Et bien, j'y aurais mis le temps, mais voici donc le dernier "épilogue" de cette petite histoire. Je ne suis pas tout à fait satisfaite de ce qu'elle donne au final, mais si je continue à la relire, je vais 1 - devenir complètement givrée (même si un peu plus un peu moins... ;;) et 2 - ne jamais la mettre en ligne (alors qu'elle est écrite ! ce serait dommage nan ?!)

Donc, avant que je ne change d'avis, bonne lecture

Jeremy

- Jeremy ? Ta glace va fondre si tu ne te décides pas à la manger !

Sursautant comme s'il s'éveillait d'un rêve, le jeune homme dévisagea les trois visages qui le fixaient avec curiosité. Il y avait de quoi, s'il voulait être honnête. Depuis environ deux minutes, il était comme figé, statufié avec une expression plutôt étrange sur le visage. Mais il avait des excuses à cela : depuis que le serveur leur avait apporté leurs commandes, Will, en face de lui, avait entamé sa glace et ses gestes semblaient tous calculés pour tenter son vis-à-vis.

Et pourtant, le connaissant, Jeremy aurait pu jurer qu'il ne le faisait pas exprès. Mais le résultat était quand même là. Cette façon qu'il avait de lécher le chocolat sur sa cuillère, de ramasser la chantilly du bout de la langue…

Reprenant pied dans la réalité à la remarque de Magalie, le jeune homme plongea sur sa propre friandise pour cacher ses pensées indécentes à son petit ami qui le dévisageait visiblement sans comprendre. Il allait encore passer pour un pervers !

Depuis maintenant un peu plus de trois mois que William et lui étaient officiellement ensemble, il lui avait plus d'une fois fait remarquer sa tendance à ce genre de comportement. Will était, lui, beaucoup plus réservé, et même s'il ne voulait pas le gêner une fois de plus par son attitude, surtout en présence de sa sœur, il ne pouvait que difficilement s'empêcher de le dévorer des yeux ou de le toucher à tous propos.

Trois mois. Il n'arrivait toujours pas à réaliser. Après plus de cinq ans de frustrations quasi quotidiennes, il ne pouvait toujours pas se faire à l'idée que s'il lui prenait l'envie, comme maintenant, de piquer un peu de chocolat au coin des lèvres de Will du bout de la langue, il ne récolterait, au pire, que d'un regard mi-interrogateur, mi-amusé, de son compagnon et non d'un coup de poing en pleine figure.

- Mais qu'est-ce qui t'arrive, aujourd'hui ?

Jeremy se lécha les lèvres en se rasseyant et fixa son compagnon avec une lueur prédatrice au fond des yeux.

- Rien. Juste une envie de chocolat.

Il entendit Magalie pouffer de rire et devina qu'Eric devait sûrement se retenir aussi mais il ne détourna pas les yeux de ceux de Will.

Et oui ! Depuis trois mois, il avait gagné le droit de faire ce genre de chose et ne s'en privait plus ! Il l'avait bien mérité !

Quand Will était venu se réfugier chez lui, il avait bien cru sa dernière heure arrivée. Comment vivre à ses côtés sans lui sauter dessus ? Mais, finalement, le problème avait été résolu en une semaine quand ils avaient fini par comprendre qu'ils luttaient tous les deux pour rien. Et depuis, ils ne se quittaient plus. Même le passage obligé chez ses parents ne lui avait pas fait peur.

-------------- 2 mois plus tôt --------------

Un bruit strident retentit dans la chambre encore plongée dans la pénombre et Jeremy tendit précipitamment le bras pour arrêter d'un geste rageur ce réveil de malheur qui lui vrillait les tympans. Fichue invention ! Se retournant, il replongea sous les couvertures pour profiter des quelques minutes de répit qui lui restaient encore, avant que le second réveil ne sonne.

