant, contrairement aux autres travailleurs, il ne faisait rien. Il déplaçait des sacs de ciment, des bouts de métal, des plaques d'un matériau dont il ignorait tout… Bref, le petit travail que les autres n'avaient pas envie de faire. Il était parfois demandé pour nettoyer une surface et dans ce cas, passait le balai pendant une bonne partie de la soirée.

Comme l'avait dit Jo, il lui arrivait de seconder un ouvrier pour l'aider avec les outils. Parfois, il lui arrivait de devoir planter un clou ou visser quelque chose, mais c'était très rare, car il était très lent et surtout, totalement ignorant du métier.

Le premier soir, il avait travaillé avec Jo uniquement. Les autres hommes l'avaient jaugé et rapidement classé comme « croquette inutile ». Offensé, il avait tenté de leur prouver que même avec sa petite carrure, il pouvait être avantageux. Mauvaise idée ! Oh, son dévouement avait été salué et remercié. Mais il souffrait tellement. Et surtout, il était si fatigué ! Il ne rentrait chez lui qu'à minuit, et encore ! A l'heure où il quittait la maison pour arriver à temps à l'école – 7 heures du matin – et à l'heure où il se couchait après une douche rapide – généralement vers une heure et demie – il s'épuisait vite. Sans compter les exercices physiques auxquels il n'était pas habitué. Il avait toujours détesté la gym et n'en faisait jamais. Ça, plus sa très mauvaise alimentation, il n'avait aucune force.

Oh, maintenant, il mangeait ! En fait, il dévorait ! Il avait pris l'habitude de se goinfrer sur le temps de midi – sous le regard halluciné de Gary, Jessica et Anatole – et d'acheter un repas pantagruélique qu'il dévorait dans la camionnette de Jo, à 19 h, après s'être changé. Son autre habitude nouvellement acquise était la micro sieste qu'il faisait pendant la pause de midi – toujours sous l'œil stupéfait de ses amis – et ses tentatives désespérées pour rester éveillé pendant les cours.

Comment allait-il survivre à une année scolaire sous ce rythme ? Il l'ignorait. Le principal problème était Anatole et Henry. Ceux-ci avaient tout de suite remarqué le trouble dans son rythme de vie, surtout le deuxième jour, quand les courbatures avaient commencé. Naël se déplaçait alors à la vitesse d'un escargot sous somnifère, si bien qu'Henry avait fini par le houspiller un peu.

« Allons, Naël ! Je sais qu'il n'y a pas beaucoup de client, mais soit plus vif, mon garçon ! »

Et comme il ne voulait pas décevoir son patron – il adorait vraiment Henry et sa sympathie naturelle – il s'était donné à fond, malgré son épuisement. Au chantier, la remarque avait été faite avec plus de sympathie.

« Je sais que tu souffres, garçon, mais si tu ne bosses pas, tu seras viré ! »

Oui bon… Sympathique dans le sens où ils compatissaient tous avec ses courbatures (compatissaient et riaient, il en avait conscience). Malgré cela, au bout du délai d'essaie, Naël monta péniblement dans la camionnette de Jo – sous le rire du patron et des autres travailleurs – et se tourna vers celui-ci tout en commençant à se déshabiller pour remettre ses vêtements « de ville ».

« Alors ? » demanda-t-il.

Jo ne répondit pas tout de suite, concentré sur sa route.

« Alors aujourd'hui, je vais te reconduire jusque chez toi. Tu as bien trop mal au corps, tu n'arriveras jamais au-dessus du Thiers ! »

Naël grimaça. C'était vrai.

« C'est dimanche, demain. Tu vas pouvoir te reposer. Je te conseille d'essayer de te détendre un maximum, parce que tu es engagé. Lundi, ça recommence ! »

Naël sourit. Enfin ! Son second travail était accepté.

« Je te reconduirais chez toi chaque samedi. Je te paye chaque fin de semaine, en liquide, vu que tu travailles en noir. Et je n'aime pas trop l'idée que tu te promènes avec 150 euros librement. C'est pas beaucoup pour certains, mais y'en a que ça intéresserait quand même. Je ne veux pas apprendre que tu as été agressé sur le retour. »

Naël sourit. En 6 jours, il avait appris que Jo était quelqu'un de très prévenant. Pour preuve, il lui avait donné une vieille veste qui lui tenait chaud, alors qu'il travaillait sur les chantiers. Avant ça, Naël se contentait de superposer les couches de pull.

