Une histoire dont le sujet m'a été imposé par une amie. Dédicace à ma petite Momo ;)

Chocolat.

Elle était belle comme toujours. C'était ce que pensait Olivier ce matin là. Comme tout les autres matins depuis deux ans maintenant. Un corps parfait, un visage harmonieux, des cheveux longs et soyeux, des yeux pétillants de malice et d'intelligence. Il poussa un soupir. Jamais il ne pourrait l'aborder, ni aujourd'hui ni demain. Rien que d'y penser, son estomac se nouait.

Pourtant, l'occasion s'y prêtait. Quel plus beau moment pour avouer son amour que le jour de la Saint-Valentin? Mais il n'osait même pas glisser sa boîte de chocolat dans son casier, il devait déjà en être plein à craquer...

Sarah se dirigea vers son casier. Elle sentait une dizaine de regards dans son dos : de garçons transis d'amour, de filles jalouses, de ses amies moqueuses. Mais elle avait l'habitude, depuis le temps.

Elle ouvrit son casier avec précaution. Grand bien lui en prit puisque les boîtes de chocolat et lettres en tout genre s'amoncelaient dans son petit casier avec un désordre indescriptible. Elle ferma les yeux quelques secondes en poussant un soupir inaudible, puis s'empressa de recréer son masque de petite fille parfaite. Il fallait sauver les apparences. Ses amies l'aidèrent à ranger ses présents dans son sac.

La cloche retentit, obligeant la foule qui s'était accumulée au fur et à mesure autour d'elle, à se disperser pour rejoindre leur classe. La plupart des filles chuchotaient entre elles, en maudissant Sarah pour son succès et en déplorant le nombre ridiculement petit de chocolat qu'elles avaient reçues. Les garçons, eux, espéraient avoir une réponse favorable à leurs lettres.

Peu à peu, tout le monde déserta le couloir, sauf un. Olivier continuait à fixer le casier de Sarah, à présent vide. Puis il retourna en classe, résigné.

A la pause de midi, Sarah et ses amies s'isolèrent dans une salle de classe vide pour faire le décompte : 34 boîtes de chocolat, 58 lettres d'amour, 18 demandes en mariage et 12 menaces de mort venant de filles bouffées par la jalousie.

Ses amies avaient eu moins de chance. Margot n'avait reçu que trois boîtes de chocolat et cinq lettres, et Magalie deux boîtes et trois lettres.

Ses amies se moquèrent gentiment de Sarah, la taquinant sur le fait qu'elle risquait la crise de foie avec tout ce chocolat. Pour le faire plaisir, elle leur offrit plus de la moitié de son précieux butin.

Tout en discutant gaiement avec ses amies, la jeune fille jetait de temps à autre un regard par la fenêtre, les yeux tristes et voilés.

La journée suivit son cours, tranquillement et surtout péniblement. Sarah fit un bout de chemin avec Magalie jusqu'au centre-ville où elles devaient se séparer. Sarah continua donc seule son chemin. Elle traversa tout le centre-ville. Les maisons devinrent moins nombreuses et plus belles, plus imposantes. Au détour d'une rue, elle jeta toutes ses lettres et boîtes de chocolat dans une poubelle.

Elle en avait assez. Personne ne comprenait ce qu'elle ressentait. Mais elle ne devait rien laisser paraître. Comment aurait-on réagi si on la voyait craquer? La fille du conseiller du maire n'avait pas le droit aux états d'âme. Elle s'arrêta dans un square, à plusieurs rues de chez elle et s'assit sur une balançoire. Tout en se balançant tranquillement, quelques larmes perlèrent de ses yeux. Elle les essuya d'un geste rageur, mais d'autre vinrent aussitôt les remplacer.

Elle ne voulait pas de ces lettres et de ces chocolat. Ces présents n'étaient pas sincères. La plupart des personnes qui lui offraient ne la connaissaient même pas. Juste parce qu'elle était la fille de... Et non pour elle-même.

Olivier était triste, il ne voulait pas rentrer chez lui. Il erra un peu au hasard. Au fur et à mesure, il s'éloigna du centre-ville.

Soudain, près d'un square, il heurta brutalement quelqu'un. Ils se retrouvèrent tous les deux à terre. Quand il leva les yeux pour voir son vis-à-vis, il découvrit Sarah en face de lui, les yeux rougis comme si elle venait de pleurer. D'ailleurs quelques larmes étaient encore accrochées à ses cils. Dans sa chute, le sac du jeune homme s'était ouvert et la boîte de chocolat se retrouva près de Sarah. Elle la prit et la regarda un moment. Olivier retint son souffle. Il aurait aimé que la terre s'ouvre sous son pieds.

"Pourquoi ne me la tu pas donnée ce matin?" demanda-t-elle en montrant l'étiquette collée dessus, portant son nom.

"Je n'ai pas osé." répondit-il en détournant les yeux. "Tu en a déjà reçu tellement, cela n'aurait pas changé grand chose."

Il se leva, lui prit la boîte des mains et s'en alla en courant.

"Attends" lui cria-t-elle.

Il fit volte face, surpris.

"Toutes celles que j'ai reçues ne représentent rien. On me les offre parce que je suis belle, parce que je suis la fille du conseiller du maire..."

"Minutes! Tu es la fille de M. Parker ?"demanda-t-il, incrédule.

"Oui, tu ne le savais pas?"

"Euh...non...Excuse-moi, je n'étais pas au courant."

"Alors pourquoi voulais-tu m'offrir ces chocolats ?"demanda-t-elle en s'approchant de lui.

"Parce que...je t'aime beaucoup...et que je voulais que tu me remarques..." répondit-il dans un murmure.

Olivier retint une furieuse envie de prendre ses jambes à son cou.

Etonnée par cette déclaration inattendue et tellement sincère, Sarah mis un moment à réagir. Puis elle s'approcha de lui, l'embrassa tendrement et lui prit la boîte des mains.

"Merci pour tout" lui murmura-t-elle avant de s'en aller, le sourire aux lèvres.

Olivier ne croyait pas à sa chance. La plus belle fille de l'école venait de l'embrasser. Elle n'était donc pas si inaccessible que cela.

Il couru vers elle, lui prit la main et la regarda du coin de l'oeil. Elle lui pressa la main et ils marchèrent tranquillement, comme un vrai couple.

Des reviews s'il vous plaît !