Auteur : Tit Ham' (silencebleu voila.fr)

Genre : romance, musical, je ne suis pas du tout en période Nodame Cantabile et La Cordo di Passo…non, NON !!!

Cela fait des mois que je n'ai pas ouvert une feuille word et aujourd'hui j'ai décidé de faire une pause dans le boulot pour reprendre mes taptaps sur le clavier. Voilà ce qui en est sorti ! J'espère que cela vous plaira !

Je dédie cette fiction à toutes les personnes qui m'ont soutenues et qui me soutiennent toujours durant mes déplacements et ma tonne de boulot !! Merci les filles !!!

Scène et musique

Je me trouve derrière la grande porte qui mène à la salle de concert. Une force inconnue m'empêche d'ouvrir cette porte. Ce son qui s'échappe de la pièce, notes dans le vent. Ce son magnifique qui fait vibrer mon être, fait fermer mes yeux, un sourire à mes lèvres.

C'est magique, c'est fantastique, c'est beau.

Je ne connais pas cet air, n'étant pas un réel fan de musique classique mais je regrette d'ignorer si ces variations appartiennent à Beethoven, Bach ou Mozart. Ou peut-être à aucun d'entre eux. Je sursaute quand un instrument prend la dominance des autres, le rythme s'accélère. Je serre les poings, j'aimerai savoir reconnaître qui est qui. J'aurais dû accepter les cours de flûte que ma mère me proposait. Jamais, je n'avais autant ressenti de plaisir à écouter un air. Oui, c'est vrai que je n'écoute pas vraiment de classique chez moi, plutôt du hip hop ou du rock. Mais aujourd'hui je me rends compte de la puissance de la musique, d'un orchestre bien accordé.

Et je suis ici pour demander l'aide de cet orchestre. Moi qui n'y connais rien. J'ai longtemps argumenté avec Masa, mais il n'a rien voulu savoir. Etant le metteur en scène, je me devais de faire ce genre de démarche. Et aller demander à un orchestre de renom, classé numéro deux du pays, de faire parti de notre troupe pour une représentation en faisait parti.

Pour le concours de fin d'année, notre petite troupe de théâtre a été choisie par notre université pour présenter une pièce de Shakespeare : le célèbre Roméo et Juliette. Et moi j'ai été choisi comme réalisateur. Une tache que j'ai prise à bras le corps et aujourd'hui je suis fier du résultat, nous avons tous travaillé comme des fous et il nous reste qu'à attendre les applaudissements de la foule dans un mois. Les dernières répétitions ont été excellentes et je pensais avoir enfin terminé mon travail quand Masa a exprimé le souhait d'avoir un accompagnement musical et que tous les membres du groupe acquiescent en cœur.

Evidemment la première idée a été de demander à l'orchestre de l'université, sauf que j'ignorais qu'il était aussi célèbre. Quel idiot je fais. Pourquoi accepterait-il de bosser avec nous ? Enfin, qui ne tente rien n'a rien, et c'est la raison pour laquelle je suis là.

XOXOX

La porte s'ouvre en grand et une personne en sort pour se trouver nez à nez avec moi.

Le silence s'est installé sans que je m'en rende compte, perdu dans mes pensées. L'orchestre a certainement fini ses répétitions.

Pourtant un cri s'élève dans la salle en face de moi et mes yeux marron croisent ceux ennuyés du garçon qui vient de sortir.

« Fusanori ! Attends ! ».

Il doit faire quelques centimètres de moins que moi, un bon mètre soixante quinze. Ses cheveux courts sont teintés de mèches blondes ce qui contraste avec ses yeux si sombres. De part les racines, je devine qu'ils doivent être châtain foncés, comme moi. Il porte un ensemble pantalon et chemise de bonne qualité, une veste complétant le tout posé avec négligence sur son épaule. Il est tel que je m'imaginais un musicien, classe et brillant.

Mes yeux se reposent sur son visage, il a une grimace de dégoût (?) qui tire ses traits.

« Je… ».

« Pousse toi de là ! Tu ne vois pas que tu me gènes ! ».

Je reste abasourdi par les paroles qu'il vient de prononcer. Il est vrai qu'il doit avoir un à deux ans de plus que moi, mais est-ce une raison valable pour être malpoli ? Il ne fait pas plus le cas de moi et continue son chemin, me bousculant presque au passage. Je le fixe un instant sans rien dire puis je décide de le rattraper pour lui apprendre un minimum de politesse quand une deuxième personne sort de la pièce de concert.

« Fusanori ! Une minute ! ».

Je tourne la tête vers le nouveau garçon qui vient de crier. Il doit aussi être dans sa dernière année. Il a les cheveux châtain foncés coupés courts comme l'autre. Ses yeux sont aussi sombres que ceux de celui qui le précède. D'ailleurs à mieux y regarder ils se ressemblent un peu. Enfin, juste un peu car il porte un long tee-shirt blanc sur un pantalon court brun et des baskets complètent son habillement. Rien de comparable avec le costume de l'autre. Ses bras présentent une fine musculature, de même que la partie visible de ses jambes. Il prend soin de lui et ça se voit. Je me demande s'il fait parti de l'orchestre, il n'en a pas vraiment l'air.

La voix de Fusanori s'élève à son tour derrière moi.

« J'en ai rien à foutre de tes idées de variations, cela ne m'intéresse pas ! Je joue comme je le souhaite sans avoir d'ordre à recevoir, surtout de toi ».

