Ma première histoire de l'année. Un petit coup de déprime, un temps pourri dehors, voilà ce que cela peut donner.

Bonne lecture!

Un jour de pluie.

J'en ai marre, je ne sais pas pourquoi. Et je ne peux en parler à personne. Personne ne m'écoute de toute façon Et qu'est-ce que cela y changerait ? Il faut que je sorte. J'ai l'impression d'étouffer. L'impression que les murs se rapprochent au fur et à mesure jusqu'à m'écraser. Il faut que je sorte.

Dehors il pleut, pour ne pas changer, mais je m'en fiche, c'est à peine si j'en ai conscience. En plus je commence à avoir froid, j'aurais dû prendre une veste. Tant pis, la pluie n'a jamais tué personne, en tout cas pas encore.

Pourquoi suis-je sorti déjà ? Ah oui, j'avais besoin de faire le point, de réfléchir. Réfléchir à quoi ? A ma vie ? Il n'y a pas grand-chose à en dire. Je me sens vide, seule, insignifiante. Coup de blues me direz-vous. Je ne savais pas qu'un coup de blues durait plus de deux semaines Normalement c'est passager. Mais là, non, ça dure et je ne peux rien faire contre.

J'essaye pourtant de penser à autre chose, mais comment réussir à oublier à quel point on est nulle quand cela devient une évidence ! Même en compagnie de mes amies je me sens mal. Inconsciemment je me compare à elles, et je voie que je ne fais pas le poids.

D'ailleurs, pourquoi sont-elles mes amies ? Qu'est-ce qui les a attiré chez moi ? Ou bien était-ce simplement de la pitié ? Je ne sais pas, je ne veux même pas savoir. Je suis anesthésiée.

Pourquoi suis-je dans cet état ? Je me pose la question depuis ce matin sans trouver de réelles réponses. Je me sens mal, c'est tout. Mal dans ma peau, mal dans ma vie, mal avec les autres. Mal aimée, mal comprise. Je ne suis rien.

Rien pour tout le monde, rien à ses yeux. Il ne sait même pas que j'existe. Nous n'appartenons pas au même monde. Lui, beau, gentil, drôle, attentionné. Moi, laide, irascible, débile et chiante. Pourquoi s'intéresserait-il à moi ? Je n'en vaux pas la peine, il l'a bien compris.

La pluie est plus forte. Je marche au hasard. Mes pas me conduisent devant son immeuble, quelle coïncidence ! Je monte sur le toit. La vue aurait sûrement été très belle s'il aurait fait beau. Je m'assoie sur le rebord, les jambes au-dessus du vide. J'ai toujours aimé faire ça, d'avoir l'impression d'être à la frontière entre la vie et la mort. Sur le rebord et dans le vide. Je suis complètement trempée, si ma mère me voyait comme ça, elle en ferait une jaunisse.

La pluie se calme peu à peu, c'est bien ma veine. Elle n'est plus qu'un petit crachin maintenant. Et pourtant je sens quelque chose d'humide couler sur mes joues. Des larmes ? Depuis quand n'ai-je plus pleuré ? Je pensais être anesthésiée, il faut croire que non. Je pleure sur ma misérable vie ; sur toutes ces années gâchées, à cacher la vérité ; sur lui bien sûr, qui n'en sais rien.

Je suis entièrement secouée de sanglots, je ne peux plus m'arrêter. Peut être que je ne le veux pas non plus. Je suis à bout, je n'en peux plus ! Pourquoi ne pas en finir ici et maintenant ? C'est l'endroit rêvé. Se suicider depuis le toit de l'immeuble de celui qu'on aime, c'est tellement romantique. Je me lève avec difficulté, je n'ai plus d'énergie, le dernier fil qui me retenait vient de se rompre.

Soudain, j'entends des pas derrière moi. Je me retourne lentement comme dans un rêve, les joues encore brillantes de larmes. C'est lui. Je n'ose y croire. Lui en face de moi, à un moment pareil ? Il a l'air inquiet. Il s'approche de moi. Instinctivement, je recule. Je me retrouve sur le rebord du toit. Il s'arrête et me regarde avec ses grands yeux verts.

- « Flora, que fais tu ici ? » me demande-t-il.

Quelle question ! Je suis venue m'éclater la cervelle sur le sol, et sinon toi ça va ? Je ne répond pas, à quoi bon ?

- « Flora, qu'est-ce qu'il y a ? Tu as l'air bizarre depuis quelques jours. » Il fait un pas dans ma direction.

