On sort ?

1° partie

- Hé Will ?! Ça te dit qu'on sorte ensemble demain soir ?

Je déteste quand Jeremy me dit ça. A chaque fois mon cœur s'emballe et je suis toujours déçu par la suite

- … Y'a la petite brune de la dernière fois qui me branche bien mais elle est toujours en tandem avec sa copine ! Ça te dirait pas de l'occuper pendant que je fais sa fête à l'autre ?

Et voilà. Patatra ! En quelques mots, il vient de piétiner mon cœur pour la centième fois au moins.

Et comme d'habitude je lui réponds :

- Ok. A quelle heure ?

Et avec mon meilleur sourire en prime. Alors qu'à l'intérieur je lui hurle d'arrêter avec ces filles, d'ouvrir un peu les yeux pour voir à quel point il me torture à toujours faire de moi son complice !

Jeremy et moi, on se connaît depuis le lycée. On est allé dans la même fac même si on ne fait pas tout à fait les mêmes études. Je crois que je suis amoureux de lui depuis que je l'ai vu. Mais c'est toujours suggestif. C'est peut-être simplement que je ne me souviens pas de l' « avant lui ». Ça fait 5 ans maintenant que ça me tort les entrailles, mais je ne lui ai jamais rien dit parce que Jeremy est 100 hétéro. Et s'il y en a qui pourrait avoir le moindre doute, il n'y a qu'à compter le nombre de ses petites amies depuis qu'il est pubère, et la liste est longue !

Et voilà ! Ce week-end, il va en ajouter une de plus à sa collection. Et comme toujours, même si c'est un supplice, je vais lui donner un coup de main.

C'est la seule chose que je peux faire pour rester proche de lui : rabattre le gibier !

- Bein je leur ai dit vers 18h comme ça on se fera un resto et on pourra sortir après.

- Ok.

- Cool !

Et il me sourit. Je crois que je ferai n'importe quoi pour le voir me sourire comme ça. D'ailleurs c'est bien ce que je fais non ?!


Dis-moi non. Je t'en pris Will, dis-moi non. Dis-moi que tu ne veux pas que ces filles viennent. Que tu veux qu'on soit que tous les deux.

- Ok. A quelle heure ?

Et voilà ! Et tu oses me sourire comme ça ? Il faut que je tienne bon. Tu ne dois pas savoir. Tu ne dois pas savoir que chaque fois que je te vois, j'ai du mal à respirer. Que chaque fois qu'on sort, c'est autour de ta taille que je voudrais passer mon bras.

Si tu savais tu ne voudrais sûrement plus entendre parler de moi. Est-ce pour ça que je ne t'ai jamais invité chez moi ? Je crois que si on se retrouvait tous les deux seuls dans cet appartement, je te violerais !

Reste à la conversation Jeremy !

- Bein je leur ai dit vers 18h comme ça on se fera un resto et on pourra sortir après.

Je mens. Je leur ai dit 18h30.

- Ok.

Je viens de gagner 30 minutes seul avec toi !

- Cool !

Je suis heureux. Aller arrête de rêver Jeremy ! Retourne à tes cours !


Samedi matin. Il est 10h. je n'ai pas envie de me lever mais je ne peux plus dormir avec le boucan qu'ils font. Une fois de plus mes parents gueulent comme des putois enragés. Ma mère reproche à mon père de ne jamais rien faire à la maison. Mon père répond que LUI il travaille toute la semaine. Et ça s'enchaîne, comme chaque soir et chaque week-end. Chaque fois qu'ils sont à la maison en même temps en fait. Si j'avais les moyens, je me payerais un appartement pour fuir cette ambiance mais, d'un autre côté, je ne veux pas laisser ma sœur toute seule avec eux. Elle a 3 ans de moins que moi et je ne peux pas partir en la laissant derrière.

Quand j'entends que Magalie a commencé à crier aussi, je me lève d'un bond et je descends les escaliers, la peur au ventre. Mon père n'a jamais levé la main sur elle, mais il suffit d'une fois.