Décidément la politesse ne semble pas être son fort. Loin de se démonter le nouveau venu fait un pas dans la direction du blond en me faisant un signe de tête, il m'a vu et me le montre.

« Je comprends parfaitement ton point de vue, mais ce n'est pas une raison pour t'enfuir comme ça ! Nous avons à terminer ce passage quoiqu'il t'en coûte ».

Une voix tranquille, apaisante, son calme contraste énormément avec l'autre.

« Tu peux très bien le faire sans moi ! Demande à Hikari d'être ton maître de concert. Point ».

Agressivité, il crache ses mots.

« Tu les as mené depuis le début et tu veux les lâcher ? ».

Fusanori se tourne vers l'autre, ses poings se sont serrés, comme prêt à cogner. Je m'approche l'air de rien de l'inconnu en basket, juste au cas où. Que mes cours de self défense servent. L'énervement de Fusanori est trop palpable. Il pourrait perdre ses moyens très facilement maintenant.

« Ai-je vraiment eu le choix ? ».

Un silence lui répond et je regarde le visage de l'autre par curiosité. Colère et résolution s'y battent la place. Un soupir est poussé et les mains font un signe d'abandon.

« D'accord très bien. Fais ce que tu veux. Si tu penses que c'est la bonne décision alors je la respecterai ».

Fusanori allait répliquer mais aucun son ne sortit, il fit un signe dédaigneux et reprit son chemin vers la sortie.

Cette scène m'a fait oublié le comportement du blond, j'aurai du le remettre à sa place. Tant pis.

« Et bien. Quel caractère… ».

« Oui, et encore aujourd'hui il était relativement calme… ».

Un sourire fleurit sur les lèvres du châtain et il me tend sa main. Elle est élégante et bien manucurée. Contrairement à la mienne qui est musclée et pas très entretenue. Oui, ce matin encore je travaillais avec un décor et m'étais mis de la peinture dessus.

« Tu dois être Saito-kun, n'est-ce pas ? ».

La surprise traverse mon visage. Comment cet inconnu pouvait-il me connaître ? Nous échangeons la poignée de main et son rire s'envole dans l'air.

« Ne me regarde pas comme ça. On m'a averti qu'une personne de la troupe théâtrale allait venir nous voir vers cette heure. Et tu es la seule personne dans le coin que je ne connaisse pas. J'avais une forte probabilité pour que ce soit toi ».

« Oui ».

Mais moi, j'ignorais tout de lui.

« Suis-moi dans la salle que je te présente ».

Je n'ai pas le temps de lui demander son nom qu'il disparaît dans la pièce de concert. Je le suis à l'intérieur et me rend compte qu'il s'agit vraiment d'une salle de concert. Comme pour une scène de théâtre, la pièce est séparée en plusieurs niveaux tel un amphithéâtre. L'orchestre, dispersé par instruments, occupe toute la scène. J'aperçois les violons sur la gauche, les cors au fond, les violoncelles au fond sur la droite et d'autres instruments dont les noms m'échappent. La plupart des musiciens sont debout discutant tranquillement sur des partitions ouvertes.

Une jeune femme s'avance à notre rencontre. Elle a de longs cheveux bruns soigneusement coiffés. Elle porte une robe d'été qui met en valeur ses belles formes. Elle est très jolie et se classe sans mal parmi les tops canons de mon classement personnel.

« Aki ! Et Nori ? ».

Mon accompagnateur secoue la tête et la jeune femme pousse un soupir. Je note qu'il s'appelle Aki. Prénom adorable proche de celui de ma petite sœur Akiko.

« On y arrivera donc jamais… ».

« J'essaierai de lui reparler ce soir. Tu sais comme il peut être têtu ».

« Oui…Et j'en connais un autre tout aussi têtu ! Vous n'êtes pas frères pour rien ! ».

Oh, voilà pourquoi une telle ressemblance, cela ne m'étonne qu'à moitié. Mais en tout cas, ils n'ont pas du tout le même caractère à première vue.

Un sourire à nouveau sur les lèvres, Aki se tourne vers moi. Il a de beaux yeux.

« Hikari, je te présente Saito-kun du club de théâtre ».

« Oh ! Bonjour ! Bienvenu parmi nous ! ».

Surpris par l'accueil, je lui serre gentiment la main. Elle aussi a de beaux yeux, légèrement maquillée d'un ton pastel. Je suis captivé.

« Nous avons discuté de votre idée pour la pièce, et nous la trouvons excellente. Ce serait un très bon exercice aussi bien pour vous que pour nous ».

Ils sont déjà au courant. Qui a pu leur en parler ? L'idée de cette alliance ne date que de deux jours…

XOXOX

Après ma présentation à l'orchestre, ils m'ont invité à m'installer dans la salle. Ils devaient finir un arrangement avant de pouvoir discuter librement avec moi.

Je les écoute, je les envie de créer une telle atmosphère. Un pur bonheur de notes entremêlées qui vont et viennent, parfois en harmonie, parfois en désaccord. C'est fou comme le son des clarinettes imite parfaitement la pluie, alors que les violons rendent la tempête moins forte. Mais le rayon de soleil provient des flûtes sans aucune hésitation.

C'est beau.