O monde cruel, où les étudiants étaient obligés de se lever un vendredi, veille de vacances de printemps, après une soirée étudiante terminée aux aurores ! C'est les gestes ralentis par le manque de sommeil, qu'il enlaça son compagnon qui n'avait même pas bronché à la sonnerie pourtant plus qu'agressive. Will avait décidément le réveil encore plus difficile que lui !

- Will ?

Pas de réponse. Le nez dans le cou de son amant et en baladant ses mains sur lui pour tenter de le réveiller, Jeremy renouvela son appel :

- Will ? Faut se réveiller, ma petite marmotte…

- Hum… ?

- Aller, tombeur, on a cours dans une heure à peine.

Will se retourna dans ses bras et chercha sa chaleur en marmonnant.

- Pas t'envie… veux rester là…

Jeremy sourit, tout en lui caressant le dos pour le réveiller en douceur.

- Aller, plus qu'une journée et on est en vacances.

- Justement. Je veux pas…

- Quand t'auras fini de jouer les sales gosses on pourra…

Il fut interrompu par le second réveil qui se mit à hurler. Plus moyen de reculer. Pour l'arrêter, celui-là, il fallait quitter le refuge des draps. Sautant donc hors du lit sur un dernier « Aller ! Debout » accompagné d'une claque sonore sur le postérieur de son compagnon, Jeremy tapa un grand coup sur l'agresseur sonore et se rendit à la cuisine pour mettre le café en route.

Il avait déjà pris sa douche et bu son premier bol de café que sa « petite marmotte » n'avait toujours pas émergé. Il ne leur restait qu'une demi-heure. Remplissant un second bol en y ajoutant un sucre, Jeremy se rendit dans la chambre où Will avait pris sa place et s'était rendormi.

- Will ? Aller, cette fois il faut te lever.

Assis sur le bord du lit, il caressa doucement son dos pour le forcer à sortir du sommeil. Il fut satisfait de voir un sourire bienheureux fleurir sur les lèvres de son compagnon avant qu'il ne s'étire et n'ouvre les yeux.

- Bonjour.

- Bonjour, ma petite marmotte.

Un baiser plus tard et il lui proposa gentiment :

- Café ?

- Voui.

- Après tu te lèves et tu prends vite ta douche ou on va être en retard.

- D'accord.

Jeremy sourit, amusé, avant de l'embrasser dans le cou.

- J'aime quand t'es docile.

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- Will si tu ne te bouges pas, je pars sans toi.

- J'arrive, j'arrive, pas la peine de t'énerver ! De toutes façons on sera pas les seuls en retard vu que tout le monde était là hier soir.

Will grimaça. Sa tête était lourde et ses yeux se fermaient presque tout seuls. La veille, ils avaient participé à la soirée organisée par leur promotion pour fêter le début des vacances et il avait tout sauf envie de passer huit heures dans un amphi. Sans compter que, si les autres se réjouissaient de l'arrivée des congés, lui déprimait rien qu'à cette idée.

En effet, demain, comme pour toutes les vacances, Jeremy rentrerait chez ses parents pour y passer du temps dans sa famille et cela lui mettait le moral à zéro. Depuis un mois, ils ne s'étaient quasiment pas lâcher et, déjà qu'il avait du mal à se séparer de lui avant qu'ils ne soient ensemble, le laisser partir dans ces conditions ne lui plaisait pas du tout.

Mais il ne pouvait pas priver son compagnon de sa famille. Faisant donc un effort pour faire bonne figure, il attrapa son sac et rejoignit Jeremy dans l'entrée.

- C'est bon, on y va ?

Prenant une petite voix aiguë, Will répondit :

- Oui, chéri.

Jeremy leva les yeux au ciel.

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Jeremy débarqua dans l'amphi à la pause de 10h, comme à son habitude, pour y trouver son compagnon écroulé sur la table et à moitié endormi malgré le brouhaha ambiant. Attendri, il l'observa quelques secondes avant de s'assoire à côté de lui.

