Disclaimer : A moi, tout, à mouahahhahaa !

Genre : OS - Het (non yaoi)

Notes : ça peut sembler très confus (dois-je en déduire que c'est très confus ? XD). Bref, c'est un truc sans prétention, en somme.

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L'histoire d'un matin d'hiver

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Parfois je me souviens…

Le temps d'un murmure, d'un souffle.

Je me souviens de votre histoire à contretemps.

Le temps d'une inspiration prise un peu trop fort, qui soulève le cœur.

Je me souviens de cette étincelle entre vous, les deux amis qui n'ont jamais vraiment su le devenir.

Ceux dont les regards ne pouvaient se croiser.

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Elle m'a toujours défendu de te raconter votre histoire, par peur sans doute, ou parce qu'elle pensait que c'était « mieux comme ça ». Parce que tu as toujours gardé les yeux fermés sans savoir ce que tu voulais vraiment.

Parce que ton cœur était déjà trop lourd.

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Le temps d'un rêve, je brise l'interdit. Je vais te raconter ton histoire, votre histoire, avec la douloureuse impression qu'elle te parle à travers moi. Qu'elle te dit peut-être…

Je suis là.

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Yuubae et Seisui. Vous détestiez tous les deux vos prénoms, imprononçables, trop longs. Alors c'est simplement devenu Yuu et Sei, indissociables de Shiro, évidemment. Après tout, c'est grâce à moi que tu l'as rencontrée.

Un matin d'hiver.

Il me suffit de fermer les yeux pour nous revoir tous les trois, parcourant les couloirs de l'école, plongés dans l'une de ces discussions dont nous avions le secret. Quels hasardeux concours s'étaient trouvés là pour que nous fassions équipe ?

Moi qui était l'un des phénomènes les plus étranges de cette prestigieuse école. Shiro, le mec qui a l'air de ressembler à rien, qui revendique se moquer de « la forme » parce que le « fond » chez lui est assez étoffé pour impressionner et charmer les plus intelligents, seulement les plus intelligents ; les meilleurs dans leur domaine. Pour quelles raisons aurais-je dû abaisser mes standards ? J'étais un « cerveau ». Et peu importe si j'étais dans cette école pas assez bien pour moi ; peu importe si parfois j'en crevais, de cette différence. Les gens « comme nous » se reconnaissaient. C'est comme ça que je vous ai trouvé…

D'abord toi, Sei. On peut dire qu'on s'est rencontré « bêtement » au final. Ça ressemble à quoi « on était dans la même classe » ? Ça sonne creux ; ça sonne faux. Ça semblerait presque banal. Et pourtant ce n'était pas gagné. Dire que je te considérais presque comme un « bouffon ». Tu étais le mec qui faisait rire tout le monde, qui ne tenait pas en place ; le genre de chien fou qui avait le don de m'exaspérer. Puis un jour on s'est parlé, pas longtemps, mais assez pour que cette expression sur ton visage me fasse changer d'avis. T'avais les traits d'un mec qui en sait plus qu'il ne veut bien se l'avouer. Alors j'ai cherché à te connaître, te comprendre. Et je t'ai fait t'ouvrir un peu.

Toi qui vivais dans un monde trop libre et pourtant trop étroit. Un monde auquel tu as voulu t'intégrer si fort sans voir que tu y parvenais. Un monde qui t'a toujours regardé de haut, selon toi. Et pourtant tu te trompais. C'est toi qui as toujours été un cran au-dessus. Elle te le dira.

Il y a tant de forme d'intelligence, de valeur.

Tu étais plus haut mais tu n'as jamais pu l'assumer. C'était tellement plus simple de faire rire, d'être entouré d'éclats de voix et d'amusement. Parce que quand tu souriais, personne ne voyait les larmes qui ne coulaient pas.

Sauf elle.

Ce n'est pas moi qui ai découvert tes failles, mais j'ai entrevu les brèches.

Elle a mis du sel sur tes blessures.

Rouvert d'anciennes plaies.

Tout en réchauffant ton cœur.

Embrasé ton âme.

