Titre : Hypnose

Auteur : Cerbère

Disclaimer : Tout ceci est ma propriété. Pour toutes destructions potentielles, merci de passer par ma boîte e-mail.

Note 1 : Encore une fois je me lance dans un sujet inconnu. J'ai envie de croire aux bien faits de l'hypnose et des énergies. En fait, c'est même plus que ça : j'y crois. Merci de votre indulgence.

Note 2 : Voici une nouvelle version de Hypnose où j'ai supprimé des choses qui n'allaient pas, rajouté ce qu'il manquait et autres petites rectifications. Merci à Azarus, Sahad, Edhil Morgul, Milii, Smi, Aceituna, Orchydée, Lady Kaoru Anarchy et Latina Angel pour les reviews tout au long de la lecture.

Note 3 : Une partie de cette histoire est pour les Compagnons du Devoir du Tour de France avec qui j'ai passée de supers soirées. Entre autre Bourguignon, Provençal et Toulousain. Et plus particulièrement à ma sœur, Aunis.


Chapitre 1 :

« Tout souvenir est baigné de larmes »


« Coucou, Gabi ! Alors la capitale ? ».

« Super, mais je suis content d'être rentré ».

« Vas-y, raconte tout ce que t'as fait depuis mercredi dernier ».

« Ok. Alors, mercredi après midi, musée de Grévin. Jeudi, la Tour Eiffel et l'Arc de Triomphe. Vendredi, le Louvre. Samedi, le parc Astérix. Dimanche, Disney land. Lundi, le Louvre, mardi, grande visite de paris, mercredi, Versailles et aujourd'hui, retour ».

« T'as du ruiner ton copain avec un tel programme ».

« Nan, j'ai tout fait seul. À part Disney land et parc Astérix. Et je lui ai payé l'entrée puisqu'il payait l'essence. Pour le reste il avait cours avec ses exams ».

« Tu dois être un spécialiste maintenant. C'est toi que j'emmènerais avec moi pour visiter Paris ».

« Belle intention, mais cela m'étonnerait fortement ».

« Pourquoi ? ».

« L'avenir te le dira ».

OoO

Stéphanie éteignit son réveil et se rallongea, fixant son plafond. Le réveil était toujours dur. Dans un dernier soupir, elle sortit de son lit, traversa la chambre et se glissa sous la douche. Quinze minutes après, elle enfila son manteau, verrouilla sa porte et se rendit vers son lieu de travail. Elle travaillait depuis plus de deux ans maintenant, dans une librairie du centre ville et s'y plaisait. Elle avait était assignée au niveau des livres de Poche et travaillait en tandem avec Thibault, un garçon de trois ans son aîné, qui sortait avec sa meilleure amie, Karine. Thibault la faisait rire. Il avait un bon sens de l'humour et ne se vexait que très rarement. Heureusement, car la clientèle du troisième âge avait tendance à lui dire « Merci bien, mademoiselle ». Ses cheveux longs, châtain clair, étaient trompeurs. Son visage fin aussi. Quant à elle, personne ne faisait d'erreur sur sa nature. Elle avait les cheveux taillés en différentes longueurs. Des mèches longues, des mèches courtes. Certains lui avaient demandé si Thibault n'était pas son frère. Ils avaient la même forme du visage, mais la ressemblance s'arrêtait là. Souvent, ils se retrouvaient le vendredi soir pour manger une pizza ou un kebab. Juste elle, Karine et lui, ou parfois leurs amis se joignaient aussi.

Elle voyait moins Karine et devait admettre que leur relation en pâtissait un peu. Bien sûr elle aimait toujours autant son amie, et avait encore envie de partager tout ce qu'elle avait avec elle. Mais quelque chose disparaissait aussi. Peut-être un peu de complicité. Sa meilleure amie était passée de ses études en médecine à hôtesse de l'air en l'espace d'un an. Le changement l'avait pris soudainement. Et elle ne regrettait pas. Elle faisait de long courrier, profitant des escales pour visiter de nombreux pays. Du coup, elles se voyaient moins. Ce qui, dans un sens, avait permis à Stéphanie de se rapprocher de Mathias et Mario.

