Voilà, je me suis enfin décidée à poster cette histoire. Au départ simple récit "annexe", il est devenu mon plus gros projet à ce jour, et j'espère l'aboutir en bonne et due forme

On passe aux remerciements, toujours aussi importants : Merci à Aurore qui prend toujours sur son temps pour me corriger, et ce sans jamais se plaindre !

Merci à la Cannibale, qui m'a toujours lue et qui, je l'espère, continuera à le faire ! N'oublie pas, un chapitre de mon histoire en échange de la tienne !

Je termine par un remerciement général, sinon je n'en finirais jamais ! Merci à tous ceux qui sont auprès de moi et qui me soutiennent, merci à mes chéries qui sont plus que de vraies amies et qui sont toujours là malgré les épreuves, Aurélie et Marine. Je vous adore !!!

Bisous à tous et toutes !

Et bienvenue aux nouveaux !!! lol


PROLOGUE

OU

NAISSANCE.

C'était la première fois que l'on interdisait quelque chose au Roi… Le soleil s'était couché depuis de nombreuses heures, mais l'aube se faisait toujours attendre. Le couloir dans lequel on avait laissé le monarque était plongé dans l'obscurité, seules quelques bougies venaient éclairer les visages du Roi et des soldats qui montaient la garde. À la vue de leur Roi, inquiet et quelque peu renfrogné, les gardes ne pouvaient s'empêcher de sourire. Ylvain régnait depuis plus de cinquante ans, et c'était la première fois qu'il perdait son sang froid. Pour le premier, ça ne s'était pas aussi mal passé… Son apparence reflétait ce qu'il pouvait ressentir : ses cheveux noirs, toujours bien coiffés, étaient en bataille, ses yeux noirs étaient rougis par la fatigue. Sa chemise était à moitié ouverte, laissant ainsi apparaître une lourde chaîne en argent à laquelle était accrochée un pendentif à tête de dragon dont les yeux étaient d'un rouge profond. Le Roi arrêta ses va-et-vient et fixa la lourde porte de bois entièrement sculptée, dont les dessins étaient incrustés d'or et d'argent. Soudain, elle s'ouvrit en grand, inondant le couloir d'une forte lumière blanche qui aveugla quelque peu ses occupants. Ylvain ne cilla pas. Il regarda la sage-femme, la robe maculée de sang, s'approcher de lui.

« C'est fini ? demanda t-il.

- Oui, votre Majesté. Vous pouvez… »

Mais elle n'eut pas le temps de finir sa phrase que le Roi était déjà passé dans la pièce derrière elle. Ce n'était qu'une pièce annexe : un petit salon qui séparait la chambre royale du couloir. Il la traversa rapidement et entra dans la chambre. De nombreuses sages-femmes entouraient un grand lit à baldaquin dans lequel était allongée une femme, entre des draps blancs et bordeaux. Ses cheveux noirs tombaient en cascade sur ses épaules, contrastant avec la blancheur de sa chemise de nuit en dentelle. Une suivante était assise sur le bord du lit : elle prit un linge plongé dans une coupe de cristal et le passa sur le front de sa Reine. Ylvain posa une main sur son épaule et, de l'autre, lui prit le linge. La femme se leva sans un regard pour son souverain et celui-ci prit sa place. Il commença par tapoter le front de son épouse, puis, il le passa délicatement sur son décolleté. Elle ouvrit tout doucement les yeux et prit la main de son mari, puis fixa ses yeux bleu-gris sur lui et fit une grimace qui pouvait passer pour un sourire. Il l'embrassa sur le front et lui sourit.

« Tu es plus belle que jamais, Nataya.

- Ne te moque pas de moi… L'as-tu vu ?

- Non. Je voulais te voir avant. Où est-il ?

- Les sages-femmes vont me le ramener.

- Alors je vais attendre avec toi…

- Ylvain, il y a quelque chose que tu dois savoir avant de le voir…

- Il y a un problème ? »

Sa femme hésita et soupira tout en fermant ses yeux.

« Il est marqué de la lune renversée. »

Un mélange de peur, d'horreur et de colère passa sur le visage d'Ylvain.

« Non… Ce n'est pas possible… Alors, nous n'en n'aurons pas d'autres ? »

Sa femme secoua négativement la tête, les yeux inondés de larmes et Ylvain la prit dans ses bras. Après de longues minutes, on vint lui taper sur l'épaule : « Majesté, votre fils. »

La sage-femme tendit à Ylvain son fils, enveloppé dans un drap bleu bordé de dentelles. Ylvain le prit dans ses bras et le regarda attentivement : il avait le même visage que son frère, et les yeux de sa mère… Il prit sa petite main dans la sienne et regarda sa paume : là, comme une tâche de naissance, se trouvait la marque argentée dont lui avait parlé sa femme.