Depuis un mois qu'ils étaient en couple, Jeremy avait remarqué que Will avait beaucoup plus besoin de sommeil que lui. Les nuits blanches qu'ils passaient ensemble avaient toujours plus d'impact sur sa petite marmotte que sur lui et connaître ce genre de chose à son sujet était ce qui lui donnait le plus l'impression de ne plus être juste son ami.

- Alors Will ? La nuit a été dure ?

Il se moquait gentiment, mais son compagnon ne goûta que moyennement la plaisanterie. Un autre détail qu'il avait appris : quand il manquait de sommeil, Will avait tendance à être grognon.

- Aller, fais pas cette tête, ce soir c'est les vacances et tu pourras dormir autant que tu voudras.

A cette remarque, qui aurait dû lui remonter le moral, Will, au contraire, replongea de plus belle dans sa léthargie.

- Will ?

- Je veux pas être en vacances.

- …

- Je veux pas que tu partes.

Jeremy eut du mal à ne pas afficher son sourire satisfait. Enfin ! Depuis une semaine qu'il lui avait annoncé qu'il rentrait chez ses parents pour les vacances, son compagnon n'avait pas réagi et il s'était même demandé si cela ne lui était pas complètement indifférent. Sa réaction de ce matin, qui s'expliquait sûrement par son manque de sommeil, lui faisait voir la vie en rose tout à coup.

- Tu ne veux pas que je parte ?

- Nan.

Cette fois, Jeremy sourit franchement, ivre de joie, avant de proposer :

- Alors viens avec moi.

Son compagnon releva brusquement la tête, les yeux ronds. Ils restèrent quelques secondes à se fixer, avant que William ne demande avec une visible incrédulité :

- Sérieux ?

Son petit ami se contenta d'un hochement de tête et un immense sourire.

- Mais… Et tes parents ? Tu vas leur dire quoi ? « Tiens, j'ai ramené un pote à l'improviste » ?

La sonnerie de reprise empêcha Jeremy de répondre. Il se contenta d'un « on en reparle tout à l'heure » avant de quitter l'amphi.

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Quand il sortit à midi, Jeremy l'attendait à la porte. Will aurait été bien incapable de dire de quoi parlait le cours de quatre heures auquel il venait d'assister. Les deux premières heures, il les avait passées dans un état semi-comateux, et la seconde partie avait été consacrée à tourner et retourner les dernières paroles échangées avec son petit ami.

Quand leurs regards se croisèrent, Jeremy lui sourit et proposa :

- On va dans le parc ?

Will se contenta de hocher la tête sans même répondre à son sourire. Un quart d'heure plus tard, ils étaient assis sur un banc du parc municipal où ils prenaient le soleil tous les jours depuis le retour du beau temps. Will fut le premier à parler.

- C'est quoi cette histoire d'aller chez tes parents tous les deux ?

Jeremy soupira. Il n'avait pas prévu une telle réaction de la part de son compagnon. S'il avait bien pensé qu'il serait un peu surpris, il ne s'était pas attendu à le voir si réfractaire.

- C'est rencontrer mes parents qui te pose problème ?

- Ne détourne pas le sujet, Jeremy. Qu'est ce qui te prend de me proposer ça tout à coup ?

Le jeune homme soupira à nouveau et fixa ses mains avant de répondre :

- En fait, ça fait un petit moment que j'y pense. C'est juste que je ne savais pas trop comment te le présenter.

- Et tes parents ? Tu vas leur dire quoi ? « Je vous présente mon meilleur ami » ?

Jeremy sursauta et le fixa avec incrédulité :

- Bien sûr que non ! Quelle idée !

Will fronça les sourcils :

- Ils savent que tu es gay ?

Son compagnon haussa les épaules.

- Non. Mais c'est pas un problème.

- Pas un problème ?!

Là Will était estomaqué.

- Attends, Jerem. Tu vas pas me dire que ça n'a pas d'importance, quand même ? Genre « Papa, Maman, je vous présente mon petit ami, qu'est ce qu'on mange ce soir ? » ?!