Une fois le samedi terminée, elle appelait Mathias et passait son week-end avec lui ou au moins quelques heures par jours. Mathias avait été son baby-sitter quand elle avait été plus jeune. Il avait dix ans de plus qu'elle, mais ils s'entendaient à merveille. Âgé de 32 ans, il était Compagnon du Devoir ébéniste, à la tête de son entreprise, toujours célibataire et n'avait aucune envie de se retrouver bloqué dans un couple, comme il aimait le dire. Il se faisait pourtant souvent draguer, parfois Stéphanie était là pour lui sauver la mise et parfois, il devait se débrouiller seul. C'était pourquoi il avait decidé de partager son appartement avec quelqu'un ; pour dissuader les filles. Parfois cela marchait, d'autres fois, non.

Au final, les week-ends de Stéphanie se ressemblaient beaucoup mais cela ne la dérangeait pas. Lorsqu'elle ne voyait pas Mathias, elle retrouvait ses amies qui rentraient le week-end ou avec Mario, un allemand qui travaillait dans un pub irlandais et qu'elle connaissait depuis le collège, qui vivait en colocation avec Mathias.

Alors que la pause de midi s'approchait, elle soupira de bonheur. Cet après midi, un représentant venait et le magasin serait fermé pour la fin de journée et elle allait pouvoir se reposer. Stéphanie n'avait aucune envie de faire les magasins comme tout le monde en ville, surtout un mercredi, surtout un premier jour de soldes.

« Stéph, tu manges avec moi ? » Lui demanda Thibault.

« C'est gentil, mais ça va pas être possible, je vais retrouver Mathias ».

« Ah, le fameux Mathias… Faudrait que tu le ramènes un soir, ça pourrait être sympa ».

« Un soir » Acquiesça-t-elle en prenant ses affaires.

Elle avança d'un pas rapide en ville et se rendit sur la place de l'église où le jeune homme l'attendait. Elle l'embrassa sur la joue avant de le tirer chez elle.

« J'ai pas trop envie de sortir aujourd'hui ».

Arrivée à son appartement, elle alla faire chauffer de l'eau pour des pattes et sortit de la viande de son frigo.

« J'ai du cœur ou du steak. Tu préfères quoi ? ».

« Du cœur. C'est ce que tu veux ! ».

Stéphanie lui tira la langue, posa la viande près de la cuisinière et alla s'asseoir à côté de lui.

« T'as une sale tête, tu fais la fête ? » Lui demanda-t-il.

« Non, je dors mal, c'est tout ».

« C'est peut-être de vivre seule » Proposa-t-il « Tu veux venir squatter chez moi quelques jours ? Ça te ferais du bien ».

« T'es gentil, mais ça va aller ».

« T'es sûre ? Parce que c'est pas Mario que ça va déranger. Si tu veux je te laisse même ma chambre et je dors sur le canapé ».

Stéphanie sourit tout en secouant la tête.

« Ça va aller, je te dis. Puis qu'est ce que tu as a insisté comme ça ? C'est pas ton genre. Un problème avec Mario ? ».

Mathias contorsionna ses lèvres comme il en avait l'habitude lorsqu'il était embarrassé.

« Allez » L'encouragea Stéphanie en lui donnant un petit coup de coude.

« Il me fait peur » Avoua-t-il.

Stéphanie fit un signe d'incompréhension, se leva et versa les pattes dans le faitout.

« Il fait de la dépression ? ».

« Non. C'est son genre ? ».

« Non, une petite déprime passagère à la rigueur, comme tout le monde. Mais la dépression, je ne l'ai vu qu'une fois et j'espère ne jamais revoir ça. Et, vu que tu vis avec lui, tu vas te rendre compte qu'il a des coups de blues de temps à autres, comme tout le monde. La dépression je pense pas, je n'espère pas. Enfin, si c'est pas ça, c'est quoi ? ».

« Je… Je crois qu'il est homo et qu'il m'aime bien ».

« Mario ? Homo ? » Demanda Stéphanie incrédule avant d'éclater de rire « Elle est trop forte celle là ».

La jeune fille se calma et revint s'asseoir près de son ami qui boudait.

« Allez, raconte. Qu'est ce qui te fait croire ça ? ».

« Il… Il se ballade à poil dans l'appart ».

« À poil ou en caleçon ? Parce que y'a une différence ».

« En caleçon ! Mais ça change rien. C'est pas parce que j'arrive qu'il enfile un pantalon et un tee-shirt ! ».

« Et t'en conclut qu'il est homo, c'est bien ça ? ».

Aux yeux rieurs de son amie, Mathias soupira :

« Je me demandes encore pourquoi c'est à toi que j'en parles ».

« Allez, Matty, fais pas la tête, je le répéterais pas. Je peux même t'assurer que Mario est 100% hétéro ».