Quand je débarque dans la cuisine, mon père hurle après Magalie. Ma mère aussi. Et Magalie a un sac sur le dos. C'est son sac de rando. Il a l'air plein à craquer.

- Tu crois peut-être que tu peux partir comme ça, sale ingrate !

Mon père l'a attrapée par le bras et elle se débat pour lui échapper. Je ne peux pas rester à ne rien faire. Je me mets entre elle et lui.

- Arrête, Papa. Qu'est ce que tu fais ?!

Magalie s'est échappée. Elle court vers la porte d'entrée.

- Je suis désolée, Will. Mais je ne resterai pas une minute de plus dans cette maison de dingues.

La porte d'entrée claque. Elle est partie. J'entends une voiture démarrer en trombe.

- T'es content de toi, sale merdeux ?

Mon père m'a attrapé par le T-shirt et me secoue comme un prunier.

- Espèce d'abruti ! Elle s'est enfuie avec son petit copain ! Tu crois que c'est l'attitude d'une fille digne de ce nom ?!

- Gilles arrête !

- Et toi tu crois peut-être que t'es un père modèle hein ?!

Quand il me met son poing dans la figure, je percute le frigo. Je ne vois plus rien de l'œil gauche. Je sens couler quelque chose. Je crois qu'il m'a explosé la pommette avec sa chevalière.

- William !

J'entends à peine ma mère tellement mon père me parle de près. Il m'a repris par le col et il m'éjecte de la cuisine et me crachant au visage :

- Hors de chez moi !

Je ne me le fais pas dire deux fois et je m'enfuis en courant.


Whaou ! Déjà 11h ! Il faut que je me lève. J'ai encore veillé trop tard hier soir. J'en suis au neuvième chapitre mais j'ai bloqué sur le coup des 2h du matin : je ne sais pas comment finir cette histoire. Peut-être que je devrais tué le héros, ça ferait pleurer les foules !

Nan. Je ne peux pas tuer Will aussi facilement. Même dans une fiction. Ah ! J'aurais jamais dû penser à lui. J'ai besoin d'une douche froide maintenant.

Je ne sais pas pourquoi je pense ça, de toute façon je n'ai jamais réussit à prendre une douche froide de ma vie : je suis bien trop frileux. Je me déshabille quand même : il faut bien se laver ! Ma peau est sensible. Je dois être encore à moitié endormi. J'ai des frissons quand mon T-shirt glisse sur ma peau. Merde ! Je suis dur maintenant.

J'ouvre l'eau à fond, le jet est un peu fort, ça fait mal. Est-ce qu'il est déjà levé ? Arrête Jeremy, tu te fais du mal. Alors autant se faire du bien. Ma main descend vers mon entre-jambe en effleurant mon ventre. L'eau continue de couler dans mon dos. Je ferme les yeux pour mieux imaginer. Will qui me sourit. Will sous mes doigts. Will qui m'embrasse et qui me laisse le prendre dans mes bras, le toucher, lui faire l'amour.

Ah…

Mon sexe dans une main et l'autre sur le carrelage du mur pour ne pas tomber, je me sens vidé. L'image me fait sourire. Je finis de me doucher rapidement, dans un état second. Ce soir il va falloir faire bonne figure en face de Line. Pas qu'elle me branche plus que ça, mais elle est gentille et je ne veux pas la blesser.

Je sors juste de la salle de bain. C'est quoi ce bruit ? Ah ! L'interphone ! Vu que personne ne vient jamais ici, je crois que c'est la première fois que je l'entends fonctionner.

Un samedi, à cette heure-ci, ça doit être une pub quelconque. J'ai pas besoin d'encyclopédies ! Je ne suis pas très aimable quand je réponds :

- Ouais ?

Et c'est le choc !

- Jerem ? C'est William.

Will ?! Mais qu'est-ce qu'il fait ici ? Il ne faut pas qu'il vienne. Je ne pourrais pas résister. Pas après avoir fantasmer sur lui la majeure partie de ma nuit et m'être masturbé en pensant à lui !