- Calme-toi, Will.

- Que je me calme ?!

Cette fois, Will se leva en dévisageant son ami avec des yeux ronds comme des billes. Finalement, il se passa les mains dans les cheveux puis sur les yeux et se laissa retomber sur le banc.

- Excuse-moi. Je crois que c'est le manque de sommeil ajouté à deux heures à gamberger. OK. On recommence du début : qu'est-ce que tu vas dire à tes parents et je viens faire quoi moi là au milieu ?

Jeremy sourit en lui prenant la main.

- Je veux juste que tu connaisses ma famille et que ma famille te connaisse. Et accessoirement passer ces vacances avec toi. Pour mes parents, ajouta-t-il en haussant les épaules, je t'avoue que je ne sais absolument pas comment ils réagiront, mais je ne crois pas que ça leur posera un problème. On en a souvent parlé et…

- Je croyais qu'ils n'étaient pas au courant ?!

- Nan, mais ils nous ont toujours dit que nos orientations sexuelles, politiques ou religieuses ne regardaient que nous, du moment qu'on les assumait et qu'on y trouvait le bonheur.

- Tu mets le sexe dans la même catégorie que la politique ou la religion toi ?

Jeremy éclata de rire. C'était bien de Will de ne retenir qu'un détail dans une phrase.

- C'est un exemple, idiot ! Toujours est-il, qu'ils nous ont toujours dit qu'ils n'étaient pas là pour nous juger mais juste pour nous ramasser si on tombait. Alors, je pense pas qu'ils réagiront mal. Il leurs faudra peut-être un temps pour encaisser, mais je veux vraiment qu'ils te connaissent, et pas avec l'étiquette « meilleur pote ».

Ses yeux avaient brillé à cette dernière phrase. Will comprit alors à quel point cette présentation était importante pour son petit ami. Depuis que sa famille avait déménagé, trois ans plus tôt, Jeremy vivait seul dans le petit appartement que ses parents lui avaient acheté pour qu'il puisse poursuivre ses études dans sa ville natale. A l'époque, il se souvenait que son ami avait eu du mal à se passer des siens dont il était très proche. Il était donc plutôt ému qu'il veuille l'intégrer dans cette famille-cocon qui était si importante à ses yeux. C'est donc sans plus hésiter qu'il lui donna son accord.

- OK, je viens. Mais il va falloir prendre un autre billet de train et je doute qu'on en trouve d'ici demain, vu que c'est les départs en vacances.

Will vit alors son ami un peu gêné.

- Euh… En fait…

- Oui ?

- Bah, j'ai pris deux billets.

Will le fixa, stupéfait.

- Et si j'avais dit non ?

Jeremy le regarda dans les yeux avec défi.

- J'aurais annulé les deux billets. Hors de question de passer ces deux semaines sans toi.

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- Will, si tu ne te calmes pas, tu vas finir par faire dérailler le train.

Jeremy venait de poser sa main sur la cuisse de son compagnon qui était agitée de soubresauts depuis quelques minutes.

- J'aimerais bien t'y voir, toi, grommela le jeune homme.

Dans moins de dix minutes, le train entrerait en gare et il ferait la connaissance des parents de Jeremy. Même si celui-ci lui avait affirmé que tout se passerait bien, lui ne pouvait s'empêcher d'appréhender la confrontation.

La veille au soir, tandis que lui faisait ses valises en hâte, Jeremy avait appelé ses parents pour leurs annoncer qu'il aurait un invité. Ses parents n'avaient émis aucune objection, demandant juste si c'était un gros mangeur, pour adapter le menu en conséquence. Will en aurait ri, s'il n'avait pas été aussi nerveux. Bien entendu, Jeremy n'avait pas précisé son « statut » voulant le leur dire de vive voix. Du coup, après presque quatre heures de train et une nuit des plus courtes à réfléchir à ce qu'il dirait à ses beaux-parents, puisque c'était cela, d'une certaine manière, Will voyait l'échéance approcher et son courage diminuer en proportion de la distance qui les séparait encore de leur gare d'arrivée.