Tu cherchais constamment sa présence. Elle cherchait la tienne.

Yuu était belle et froide comme le soleil d'un matin d'hiver, et quand le bleu de ses yeux se répandait sur toi, tu avais toujours du mal à ne pas détourner les yeux.

Tu avais peur. De tout. Sans savoir, pourtant. Etait-ce là ta force ? De tout savoir en se persuadant d'ignorer... Ou était-ce ta faiblesse ?

Yuu était mon énigme à moi, l'amie qui m'avait fait partager son monde depuis le premier instant. Celle qui m'avait fait découvrir certaines forces, et cette sensibilité que je refusais parfois d'écouter ; celle qui m'avait rembarré plus durement que ma propre mère. Elle me fascinait, cette fille qui vous faisait taire d'un regard mais que rien ne rassurait, cette force si fragile. Et puis elle m'avait reconnu. Sans même que j'en aie vraiment conscience, je lui ai livré mes pires années, mes différences et mes angoisses. Et elle avait déjà compris, presque tout, même si elle faisait semblant d'ignorer.

Mes deux amis si étranges, si bien qu'il m'était impossible que vous restiez des inconnus. Vous vous êtes finalement rencontrés, grâce ou à cause de moi. Je vous ai réuni sans pourtant jamais cesser d'être entre vous. J'étais votre confident, spectateur presque anonyme d'une relation que je vous enviais parfois.

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Ce fut une année particulière. La dernière que nous passions ensembles. Parce qu'après « on serait grands » ; parce qu'après on s'éloignerait, forcément. Yuu et moi étions déjà trop conscients du temps qui passe pour se bercer d'illusions. Nous savions que le fil entre nous s'effilocherait, doucement, presque sans qu'on le remarque, ou à peine. Nous aurions d'autres amis, une famille à entretenir, des enfants sans doute. Et là, qui repenserait à cette mystérieuse équipe que nous formions ? A ce duo intemporel que vous n'avez jamais assumé ? Sauf peut-être, le temps d'un soir.

Le temps d'un adieu sans jamais s'être dit « au revoir ».

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Pourtant ce soir je m'autorise ce souvenir, un léger sourire aux lèvres.

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Les premiers temps furent les plus simples, étrangement ; pas les plus doux, mais sans doute les plus joyeux. Tu te cachais toujours derrière ton sourire, et elle se cachait derrière moi. Pas vraiment l'utilité de devenir plus que « l'ami d'un ami ».

Et puis sans trop savoir comment ni pourquoi, vous vous êtes enfin remarqués. Un jour tu as penché la tête en la regardant. Tu lui as dit « je me souviens de notre rencontre. C'était un matin d'hiver. Il faisait super froid, et tu avais un joli sourire ».

Tu as parlé sans vraiment réfléchir ; puis tu l'as fait sourire encore et encore, jusqu'à ce que son sourire cesse de quitter son regard. Elle aimait poser les yeux sur toi, jauger du trouble qu'elle faisait naître, de la peur parfois. Et j'ai vécu avec vous sans rien voir, sans vraiment comprendre, en étant juste heureux que mes amis s'entendent.

Puis un jour elle s'est assise à côté de moi, les yeux posés dans les miens, et je pense que j'ai su avant que les mots franchissent ses lèvres.

« Il y a quelque chose entre Sei et moi ».

Et j'ai compris. Elle n'a jamais eu besoin de beaucoup de mot pour se faire comprendre. Avec moi en tout cas. Je savais qu'il ne se passait pas réellement quelque chose.

Vous connaissiez les limites. Les interdits.

Il y avait les « autres » qui prenaient tant de place.

Une autre en particulier, une autre au visage rayonnant, un été qui ne te brûlait pourtant pas comme l'hiver. Mais une autre qui avait su aller te chercher là d'où tu ne pensais pas revenir. Tu te disais que tu lui devais beaucoup, à cette fille qui partageait ta vie depuis longtemps. Et même si votre sage relation ne provoquait pas ce soulèvement en toi, c'était « mieux comme ça ».

