Voilà un nouveau chapitre du Prophète. Il est plus court que le précédent, mais j'espère que vous l'apprécierez quand même.

Merci Sofi pour ta rewiew, mais je suis désolée de te décevoir : il n'est pas prévu qu'Erwan et Siska finissent ensemble ! lol

Cannibale, ne t'inquiète pas je me mets immédiatement à la suite !!!

Bisous et bonne lecture !!!


CHAPITRE 21.

La pièce dans laquelle on avait laissé Alia était faiblement éclairée, petite et vide de tout ameublement. Elle représentait une étape dans l'avancée de la jeune femme durant la cérémonie : faire le vide dans son esprit, ne plus penser au monde qui l'entoure, à ses problèmes…

Le retour d'Alia s'était bien passé : elle avait été accueillie par Cyraïs au port principal d'Illia, avec beaucoup de bonheur. La Mère s'était montrée vraiment ravie de voir que la jeune femme avait répondu à toutes les attentes qu'elle avait mises en elle. Elle lui avait dit qu'elle était très fière d'elle, ce qui avait plus que touché Alia qui avait été attristée - mais non surprise - par l'absence de sa mère. En revanche, il en avait été autrement pour sa sœur qui s'était faite réprimander par la Mère avant que celle-ci ne la prenne dans ses bras, rassurée de la savoir en vie.

Assise sur le sol de pierres froides, Alia sourit puis reprit un visage neutre. On viendrait bientôt la chercher et il fallait qu'elle soit prête. Elle fit à nouveau le vide dans son esprit. Elle ne savait depuis combien de temps on l'avait laissée dans cette pièce, peut-être des heures, ou bien seulement quelques minutes. Le temps n'avait plus d'importance pour elle.

Une porte s'ouvrit face à elle. Deux femmes habillées de la même robe bleue tendirent l'une de leurs mains à Alia. Celle-ci se leva, faisant danser sa propre robe autour d'elle. Comme celle des deux autres femmes, il s'agissait d'une robe longue, à capuche qui cachait entièrement le visage, et aux manches tellement amples qu'elles touchaient presque le sol. En revanche, celle d'Alia était pourpre, et sa capuche était légèrement ramenée en arrière pour que l'on puisse voir son visage.

Ses yeux bleu clair étincelèrent à la lumière quand elle les leva vers les deux femmes. Elle tendit ses mains vers les leurs et les pausa dos contre paume. Elle sortit ensuite de la salle, les yeux baissés sur le tapis qu'elles parcouraient, en signe d'humilité.

Elles avancèrent ainsi jusqu'à sortir de l'enceinte du bâtiment principal pour arriver dans un jardin simple, dont les couleurs dominantes étaient le bleu et le jaune. Une tente verte avait été installée au milieu, le tapis y menant tout droit. Lorsqu'elles rentrèrent à l'intérieur, les trois femmes ne changèrent pas de position. Une femme habillée de blanc s'approcha d'Alia et à l'aide d'un pinceau traça des signes noirs dans la paume de chacune de ses mains. Elle s'inclina ensuite devant Alia et s'écarta pour la laisser sortir.

Les trois femmes avancèrent pour passer sous une arche qui séparait le premier jardin du deuxième. Celui-ci était ovale et beaucoup plus grand que le premier. De nombreuses Sœurs s'y étaient rassemblées, toutes habillées de la même façon que les deux femmes qui accompagnaient Alia. Silencieuses, elles se tenaient des deux côtés du tapis sur lequel avançait la jeune femme.

Le trio s'arrêta à mi-chemin. Une femme habillée de blanc s'approcha d'Alia et avec un pinceau traça des signes noirs au milieu de son front et sur ses tempes. Elle s'écarta ensuite en s'inclinant et les trois femmes purent continuer leur avancée. Elles allèrent jusqu'au centre du jardin, dans un cercle formé par de nombreuses bougies aux multiples couleurs où attendait Cyraïs, vêtue quant à elle d'une robe noire. Derrière elle attendaient trois femmes en marron.