Je fixe le dos d'Aki qui à ma grande surprise s'est révélé le maître d'œuvre de cette musique. Je ne peux pas voir ses mains de ma place, seuls les musiciens ont cette chance. De voir les gestes intimes qui leur sont destinés. Attention, vous, allez-y doucement, plus fort sur la droite, plus de volonté les violons…Et d'autres messages secrets que ses gestes leur octroient. Un accord parfait entre eux et lui. Un pic de jalousie me traverse à cette pensée, vite effacé par son impact. Je ne le connais pas et je suis déjà jaloux ?

Il est vrai que Masa…Ce ne peut-être que lui qui est averti ces gens maintenant que j'y pense. Il connaît beaucoup de monde… Je disais donc, Masa m'avait averti que je rencontrerai une personne intéressante. Et pour sur, Aki est très intéressant, à moins qu'il ne pense à Hikari ? Ou alors ce Fusanori ? Nan, pas lui, pas mon genre, trop agressif, trop malpoli.

Mais bon, la première rencontre s'est bien passée, je crois que j'ai toutes mes chances d'obtenir leur soutien. Et avoir un tel accompagnement ne nous sera que bénéfique. On va gagner ce concours ! C'est certain !

J'ouvre les yeux que j'avais fermés pour mieux apprécier la musique quand celle-ci se tut. Le silence qui suit est aussi magique que les quelques minutes qui viennent de passer. Surtout quand aucun applaudissement ne vient combler ce silence. Un peu comme pour nous, quand la dernière tirade s'achève lors d'une répétition.

Dois-je applaudir ? Montrer ma joie d'avoir assisté à ce spectacle éclatant. Je m'apprêtai à le faire quand la voix d'Aki s'éleva.

« Bien, je crois que nous sommes quasiment au point. Répétez encore un peu la variation 19 et tout sera parfait. Je n'ai plus qu'à vous souhaiter un bon week-end et n'oubliez pas de vous reposer ».

Des soupirs de soulagement se font entendre et le remue-ménage s'installe sur la scène. Les instruments sont rapidement rangés dans des boîtes de toute taille : violoncelles, violons, flûtes, hautbois. Je me lève pour me rapprocher de la scène où Aki est toujours sur son piédestal, parlant avec des violonistes. La plupart des musiciens me font un signe d'au revoir, d'autres m'ignorent. Les conversations vont bon train aussi, j'entends le nom de Fusanori très souvent. Je me demande d'ailleurs durant un court instant si ce n'est pas lui leur vrai chef d'orchestre, il en a plus l'allure que ce garçon en tee-shirt et baskets.

Les trois filles se reculent en même temps, un sourire commun aux lèvres.

« Merci Aki-sempai. Nous y parviendrons ! ».

Il leur fait un signe d'encouragement de la main puis descend enfin de son podium. Il range avec précaution sa baguette de chef dans une petite boîte qu'il avait posé par terre puis se tourne vers moi. Il a vraiment des yeux magnifiques.

« Voilà, je suis tout à toi, Saito-kun ».

C'est donc vraiment lui le dirigeant ? C'est avec lui que je vais devoir traiter ? Loin ne m'en déplaise, au contraire, cela va être agréable d'être en sa compagnie. Et puis une personne capable de créer une telle atmosphère rien que par des gestes de la main doit avoir plein d'autres qualités non ? Je détourne mon regard du sien, curieux. Il ne faut pas que je le dévore comme ça des yeux, cela pourrait être mal interprété. Il ne faut pas que je me le mette à dos, pas avant la fin des négociations et son acceptation de travailler avec nous.

« Où voulez-vous discuter…Sempai ? ».

Je ne connais pas son nom de famille et j'hésite donc sur sa dénomination.

« Tu peux m'appeler Aki et tutoie moi, je ne suis pas beaucoup plus vieux que toi ».

Je prends aussitôt la balle au rebond.

« Dans ce cas, appelle moi Haruki ».

Il répond d'un sourire et me fait signe de le suivre. Il passe par une porte sur le côté de la scène où la plupart des musiciens ont disparus. Elle ouvre sur des vestiaires. Il y récupère un cartable où il y enfouit sa boîte puis nous sortons du bâtiment.

XOXOX

« Je vois ».

J'essais tant bien que mal de ne pas le dévorer des yeux. C'est dur, surtout quand on se trouve à moins de deux mètres l'un de l'autre et que nos jambes se touchent quasiment à chaque mouvement involontaire. Je ne suis pas du genre à croire au coup de foudre et à ses conséquences. Je ne suis pas romantique pour deux sous et loin de moi l'idée de lire des shojos à l'eau de rose. Je suis pragmatique, une personne me plait, je le lui dis et advienne que pourra. Pourtant aujourd'hui, face à lui je me sens timide et méfiant. Méfiant de mes paroles, de mes gestes, je ne veux pas qu'il s'offusque de quoique ce soit, parce que j'ai besoin de lui, de son accord. Si cela avait été dans d'autres circonstances peut-être serais-je déjà en route pour ma chambre avec lui dans mes bras. Cette seule pensée me fait rougir et mes yeux rencontrent les siens, interrogateurs :

« Tout va bien, Haruki-kun ? ».

Se doute-t-il de quelque chose ? Ce sourire n'est pas celui d'un imbécile. Il doit avoir l'habitude qu'on se comporte ainsi avec lui.

« Oui. Désolé. Fait un peu chaud dans ce café ».

Excuse bidon, efficace en période de grande influence. Sauf qu'on est que tous les deux dans ce coin tranquille du salon. Je bois d'un coup mon verre d'eau.