Ainsi il a remarqué que j'étais bizarre. Je devais vraiment avoir une tête à faire peur alors !

- « Tu ne devrais pas rester aussi près du bord. Viens avec moi, en plus tu es trempé, tu seras mieux à l'intérieur. » Il s'approche encore de moi et me tend la main.

Il a vraiment de beaux yeux, verts avec des paillettes dorés. J'aimerais pouvoir m'y noyer. Je me retourne à demi vers lui avec un sourire triste.

- « C'est trop tard Eric, c'est trop tard »lui ai-je répondu. Ma voix est toute éraillée à force de pleurer, mais qu'importe.

- « Trop tard pourquoi ? Viens avec moi, je t'en prie. Tu me fais peur. »

Oui, je te fais peur, c'est l'effet que je fais à tout le monde.

- « Non, je ne peux pas. J'en ai assez de faire semblant d'être heureuse alors que rien ne va. J'ai envie de hurler, je suis à bout. J'ai perdue tout espoir… » Je me remets à pleurer. « Plus rien ne me retient ici. De tout façon, je me sens déjà comme morte, autant en finir maintenant… » Je me retourne pour ne plus voir son visage horrifié. Je ferme les yeux et respire un grand coup.

- « Non, attend ! Tu n'as pas à faire cela ! Flora, je suis sûr que tout va s'arranger, tu verras. Je te soutiendrais et je t'aiderais s'il le faut ! Flora ! » Il avance encore et se retrouve juste derrière moi.

Je me retourne et le regarde dans les yeux. J'aimerais rester ainsi éternellement. Il me tend de nouveau la main. Je souris et lui prend lentement. Je referme sa main entre la mienne.

- « Adieu Eric. » Je lâche sa main et me laisse tomber en arrière. La dernière chose que je voie, c'est lui, penché par-dessus le toit, hurlant mon nom.

- « FLORA !!! » Je tends ma main vers son corps en chute libre, mais il est déjà trop tard. Quelques secondes plus tard, son corps heurte durement le sol dix mètres plus bas. Pourquoi a-t-elle fait cela ? Pourquoi alors que je m'étais enfin décidé à lui avouer mon amour ? Je donne un violent coup de poing contre le sol. Mais la douleur que je ressens n'est rien comparée à celle qui me broie le cœur. J'ai l'impression de mourir. Qu'une partie de mon être est mort avec elle. Je pense que c'est réellement le cas. Les larmes me viennent naturellement aux yeux. Moi qui me croyais fort, je pleure comme une madeleine. Et la pluie se remet à tomber.

Il a aussi plu le jour de son enterrement. Beaucoup de monde était présent, de la famille, des amis. Beaucoup de monde. La classe entière était là et une bonne partie du bahut. Tout le monde pleurait. Clara, Magalie, Jane, Aude, Nathalie, elles pleuraient toutes. Nathalie était sûrement la plus effondrée, elle qui adorait Flora plus que tout. Elle devait s'en vouloir de ne pas avoir compris que son amie allait mal. Mais comment savoir, Flora paraissait toujours tellement heureuse.

Julien aussi est là. Et Patrick, et Thomas. Des gars avec qui elle s'entendait bien. Et qui l'aimaient beaucoup. Maintenant, le plus dur est pour ceux qui reste, qui devront vivre hantés par son souvenir

Moi aussi je suis là. Thomas est venu me voir. Il m'a parlé mais je n'ai pas écouté. Aude est resté à côté de moi un moment, elle m'a serré l'épaule puis m'a laissé tout seul. Je n'arrête pas de penser à ce qu'il s'est passé sur le toit. Ce moment me hantera jusqu'à la fin de mes jours.

Sa disparition nous aura au moins appris une chose : il faut toujours dire au gens qu'on aime à quel point il sont important pour nous, avant qu'il ne soit trop tard. Pour elle, il est trop tard, et je m'en voudrais toute ma vie. J'espère que là où elle est, elle est heureuse et qu'elle a trouvé la paix. Elle le mérite. Personne ne devrait avoir à faire un geste si désespéré, Personne.

Profiter de la vie à deux cent pour cent, vivre pleinement, sans regret, avouer nos sentiments, ne pas être triste, et surtout, surtout …

…ne jamais perdre espoir.

Ca vous a plu? Trop triste, pas assez? Mettez moi des reviews SVP, j'accepte toutes les critiques.