Alia avança seule jusqu'à la Mère et tendit ses mains. Cyraïs les prit dans les siennes et dit :

« Mes Sœurs, mes Filles, nous sommes ici rassemblées afin d'accueillir parmi nous une nouvelle âme. Alia a passé avec succès les épreuves ordonnées par les Mères. Et ce soir, elle va obtenir le titre de Sœur. »

Mère Cyraïs se tourna vers les trois femmes derrière elle. Elles s'approchèrent une à une d'Alia alors que la Mère disait :

« Alia, jures-tu de toujours respecter les règles de notre Ordre ?

- Je le jure sur le sang qui coule dans mes veines, » prononça Alia.

La première femme lui remit un ruban bleu dans la main droite qu'elle baisa.

« Alia, continua Cyraïs. Jures-tu de servir l'Eriador au péril de ta vie ?

- Je le jure sur mon corps et sur le sang qui coule dans mes veines. »

Une deuxième femme s'avança et entoura la taille d'Alia d'une ceinture de cuir à laquelle pendait une épée légère et pauvrement ouvragée. Elle rejoignit ensuite la première femme derrière Cyraïs qui s'adressa de nouveau à Alia :

« Alia, jures-tu de ne jamais te servir de tes pouvoirs et de ce que tu as appris auprès des Sœurs à de mauvaises fins ?

- Je le jure sur mon nom, sur mon corps et sur le sang qui coule dans mes veines. »

La troisième femme déposa délicatement dans la deuxième main d'Alia une rose rouge pleine d'épines, puis elle referma sur elle-même la main de la jeune femme. De fines gouttes de sang tombèrent sur l'herbe sur laquelle elle se tenait, mais Alia ne réagit pas, comme si elle ne sentait rien.

La Mère supérieure qui soutenait toujours les mains d'Alia, dit :

« Alia, il ne me reste plus qu'une question à te poser, mais celle-ci, ne concerne que toi, car aucune autre Sœur ou Mère présente ici n'a eu à y répondre. Veux-tu l'entendre ?

- J'écoute ma Mère.

- Alia, jures-tu que, quoiqu'il arrive, tu n'oublieras pas et servira notre Ordre ainsi que ton Royaume en tant qu'Impératrice, mais aussi et avant tout en tant que Sœur ?

- Je le jure sur mon âme. »

Cyraïs sourit et embrassa Alia sur le front. Elle déclara assez fort pour que tout le monde l'entende :

« Alia Dorïnka, tu es dès à présent et pour toujours une Sœur. »

Il y eut de grandes acclamations autour du cercle. Les Sœurs et Mères vinrent féliciter tour à tour Alia qui les remerciait avec humilité.

ooOOoo

Le lendemain même de la cérémonie, Alia se rendit au chevet de sa plus jeune sœur, Orélia, qui se trouvait à l'infirmerie de l'Ordre. Elle était vêtue d'une tenue décontractée : jean et tee-shirt, et portait dans ses bras une grosse peluche en forme de chien. Lorsqu'elle pénétra dans la chambre, elle fut agréablement surprise de voir sa sœur assise dans son lit, ses longs cheveux blonds attachés en deux couettes ramenées sur ses fines épaules dénudées. Elle était en train de dessiner sur un large cahier d'esquisses.

Alia frappa à la porte déjà ouverte. La fillette leva les yeux vers elle et s'exclama :

« Alia ! »

Sa sœur courut la prendre dans ses bras, posant au passage la peluche au pied du lit.

« Comment vas-tu ? lui demanda Alia.

- Bien. Je n'ai plus de vertiges depuis plusieurs jours maintenant et les infirmières ont dit que c'était très bien. Mais je n'ai toujours pas le droit de bouger de mon lit.

- Mais ça viendra avec le temps. Bientôt je pourrais t'emmener dans le parc en bas. Et même en ville.

- Oui, mais tu comprends Alia, j'aurais tellement voulu sortir aujourd'hui pendant que Papa est là… »

Alia resta abasourdie. Elle s'assit sur une chaise près du lit et répéta :

« Papa est là ?