Il me fixe, fixe. Je regarde ailleurs, évitant ce regard toujours aussi empli de curiosité.

« C'est toi qui t'occupe de la mise en scène ? ».

On revient sur un terrain que je connais. Je peux me détendre.

« Oui, je choisis les acteurs, leurs jeux, le décor. Je fais aussi la logistique ».

J'ajoute en riant nerveusement :

« Et maintenant je dois m'occuper du son ».

« Oui, et je trouve que c'est une excellente idée. J'en ai déjà parlé aux musiciens et ils seraient certainement partants. Mais en fait, cela dépend de ce que tu attends exactement de nous ».

Mon sourire doit être très large à ces quelques mots. Je suis sur la bonne voie ! Je vais obtenir son accord, j'en suis sur !

« Et bien, on pourrait ajouter une introduction, des notes durant les scènes principales. Du bruitage quoi. Je n'y connais pas grand-chose en musique classique mais je suis certain qu'il doit exister des airs qui peuvent rajouter du sens et du charme à certaines scènes. Rencontre, amour, fidélité, mariage, combat, mort… ».

Aki a posé son menton dans sa main droite et semble réfléchir. Je lui laisse le temps. Après quelques minutes, il acquiesce.

« Oui, avec une bonne coordination c'est tout à fait possible qu'un orchestre bruite une pièce de théâtre…Le problème c'est le temps…Votre spectacle a lieu dans un mois mais nous avons un récital dans deux semaines. Du coup on ne pourra pas commencer les répétitions avant. Et il va falloir travailler sur le choix des musiques que l'on voudrait utiliser. Cela me semble un peu juste ».

Je sens ma bonne humeur s'envoler. La réalité me saute au visage. Moi qui était si sur que j'y parviendrai. Mais en effet, présenté ainsi cela semble difficile. Ils ne peuvent pas rendre notre pièce meilleure s'il n'y a aucune préparation avant. Le genou d'Aki vient se cogner contre le mien et sa longue et belle main se poser sur mon épaule.

« On va voir ce qu'on peut faire ! Il n'y a pas besoin de tout l'orchestre pour votre pièce. Je vais sans doute pouvoir regrouper assez de monde pour vous. Nous avons aussi des personnes en supplément qui ne participent pas au récital ».

L'espoir revient.

« Vrai ? ».

Il acquiesce et me sourit encore.

« Oui, on va faire quelque chose de génial, j'en suis sur ! ».

XOXOX

Je souris à Juliette qui vient de réussir magnifiquement ses quelques proses avec un jeu à faire pleurer. Je suis fière de mon choix et de la confiance que je lui ai accordée. Elle ne m'a en rien déçu.

Le décor se met en place pour le dernier acte. Le plus poignant, la mort de deux êtres amoureux que le destin a lâchement abandonné.

Je jette un coup d'œil sur mon voisin. Son stylo noirci des pages et des pages de textes, notes et autres graffitis qu'il m'est impossible de lire. Aki est complètement immergé dans son monde de musique. Il m'a demandé de lui montrer la pièce dans sa totalité afin qu'il puisse déjà y mettre un son. Sa vitesse de travail est incroyable, j'en suis que plus admiratif. Avec lui tenant les rênes, la réussite semble certaine, même si elle semblait compromise par le manque de temps.

Je ne suis pas retourné écouter l'orchestre depuis une semaine. J'ai eu trop de travail sur la pièce, des changements de dernières minutes, un acteur tombé malade. Tous les petits soucis quotidiens d'un réalisateur. Et durant cette semaine, le sourire d'Aki m'a manqué. Et je suis heureux qu'il m'ait contacté hier pour me demander de participer à nos répétitions. Je sais qu'il doit être plus qu'occupé par le récital qu'il doit donner la semaine prochaine, mais le fait qu'il pense à nous, à moi, me fait plaisir.

Le dernier acte commence. Aki ne regarde pas la scène, il ne fait qu'écouter les paroles. Je me demande ce qu'il peut bien entendre. Les voix de mes acteurs ou bien une douce mélodie de piano, violon ou flûte ? Qu'a-t-il dans la tête ?

Je me concentre à nouveau sur les joueurs, je ne voudrais pas qu'il tourne son regard vers moi et aperçoive mes yeux désireux.

La scène se termine, Juliette vient de se transpercer le cœur d'un poignard appartenant à son bien aimé. Son corps repose sur le sien. La scène s'achève ainsi. Je souris, heureux de cette magnifique représentation. Je tourne encore la tête vers mon voisin et le regarde, muet. Aki a un doux sourire aux lèvres, le regard brillant. Avait-il été si ému par le jeu ? Je me sens tout drôle, il faut dire que c'est la première personne hors de notre troupe à voir la représentation en son entier. Et sa réaction me fait particulièrement plaisir. Après tout lui aussi est un artiste, de renom en plus.

Son regard noir se tourne finalement vers moi ; Il ne dit rien pendant un instant, m'observant avec calme. Puis ses lèvres se mettent à bouger m'hypnotisant au passage :

« On va faire quelque chose de grandiose… ».

XOXOX

J'hésite, ne sachant trop quoi faire. Un doigt s'approche de la sonnette quand une main se pose sur mon épaule me faisant sursauter. Mon regard rencontre alors des onyx appréciés et je souris.

« Aki-sempai ».