Jeremy le ramena à la réalité en lui prenant la main pour la porter à ses lèvres avec un regard tendre.

- Tout se passera bien, tu verras, lui répéta-t-il pour la énième fois.

Will lui rendit un sourire un peu crispé.

- C'est pas moi qui devrais dire ça, normalement ?

- Nan, parce que, moi, je connais mes parents.

Un quart d'heure plus tard, après avoir bataillé pour descendre leurs affaires sur le quai et être sortis de la petite gare, Ils étaient tous les deux sur le trottoir à attendre les parents de Jeremy qui n'étaient pas encore arrivés. Même s'il avait paru sûr de lui dans le train, le jeune homme commençait à montrer des signes de nervosité. C'était une chose que de parler de théorie, même avec ses parents, c'en était une autre que de trouver le bon moment pour présenter officiellement William comme son compagnon sans brusquer les choses mais sans les laisser traîner non plus.

Il se voyait mal le leur dire sur le parking de la gare, tout en chargeant leurs sacs dans la voiture, mais, d'un autre côté, une fois les présentations faites, il ne savait pas trop comment revenir dessus pour leur préciser que Will n'était pas seulement son colocataire. Bref, il se torturait plus l'esprit depuis deux minutes qu'ils étaient descendus du train que depuis une semaine qu'il avait décidé qu'il emmènerait Will avec lui pour ces vacances.

Finalement, une Clio blanche s'arrêta à leur hauteur et sa mère en descendit avec un immense sourire et il oublia toutes ses tortures mentales. Il verrait bien.

- Coucou, mon grand, s'exclama sa mère en déposant un smack sur chacune de ses joues avant de le serrer dans ses bras.

Jeremy lui rendit son salut et son étreinte avant de faire de même avec son père qui était descendu à son tour. Alors que son père le lâchait, il vit qu'il n'avait même pas à présenter Will, sur lequel sa mère avait déjà littéralement fondu pour lui faire la bise avec force sourires et mots de bienvenue. Son père, plus réservé, se contenta d'une poignée de main et d'un sourire.

Au bout du compte, ils mirent leurs sacs dans le coffre et montèrent à l'arrière de la petite voiture sans que Jeremy ait seulement eu l'occasion de faire des présentations formelles entre ses parents et son petit ami. A la place du chauffeur, sa mère babillait comme à son habitude quand elle « récupérait » un de ses grands enfants.

- C'est super, on peut dire que toute la famille sera au complet, ce week-end. Ce sera la première fois depuis au moins trois mois !

Jeremy se réjouit sincèrement.

- Quoi ?! Minie sera là aussi ce week-end ?

- Et oui ! Elle monte ce soir pour passer trois ou quatre jours avec ses vieux ringards de parents !

- Maman !

- Oh ! Je plaisante, poussin ! Et les garçons n'ont pas de sorties de prévues non plus, alors ce sera autarcie jusqu'à lundi !

- T'as fait des réserves, au moins, rit Jeremy, qui adorait positivement ces moments où sa famille se repliait sur elle-même pour ne laisser entrer ni sortir personne.

Il était d'autant plus heureux que, cette fois-ci, Will serait inclus dans ce qu'ils appelaient l'« autarcie » Une manière de plus de le faire entrer dans le cercle très fermé de sa famille.

- Bien sûr ! Quelle question ! A croire que tu ne connais pas ta mère, ironisa son père. Elle a dévalisé le rayon pâtisserie pour toi et le rayon fromage pour ta sœur ! Le frigo était tellement plein que j'ai dû déployer des trésors d'imagination pour arriver à y faire rentrer ma modeste bouteille de vin.