Et pourtant je savais ton besoin de Yuu, tu voulais sa présence ; je te voyais la chercher du regard. Et ton besoin de la sentir proche, tout près, trop pour que ça ne fasse pas mal. Trop pour pouvoir s'en passer. Trop pour pouvoir simplement fermer les yeux et ne plus la voir.

Vous connaissiez l'interdit. Vous les respectiez, cette barrière et ces autres qui vous attendaient.

Et pourtant, je lisais cette culpabilité dans vos yeux.

Peut-on aimer trop fort, rien qu'avec les yeux, sans remords ?

Coupable de simplement « ressentir » ?

Et juste l'ombre d'un regret ?

Tout allait bien, pourtant, malgré les non-dits, malgré les questions dans vos regards, malgré les réponses dans vos gestes. Mais jamais trop… Jamais trop loin.

En toute amitié ?

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Puis ce fut un peu comme une valse. Trois temps qui se déroulent et s'enchaînent, se succèdent sans jamais se figer.

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Un temps pour rendre les armes.

Vous le saviez, qu'il y avait quelque chose de plus dans vos gestes. Tu le savais, Sei, quand tu posais la tête sur son épaule, quand tu fermais les yeux pour respirer son parfum, que tu finirais par vouloir poser tes lèvres au creux de son cou.

Yuu savait qu'elle ne repoussait pas ta main lorsqu'il te prenait l'envie de la poser sur ses genoux, elle qui n'acceptait ça de personne. Personne d'autre.

Ne me dis pas que tu ne t'en rendais pas compte, quand tu lui disais « j'ai besoin de toi ». Quand tes yeux se perdaient dans les siens, quand tes lèvres murmuraient « embrasse-moi » en se plissant un peu ?

Des yeux se croisent, des bouches s'étirent. Un sourire dans le regard.

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Un temps pour se faire la guerre.

Puis vous avez décidé, presque d'un commun accord, que vous étiez trop proche. Que ça faisait trop mal, de vouloir sans pouvoir, et qu'à trop vouloir on finit par se détester. Qu'à trop se faire mal on ne peut plus se voir.

Alors sont venus les temps de grisaille, où même vous parler était trop difficile. Vous me lanciez tous deux ces regards étranges que je ne comprenais pas. J'étais l'intermédiaire impuissant de ce désamour entre vous, cette colère mêlée de tristesse, comme s'il n'y avait pas d'autre choix que s'aimer ou se déchirer.

Des mots qui font mal, des gestes qui blessent. Parce que c'est plus facile pour s'éloigner.

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Un temps pour reconstruire.

Puis le besoin de l'autre s'est fait ressentir. L'absence est plus douloureuse, finalement. Vous ne pouviez pas rester éternellement fâchés. Alors vinrent les grandes discussions, les analyses plus métaphysiques que la relativité, et les non-dits furent encore mieux murmurés…

Et on sait qu'on aime mal, pas comme il faudrait, mais…

Les regards et les gestes reviennent, parfois plus tendres, moins discrets aussi.

Et pourtant prononcer tout haut cet étrange sentiment qui vous liait l'effrayait tellement…comme la peur dansait dans tes yeux, parfois.

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Comme une valse, oui. Une valse à trois temps qui se répètent ; une valse à mille temps.

Et j'ai la tête qui tourne à vous regarder valser autour de moi. Et j'ai mal quand je vois les larmes dans ses yeux, à cause de toi.

Je déteste ce sourire étrange et triste que tu esquisses quand tu me parles d'elle.

J'ai tellement parlé à votre place, pourtant vos non-dits me pèsent plus que le reste, et parfois j'aimerais tellement… te raconter…

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L'histoire d'un matin d'hiver.

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Fini -

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Qui ? Pourquoi ? Quand ? Comment ?

Je pense qu'au final, chacun peut s'imaginer ce qu'il veut.

On va peut-être détester parce que ça n'a pas vraiment de fin, pas vraiment de commencement, que c'est juste un bout arraché au milieu de nulle part, mais je crois que c'est ça qui me plait :p