Attends Jeremy : pourquoi Will est en bas ? Il n'est jamais venu. Il doit y avoir un problème

- Will ? Qu'est-ce qui t'arrive ? … attends je t'ouvre. C'est au deuxième.


Merde ! J'ai froid. Je suis en caleçon et T-shirt, dehors, en plein mois de mars. C'est malin. Qu'est ce que je fais maintenant ? J'ai mal à la tête. Pas d'endroit où aller. Et Magalie qui est je ne sais où. Je n'ai même pas pris mon portable. Je ne peux même pas l'appeler.

Je ne sais pas quoi faire à part aller chez Jeremy. Je sais où il habite, même si je ne suis jamais rentré chez lui. Je vais avoir l'air fin à traverser toute la ville dans cette tenue mais tant pis.

Je suis dans sa rue. Je sais que c'est ici, mais je ne me souviens pas du numéro. Tous les immeubles se ressemblent. J'inspecte les interphones. Au troisième immeuble, quand je lis son nom écrit en tout petit, j'en pleurerais presque. J'ai froid et j'ai mal. Pourvu qu'il soit là. Je sonne. J'attends. Quand il répond, il n'a pas l'air de bonne humeur :

- Ouais ?

- Jerem ? C'est William.

Je dois avoir une voix bizarre. Je crois que je vais tomber dans les pommes. Il a un temps d'arrêt à l'autre bout du fil.

- Will ? Qu'est-ce qui t'arrive ? … attends je t'ouvre. C'est au deuxième.

Je rentre dans l'immeuble. Il fait meilleur ici. Je tremble de froid. J'entends une porte s'ouvrir au-dessus de moi. Je ne sais pas si j'aurai la force de monter les deux étages.

Quand j'arrive sur le palier intermédiaire, je lève les yeux. Il est là. Il sort de la douche ?! Il a les cheveux mouillés. Il a l'air surpris mais quand il me voit, ses yeux s'élargissent.

- Merde ! Qu'est ce qui s'est passé ?

Et il dévale les escaliers pour m'aider à monter.

Ah ! Merci Mon Dieu ! En cet instant je ne veux rien d'autre qu'être dans ses bras. Même dans ces circonstances ça a un goût de paradis.


Je jète un coup d'œil rapide sur le salon pour vérifier que rien de suspect ne traîne. J'ouvre la porte et je l'attends sur le palier. Il avait une voix bizarre. Il a dû se passer quelque chose de grave pour qu'il vienne jusqu'ici. Ce n'est pas son genre de débarquer comme ça.

Je l'entends dans l'escalier. On dirait qu'il a du mal à monter. Quand il tourne au coin et qu'il lève les yeux vers moi, je ne peux pas me retenir :

- Merde ! Qu'est ce qui s'est passé ?

Mon amour, qui t'a fait ça ?!

Je le rejoins en courant. Je manque me casser la figure et je me retiens à temps de le prendre dans mes bras et de l'embrasser.

Plus simplement je lui prends le bras et je l'aide à monter. Il s'appuie sur moi. Je l'installe sur le canapé. Il serait plus juste de dire que je l'y laisse tomber. Il pèse son poids. Mais c'est surtout que MOI j'ai du mal à résister. C'est la première fois que je le touche comme ça.

- Attend deux secondes.

Il faut que je m'échappe. Même un court instant. Un prétexte. Il me faut un prétexte. Ses lèvres toutes bleues m'en donnent un parfait. Je file dans ma chambre, j'arrache une couverture du lit, reprends mon calme et reviens au salon.

Il a les yeux clos. Il dort ou il est évanoui ? Il a un œil au beurre noir et des traces de sang sur la joue. Je ne dois pas être très délicat quand je lui drape la couverture sur les épaules car il proteste :

- Aïe ! Mon bras.

Son bras ? Il s'est fait mal là aussi ?

- Fais voir.