« Il faudra tout de même l'aimer… » dit Nataya qui semblait reprendre le dessus, forte comme l'avais toujours connue son mari.

« C'est notre fils, Ylvain, et cela, quelque soit son destin… Nous l'appellerons Akihito… »

Ylvain tenait toujours son fils dans ses bras.

« Il me le paiera.

- Ton frère a assez souffert, tu ne crois pas ? »

Ylvain regarda son fils et reporta le regard sur sa femme, tout en songeant à ce que son fils allait traverser…

« Si. »

ooOoo

« Nous ne savons pas si nous devons te féliciter, Ylvain… »

Ylvain était assis à son bureau, enfoncé dans son fauteuil. Il avait tout de même réussi à s'endormir, mais cela n'avait pas duré longtemps. La lassitude qui se lisait sur son visage n'était plus la même : l'accouchement s'était mal passé, mais c'était enfin fini, et sa femme ainsi que son fils allaient bien. Mais les problèmes ne faisaient que commencer. C'était une certitude. Son frère et sa sœur étaient arrivés en début d'après-midi, et il les avait immédiatement accueillis dans son bureau.

« Je n'arrive pas à comprendre pourquoi il t'a fait ça… continua son frère. Ce n'est que ton deuxième enfant. »

Daranor était considéré comme le cadet de la famille. Comme son aîné, il avait les cheveux et les yeux noirs, ainsi qu'une forte carrure. Contrairement à Ylvain qui n'était vêtu que d'un pull et d'un épais pantalon gris, Daranor portait une longue tunique bleu marine tombant jusqu'aux chevilles et fendue sur le côté, par dessus un pantalon blanc. Sur ses épaules reposait une cape bleue elle aussi, marquée au niveau du cœur, d'un dragon prenant son envol, signe du voyage.

« Moi aussi je l'ignore, Daranor. Et je n'ai pas pu aller le voir.

- Veux-tu que l'on t'accompagne ? » proposa sa sœur. Elle avait relevé ses cheveux noirs en une queue de cheval et ses yeux, au contraire de ses frères, étaient vert feuille. Elle portait une longue robe bordeaux, à manches longues fendues au niveau du poignet, qui ne cachait en rien ses rondeurs grandissantes.

« Non, j'irais le voir ce soir. Pour l'instant, je dois accueillir les nobles qui viennent me féliciter pour Akihito, ainsi que les dirigeants voisins qui se sont alliés à nous. Ça risque de me prendre une majeure partie de l'après-midi et de la soirée. De plus, je dois m'occuper de Nataya. Elle est très fatiguée -Ylvain soupira.- Combien de temps comptez-vous rester ?

- Je pense repartir dès demain, dit sa sœur. Norrim n'a pas pu venir, et il n'aime pas trop me savoir loin de lui. Nous reviendrons vous voir d'ici une dizaine de jours.

- Je comprends, Kisha. Surtout dans ton état. Nous attendrons votre visite avec impatience. Ton mari et toi serez toujours bienvenus au palais du Dragon. Et toi, Daranor ?

- Je dois encore retourner en Eriador. La mission que tu m'as confiée n'est pas terminée, mais c'est en bonne voie. D'ailleurs, le couple impérial t'envoie ses félicitations et espère vous voir très prochainement, toi, Nataya et les enfants. Je pense revenir d'ici un mois.

- Très bien. J'aurais sûrement une autre mission à te confier à ton retour.

- Pour tout te dire, j'aimerai prendre quelques semaines de repos. J'aimerai regagner le monde des humains.

- Comme tu voudras. » Ylvain se leva, suivi de Daranor et Kisha. Cette dernière, après s'être levée assez péniblement, lui demanda :

« Comment a réagi Takashi avec Akihito ?

- Assez bien. Tu le connais, il n'exprime pas facilement ses sentiments. Enfin, je pense qu'un peu de compagnie ne lui fera pas de mal.

- Oui, il devra être soutenu ; tous nos espoirs reposent sur lui à présent. »

ooOoo

Ylvain avait eu raison : sa journée avait été bien remplie, et il n'avait eu que très peu de temps à lui. Il se trouvait à présent dans l'une des plus hautes tours du palais, celle où pratiquement jamais personne n'allait car y vivait l'être le plus mystérieux de tous : le Prophète. Ce dernier ne sortait que très rarement de sa tour : seuls les membres de la famille royale ou les messagers du Roi les plus loyaux et les plus discrets s'y rendaient. Ylvain admira les hautes portes grises qui gardaient les appartements du Prophète. C'était une merveille d'architecture : les portes devaient dépasser les quatre mètres de hauteur, mais elles étaient très faciles à ouvrir. Le dessin principal, en revanche, accentua encore plus la colère d'Ylvain : il s'agissait du symbole même du Prophète, un croissant de lune renversé, comme un toit protégeant le dragon qui se trouvait en dessous.