Le silence me répond. Et alors, je me rends compte de mon erreur. La personne devant moi n'est pas Aki, sans le moindre doute. Ce regard si semblable mais avec cet air de mépris, cette allure de premier de la classe. Je ne l'avais plus revu depuis la scène devant la salle de concert mais Fusanori ressemble vraiment physiquement à son frère surtout sans les mèches blondes. D'où mon erreur.

Je recule d'un pas, baissant la tête.

« Désolé. Je vous ai pris pour…lui… ».

Fusanori s'approche de moi et son visage se retrouve à quelques centimètres du mien, me faisant ouvrir les yeux très grands. L'ambiance autour de lui est si identique à celle d'Aki, c'en est vraiment troublant.

« Evidemment, pour des jumeaux ce serait dommage ».

Jumeaux ?

« Hé ? ».

Il se recule, me fixant avec mépris.

« Tu t'en étais pas aperçu ? ».

« Hum…Pas vraiment, vous êtes si différents ».

Il rit et sans que je m'y attende me pose une main sur la tête.

« Tu es bien la première personne à faire ce genre de remarque ».

Je me dégage de sa main et me renfrogne.

« Vous avez un caractère opposé ! ».

« Ah ? Tu connais mon caractère ? Il me semble qu'on a même pas été présenté ».

« La manière dont vous m'avez parlé la première fois était un bon exemple ».

Je le vois froncé les sourcils puis il tape des mains.

« Ah ! Je me souviens, tu es le gars du théâtre. Aki semble t'apprécier beaucoup ».

Il sourit et je rougis. Est-ce qu'Aki lui a vraiment parlé de moi ? Ou bien ce type se moque-t-il encore ? J'allais répliquer quand un bruit de porte suivi de pas se fait entendre.

« Fusanori ? Oh… Haruki-kun ! Tu es là depuis longtemps ? Ne te voyant pas arrivé, je commençais à m'inquiéter ».

Oui, lui c'était bien Aki. Un sourire amical, un regard doux sans aucun mépris, voila la différence. Aujourd'hui, il ne portait pas de vêtements simples comme j'avais l'habitude de le voir. Il avait un costume semblable à celui de son frère. Et il lui allait bien, contrairement à moi où je me sentais serré et pas à l'aise. J'aurai du mettre un tee-shirt et un jean, je le sais. Mais j'avais peur de faire tache dans la salle de concert.

« Bonjour Aki-sempai ».

Je vois son regard s'assombrir et en suis surpris. La suite m'étonne encore plus. Une voix plus basse, méfiante s'élève de lui. C'est la première fois que sa voix mélodieuse atteint des graves pareilles.

« Que faisiez-vous ? ».

Hé ? Pourquoi une telle question ? Je viens le voir pour l'accompagner à la salle de concert pour le récital. On avait rendez-vous. Je tourne la tête vers Fusanori auquel la question était destinée sans l'ombre d'un doute.

« Quoi ? Je n'ai pas le droit de rentrer chez moi ? ».

Le regard d'Aki se pose sur moi. Ce regard, ce ton, est-ce vraiment la même personne ?

« Il ne t'a rien fait ? ».

Je secoue la tête trop étonné par ce changement de personnalité. J'ai l'impression d'avoir Fusanori en face de moi. Que s'est-il passé ?

Fusanori s'avance vers son frère. Je le vois baisser la tête et lui souffler quelques mots que je ne peux entendre. Il lui tape sur l'épaule puis s'engouffre dans la maison sans rien ajouter. Je vois les joues d'Aki devenir plus roses après cet échange et me demande bien ce qu'il a pu lui dire.

Le regard redevient doux et le corps tendu se détend. Il relève les yeux vers moi et c'est d'un ton plus agréable qu'il me parle.

« Excuse-moi…C'est juste qu'en ce moment je suis plutôt sur les nerfs…Et… ».

Oui, ceci explique cela. Même s'il garde toujours sa contenance et son air cool, même Aki a ses propres soucis et frayeurs. Il doit monter sur scène dans moins de trois heures.

Il m'a fait peur.

Sans me rendre vraiment compte de mon geste, je m'approche et le prends dans mes bras. Mes mains viennent entourer ses hanches et ma tête se pose dans le creux de son épaule.

« Tout va bien se passer. Tu es le meilleur ».

Le silence, puis je sens deux bras entourer mes propres hanches, avec plus d'hésitation. Un 'hum' est soufflé tout doucement près de mon oreille. C'est doux, c'est agréable. Ce corps chaud contre le mien, ces mains…

Bon sang ! Mais qu'est-ce qui m'a pris de le prendre dans mes bras ?! Quel idiot ! Je ne pourrais plus le regarder en face maintenant. Que doit-il penser de moi…

Nous restons un moment ainsi jusqu'à ce qu'une voix amusée s'élève derrière Aki et que mes yeux rencontrent ceux toujours méprisants de Fusanori.

« Ce n'est pas que je souhaite à tout prix vous déranger mais il me semble que tu vas finir pas être en retard, Fusaaki ».

Aki se recule alors rapidement de moi. Ses joues sont rouges et il bégaie avec embarras :

« Je…Tu peux entrer Haruki-kun. J'en ai pour un instant ».

Il s'enfuit quasiment dans la maison me laissant en proie à mes propres sentiments et à ce qui venait juste de se produire. Je sens encore la chaleur de ses mains sur mon dos, cette agréable sensation. Le rouge monte au visage et c'est à ce moment que je me rends compte que je ne suis pas tout seul. Fusanori me regarde avec froideur. Il s'approche de moi qui tente de rester ferme, cachant ma gêne et mon excitation.