Je soulève la manche de son T-shirt pour l'inspecter. J'effleure sa peau. Je n'aurais jamais cru pouvoir faire ça. Il a un frisson. Je déchante quand je vois ce qu'il a sur le bras. Je réprime mon envie de l'enlacer mais pas mon exclamation :

- Merde ! Tu as un bleu énorme sur le bras !

Il réagit à peine. Je sers les mâchoires pour ne pas le cajoler et dépose la couverture sur ses épaules avec plus de douceur. Il tremble encore. Il faut à tout prix le réchauffer. Non Jeremy, ne pense même pas à ça, ce n'est pas le moment. Plus prosaïquement, je vais dans la cuisine lui réchauffer un café.


Son appartement est vraiment comme je me l'étais imaginé : l'antre d'un étudiant célibataire… et dragueur ! Par contre c'est plus propre que j'aurais pensé. Il a dû faire le ménage pour le cas où la brune lui tomberait dans les bras ce soir. Pourquoi je pense à ça alors que je suis à moitié écroulé sur son épaule ? Je suis vraiment stupide. Ou maso peut-être ?!

Il me lâche sur le canapé avec un « attends deux secondes » et il disparaît dans le couloir.

Je ferme les yeux. J'ai vraiment cru que j'allais tourner de l'œil. J'ai l'impression d'avoir un marteau piqueur dans le crâne. Il revient avec une couverture qu'il me met sur les épaules.

- Aïe ! Mon bras.

- Fais voir.

Il soulève la manche de mon T-shirt. Mon cœur manque un battement. Calme-toi, Will. C'est juste une inspection médicale !

- Merde ! Tu as un bleu énorme sur le bras !

Je regarde. En effet : j'ai une tache noire de la taille de ma main un peu en dessous de l'articulation de l'épaule. Ça doit être quand je me suis payé le frigo. Jeremy ne dit plus rien. Il a rabattu mon T-shirt et m'a enveloppé dans la couverture avec plus de précautions qu'une mère avec son nourrisson. Je ferme à nouveau les yeux. Malgré mon mal de crâne et mon épaule douloureuse, je suis bien. Je ne laisserais ma place pour rien au monde.

Je me réchauffe un peu. J'entends un bruit de vaisselle et je sens une odeur de café.

- Tiens. Bois ça. Ça va te réchauffer.

Je prends la tasse qu'il me tend. C'est brûlant. C'est divin. Jeremy s'est assis en face de moi, sur la table basse. Il ne dit rien. Il attend patiemment que je m'explique. Je crois que c'est une des choses que j'aime le plus chez lui : il ne pose jamais de questions, mais il est toujours là pour écouter. Comment est-ce qu'on explique à son meilleur ami, dont, accessoirement, on est amoureux, qu'on est pathétique au point de s'être fait foutre dehors par son père après que sa sœur se soit enfuie… ? Magalie ! Je sursaute en pensant à elle. Il faut que je l'appelle. Que je sache si elle va bien.

- Je peux t'emprunter ton portable ?

Jeremy me regarde mais ne dit rien. Il tend la main derrière lui, attrape son téléphone et me le passe, toujours sans rien dire. Je n'ose pas le regarder. Il doit me prendre pour un dingue. Ou un ingrat.

- Allô ?

- Maggie ? Ça va ?

- Will ? D'où tu m'appelles ? C'est un numéro inconnu ! Tu vas bien ?

- Oui, oui, ça va.

Je ne vais quand même pas lui dire que notre père m'a bastonné avant de me mettre dehors en caleçon.

- Je suis chez un pote. Je me suis tiré juste après toi mais j'ai oublié mon portable alors, comme je m'inquiétais…

- Je vais bien, ne t'inquiètes pas. Je suis chez Eric.

Ah ! Le fameux petit copain !

- Ok. C'est tout ce qui m'importe. Je te rappellerai plus tard d'accord ?

- D'accord.