- Oui, fit Orélia. Maman et lui sont arrivés hier en fin d'après-midi. Mais je pensais que tu étais au courant… »

ooOOoo

Lorsqu'Alia rentra à la maison principale des Mères, la première personne qu'elle rencontra dans le grand couloir menant à l'entrée fut Karinda. Sa sœur semblait affolée.

« Alia, tu ne sais pas ce que je viens d'apprendre ! Maman et Papa sont arrivés hier et Maman se trouve dans le bureau de Cyraïs depuis une heure maintenant et elles se sont même mises à crier ! Alia, Maman veut que tu retournes au Palais, elle veut que tu partes pour Galocéa d'ici un mois ! Et Cyraïs n'est pas d'accord avec elle, elle dit que c'est trop tôt ! »

Alia posa ses deux mains sur les épaules de sa sœur.

« Karinda, calme-toi. Où est Papa ?

- Avec elles.

- Très bien. Je vais y aller.

- Je viens avec toi !

- Non. Je n'ai pas envie que tu vois ça.

- Qu'est-ce que tu vas faire ?

- Parler avec Maman. »

Et Alia laissa sa sœur seule pour monter à l'étage où se trouvait le bureau de la Mère Supérieure. Elle frappa à la porte du bureau et entra sans qu'on lui en ait donné la permission. Sa mère et Cyraïs étaient debout de chaque côté du bureau, alors que son père était assis dans un fauteuil et les regardait sans vouloir prendre part à leur « discussion ».

« Ah, te voilà ! s'exclama Emilia.

- Il suffisait de me faire demander. Ou encore de me prévenir de votre visite.

- Ne sois pas insolente, fit Emilia d'un ton sec.

- Alia, coupa Cyraïs. Viens t'asseoir. Nous devons parler de quelque chose qui te concerne. »

Emilia tourna violemment la tête vers la Mère qui soutint son regard. Alia alla s'asseoir à côté de son père, sur une chaise rembourrée de velours bordeaux. Elle croisa son regard et comprit qu'il aurait préféré se trouver ailleurs.

« Alia, fit Cyraïs. Ta mère voudrait t'envoyer en Galocéa, mais je pense qu'il est trop tôt pour que tu partes maintenant, la cérémonie n'ayant eu lieu qu'hier.

- Tiens ! s'exclama Emilia. Parlons-en de cette cérémonie ! Je n'étais même pas au courant.

- Je n'avais pas à te mettre au courant, Emilia. Notre Ordre est indépendant de ton pouvoir, ainsi que toutes les femmes et hommes habitant cette île.

- Mais il s'agit tout de même de ma fille ! Et de la future héritière d'Eriador !

- Mais Alia est avant tout une Sœur. Tout comme tu l'étais à son âge, je te le rappelle.

- Si j'avais su que la cérémonie allait avoir lieu hier, j'aurais tout fait pour l'empêcher !

- Et c'est bien pour ça que je ne t'ai rien dit !

- Stop ! » s'exclama Alia.

Elle n'avait pas bougé d'un centimètre et n'avait pas élevé la voix, pourtant tous furent figés. Ce fut Cyraïs qui comprit la première ce qu'Alia venait de faire, mais elle ne dit mot. D'un regard, Alia s'excusa auprès d'elle. C'était la première fois qu'elle se servait de son pouvoir ainsi. Elle savait qu'elle en avait la capacité mais ne s'était jamais trouvée dans une situation qui nécessitait son utilisation. Elle avait imposé le silence en marquant l'esprit de ceux qui se trouvaient dans la pièce d'un ordre : « stop ». Elle souffla. Pendant un court laps de temps, elle se projeta dans leur esprit pour annuler cet ordre. Elle dit ensuite :

« Je suis d'accord avec Mère Cyraïs, c'était à elle de choisir si vous deviez venir ou pas à ma cérémonie. »

Emilia tomba dans son fauteuil, abasourdie.

« De plus, continua Alia. C'est à moi de choisir quand je partirais pour Galocéa et à personne d'autre.

