Tout est à moi.
Ça fait vraiment un choc de l'écrire, c'est étrange mais pas déplaisant.

Genre : OS/yaoi

Rating : T

Note 1 :
Décidément, la fatigue n'a pas une bonne répercussion sur moi.
Je teste une nouveauté pour moi, une technique d'écriture.

Note 2 : Très important
Il s'agit d'un monologue. Le narrateur s'adresse à vous, lecteurs. Il anticipe (ou plutôt tente d'anticiper) les réactions de celui (le lecteur) qui l'accompagne dans son observation.
Vous vous trouvez dans la chambre du narrateur, une nuit comme les autres, à le regarder, avec à vos côtés son double imaginaire.
Je ne sais pas si c'est très clair mais bon, j'ai fait ce que j'ai pu. XD

Pour Shinoya.
Elle sait pourquoi (ou s'en doute fortement).
Merci.

Bonne lecture

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UNE NUIT, MON LIT...

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Je dors.

Si, si, je dors.

Mais puisque je vous dis que je suis endormi !

v

Comment ça, je ne suis pas crédible ? C'est pourtant une réalité.

Je dors, je fais « rompish », je pieute, je comate, je rêve du fin fond de mon plumard.

v

La preuve ? Vous en avez de bonnes, vous. C'est dans mon intimité que vous voulez rentrer là, et je ne suis pas sûr d'accepter…

Et puis merde, ok, entrez. Ce n'est pas comme si j'avais véritablement quelque chose à cacher.

v

Faites juste attention où vous mettez les pas, ma chambre est loin d'être en ordre et il est facile de se prendre les pieds dans les multiples breloques qui recouvrent mon tapis. Mais si, il y a un tapis ! C'est ce truc vaguement beige qui dépasse par là. Il a un peu disparu mais il est très présent, je vous l'assure.

Enfin, ce n'est pas notre sujet actuel, vous êtes venu pour vérifier que je me trouve bien au pays des songes, alors penchez-vous silencieusement au-dessus de mon pieu king-size. Vous voyez la bosse sous les couvertures ? C'est ma petite personne saucissonnée dans les draps et les couettes. Vu d'ici, on dirait que je dors comme un bébé et…

v

Je n'aime pas votre tête. Votre lever de sourcils indique des doutes sur la véracité de mes paroles. Ce n'est pas très sympathique de sous-entendre que je pourrais être un tantinet affabulateur. En même temps, je ne vous en veux pas, je comprends qu'une simple forme sous une couette et une masse de cheveux bruns qui dépasse, ce n'est pas très reconnaissable, surtout que nous ne nous connaissons pas très bien.

Un conseil donc, relevez doucement la couverture. Attention, hein ? Celui qui me réveille subit mes foudres. Je le bute, sans arrière-pensée. Le sommeil, c'est sacré, bordel !

Voilà, comme ça, doucement…

v

Si je fronce les sourcils et que je grommelle, c'est normal, je n'aime pas trop sentir de la fraîcheur sur mon front quand je rêve. Reposez tout aussi doucement le drap à sa place.

C'est bon maintenant ? Vous avez votre preuve ?

C'est à qui ce visage avec la barbe d'hier ?

C'est à qui ces traits un tantinet trop fins pour être véritablement virils (d'où la barbe) ?

C'est à qui ces cils noirs tellement longs qu'ils effleurent la peau fine qui protège le bas du globe oculaire ?

C'est à qui ces lèvres légèrement entrouvertes qui pourraient être tentantes à embrasser, lécher, mordiller (ou tout autre verbe qui pourrait circuler dans un esprit pervers) s'il n'y avait pas un filet de bave qui en reliait la commissure à l'oreiller ?

C'est à bibi ! Le seul, l'unique, le magistral, j'ai nommé Martin Chevalier de Veesbeeck (troisième du nom), autrement dit, moi.

Et là, vous avez toutes latitudes pour vérifier mes affirmations espèce de Saint Thomas : je suis bien en train de dormir.

Bon, évidemment, si je me mets maintenant à votre place, je peux concevoir votre inquiétude à mon égard. Il ne sert à rien de froncer les sourcils, vous tentez de la camoufler, mais elle est bien visible, comme votre pif au centre de votre face.

v

Je dors.

C'est un fait présentement établi.

Mais je dors mal.

D'où votre anxiété.

v

Ça me fait plaisir de vous savoir de tout cœur avec moi. Votre bonté d'âme n'a d'égal que votre mansuétude. Mais, veuillez m'excuser l'expression, je n'en ai strictement rien à foutre. Je devrais vous en être reconnaissant, c'est loin d'être le cas. Pire, ça me donne juste envie de gerber. Car, voyez-vous, ça fait trop longtemps que ça dure.

Deux semaines.

A longueur de nuit.