« Le Prophète protège le Dragon,

Il le guide sur le bon chemin.

Pour le Dragon,

Pour le peuple du Dragon,

Il a fait le Sacrifice de l'Obscurité,

Afin de voir ce qui ne peut être vu par d'autres. »

Cette partie de la litanie du Prophète s'était comme imposée à l'esprit d'Ylvain. Il l'avait apprise tout petit, en compagnie de ses frères et de sa sœur, mais à cette époque-là, il n'aurait jamais pensé que son plus jeune frère allait la réaliser. Et pourtant, cette malédiction touchait obligatoirement l'un des membres de la famille royale. Mais cela, bien sûr, il ne l'avait appris que bien plus tard…

« Pourquoi avoir choisi mon deuxième fils ?! Il n'avait pas le droit de détruire ainsi ma famille ! »

Ylvain prit une profonde inspiration et poussa les portes pour rentrer dans une pièce faiblement éclairée par quelques bougies posées à chaque coin de la pièce. Au centre, à une petite table, était assis un homme entièrement vêtu de blanc, de la même couleur que ses cheveux et ses yeux. À la vue de son frère, Ylvain n'eut qu'une seule envie : se jeter sur lui. Mais les paroles de sa femme lui revinrent à l'esprit : « Il a assez souffert, tu ne crois pas ? »

Elle aussi lui en voulait, mais elle n'admettait pas qu'on puisse lui faire du mal pour cela.

« Nataya a toujours été comme ça, aussi loin que remontent mes souvenirs… » dit le Prophète sans lever les yeux vers son roi et frère. Celui-ci se rapprocha tout doucement de lui et s'assit dans le deuxième fauteuil autour de la table.

« Oui, et tu as de la chance que je l'ai épousée… »

Le Prophète versa du thé encore fumant dans une tasse qu'il tendit à Ylvain qui la prit pour la reposer sur la table.

« Tu as tort, il est délicieux.

- Je ne suis pas venu te voir pour prendre le thé, Morón. Je suis venu pour parler…

- De ton fils, je sais. » Morón leva enfin les yeux vers son frère.

« Pourquoi m'avoir enlevé mon second héritier ? demanda Ylvain. Tu aurais pu attendre les prochains enfants… À présent, je n'en aurais plus aucun…

- Non, justement, je ne pouvais attendre. Les astres ont été très clairs là-dessus, Akihito aurait été ton dernier fils. Je n'ai pas eu le choix, j'ai du l'élire, lui. Sinon, il n'y aurait eu personne pour prendre ma relève, personne pour protéger la descendance du Dragon… Et je suis sûr que ce n'est pas ce que tu désires. De plus, les femmes ne peuvent devenir Prophète.

- Tu ne peux être sûr de cela, car ce n'est jamais arrivé. Jamais aucun Prophète n'a désigné de femme pour prendre sa suite.

- Choisir une fille à la place d'Akihito aurait été prendre un risque incommensurable ! Non, Akihito deviendra Prophète à ma mort, rien ne viendra changer cela.

- Tu dis protéger le Dragon avec ce choix, mais t'es-tu seulement rendu compte que tu ne m'as laissé qu'un seul héritier ?! Et si il arrivait quelque chose à Takashi, que deviendra la lignée du Dragon ?!

- Si Takashi n'arrive pas sur le trône, alors un autre héritier du Dragon viendra le remplacer… Réfléchis Ylvain… »

Ylvain regarda son frère avec horreur. Il avait tout prévu depuis le début… Mais si Takashi ne devenait pas Roi, alors qui ?

« Kisha… murmura Ylvain.

- Oui, Kisha. Elle est enceinte, elle attend un magnifique garçon que les étoiles chérissent autant que ton fils. Si Takashi n'arrive pas au pouvoir, alors lui, y parviendra. Dès son plus jeune âge, tu devras le prendre sous ton aile, l'élever comme ton enfant. Parle-en avec Kisha, mais à personne d'autre. Et surtout pas à son fils ni aux tiens. »

Le Prophète se leva, imité par Ylvain.

« Maintenant, si tu le permets, je vais me retirer. » Morón commença à s'enfoncer dans l'obscurité, mais avant qu'il ne disparaisse complètement, il dit :

« Prépare-toi bien, Ylvain. Et n'oublie pas que ton plus grand ennemi, ce n'est pas moi… »


20/10/2006

Voilà la fin du prologue !!! J'espère que ça vous aura plu !