Laisse-moi te dire à quel point tu m'as fait du mal. J'espère simplement que tu ne t'en es pas rendu compte…

En première année, tu me plaisais bien, mais tu n'étais qu'un parmi d'autres mecs mignons dans l'amphi. Bien sûr, j'en savais un peu plus sur toi que pour les autres. Nous partagions un cours d'allemand.

Et c'est à la fin de cette première année que j'ai commencé à m'accrocher, stupidement. Et tu sais pourquoi ? Parce que j'ai cru que tu te rapprochais de moi, que peut-être je te plaisais… Tu te mettais parfois à côté de moi en cours d'allemand, et alors nous parlions, sans écouter les exposés, tu jouais avec mes affaires, nous nous frôlions parfois, et j'en frissonnais de la tête aux pieds, nous riions. Parfois, en cours, quand tu n'étais pas à côté de moi mais en face, nos regards se croisaient et pendant quelques secondes je me perdais dans tes yeux. Je me maudissais de ne pas avoir le courage de te pousser à te dévoiler un peu plus, j'aurais voulu que nous soyons plus proches…

Pendant les partiels, quelques semaines plus tard, tu m'as montré que tu faisais attention à moi. En effet, un de nos partiels avait été annulé au bout de pratiquement trois heures, et le lendemain, en attendant de le recommencer, nous discutions, et tu me disais que tu avais remarqué que j'écrivais petit, et que j'avais bien avancé, et je ne sais plus quoi d'autre. J'étais tellement heureuse, je me disais que tu t'intéressais vraiment à moi, que je n'étais pas aussi transparente que ce dont j'avais l'habitude. Tous les soirs, avant de m'endormir, je me promettais que le lendemain je te demanderai ton numéro de téléphone, ou ton adresse mail ou MSN, pour « garder le contact » pendant les quatre mois de vacances qui nous attendaient et qui, j'en étais sûre, seraient terriblement long pour moi, sans te voir. Mais le dernier partiel s'est terminé sans que j'ose quoi que ce soit. Je me suis raccrochée au fait que moins d'un mois plus tard nous allions revenir pour voir nos résultats, et que peut-être je te croiserais. Nous pourrions discuter, comme ça.

J'ai eu mon année, et je suis allée fêter ça dans un bar proche, avec une amie. Je n'avais pas choisi ce bar au hasard, parce que je savais que tu aimais y aller. Et cette fois encore, tu y étais, mais avec un de tes amis, alors tu m'as à peine adressé la parole, juste le temps de m'informer que toi aussi tu passais en deuxième année, et de me féliciter pour mes propres résultats. J'en ai profité pour t'observer, discrètement, je te trouvais plus beau que dans mon souvenir, et surtout plus beau que sur la photo de toi que j'avais trouvée sur le site internet de l'association des élèves.

Le mois de juillet fut particulièrement long, même si je voyais mes amies très souvent, je ne pensais qu'à toi, et je ne savais pas comment j'allais supporter de ne pas avoir de tes nouvelles pendant trois mois. Je ne parlais quasiment que de toi à mes amies, qui devaient sûrement en avoir marre. Je me suis rendue compte que j'étais complètement amoureuse de toi quand je me suis réveillée en pleine nuit, avec le souvenir exact de ce que je venais de rêver. Une rencontre par hasard, et un simple baiser, mais qui m'avait laissé des papillons dans l'estomac quand je me suis réveillée. Je devais faire quelque chose ou j'allais devenir folle.

La solution m'est alors apparue. Je suis retournée sur le site internet de l'association des élèves, sur le forum plus précisément, et j'ai trouvé ton pseudo, et LE lien, un lien pour t'envoyer un mail. Je ne savais pas vraiment si je devais oser. Finalement, deux jours avant mon anniversaire, mes amies m'ont convaincu de le faire. Rentrée chez moi, je t'ai donc envoyé un mail, pour « prendre de tes nouvelles », je t'ai raconté mon début d'été en quelques phrases, dit que le surlendemain je fêtais mon anniversaire, qu'ensuite je partais en voyage et j'ai envoyé après quelques minutes d'hésitation, et en retenant ma respiration. J'ai eu du mal à m'endormir cette nuit-là, en espérant ne pas avoir fait une erreur, en espérant que tu me répondrais, et que peut-être…

Le lendemain matin, je me suis levée tôt et la première chose que j'ai faite c'est d'aller vérifier mes mails. Tu m'avais répondu ! un court message, dans lequel tu me donnais de tes nouvelles. Tu partais dans ton pays d'origine pour un mois. Et tu me souhaitais un très bon séjour, et un très bon anniversaire. J'étais dans un état incroyable, je tremblais, souriais et avais envie de hurler de joie. Ce que je n'ai pas fait, je ne voulais réveiller personne. Mais j'ai aussitôt envoyé un message aux amies qui m'avaient décidé à envoyer le mail, et raconté toute l'histoire à une autre amie sur MSN. D'ailleurs, je t'avais ajouté à mes contacts MSN, en espérant entendre parler de toi avant ton départ, et le mien. Je n'ai pas eu cette chance, mais ce fut quand même une des plus belles journées de ma vie, un cadeau d'anniversaire en avance, qui me laissait sur mon petit nuage, me faisait espérer et rêver d'un avenir dans tes bras.