« Merci, dit-il. Tu n'imagines pas l'épine du pied que tu m'enlèves en m'engageant…

-Te réjouis pas, lui dit Jo. Si tu te fais prendre par l'inspection du travail, tu auras une amende si élevée qu'il te faudra plusieurs vies pour la remboursée ! Moi aussi, cela dit. Heureusement, tu es petit et facile à cacher. Il ne faut surtout pas que tu te fasses prendre. Ni que tu en parles.

-Je n'en parle pas. Jamais. »

Jo resta un instant silencieux, lui jetant quelques coups d'œil alors que Naël continuait de se changer. Il avait déjà changé de pantalon et enlevait son pull et son sweet-shirt d'un mouvement prudent – il n'avait aucune envie de provoquer un accident en frappant accidentellement le conducteur.

« Sans indiscrétion Naël… Tes parents… Ils s'interrogent pas sur ce que tu fais tous les soirs ? »

Le garçon enfila d'abord ses nouveaux vêtements avant de répondre.

« Ma mère est morte et mon père s'en contrefout. Il prévoit de me foutre à la rue en juin. C'est pour ça que je travail. Je dois gagner de l'argent avant ce moment. »

Jo fronça les sourcils et le regarda.

« Il prévoit ?

-C'est ce qu'il a dit. J'ai 18 ans, il n'a plus à s'occuper de moi et n'en a aucune envie. Donc, en juin, il arrête de louer la maison de Marchin et il se casse. Sans moi. »

Le silence se prolongea dans l'habitacle.

« Je vois, murmura finalement Jo. Il ne m'a pas l'air sympathique, ton père. »

Naël eut un ricanement. Un tic emprunté à Anatole.

« Il ne l'est pas, dit-il. Il me hait. Et je commence à croire que ce sentiment est réciproque. Je le hais, moi aussi.

-Allons, répondit Jo. Tu es en colère, tout simplement.

-Oui, je le suis, répondit Naël. Plus que tu ne pourrais le croire. Mais je le hais vraiment. On ne peut détester qu'une personne qu'on aime, de toute façon. Si je ne l'aimais pas, ça n'aurait engendré que de l'indifférence. J'aurais préféré ça… »

Jo resta encore une fois silencieux. Il mit le clignotant pour monter le Thiers de Huy.

« Et quand tu auras été jeté dehors, qu'est-ce que tu vas faire ?

-Trouvé un appartement. Puis un travail officiel. Et gagner ma vie. »

Jo approuva vaguement, bien que toujours pensif.

« Tu ne veux pas faire d'études ?

-Si… Mais en étant tout seul, je ne crois pas que…

-Bien sûr… L'Etat peut t'aider, mais… c'est vrai que ce n'est pas une grosse somme. Qu'est-ce que tu voulais faire ?

-Etude de gestion. Commerce, très exactement, mais on dit Gestion.

-Je vois… Pour ?

-Ouvrir un café. »

Jo eut un vague sourire.

« Ah ? Pourquoi ? »

Naël haussa les épaules tout en regardant par la fenêtre. La neige avait laissé place à la pluie et les bois du Thiers semblaient plus sombres, sans la luminosité naturelle de la neige.

« Je trouve que… un café est conviviale. Enfin, ça dépend du café. Personnellement, j'aimerais en faire une petite brasserie. On voit des gens sans arrêt. Des gens sympathiques ou non, ça m'est égal, on les voit, ils sont là. C'est toujours en mouvement, il y a quelque chose de différent chaque jour. On rencontre des tas de gens… C'est agréable. J'aime ça. »

Jo se contenta de sourire.

« Je vois, dit-il. Pourquoi pas, ma foi. C'est un métier comme un autre. Difficile pour un petit jeune. Tu vas devoir t'endetter un peu…

-Je sais, répondit Naël. Et je suis prêt pour ça. Enfin, je l'étais. Maintenant, mes rêves sont repoussés. »

Jo soupira.

« Ton père est étrange. Pourquoi te laisser ainsi ? Si brutalement ? Il devrait au moins te verser de l'argent, pour te permettre de faire tes études. Lui en as-tu parlé ?

-Je ne veux rien lui devoir ! »

Cette fois, Jo ris clairement.

« Ah, la fierté des adolescents… J'avais oublié ça ! Et bien… Si ça te tente, j'ai des chantiers de prévu pour au moins trois ans. Et d'autres s'ajouteront encore, ensuite. Donc, je peux te donner un travail. Officieux jusqu'à ce que tu ais fini l'école. Officiel quand ce sera le cas. Tu gagneras plus, mais tu seras soumis aux impôts de l'état. Et ce sera toute la journée, pas juste le soir.