Je cauchemarde.

M'endormir sereinement me semble n'être qu'un doux rêve. Ai-je un jour atteint ce degrés d'illumination ? N'est-ce pas seul le fruit de mon imagination ?

J'ai bien peur, hélas, que la négation s'impose. Je crois qu'il a existé un temps, très très lointain, où il me suffisait de laisser reposer ma tête sur l'oreiller pour m'assoupir jusqu'au lendemain, me relevant de bonne humeur au son (pourtant crispant) de mon réveil.

Un doux rêve, je vous dis.

Actuellement, une nuit sans à coups n'est qu'un fantasme tout droit sorti d'un esprit détraqué. Ce n'est plus mon réveil qui me tire de mes songes, mais la sueur. D'ailleurs, je vous conseille de vous reculer pour…

v

PUTAIN, Attention ! Vous voyez pas que vous venez d'écraser mes fringues de demain ? Un peu de respect pour les affaires d'autrui !

Non, je ne suis pas capable de garder ma chambre en ordre plus de deux jours.

Non, je ne vais pas changer mon organisation pour vos beaux yeux. Le regard de chien battu ne vous sera d'aucune utilité alors taisez-vous et observez.

v

Vous entendez ma respiration s'accélérer ? Je vous rassure de suite, je ne fais pas de l'hyperventilation, même si ça a tendance à y ressembler.

Vous voyez comme je repousse les couvertures ? J'ai chaud, je suis en nage, je cherche à reprendre mon souffle.

Vous observez mes sourcils froncés ? Ma bouche ouverte haletante ? Mes mains qui se crispent sur les draps ?

Je ne vais pas tarder à ouvrir les yeux mais avant ça… Oui, voilà, ça y est. Je me cambre, mon dos ne touche plus le matelas. Je gémis. J'ai honte que vous m'entendiez dans ma faiblesse inconsciente, mais je ne peux nier gémir comme un damné. Mon prochain cri va d'ailleurs ramener mon esprit à une réalité toute relative.

Attention…

Préparez-vous à un choc.

Et paf. Assis sur le lit. Un vrai ressort.

v

Bin… ?

Qu'est-ce que vous faites à terre ?

Vous m'avez surpris, je me retourne, persuadé de vous découvrir à mes côtés, et rien. Strictement rien. Je ne m'attendais pas à vous retrouver sur votre séant, comment est-ce arrivé ?

Je vous ai fait sursauté. Je vois. Désolé, il n'était pas dans mon intention de vous faire perdre contenance. Et je vous interdis de soutenir que ma chambre est un terrain miner.

Allez, débout, on n'est pas là pour faire mu-muse avec le brol traînant au sol. Observez plutôt.

v

Je suis assis sur mon lit complètement défait, tremblotant, haletant et suant. Ce n'est pas une vision très réjouissante mais c'est devenu mon quotidien.

J'ai les yeux hagards, les cheveux dans tous les sens et une haleine de bouc. Mais ça, je ne le sais pas encore, la station « salle de bain » n'est pas pour l'immédiat.

La scène suivante est bien rodée. Elle se répète inlassablement nuit après nuit. Je palpe mon torse de mes mains, tentant de calmer les battements erratiques de mon cœur, je suis à la limite de la tachycardie. Puis j'effleure ma gorge de mes doigts avant d'atteindre mes joues. Je gémis sourdement en fermant mes yeux et presse mes paupières. Je me sens mal.

Des mèches humides collent à mon front, je les rejette en arrière avant de me masser les temps. Petit à petit, le mouvement circulaire de mes index finit par porter ses fruits. Je me calme.

v

C'est hypnotique, n'est-ce pas ? Ces mouvements lents, limite langoureux, mais trahissant une tension latente.

Un homme engourdi par un réveil brutal.

Je n'en peux plus, je ne sais pas tout à fait où je me situe. Je reconnais le lieu évidemment, les couleurs flashantes de ma chambre ne passent pas inaperçues, mais je suis encore englué dans mon songe.

Ma main se saisit de mon réveil. Il est important de se retrouver dans l'espace-temps.

3h43.

Je suis maudit.

v

Soudain, j'en ai marre, mes muscles sont douloureux, il faut que je bouge.

Reculez-vous, je vais me lever, rejetant draps et couvertures à terre.

Ma direction est la porte pour rejoindre, par automatisme, la salle de bain.

v

Bin ? Vous ne suivez pas ?

Youhou ! On se bouge.

Quel est le problème bon sang !

Oh ! J'ai compris. Le sens de votre regard ne peut me tromper. Suis-je bête, j'aurais dû m'y attendre, je peux tout à fait concevoir votre expression indisposée.

Oui, je dors nu.

Oui, je me réveille… heu… en forme.

Oui, je suis… ahum… gâté par la nature.