Jeremy éclata de rire quand sa mère tapa sur la cuisse de son mari avec un « mais euh » des plus adultes. Qu'il les adorait ces deux-là ! Un sourire lui faisant trois fois le tour de la tête, il se tourna vers Will pour lui faire partager son bonheur. Celui-ci n'avait pas décroché un mot, mais ne semblait pas trop mal à l'aise. Il lui rendit d'ailleurs son sourire.

Ils avaient tacitement décidé que ce serait à Jeremy de choisir le bon moment, alors le jeune homme attendait simplement que ce dernier se déclare en jouant le rôle de meilleur ami qu'il connaissait bien pour l'avoir tenu pendant un peu plus de cinq ans. En attendant, il appréciait cette ambiance chaleureuse si différente de celle qu'il avait lui-même vécue dans sa propre famille. Il comprenait mieux d'où Jeremy tenait son exubérance et son équilibre.

- Et t'as pris quoi pour Frizou et Juju ? demanda Jeremy quand il eut terminé de rire. Parce que sinon, ils vont être jaloux !

Sa mère fit la moue comme une gamine prise en faute et répondit d'une petite voix :

- Pff ! Saucisson pour Frizou et tartifflette pour Juju, bien sûr.

Jeremy repartit dans son fou rire.

- C'est vraiment à se demander qui sont les enfants dans cette famille.

Puis se tournant vers Will, le jeune homme lui expliqua :

- Faut savoir que, dans ma famille, l'amour est directement proportionnel à la quantité de bouffe qu'on met dans ton assiette.

- C'est fini oui ?! feignit de se vexer sa mère.

William sourit. D'une certaine façon, c'était presque une déclaration d'amour qu'il venait d'avoir là. Repensant aux petites attentions culinaires de son compagnon, il réalisa à quel point cette équation lui donnait une idée des sentiments de son compagnon à son égard. A commencer par son habitude de lui préparer son café le matin ! De quoi se sentir aimer !

Au regard qu'ils échangèrent, Jeremy comprit ce que son petit ami venait de déduire et en fut plutôt content.

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Cela faisait maintenant une heure qu'il était entré dans cette maison et il s'y sentait presque aussi bien que dans leur appartement. Quand ils avaient passé le pas de la porte, deux garçons survoltés avaient littéralement sauté sur Jeremy pour lui faire la fête comme deux jeunes chiots. Après ces effusions, Will avait appris que le plus jeune était Julien, alias Juju et âgé de 13 ans, et son frère Grégory ou Frizou avait 15 ans. Mais visiblement, leur age mental avait tendance à diminuer sérieusement quand ils étaient entre frères. Pour un peu, William en aurait été jaloux, lui qui n'avait que sa sœur.

D'après ce que lui avait dit son compagnon, il ne manquait donc plus que Sophie, dite Minie donc, pour que la famille soit au complet. La fille aînée ne les rejoindrait qu'en fin d'après-midi.

Et maintenant, les plus jeunes étant remontés dans leurs chambres en attendant le repas, la mère de Jeremy s'affairait dans la cuisine, son père assis à la table, épluchant tout ce que sa femme lui mettait dans les mains, ce qui étonnait particulièrement Will.

Ils étaient donc tous les quatre et, au regard que Jeremy venait de lui lancer, William comprit que c'était CE moment que son compagnon attendait pour parler avec ses parents. Il essaya donc de contrôler les tremblements de ses mains et attendit la suite un peu nerveusement.

Jeremy inspira à fond et profita d'un blanc dans le babillage de sa mère pour prendre la parole.

- Euh… En fait, il y a un truc que je voudrais vous dire.

- Hum ? fit distraitement sa mère en touillant sa sauce.

- C'est important, ajouta Jeremy pour obtenir un peu plus d'attention.

Sa mère se tourna donc vers lui en soulevant les sourcils et son père quitta sa carotte des yeux pour les fixer sur leur fils.

- Bon, vu qu'il n'y a pas trente six solutions pour le dire et qu'on est plutôt direct dans cette famille, je vais faire la version courte, commença Jeremy sans remarquer qu'il partait dans la longue justement. Voilà : vous savez que Will et moi on vit ensemble depuis un mois ?