Pendant les deux semaines qu'a duré mon séjour à l'étranger, j'ai continué à rêver à « nous », ce « nous » qui allait peut-être exister un jour.

Quand je suis rentrée, j'ai trouvé un job pour quatre semaines, et recommencé mes leçons de conduite. Je savais que tu ne reviendrais pas avant encore deux ou trois semaines, alors j'ai patienté, consultant quand même chaque jour mes mails et passant des heures sur MSN, en espérant que tu aurais peut-être un accès à internet là-bas. Mais rien, pendant trois semaines.

J'ai passé mon permis un lundi matin, je ne travaillais pas ce jour-là. Je l'ai eu, du premier coup, et j'en ai fait profité tout le monde en l'affichant sur mon pseudo MSN. Tu étais connecté, rentré de voyage depuis peu visiblement, mais je n'ai pas osé te dire bonjour. Je voulais que ce soit toi qui prenne l'initiative, cette fois. Ce que tu as fait au bout d'un long quart d'heure. En me félicitant pour mon permis. La discussion était partie, nous avons parlé de nos voyages, et de mon boulot. Je crois que je parlais plus que toi, et tu mettais du temps à répondre. Ça aurait déjà du m'alerter. Mais je nageais dans la joie et je ne m'occupais pas de ces détails. Surtout, je bougeais dans tous les sens, je faisais des fautes de frappe parce que mes doigts tremblaient trop fort, à cause de l'émotion de m'avoir pour moi toute seule à l'autre bout de nos connexions internet. Tu n'a pas parlé d'une fille quand tu disais que tu devais revoir tes amis que tu n'avaient pas vu depuis longtemps. Je ne croyais pas ma chance. Nous n'avons pas discuté très longtemps, parce que je devais faire à manger à ma petite sœur. Quand je suis revenue à l'ordinateur après le repas, tu t'étais déconnectée.

Pendant les trois semaines suivantes, nous nous sommes vus occasionnellement sur MSN. Nous étions souvent connectés au même moment, surtout le soir, mais je n'osais pas aller te voir. Et je commençais à me poser des questions, parce que toi non plus tu ne prenais pas vraiment l'initiative de me parler. Une fois tous les cinq ou six jours. La rentrée approchait à grand pas, et je me suis dit que ce serait décisif, pour savoir si tu tenais ou non un peu à moi. Je trouvais que tu m'ignorais beaucoup, parfois nos conversations s'arrêtaient brusquement parce que tu ne répondais plus. J'avais peur d'être totalement inintéressante, alors j'en devenais provocante, jouant sur les pseudos MSN où j'affirmais que les hommes étaient tous des connards, ce qui te faisait réagir parfois : « non pas tous ». Mais tu ne me suivais jamais quand j'essayais de te faire réagir un peu plus, en disant par exemple que je ne connaissais pas d'exceptions.

Je doutais donc beaucoup. Et ces doutes ont pris une nouvelle importance quand le jour de la rentrée, tu es passé près de moi une ou deux fois sans même m'accorder un regard, alors je ne parle même pas d'un bonjour. Ça a été le début d'une belle déprime. Je détestais la semaine, je détestais te croiser mais je ne pouvais pas m'empêcher de te regarder pendant des heures en amphi. Nous n'étions plus dans la même classe, même en allemand. Je n'avais aucune raison de te parler. Je te souriais quand je te croisais mais tu m'ignorais.

Une fois, à la bibliothèque, tu es passé me voir. C'était parce que tu avais besoin d'écouteurs. Que je ne t'ai pas donné.

Pendant la soirée d'intégration des premières années, en boîte, tu as continué à m'ignorer, alors que je dansais à côté de toi, en cherchant ton regard. Tu as même fini par changer de place sur la piste. La déprime s'accentuait. Je ne savais plus si je n'avais pas rêvé tout ça. Je ne savais plus pourquoi j'étais tombée amoureuse de toi, alors que tu te révélais de plus en plus être un vrai connard.