Jeremy ne m'a pas quitté des yeux une seconde. Je n'ai pas la force de lui expliquer tout de suite. Il soupire et se lève. Quand il revient de la salle de bain, il a un gant de toilette mouillé à la main. Il me le tend. Je le passe sur ma joue. Ça fait un mal de chien.

- Ma sœur est partie de chez mes parents, ce matin. Ça s'est pas vraiment passé tout seul. Quand mon père a voulu la retenir et que je me suis interposé je m'en suis pris une. Il m'a foutu dehors comme ça. Sans rien sur le dos. Je savais pas où aller.

Jeremy serre les poings et j'entends grincer ses mâchoires. C'est moi qui le mets en colère ou ce que je lui raconte ? Je n'ose pas le regarder.

- Tu as bien fait. Y'a pas de problème, tu peux rester ici.

Quand je lève les yeux sur lui, je dois avoir l'air de ces héroïnes de film à l'eau de rose quand le héros les sauve : un air idiot quoi ! Mais je m'en fous. Je ne sais pas comment je me retrouve à pleurer comme un gosse sur son épaule, mais il ne me lâche pas. Il me serre même très fort. Faites que ce ne soit pas un rêve, s'il vous plait. Je voudrais que le temps s'arrête pour rester comme ça pour toujours.


Bon sang je vais vraiment finir par l'embrasser ! Il a les yeux fermés à nouveau. Il est à ma portée.

Il a appelé sa sœur. Pourquoi ? Apparemment, c'est elle le problème, mais il ne semble rien vouloir me dire. Que t'est-il arrivé mon amour ? Ah ! Je peux pas lui dire ça !

Il y a toujours ce sang sur sa joue. Encore un bon prétexte pour m'éloigner ? Je vais à la salle de bain pour lui chercher un gant de toilette. Mon image dans le miroir me fait presque sursauter : c'est moi ce type avec cette tête de déterré ? On dirait un gars qui a vu un fantôme !

Quand je reviens au salon je me suis un peu repris. Je me rassois sur la table basse après lui avoir donné le gant humide. Je ne peux pas le quitter des yeux mais lui semble éviter de me regarder.

- Ma sœur est partie de chez mes parents, ce matin. Ça s'est pas vraiment passé tout seul. Quand mon père a voulu la retenir et que je me suis interposé je m'en suis pris une.

Quoi ?! Ce bâtard a osé lever la main sur Will. Je sers les poings à défaut de me lever pour aller refaire le portrait de ce père indigne !

- Il m'a foutu dehors comme ça. Sans rien sur le dos. Je savais pas où aller.

Je vais le tué ! Avec le froid qu'il fait, c'est la crève assurée, si ce n'est la pneumonie ! Mais pour le moment, Will passe avant. Ici, personne ne lui fera de mal.

- Tu as bien fait. Y'a pas de problème, tu peux rester ici.

Le regard qu'il lève sur moi me cloue sur place. J'ai l'impression d'être invincible. Est-ce ce que ressentent les pompiers quand ils sauvent les gens ? Mon cœur va exploser ! Je t'en prie Will, ne me regarde pas comme ça où je ne réponds plus de moi !

Et puis, c'est le déluge. Seigneur, retenez-moi, je vais tuer ce salopard qui fait pleurer Will ! Pourtant je suis presque heureux, c'est un rêve qui se réalise : Will est dans mes bras ! Il pleure, certes, mais il est quand même dans mes bras !

Quand ses sanglots se calment un peu, mon sens pratique reprend le dessus. Il serait plus juste de dire qu'en fait je cherche comment l'éloigner : l'avoir serré dans mes bras m'a mis dans tous mes états. Quoiqu'il en soit je l'envoie prendre une douche pour se réchauffer en lui passant des vêtements à moi. Mon Dieu ! Will va porter mes fringues. Arrête Jeremy, il n'a pas besoin d'un pervers mais d'un ami sur qui compter !