- Oui ? l'encouragea sa mère.

- Et bien, disons qu'on… n'est pas colocataires… On est en couple, lâcha-t-il en fixant sa mère dans les yeux.

Un ange passa. Will aurait même juré qu'ils étaient toute une armée et qu'ils ne se pressaient pas pour sortir vu le silence qui se prolongeait. Jeremy et sa mère ne se quittaient pas des yeux et la carotte en cours d'épluchage venait de tomber sur la table. Finalement, sa mère cligna des yeux et ferma la bouche avant de demander d'une voix peu assurée :

- Euh… Jeremy… Es-tu en train de dire que tu es… Que William et toi, vous… Que vous…

- …Vous êtes gays ? compléta son père en montant dans les aigus.

Pour le coup, c'est sa femme qui le dévisagea avec incrédulité, avant de s'assoire pour mieux encaisser. Jeremy était un peu déçu. Lui qui avait assuré à son compagnon que ses parents ne le prendraient pas mal. Il répondit cependant à la question avec une nuance de défi dans la voix.

- Oui.

Un nouveau silence et sa mère reprit laborieusement la parole :

- Euh… Whaou ! Je… je ne sais pas quoi te dire, Jeremy.

- Je n'attends pas vraiment de réponse, Maman…

- Bien sûr que si ! le coupa son père. Sinon tu ne nous aurais rien dit !

L'armée d'ange repassa dans l'autre sens tandis que Jeremy baissait les yeux, ne sachant pas trop quoi ajouter. Will, qui était rester depuis le début debout dans l'encadrement de la porte, regarda son compagnon avec peine, sans oser zieuter du côté de ses parents. Finalement, après un silence qui sembla durer trois siècles, ce fut Madame qui repris la parole avec hésitation :

- Ecoute, Jeremy, je ne sais pas trop ce que tu attendais de nous en nous disant ça mais… Ton père à raison, si tu n'avais pas voulu notre avis, tu ne nous aurais rien dit. Alors, je vais jouer les radoteuses mais, on vous l'a toujours dit, il me semble : tant que vous êtes heureux et que vous ne tombez pas dans le grand banditisme, vos choix ne nous regardent pas. Nous sommes tes parents et… nous serons toujours derrière toi pour te soutenir, même si nous pensons que tu fais une erreur…

- Une erreur ? s'exclama son fils.

- Le mot n'est peut-être pas très bien choisi, je te l'accorde. Disons un choix difficile.

- J'ai pas vraiment choisi tu sais.

- Fainéant comme tu es, je me doute, ironisa gentiment la femme, voulant sûrement détendre un peu l'atmosphère.

Le jeune homme eut un sourire un peu forcé avant de se tourner vers son père :

- Papa ?

- …

- Tu… n'as rien à dire ?

L'homme inspira à fond.

- Je ne peux pas vraiment dire que ça m'enchante, je dirais même que ça me fait faire du souci, mais comme l'a dit ta mère, nous ne sommes pas là pour t'empêcher de tomber mais pour te ramasser si tu tombes.

Devant les yeux écarquillés de son fils, il continua :

- Ne te méprends pas, Rem', ce n'est pas que tu aies trouvé chaussure à ton pied qui me pose problème, au contraire. D'ailleurs, tu es le bienvenu dans notre famille, William, ajouta-t-il en se tournant vers le jeune homme toujours muet, seulement il ne faut pas jouer les autruches et vous aurez plus de difficultés qu'un couple « normal »

- On n'est plus au Moyen-Age, Papa, plaisanta Jeremy qui était quand même rassurer par le surnom donné par son père.

- Peut-être, mais tu ne me feras pas croire que tous les imbéciles de cette planète ont disparus pendant la nuit.

- Jeremy, je crois ce que ton père essaye de te dire, c'est que nous sommes bien conscients que vous allez rencontrer plus de problèmes que les autres et que nous voulons que tu saches bien que nous sommes là, en cas de besoin.