J'attendais donc le week-end avec impatience, pour te retrouver sur MSN. Mais là aussi les contacts étaient inexistants. Je ne voulais toujours pas aller te parler, surtout que ma fierté en avait pris un coup.

Un samedi soir, finalement, tu es venu me parler sur MSN. Sans aucune délicatesse, tu m'as à peine dis bonjour et demandé comment j'allais, tu m'as demandé si j'avais déjà travaillé sur le texte sur lequel tu galérais en allemand, et si je pouvais t'aider, ou en gros faire le boulot à ta place. Je n'ai pas su dire non, mais je n'ai pas fait de zèle. La conversation a ensuite pris un tour plus personnel, tu me parlais un peu de toi, mais au bout d'un quart d'heures, tu m'as annoncé que tu allais te coucher. Pourtant, tu es resté connecté. Je me rendais de mieux en mieux compte que j'étais en train de me faire avoir. Mais je ne pouvais pas m'en empêcher. J'étais amoureuse, et je refusais de voir que tu te servais de moi. Mes semaines étaient toujours aussi sombres, et je passais toujours de longues heures sur MSN, jusque tard le soir le week-end, en espérant que tu reviendrais me voir.

Les vacances de la Toussaint sont arrivées. Je me suis dit que ça me permettrait de faire une pause, et de moins penser à toi, parce que je te verrais moins. Mais là encore, je n'ai pas réussi. Le premier samedi après-midi, tu es venu me parler, sans aucune arrière-pensée apparemment. Nous avons discuté longtemps, j'en ai beaucoup appris. Et quand tu as du partir pour « ranger ta chambre », tu as écrit « bisous ». Tu ne l'avais jamais écrit, j'ai pris ça comme un signe d'affection. Voulant me protéger un peu, j'ai simplement répondu ciao, comme d'habitude. Mais je ne tenais plus en place. « Bisous ». J'y ai pensé tout l'après-midi. Je pensais que ça voulait peut-être dire quelque chose. Que je ne m'étais peut-être pas trompée, que tu étais un mec bien, au fond, et que je ne m'étais pas faite avoir, finalement. Peut-être que tu n'avais simplement pas envie que tes amis nous voient discuter ensemble. D'ailleurs même ça aurait du me faire réfléchir. Qui voudrait d'un mec qui a trop honte pour avouer à ses amis qu'il parle avec nous ? Mais j'ai laissé passer ce problème, et j'ai recommencé à me faire des illusions.

Ça n'a pas duré longtemps. Le soir même, pour une fois, c'est moi qui t'ai adressé la parole quand tu t'es connecté, après une demi-heure d'hésitation. Tu ne m'as même pas répondu. J'en ai pleuré, le soir, dans mon lit. Je ne te comprenais absolument pas. J'aurais voulu que quelqu'un m'explique pourquoi tu étais comme ça avec moi, mais mes amies sont toutes des filles, aucune ne savait mieux que moi comment analyser le comportement d'un mec.

J'ai donc voulu t'oublier. Je me suis empêchée de t'adresser la parole, je me suis promise que si tu m'envoyais un message, je ne te répondrais même pas. Si c'était pour t'entendre parler d'allemand encore une fois, aucun intérêt. Je crois que j'ai commencé à te détester, à voir tes défauts : tu es frimeur, trop sûr de toi, pas si beau que ça…

Et au mois de décembre dernier, j'ai eu la désagréable surprise de te voir embrasser une fille de première année. Même pas jolie. Le week-end suivant, je t'avais supprimé de mes contacts MSN, bloqué, et j'avais promis de ne plus jamais t'adresser le moindre regard. Je me désintoxique peu à peu.

Au mois de janvier, pendant les partiels, tu m'as à nouveau adressé la parole. Une première fois parce que tu te posais une question en allemand. Une deuxième fois parce qu'il te manquait une feuille pour réviser pour le partiel de l'après-midi. Que je ne t'ai pas prêtée. Ça montre bien comment tu es. Tu n'as fait que m'utiliser pendant ces derniers mois, tu avais sûrement remarqué l'effet que tu me faisais.

Aujourd'hui, je crois bien que je te déteste. Ce qui est sûr, c'est que je voudrais te faire souffrir, comme tu m'as fait souffrir. Quand je te vois, mon cœur crie vengeance, parce que tu l'as brisé et piétiné, alors qu'il n'en avait vraiment pas besoin. Je pense avoir réussi, je crois que désormais tu fais partie de mon passé. Si tu ne m'es pas encore indifférent, je ne ressens plus ni amour ni attirance. Seulement de la haine. Mais pourquoi m'avoir fait souffrir à ce point ?


Voilà, j'espère que ça vous a plu !! Si oui, j'attends vos reviews avec impatience !!