Comme ma grand-mère m'a toujours dit que le meilleur réconfort c'est encore d'avoir l'estomac plein, je prépare à Will ma spécialité : des pâtes ! En attendant que l'eau boue je reste dans la cuisine pour ne pas entendre la douche couler. Mais mon imagination fait quand même des siennes. J'y vois Will, dans MA douche. Utilisant MON savon. Seigneur aidez-moi ! Si ça continue je vais le rejoindre dans la salle de bain. Je ne pensais pas être comme ça : bon sang il est venu pour se réfugier ici ! S'il savait que je suis bien plus dangereux pour lui que son père. Concentre-toi sur tes pâtes, Jeremy.

Quand il sort de la salle de bain, le repas est prêt. Je lui colle une pleine assiettée dans les mains sans lui demander son avis. Il semble surpris mais vu la vitesse à laquelle il mange, il ne doit pas avoir déjeuné ce matin. On n'a pas dû échanger plus de trois mots. Des banalités du genre « attention c'est chaud » ou « ça fait du bien de manger ». Il semble perdu dans ses réflexions et moi dans mes fantasmes. J'essaye de me concentrer sur des sujets anodins comme les cours d'hier mais sans succès. Je savais qu'il ne fallait pas qu'il vienne ici !

J'ai posé nos assiettes vides à la cuisine et je reviens avec un café : Will a de nouveau les yeux fermés, mais là, à sa respiration, je peux dire qu'il dort. Il doit vraiment être épuisé. Il est venu de chez lui à pied et par ce froid !

Je m'assois en face de lui pour mieux le contempler. Ses cheveux bruns sont encore humides de la douche. Le pull noir que je lui ai prêté le fait paraître encore plus pale et son œil violacé ressort encore plus. Pourtant il garde son air angélique, surtout quand il dort : il a l'air d'un enfant. Ses cils sont longs et forment une ombre sur sa joue. Sa bouche est plus rouge que d'ordinaire à cause de la sauce tomate. Il en a d'ailleurs au coin des lèvres. Je me penche pour le goûter du bout de la langue mais je me reprends avant de le toucher : c'est pas bien Jeremy ! Ça ne se fait pas d'abuser du sommeil des gens ! Maman, pourquoi tu m'as élevé avec des principes ?

Bon, de toutes façons il ne peut pas dormir assis sur le canapé. Je tente de le réveiller doucement mais sans succès : il était vraiment au bout de ses forces ! Et bien tant pis. Je vais souffrir le martyr mais je ne peux pas le laisser comme ça. Je le soulève. Je bénis au passage mon prof de secourisme qui m'a appris à déplacer des gens inconscients, et je le dépose le plus doucement possible sur mon lit. Mon Dieu : Will est dans mon lit ! Arrête Jeremy !

Il marmonne. Il ne va pas bien dormir tout habillé. Du moins c'est l'excuse que je me donne quand je lui ôte son, ou plutôt MON pull. Il grimace quand la manche passe sur son bras et ça a, au moins, le mérite de refroidir un peu mes ardeurs. Mais un peu seulement.

Il doit me rester de l'Arnica depuis la fois où je m'étais cassé la figure en courant après le tram. Je lui en mets sur son bleu, ça semble lui faire du bien. Pour moi c'est plutôt de la torture. Pendant que j'y suis, je nettoie sa joue et je lui mets un pansement. Je ne peux rien faire de plus pour son œil.

Quand je le borde je suis arrivé à bout de résistance, c'est pourquoi, quand il fait cette moue adorable, je ne peux pas résister : mes lèvres se posent sur les siennes. Je ne voulais pas aller plus loin mais Will réagit à mon baiser, il y répond et c'est lui qui glisse sa langue dans ma bouche et en caresse la mienne. Il doit rêver. Quelle fille tiens-tu dans tes bras en ce moment Will ? Je m'en fiche. J'ai déjà les doigts plongés dans ses cheveux et je dévore ses lèvres, ma langue luttant avec la sienne. Il émet un grognement satisfait.

Seigneur aidez-moi à résister. Il ne sait pas ce qu'il fait. A contre-cœur je m'éloigne. Il faut que je quitte cet appartement ou je ne résisterai pas au sourire bienheureux qu'il y a sur ses lèvres en cette seconde !