« Je ne sais pas à quel jeu tu joues Haruki-kun, mais si jamais tu lui fais du mal, tu auras à faire avec moi… ».

Un ton sombre qui lui va bien. Mais des mots qui me surprennent venant de sa part. Alors même s'ils ne s'entendent pas très bien, Fusanori semble inquiet pour son frère. Mais après tout c'est normal et cela me fait plaisir en un sens. C'est qu'il s'est vraiment passé quelque chose avec Aki.

Je décide de jouer son propre jeu et m'avance vers la maison en l'ignorant.

« Cela ne te regarde pas…Fusanori-sempai ».

Je bute sur le sempai. Lui faisant bien comprendre mon propre mépris à son égard. Mais il n'en reste pas là, contrairement à moi quelques semaines plus tôt, il m'attrape par le bras et ramène mon visage près du sien.

« Je me fiche que tu me déteste ou quoique ce soit. Mais je suis sérieux quand je te parle de mon frère. Il est hors de question que tu t'insinues dans sa vie sans un semblant de sérieux. Je connais bien les rumeurs à ton sujet… ».

Là, je stoppe de me débattre, surpris par la phrase finale. Il me lâche avec un air de dégoût.

« Tu n'hésite pas à coucher avec n'importe qui et il n'est pas question que tu lui fasses du mal en le larguant après avoir obtenu ce que tu désires ».

Un aigle gardant ses petits. Voila à quoi il me faisait penser à ce moment là. Il m'avait au coin de l'œil et il était prêt à me planter les serres dans le dos si je faisais du mal à son frère. Mais…

« Je ne veux pas lui faire de mal…Il me captive… ».

« Comme beaucoup d'autres personnes. Et c'est ça que je veux éviter. Il a déjà une très mauvaise aventure à cause de ça et il n'est pas question que je te le laisse sans savoir ce que tu cherches ».

Ce que je cherche ? Je l'ignore moi-même alors comment lui répondre ? Sincèrement, il est vrai que j'ai eu beaucoup d'aventures sans suite. J'aime les femmes et les hommes sans distinction et je n'hésite jamais à prendre une nuit de plaisir quand elle m'est offerte. J'ai une longue liste à mon actif, c'est vrai.

Veux-je la même chose avec Aki ? Ou bien est-ce autre chose ? Je ne le sais pas vraiment ou plutôt je le devine sans vouloir le croire. Je le désire, je désire ces yeux noirs, ce sourire adorable, ces mains chaudes, longues et belles. Je veux qu'il écrive un opéra sur mon corps qu'il me fasse vibrer tel un violon, qu'il me caresse telles les touches d'un piano. Je le veux pour moi seul.

XOXOX

L'innovation est générale. L'orchestre a présenté trois œuvres plus différentes les unes que les autres. Une mélodie entreprenante de Bach, un requiem de Mozart et une symphonie de Beethoven. Aucune erreur que du pur bonheur. D'ailleurs la salle demande un encore ce qui ne m'étonne qu'à moitié. Mais à notre grand regret il n'y a pas de nouvelle représentation. La salle commence donc à se désemplir pour rejoindre le buffet qui a été organisé.

Je reste encore attendant que le monde disparaisse. Je suis toujours confus de ce qui est arrivé quelques heures auparavant. De la menace de Fusanori. De la tendresse du regard de Aki lors du transfert en voiture à la salle de concert. De sa main dans la mienne quand il m'a quitté pour les vestiaires. De la gène occasionnée.

Je tombe amoureux. Je le sais, j'en suis certain.

La salle est complètement vide, pourtant dans ma tête les sons sont toujours présents, de même que le dos du chef d'orchestre. Suis-je donc tombé dans le romantisme ? Moi ?

L'envie de voir Aki me prend. Je veux le féliciter, le remercier de m'avoir montrer un monde dont je ne soupçonnait même pas l'existence. Je le lève et sors rapidement de la pièce pour rejoindre le hall d'entrée où des tables fournies de garnitures ont été installées. Je ne me préoccupe pas de l'appel de mon ventre et cherche Aki dans tout ce monde. J'aperçois divers musiciens mais pas de trace du châtain. Je n'abandonne pas pour autant et vais de groupe en groupe à sa recherche. Hikari apparaît dans mon champ de vision et je m'approche d'elle.

« Bonsoir Hikari-sempai ».

« Oh ! Haruki-kun ! Comment vas-tu ? J'ignorais que tu étais là ! ».

« Kita-sempai m'a invité ».

J'ai eu plusieurs fois l'occasion de parler avec la belle jeune femme. Elle fait partie des quelques musiciens à avoir déjà vu la pièce et avoir donné son avis sur les mélodies et bruitages. Elle est maître de concert quand Fusanori ne participe pas à un récital et elle est très talentueuse.

Elle me regarde un sourire taquin aux lèvres.

« Aki a fait ça… ».

Son insinuation peu cachée me fait légèrement rougir. Est-ce si étrange qu'il m'ait invité ? Elle allait ajouter autre chose quand son regard est attiré par une autre personne derrière moi. Je la vois changer d'expression du tout au tout. Du plaisir et de la joie s'affiche sur son beau visage. Piqué par la curiosité, je me tourne pour voir qui peut bien la faire réagir ainsi. Mon cœur manque un battement en reconnaissant la personne.