- Je… fit Emilia.

- Mais ne vous inquiétez pas, Mère, j'ai déjà prévu une date. Vous pouvez d'ores et déjà prévenir le Roi de Galocéa que je serais ravie s'il pouvait m'accueillir au sein de son Palais dans six mois. Le temps de me préparer au voyage…

- Il ne faut pas autant de temps pour se préparer à un tel voyage ! dit Emilia.

- Emilia, dit Seta. Alia vient juste de devenir Sœur, et il faut qu'elle assure les devoirs que ce titre impose. Et puis n'oublie pas qu'elle revient d'un voyage qui l'a déjà passablement épuisée. Je comprends qu'elle n'ait pas envie de repartir tout de suite. Elle veut profiter de sa famille. »

Seta posa un regard tendre et plein de compréhension sur sa fille qui l'en remercia en lui prenant la main. Son père l'avait toujours comprise et approuvée dans ses décisions, contrairement à sa mère qui s'opposait à chacun de ses actes. Alia se tourna vers Cyraïs :

« Etes-vous d'accord avec moi, ma Mère ? Ai-je votre permission ?

- Oui, Alia, je te donne ma permission. »

Emilia regarda toutes les personnes présentes dans la pièce et avec un air fier qui n'avait pas toute sa puissance, elle dit :

« Très bien. Je vais faire parvenir une lettre à Ylvain dès aujourd'hui. »

Elle se leva ensuite puis sortit du bureau après un regard furieux dirigé contre sa fille et son époux.

ooOOoo

« Vous vous êtes ligués contre moi ! »

Emilia était furieuse, debout devant la fenêtre donnant sur la côte Est d'Illia. Seta se tenait debout derrière elle, essayant de la raisonner. Cela faisait une heure qu'ils avaient quitté le bureau de la Mère, et l'Impératrice avait déjà fait ses bagages, prête à repartir pour le continent.

« Nous ne nous sommes pas ligués cotre toi, Emilia, mais tu veux aller trop vite… Tout ce qu'Alia voudrait, c'est que tu lui laisses le temps de respirer un peu après toutes ses épreuves.

- Mais six mois, Seta ! Six mois !

- Tu as déjà de la chance qu'Alia veuille partir. Alors à ta place je n'en demanderais pas trop. »

Emilia se tourna vers son mari. Seta ne baissa pas les yeux. Elle leva les bras pour les laisser tomber, ne sachant plus quoi faire. Seta se rapprocha d'elle et la prit dans ses bras.

« Je sais ce que tu veux qu'elle fasse là-bas. Tu veux qu'elle les espionne, c'est ça ?

- C'est comme ça que l'on arrivera à mieux les connaître.

- Alors tu ne l'envoies pas pour qu'elle se perfectionne ?

- Si. Bien sûr que si. Là-bas elle apprendra des choses qui nous sont hors de portée et lorsqu'elle reviendra, elle pourra enseigner tout cela aux nôtres. C'est le but principal.

- Alors tu vas te servir d'elle pour… enrichir nos connaissances ?

- Oui. Tu sais très bien que c'est comme ça que ça marche. On se sert des autres pour accéder au pouvoir, pour surpasser les autres et arriver à ses fins. Dans cette situation, les amis, la famille, tous ces liens n'existent plus. Toi, tout comme moi, tu sais très bien ce que je veux dire. »

Seta la serra un peu plus contre lui. Il passa sa main dans ses cheveux défaits et dit :

« Oui, je sais. Mais on s'en est plutôt bien sortis, non ? »

Emilia acquiesça et posa sa tête contre l'épaule de son époux.

« Ça ne change cependant pas la situation, fit Emilia. Nous avons besoin de ces connaissances. Et Alia le sait parfaitement. »

Seta soupira, mais ne relâcha pas son étreinte. Pendant un infime instant, il avait cru avoir retrouvé la jeune femme dont il était tombé amoureux. Vraiment infime…


le 25/05/2007

N'hésitez pas à me dire ce que vous en pensez !