Cela n'a rien de scandaleux voyons. J'ai 23 ans et tout fonctionne parfaitement, merci. Enfin, c'est un choc la première fois. Moi, ça ne me fait ni chaud, ni froid, je me vois tous les jours dans mon miroir, j'ai l'habitude.

Bon, d'accord ça peut paraître légèrement disproportionné vu ma taille mais je serais idiot de me plaindre, n'est-ce pas ? Héritage de famille si j'en crois ma mère.

v

Allons-nous ? Je suis déjà dans la salle de bain depuis un petit temps.

Mais peut-être n'est-ce pas une bonne idée. Peut-être cela ne va que plus vous scandaliser. Ce que je suis occupé à faire est un peu intime.

Je… hum… comment dire ?

Je… J'ai du mal à trouver mes mots…

Je… Deux minutes, je vais y arriver.

Je… Je me masturbe, voilà ! J'utilise ma main droite. Je prends un plaisir solitaire. Je me branle. Je me caresse. Je secoue popaul. Je décapuchonne le petit chauve. J'ai un rendez-vous avec la veuve poignet. J'allume le brandon. Je fais exploser le Vésuve. J'allège la lourdeur de mes couilles. Je décharge mon uzi. Je me soulage comme je peux, quoi.

Car ce sont des rêves érotiques, pas très éloignés de la pornographie à vrai dire, qui me réveillent chaque nuit. Et là, je me calme dans l'espoir que mon sommeil en soit apaisé.

C'est terriblement frustrant, vous en conviendrez, de se réveiller seul, avec une gaule d'enfer, et sa main droite parée au rendez-vous. Putain, pourquoi je suis célibataire ? C'est injuste !

v

Je comprends que vous ne voulez pas être témoin de cet instant. C'est gênant, même pour moi.

La recherche désespérée de la jouissance a quelque chose de pathétique. Surtout dans mon cas. Car évidemment, je sais exactement quel est l'élément perturbateur de mes nuits.

Que je vous en dise plus ?

Ça vous intéresse soudain ?

Non, sérieux ? Pourquoi ne suis-je pas étonné. Bon, je laisse mon ironie au placard. Bien que vous ne m'ôterez pas de l'esprit que vous êtes concierge dans l'âme.

Cela restera entre nous, n'est-ce pas ?

v

C'est trop déplaisant.

Pourtant, ça me fera du bien d'en parler. Peut-être finirais-je par parvenir à dormir une fois que j'aurai vidé mon sac. Et puis, on a du temps devant nous pendant que mon autre moi-même est occupé dans la salle de bain.

Donc…

v

Tout est de sa faute à lui.

Oui, LUI.

Masculin, singulier et indéfini.

Cet homme.

Cet inconnu.

A peine croisé.

Normalement déjà oublié.

Si ce n'est qu'il me hante.

Littéralement.

Pourtant je suis hétéro.

v

Ne rigolez pas !

Si, si, je vous vois sourire malgré que vous tentez de le cacher, simulant une quinte de toux.

Mes paroles précédentes pourraient porter à confusion, je le reconnais. Mais je le soutiens et je l'affirme : je suis HETERO.

J'ai déjà eu nombre de petites copines qui sauraient démontrer mes dires. Bien que je puisse paraître asexué (si on ne regarde pas en dessous de la ceinture), les filles me plaisent, m'attirent, m'excitent.

Et ne me réveillent pas en nage au milieu de la nuit.

v

Ce mec est une plaie.

Je ne le connais pas.

Et le déteste déjà.

J'aimerais le recroiser… Non, ne vous faites pas de film. Ce ne serait pas pour concrétiser mes rêves mais pour le sommer de me laisser pieuter en paix.

Borde, je suis irritable quand je suis fatigué. Irritable au point que je lui assènerais bien mon poing dans la gueule au beau gosse.

v

« Beau gosse » ?

Qui ?

Lui ?

J'ai dit ça moi ?

Heu…

Ne vous croyez pas obligé de relever la moindre des divagations qui me sortent. Je ne peux pas trouver un homme attirant.

Pourquoi ?

Je suis hétéro, vous l'avez déjà oublié ? Faites gaffe, c'est Alzheimer qui commence, à votre âge, c'est malheureux.

v

Et alors quoi ?

Vous savez que vous devenez pénible avec vos questions ?

Deux mecs ensembles, ce n'est pas pour moi, vous savez. Les autres, ils font ce qu'ils veulent de leurs fesses, mais moi… Et ne me sortez pas que je ressemble trop à une fille pour ne pas aimer écarter les cuisses, cela n'a rien à voir ! Vous m'avez vu à poils, vous savez ce que je vaux, aucune de mes partenaires ne s'est plainte.

En même temps, aucune de mes partenaires ne m'a filé une gaule pareille.