Que dois-je faire ? Mon regard tombe sur mon sac de sport que j'ai vidé la veille. Je sais exactement ce que je vais faire. Will va dormir pendant un bon moment. J'ai tout mon temps.

Je suis devant chez Will. C'est dingue de penser qu'on se connaît depuis presque cinq ans et que je ne suis jamais rentré chez lui ni lui chez moi, jusqu'à aujourd'hui. Pourtant j'ai souvent fais le pied de grue devant cette maison en attendant qu'il en sorte.

Je sonne à la porte en me répétant qu'il faut que je garde mon calme. Quand son père m'ouvre je me retiens de justesse pour ne pas lui mettre mon poing dans la figure. Surtout qu'il n'est pas du tout aimable :

- Quoi ?!

Reste calme, Jeremy. Tu lui referas le portrait plus tard. Mais je n'ai quand même pas l'intention d'être plus sociable que ce connard :

- Je viens chercher les affaires de Will.

L'autre a un sourire ironique et méchant mais s'il croit me faire peur il va vite déchanter.

- Ah ouais ? Alors ce petit imbécile a trouvé un…

Je ne le laisse pas finir, j'ai sentit de l'alcool dans son haleine, ça ne sert à rien de raisonner face à lui :

- Will a besoin de ses affaires et je les prendrais avec ou sans votre accord. Et si vous m'en empêchez j'irai voir la police et on s'expliquera avec eux. Vous voulez vraiment que votre fils porte plainte pour coups et blessures ?

Il a l'air furieux mais plus du tout soul. Je n'attends pas de réponse. Je le bouscule et je me dirige vers les escaliers. Je sais que la chambre de Will est tout au fond du couloir, il râlait assez parce qu'elle était trop loin de l'escalier et qu'il avait du mal à ne pas se faire attraper quand il rentrait tard !

Je ne m'appesantis pas trop sur la déco, même si c'est la première fois que je rentre dans cette pièce et que ça me fais tout drôle. Je fourre tout ce qui me tombe sous la main ou les yeux dans mon sac, je le ferme quand il est plein et je redescends. Will reviendra chercher le reste, je l'accompagnerai. Il vaut mieux ne pas trop attendre que son soudard de géniteur reprenne ses esprits.

Quand j'arrive en bas des escaliers, il n'a pas bougé d'un poil. Je passe devant lui sans un mot et je sors de cette maison sans avoir même entraperçu la mère de Will.

Je suis sur le palier, je vais partir mais je me ravise. Je me retourne. Ce salopard est toujours à la même place : il a pris racine ou quoi ? Et là je ne peux pas m'en empêcher : je lui mets un direct dans la mâchoire ! Il fait un bond en arrière et se retrouve sur les fesses dans son entrée à me regarder d'un air stupide.

- Pour Will.

Et je m'en vais.


Quand je me réveille, je suis un peu perdu. Où est-ce que je suis ? Je ne reconnais rien. Et puis tout me revient en bloc. Magalie qui s'enfuit, mon père qui me colle une mandale et Jeremy qui me tient dans ses bras pour que je pleure tout mon sou.

Quand j'ai été calmé, il m'a envoyé prendre une douche et m'a prêté un jean, un T-shirt et un gros pull. Quand je suis sorti de la salle de bain, il avait fait une énorme platée de pâtes bolognaise et je me suis aperçu qu'il était une heure de l'après midi et que je n'avais rien mangé depuis la veille. Je me souviens avoir mangé affalé sur le canapé. Par contre je ne me souviens pas m'être endormi. Encore moins dans ce lit. Est-ce Jeremy qui m'a porté jusque là ?

J'ai le bras tout jaune et un pansement sur la joue. Est-ce qu'en plus Jeremy m'a soigné ?

L'appartement est silencieux. Est-ce que je suis seul ?