Son mari hocha la tête gravement.

A ce signe, Will relâcha un souffle qu'il n'avait même pas eu conscience de retenir et sourit enfin de soulagement quand son petit ami se jeta dans les bras de sa mère. Au moins, Jeremy n'aurait pas perdu sa famille à cause de lui.

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- Will ?

- Hum… ?

- Tu dors ?

Will sourit, amusé par cette question stupide et répondit ironiquement.

- Oui.

Son compagnon gardant le silence, il se retourna dans ses bras pour lui faire face.

- Qu'est-ce qu'il y a ?

Jeremy déposa un baiser sur le bout de son nez avant de répondre :

- Rien, je suis juste content de cette journée.

- Avoue que tu n'étais pas si sûr que ça de leur réaction, hein ? le taquina son compagnon.

- En fait, je n'avais peur que de la réaction de mon père. C'est marrant, hein ? Je n'aurais jamais cru que mon père me demanderait de but en blanc si j'étais « gay » Je pensais qu'il garderait le silence et que je n'aurais sa réaction que demain, comme toujours, parce qu'il a un temps de maturation plus long que ma mère pour ce genre de nouvelles.

- Je trouve que sa réaction était… parfaite.

- Oui. Parfaite.

Il bailla en resserrant ses bras autour du corps chaud niché contre lui. Will soupira de bien être. Il se sentait mieux ici, plus chez lui qu'il ne l'avait jamais été chez ses parents.

- Will ?

- Hum… ?

Un baiser dans le cou et son petit ami termina dans un grommellement endormi :

- Je suis bien là. Je suis heureux.

- Moi aussi.

-------------- Retour au présent --------------

- Jeremy, si tu continues je vais finir par te la piquer cette glace !

Joueur, Jeremy tapa de sa cuillère celle que Will approchait de sa coupe pour lui chiper un peu de son dessert.

- Pas touche ou tu me le payeras !

Will éclata de rire à cette mise en garde avant de hausser les épaules. Rapide comme un écureuil, il vola la cerise qui décorait la glace de son compagnon et la goba en lui faisant son sourire le plus innocent :

- Pas grave, j'ai les moyens de payer… en nature…

FIN

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Voilà ! J'espère que cette dernière partie vous aura plue et qu'elle ne fera pas trop « tâche » dans le reste de la fic. Je tiens à préciser (parce que c'est important pour moi, même si pour vous c'est pas super intéressant ) que ceci est en fait un hommage à ma propre famille qui est exactement telle que je décris celle de Jeremy. Même si je sais qu'ils ne liront jamais ces lignes (pitié, tout mais pas ça ;;) il se trouve qu'ils sont aussi merveilleux (sans exagération aucune !!) que je les décris ici, et que ça méritait bien cette dédicace !

Sinon, je remercie ceux qui m'ont lue et plus particulièrement ceux qui m'ont laisser un petit mot ! Je suis désolée de ne pas avoir pris le temps de vous répondre individuellement (pas taper pas taper !) mais mes 26 heures ne me suffisent pas, par jour (comment ça y'a que 24h ? ;) Donc merci beaucoup à : Chat de minuit, nonof, Naoya, mic, Warau, L'ange gardien, Aceituna, Nahel, le.temps.des.cerises, Amandine, Cassis de Rusendraie et manga fan ! Vous n'imaginez même pas à quel point vous m'avez fait plaisir en prenant le temps de me laisser une pitite review ! (surtout que dans le lot, il y en a plusieurs dont je suis les écrits avec beaucoup d'intérêt, et même pour lesquels j'ai dresser des autels de vénération à leur effigie !! )

Voili voulou.

Sur ce, je repars bosser (bah voui, il faut bien) et je vous dis à la prochaine (je planche sur 2 autres fics, mais je ne les mettrais ligne qu'une fois avancées un minimum, histoire de ne pas risquer de ne pas les finir !!!)

Bisous à tous

Gawella