J'avoue, ce fait me pose problème, je suis un peu perdu. Alors qu'on s'attendrait à me voir calmer (m'être vidé apportant un sentiment de plénitude), il n'en est rien.

v

Vous pouvez m'observer tout à votre aise, je reviens de la salle de bain. J'ai beau m'être passer de l'eau sur le visage, m'être rafraîchi un tant soit peu, je n'ai pas l'air frais.

Je ne peux cacher avoir une gueule de déterré : des cernes mauves sur le point de se transformer en valises sous les yeux, les cheveux plaqués sur la nuque, les épaules basses et une démarche d'homme ivre. L'épuisement dans toute sa splendeur.

Je suis une loque.

A la honte de d'avoir été plus qu'excité par l'image d'un inconnu, vient s'ajouter un début de crise de nerfs sous l'harassement.

Il ne me reste plus que de rejoindre mon lit sous votre regard compatissant.

Il ne me reste plus que de replacer les couvertures sur mon corps tendu.

Il ne me reste plus que de tenter désespérément de retrouver une inconscience bienheureuse qui va tarder à se pointer.

Alors, je me retourne et me retourne encore.

v

Je vais le maudire, je vais le haïr, je vais le revoir dans mes songes, je vais m'abrutir de son visage, de son regard passant sur ma personne l'espace d'une fraction de seconde, de nos regards se raccrochant, de nos mouvements l'un vers l'autre, de nos frôlements de reconnaissance, des cahots du tram nous séparant, des passagers nous éloignant, de la station nous obligeant à nous quitter, du silence de sa non-présence. C'est l'insomnie qui m'ouvre les bras.

Je vais abandonner une fois de plus la partie, je dois me lever dans deux heures, j'en ai dormi trois.

A la recherche du sommeil perdu…

Je suis pathétique.

Et rien de ce que vous pourriez dire ne me consolera de cette idée.

v

Ma vie a perdu toute sa saveur.

Je cours après un mythe.

Présence divine dans un monde d'hommes.

Et… Pardon ?

Me laisser aller ?

Mais à quoi donc ?

Le revoir, le rejoindre… ça ne va pas la tête ! Vous n'avez pas encore percuté que je suis hétéro ?!

Inspiration… Expiration… Je me calme.

v

Hum, ça me fait mal de le reconnaître mais en y réfléchissant bien, vous n'avez pas tort. Peut-être que lui parler me permettra de mettre un terme à toute cette mascarade.

Ce n'est pas comme si j'avais vraiment le choix d'ailleurs, j'ai déjà tout tenté : les tisanes, les plantes, les massages, la douceur, les somnifères, les nuits blanches, les films merdiques, les bouquins à rallonge, le sexe, le sport… Tout quoi !

Alors autant tester votre idée. Même si je suis terrifié. Une fille, je sais comment ça fonctionne, je sais appuyer sur les bons boutons pour la faire partir au quart de tour, mais un mec ? Je ne connais que mon propre corps, est-ce suffisant ? Est-ce que tous aiment les mêmes attouchements que moi ? Cela m'étonnerait grandement. Et si je m'y prends mal ? La honte suprême !

Il y a une première fois à tout, oui, je suis au courant. Cela ne me soulage pas de le savoir.

v

Et si j'en prends goût ? Cette idée est encore pire. Comment en parler ? Comment mes ex féminins le prendront ? Comment la famille, mes parents… ? Comment ? Comment ?

AU SECOURS.

v

Tout ce qui peut me rendre mon flegme, c'est de savoir que je n'en suis pas encore à cette extrémité.

Il faut d'abord que j'arrive à le revoir (ce qui n'est pas gagné) pour lui parler. Puis qu'il accepte de rentrer dans mon lit (est-il gay ?), ce qui me permettra de vérifier si ça m'apporte enfin la détente nécessaire au sommeil.

Oh, miracle, vous avez vu ? Je me rendors. C'est rare. Une heure de sommeil n'est pas à négliger.

C'est grâce à vous, merci ! Pour un peu, je vous embrasserais, mais bon, je ne suis pas en manque à ce point-là et pas besoin de faire une tête de vexé, je sais que ce n'est pas le cas, vous n'arrivez pas à cacher votre sourire en coin.

v

C'est décidé.

Je le verrai.

Je m'expliquerai.

Je lui dirai.

Qu'il me hante.

Que je le veux.

Tant pis si je suis hétéro.

Tant pis si je ne suis pas crédible.

Tant pis s'il m'envoie chier.

Je veux dormir.

De préférence avec lui.

v

Je n'ai plus rien à perdre et tout à découvrir.

v

-v-

Voili, voilà…

J'espère que ce petit OS vous a plu. Surtout à toi Shinoya.

A bientôt.

HLO