« Il est quand même venu ».

Sa phrase me fait réaliser mon erreur. Et en voyant la personne s'approcher, je me rends compte que mon cœur peut rebattre normalement. C'est bien Fusanori qui est là devant moi pas Aki. Le doute m'a vraiment pris durant une seconde. Avec cette belle brune entichée de Aki, je n'avais que guère de chance, enfin…Il m'a quand même accepté dans ses bras, et il m'a pris les mains…Suis-je vraiment stupide ?

« Où est Aki ? ».

Hikari sourit toujours tendrement et s'approche de Fusanori pour lui prendre le bras.

« Tu râles toujours après lui mais tu l'aimes plus que tout ».

« Hn…De quoi tu parles ? ».

« Je croyais que ça ne t'intéressait pas, ce concert ? ».

Je vois une légère coloration rouge sur les joues du châtain.

« Ca ne te regarde pas ! ».

C'est vrai qu'il est là. Alors que Aki lui a demandé plusieurs fois avant son départ de les accompagner. Mais devant le refus catégorique, il a abandonné.

C'est adorable.

Je souris à mon tour devant la scène et un regard noir m'est jeté.

« Quoi ?! ».

Je secoue la tête puis me souvient de la raison de ma présence.

« Oh ! Hikari-sempai, je me demandais où se est Aki-sempai. Je ne le trouve pas avec tout ce monde ».

Elle s'accroche un peu plus à Fusanori lui soufflant :

« Toi tu restes avec moi… Il doit être dans l'une des loges. Après un récital, il ne se montre que rarement. Il préfère rester seul à revoir les erreurs. Il n'aime pas trop la foule ».

Erreurs ? Où peut-il voir des erreurs dans ces morceaux de paradis ? Bon, je ne suis pas musicien mais tout de même.

« Merci ! ».

Sous le regard toujours assombri de Fusanori, je m'échappe des gens et me dirige vers un couloir où je peux lire 'vestiaire'. Il n'y a personne dans ce coin, tout le monde est trop attiré par les délicieux canapés saupoudrés d'œufs de caviar ou de fois gras.

Une des portes est entrouverte et j'entre sans bruit. Je sais qu'il est là. Je le sens. Sa présence attractive, envoûtante m'attire tel un aimant. Je le trouve assis sur une chaise dans un coin de la pièce. Ses mains volent dans l'air, il a les yeux fermés. Un petit fredonnement de la dernière symphonie s'échappe de lui.

Il est beau ainsi et je m'approche sans bruit, l'admirant à loisir. Il a déboutonné sa veste et sa cravate est défaite pendant autour de son cou. L'envie d'en prendre les deux bouts et de l'attirer vers moi me traverse l'esprit. Il ne pourrait pas m'échapper ainsi. Cette pensée me fait sourire. Oserai-je le faire ? Je continue mon avancée et je le vois arrêter ses gestes, ouvrir lentement les yeux et me regarder. Un petit sourire s'accroche à ses lèvres le rendant sensuel. Ou bien est-ce moi qui me fait des idées ? Il ne bouge pas et pourtant j'ai l'impression qu'il m'appelle de tout son corps. Je suis à quelques pas de lui. Je vois ses mains se lever vers moi, me faisant comprendre sans détour de s'approcher encore plus près de lui. Ce que je fais, une ombre d'hésitation vite oubliée. Je me penche vers lui, attrape les deux morceaux de sa cravate et nos lèvres se frôlent doucement.

Un sentiment que je n'ai jamais ressenti auparavant me traverse. Un sentiment d'aboutissement, de fierté qu'il m'ait choisi. Que ces mains autour de mes hanches ne sont pas un rêve. Que cette bouche sur la mienne est la sienne. Je me sens tel un conquérant ayant réussi sa dernière bataille.

Je me sens idiot de ressentir cela. Je ne me suis pas vraiment battu.

Il se lève pour qu'on soit à la même hauteur et je me retrouve dans ses bras comme en début d'après midi. Je sens les battements de son cœur, rapides, aussi rapides que les miens. Son souffle chaud dans mon cou me fait frissonner.

« Tu as aimé ? ».

« C'était magnifique. Je n'avais jamais autant rêvé qu'en écoutant une telle musique ».

Je le sens sourire sur mon épaule.

« Flatteur… ».

Je me recule pour le regarder dans les yeux. Les siens brillent et il a l'air intimidé.

« Non, c'est la vérité ».

Il me sourit et nos lèvres se rejoignent encore.

Je suis amoureux.

XOXOX

Je soupire, après deux semaines de répétitions non stop nous sommes finalement au point. Le plus dur n'a pas vraiment été ce que je pensais. La troupe et l'orchestre ont facilement trouvé une bonne coordination. Non, le plus difficile avait été de placer les instruments de façon à ce que les sons n'interfèrent pas avec les voix. Mais Aki a facilement trouvé la solution en suggérant une fosse comme dans les vraies salles de théâtre. Nous avons donc déménagé nos affaires dans la grande salle de théâtre de l'université après avoir obtenu la permission et maintenant tout est arrangé. Grâce aux efforts de tous, le spectacle est prêt. Et ça va être grandiose. On va obtenir la première place, j'en suis certain.

La séance a lieu demain.

« C'est bon tous ! On arrête là ».