-Merci, répondit Naël. J'y penserais, quand j'aurais terminé l'école… Je devrais abandonner la boutique… »

Il avait dit ça d'un ton triste. Jo était depuis longtemps arrêté en face de sa maison. Comment savait-il où il habitait, d'ailleurs ? Bah, ce n'était pas important.

« Tu as l'air de bien aimer cette boutique, dit-il. Pourquoi ? »

Naël y réfléchit un instant et regarda pensivement son patron qui, au fit des jours, se transformait en ami.

« Henry Garel est un type bien. Vraiment bien. Il m'a donné une chance en or, alors que j'étais certain de ne pas être engagé par qui que ce soit. Avant lui, je ne présentais pas très bien. Mes vêtements… tu les as vu, ça ne cadre pas avec un travailleur honnête, surtout dans la vente. Mes cheveux, par contre, tu n'as pas vu. C'était horrible ! Et mes chaussures ! Et ma vieille veste ! J'étais un épouvantail. Maintenant, ça va. Avec le salaire de la boutique, j'ai acheté des chaussures et des vêtements. Le manteau, l'écharpe et les gants, ce sont des cadeaux des Garel, pour mon anniversaire. Je ne m'attendais pas à ce qu'ils m'offrent quelques choses pour mon anniversaire. Je ne les connaissais que depuis trois semaines. Mais Henry m'aime bien. Je l'aime bien aussi. Il me raconte plein d'histoire pendant que je travail. Sur les objets qu'il vend, sur certains de ses clients, sur la ville, aussi. C'est vraiment un homme intéressant. Anatole a de la chance de l'avoir comme père…

-Anatole ?

-Le fils d'Henry. Un camarade de classe. Et un ami, je crois. En tout cas, nos relations deviennent bonnes. Quand je suis arrivé, il m'a détesté, parce qu'il me prenait pour un plouc. Mais ça va mieux. Mon travail à la boutique nous a rapprochés et on se parle normalement, maintenant. On fait nos devoirs ensembles. Je lui donne même des cours de math, parce qu'il est vraiment nul, dans ce domaine. Ah ! Toute la semaine, il m'a pris la tête. « Tu as l'air fatigué, Naël, ça va ? Tu es encore malade ? Tu manges beaucoup, dis donc ! T'es boulimique ou quoi ? Hé, Naël ! Qu'est-ce que tu fais la nuit pour t'endormir en classe ?? ». Il me prend la tête, mais… Je suis content qu'il s'inquiète. »

Jo le regarda d'un air interrogateur.

« Mon père ne s'est jamais inquiété et c'est la seule personne qui ait été proche de moi pendant 18 ans. Si on exclut le père Martin.

-Le père Martin ? Tu es pratiquant ?

-Non, on m'a forcé à l'être. Mais je l'ai envoyé chier ! »

Jo éclata de rire.

« Les curés, hein ! dit-il. J'en ai connu un aussi, quand j'avais ton âge. Il me saoulait pour que je fasse ma confirmation.

-C'est la même chose pour moi, répondit Naël, amusé. Tu l'as faite ?

-Oui, mes parents se sont ligués contre moi, j'ai bien été obligé. »

Naël éclata de rire, vite suivi par son patron.

« Bon, c'est pas tout ça, mais ma femme va s'inquiéter. Tiens ! »

Il sortit son portefeuille et lui tendit trois billets de cinquante euros.

« Tu as fait du bon travail, Naël. On se revoit lundi, à 19 h 05.

-Pas de problème, j'y serais. Merci patron ! »

L'autre grogna d'un air agacé. Il détestait qu'on l'appelle ainsi. Du haut de ses 32 ans, Jo restait jeune. Même si le fait d'avoir deux enfants l'avait poussé à « mûrir plus vite qu'il ne le voulait ».

« Va te coucher, croquette. Et n'oublie pas : détends tes muscles un maximum ! La semaine prochaine va être encore pire ! »

Naël grogna en descendant de la voiture. Super, il ne manquait plus que ça ! Encore une semaine crevante à souhait !

A suivre…

Et voilà notre petit chapitre 7 ou ce cher Naël trouve un travail avec un patron que j'aime énormément (je fantasme sur Jo... Enfin, faut dire, je l'ai gâté, le Jo... Loll). J'espère que cette suite vous a plu. Rendez-vous le 15 décembre!

Bisous et merci à tous pour votre présence!