Le réveil affiche 17h30. J'ai vraiment dormi comme une masse ! Je me lève, j'ai la tête qui tourne mais c'est supportable. Il n'y a personne. Ni dans le salon, ni dans la cuisine. Mais où est passé Jeremy ? Il n'a même pas laissé une note pour dire qu'il sortait.

Et là je comprends. Quel abruti je suis ! Il est 17h30. On avait rendez-vous à 18h avec les filles. Il a dû y aller sans moi. Tu rêves vraiment mon pauvre Will ! Tu croyais quand même pas qu'il allait annuler sa soirée pour rester à ton chevet ?! T'es pas sa grand-mère ! Non je ne pleurerai pas à nouveau !

Je suis là, assis sur SON canapé, avec SES vêtements sur le dos. C'est déjà beaucoup qu'il m'ait ouvert sa porte. Il ne peut pas y avoir trop de miracles dans une seule journée hein ?! Quand j'entends s'ouvrir la porte d'entrée, j'arrache un bond comme un gamin pris en faute. Jeremy rentre, il a un sac de sport sur l'épaule. Il est allé faire du sport ?! Là je comprends plus rien.

- Ah ! T'es réveillé ?! Ça va mieux ?

Je suis tellement surpris qu'il soit revenu, que je peux juste faire un vague signe de tête. Il pose le sac dans le couloir et enlève son manteau en me demandant :

- Tu veux boire quelque chose ?

Nouveau hochement de tête.

- Ça va mieux ton bras ?

Je suis en mode « chien sur la plage arrière » et je me rends très bien compte que je le regarde comme s'il venait de lui pousser une deuxième paire d'oreilles, mais il n'a pas l'air de s'en être aperçu.

- Tu comptes me décrocher une parole avant l'été ou il va falloir que je devienne télépathe ?

Je retire ce que j'ai pensé à l'instant : il s'est très bien rendu compte. Pour un peu je virerais à l'écarlate.

- Nan, c'est juste que je pensais que tu serais pas de retour avant un moment.

Et je bredouille en plus, de mieux en mieux !

Jeremy me regarde, surpris :

- Comment ça : « pas avant un moment » ?

Il n'a pas oublié quand même ?! Ça fait trois semaines qu'il essaye de ferrer cette fille !

- Bein le rencard avec les filles…

Il ouvre des yeux comme des billes :

- Merde, je les ai zapper ces deux-là ! Faut que je les appelle.

- Ouais ce sera sans moi, je dois vraiment avoir une tête à faire peur.

J'essaye de sourire mais ma joue me fait trop mal.

- Allô ? Line ? C'est Jeremy. Je suis désolé mais je pourrais pas venir finalement : j'ai un pote qui vient de se faire amocher.

Je le crois pas : il est vraiment en train d'annuler pour moi ? Quand il raccroche (visiblement la petite brune a été conquise par son dévouement !) je ne peux pas m'en empêcher :

- Tu n'aurais pas dû annuler. Tu aurais dû y aller sans moi.

- Tu rigoles ou quoi ?! Je vais pas te laisser tomber pour une fille !

Arrête, Jeremy ! Ces mots, je les ai tellement rêvés que les entendre me mets au bord des larmes. Depuis quand je suis un tel saule-pleureur ? C'est ce coup qui m'a mis la tête à l'envers ? Jeremy fait comme s'il n'avait pas remarqué.

- Bon, je t'ai ramené tes affaires et il y a ton portable : tu devrais appeler ta sœur.

Hein ? Mais qu'est ce qu'il raconte ? Et il pose le sac de sport sur la table basse, devant moi. Il est plein de vêtement à moi, de cours et même de CDs.

- Tu es allé chez mes parents ?

- Ouais. Ton père avait pas l'air très chaud pour me laisser prendre tes affaires, mais je lui ai dit que s'il ne me laissait pas faire, je te pousserai à porter plainte pour coups et blessures.

Que je l'aime ! Je le vois bien, super calme devant mon père furax lui dire ça froidement. Pour un peu je l'embrasserais ! Mon héros !

A suivre…