Un soupir de soulagement s'échappe aussi bien des joueurs sur scène que de l'orchestre. Cela fait plus de quatre heures qu'ils s'entraînent, revoyant les derniers arrangements.

« Je pense qu'il vaut mieux garder nos forces pour demain ! Reposez-vous bien et rendez-vous demain dix heures ! ».

Des acquiescements et des gestes de victoire sont montrés. Tout le monde est remonté à bloc.

Je laisse le temps à tous de ranger leurs affaires, salue ceux qui ont terminés puis m'approche d'Aki qui discute avec quelques un de ses musiciens.

« Ici, ne produis pas un son trop fort, il faut que l'on ressente la peine encourue par Juliette. Elle vient de se marier mais elle doit le laisser partir ».

Un fredonnement comme j'en ai pris l'habitude. Un geste de main pour renforcer ses paroles.

« D'accord ! Je vois ce que tu veux dire ».

« Ne t'inquiète pas Fusaaki, ce sera notre meilleure performance ! ».

Il acquiesce sans rien ajouter et les deux garçons le saluent avant de sortir.

Je vérifie que l'on est bien seuls pour m'apercevoir qu'une ombre se trouve toujours là. Près du piano. Fusanori me dévisage toujours avec insolence, un sourire aux lèvres. Apparemment ma petite discussion intime avec Aki ne va pas pouvoir avoir lieu. J'ai été plus que surpris d'apprendre son accord pour s'occuper de la partie piano du bruitage. Et j'ai du m'avouer ensorcelé par son jeu. Puissantes, magiques, les notes semblent toutes aussi vivantes que la direction de Aki l'est. Ils sont tous les deux excellents dans leur domaine.

Depuis notre reconnaissance l'un de l'autre le jour du récital, il ne s'est rien passé de plus, à mon grand désarroi je dois bien l'avouer. Trop occupé par sa nouvelle occupation de mise en œuvre du bruitage de la pièce et gardé par son aigle de frère, je n'ai pas pu reparler à Aki de nous. Si il y a bien un nous. Je voulais le faire après le concert mais je me suis rendu compte dans mes longues nuits à réfléchir que s'il n'y avait pas de nous alors demain serait le dernier jour. Et je ne le voulais pas, je voulais mettre de l'ordre dans mes sentiments dès maintenant.

Ne me préoccupant pas du chien de garde, je pose une main sur l'épaule de Aki. Il se retourne sur moi, son beau sourire aux lèvres, son charme me piquant à nouveau dans tout mon être.

« Je voudrais te parler…Avant demain ».

« Okay, laisse moi le temps de ranger mes affaires et de… ».

Il n'a pas le temps de terminer sa phrase que Fusanori l'attrape par le bras et le tire vers lui.

« On doit rentrer de bonne heure, c'est l'anniversaire de notre mère ! ».

Je fixe abasourdi les deux frères qui sortent de la pièce et m'apprête à les suivre quand Aki se débat en se dégageant de son frère.

« Qu'est-ce que tu racontes ! Maman n'est même pas à la maison ! ».

Fusanori ne répond rien mais il me regarde avec hargne.

« Il n'est pas question que je te laisse avec lui ! ».

Mon cœur manque un battement. J'ignore si Aki sait des choses sur moi. Des choses que je préfèrerai taire, oublier. Fusanori a un pouvoir sur moi contre lequel je ne peux lutter et il semble sur le point de l'utiliser. Pourquoi me déteste-t-il autant ?

Aki regarde son frère avec calme.

« Pourquoi ? ».

Fusanori se mord les lèvres, je le vois hésitant pour la première fois. Il me regarde toujours avec fureur. Je vois la main de Aki se lever vers le visage de Fusanori. Ses doigts caressent la joue rosie de colère.

« Nori…Je sais que tu ne pense qu'à mon bien. Mais à te comporter ainsi tu ne fais que m'étouffer… ».

La tête se laisse tomber, la main de Fusanori se pose sur celle de son frère.

« Je veux juste éviter que tu souffres une nouvelle fois… ».

Cette histoire encore. Je ne la connais pas mais j'aimerai savoir pour éviter qu'elle ne se reproduise.

« Je sais…Mais si je ne tente rien alors je resterai seul toute ma vie… ».

« Non ! Je suis là ! ».

Aki fait un petit rire et prend son frère dans ses bras. Je détourne les yeux, jaloux malgré moi. Sa jolie voix, apaisante ajoute :

« Je ne pense pas que Hikari apprécie de m'avoir tout le temps dans les pattes. Elle te veut pour elle seule ».

Je n'entend pas la suite de la conversation mais après un petit moment, Fusanori se recule de son frère et se penche vers lui pour l'embrasser. Il se relève et dit tout en me regardant d'un air sombre :

« Très bien. J'accepte. Mais si ce type te fait pleurer je jure qu'il n'en sortira pas indemne ! ».

Aki ne répond rien et Fusanori quitte la pièce sur ces derniers mots.

J'hésite puis m'approche du châtain. Je décide de faire ce dont j'ai envie depuis deux semaines. Je le prends contre moi, mes mains l'entourant, le pressant contre mon corps. Sa chaleur que je veux retrouver.

« Il a dit oui ? ».

Sa tête se repose contre moi. Qui de nous deux a posé la question ? Cela n'a pas vraiment d'importance.

Je le retourne doucement pour attraper ses lèvres souriantes.

« Tu acceptes de me diriger ? ».

FIN