« Et tu l'affirmes à partir de quoi ? ».

« T'en connais beaucoup d'homo qui rêve d'une famille avec 3 gosses et une femme ? ».

« Il est comme ça ? Mais il a même pas une copine ».

Stéphanie soupira et alla faire cuire la viande pendant que Mathias mettait la table.

« Mario a beaucoup le sens de la famille. Tellement, qu'il est toujours là pour ses frères et sœur. Tu as déjà dû t'en rendre compte. Entre Lena, qui l'appelle toujours pour garder ses mômes, Andréas et Tobias, qui, bien qu'ils aient 23 ans, ne savent pas assumer leurs conneries et Lukas dont personne ne s'occupe, il est toujours à droite et à gauche. Il a du mal à concilier les deux et puis surtout, comprendre qu'il devrait les laisser se démerder. Sa dernière copine a essayé de le lui expliquer, mais elle a pas réussi et à craquer ».

« C'est pour ça qu'il cherchait un colocataire ? ».

« Plus ou moins. Il n'aime pas être seul. Il a besoin de présence et puis j'ai réussi à le convaincre que la colocation était aussi une bonne chose pour rencontrer du monde. Il en a besoin. Après, je ne pensais pas qu'il tomberait sur toi et ton appart ».

Mathias hocha la tête, se rendant compte que même après un an, il connaissait vraiment très peu son colocataire. Il avait longtemps vécu seul dans son appartement et trouvait cela ennuyant. C'est pourquoi lorsqu'il avait vu que Mario – qu'il connaissait alors à peine - cherchait un colocataire, il avait sauté sur l'occasion. C'est seulement par la suite qu'il avait apprit que Mario était un très bon ami de Stéphanie, dont elle lui avait parfois parlé.

« Ça va comment le boulot ? » Demanda la jeune fille.

« Bah, ça va, ça va. Je viens de dégotter un sacré chantier. Je vais avoir du boulot pour toute l'année. Ce qui est une bonne chose et du coup, je me suis permis de prendre un aspirant en apprentissage. Il est sur le tour depuis trois ans et vise sa réception pour devenir compagnon ».

Stéphanie haussa un sourcil.

« Il est juste là pour un an, alors ? ».

« Théoriquement oui, mais il m'a dit qu'il cherchait à se poser, donc si il valide sa réception et qu'il aime l'ambiance de la boîte, il restera peut-être ».

« Ça va te faire du bien un compagnon de boulot ».

« Merci pour le jeu de mot ».

« De rien. Il s'appelle comment ? ».

« Joan ».

Mathias se leva et débarrassa pour faire la vaisselle.

« Comment tu l'as connu, Mario ? » Demanda-t-il alors.

« Au collège… J'ai eu des emmerdes en sixième… ».

« Et il t'as tiré d'affaires ? ».

« Non, mes emmerdes, c'était lui » Comme Mathias avait une moue dubitative elle poursuivit « À cette époque, je m'entendais très bien avec Tobias et Andréas, que j'avais rencontré par le biais de Gabi, ils étaient dans la même classe. Ont été souvent fourrés ensemble. Mario trouvait qu'ils étaient moins sérieux quand ils me fréquentaient. Ils sortaient plus et travaillaient moins. C'était vrai et je ne vais pas le nier. Puis l'année suivante, au divorce de leurs parents, les garçons sont repartis en Allemagne et Mario aimait bien, lorsqu'il me croisait, me tenir au courant de tout ce que je ne savais pas. C'était une sorte de revanche pour lui ».

« C'était moralement ? ».

« Ouais, c'est ce qu'il pensait, puis un jour, il a craqué. J'étais en seconde et lui en deuxième année de fac. J'avais compris depuis deux ans que ce qu'il me racontait, ce n'était plus pour m'emmerder, mais pour le partager… Quand il a craqué, c'est moi qui étais là, et ça a commencé à être une habitude… Depuis un bout de temps maintenant… Presque 8 ans. Mais, et toi ? Parce que vous êtes pas du tout du même genre… ».

« Je suis un habitué du Fresh Eire, comme tu le sais. Quand Mario a été mis en avant, tronquant ses jours de travails avec Abigael, il a bien fallu que je fasse sa connaissance. Il était amusant. Il me servais mon verre et s'en prenait un en même temps. Puis quand je lui ai demandé si je pouvais mettre une annonce, bah il s'est proposé puis c'est quand il a visité l'appart que j'ai réalisé que ce Mario c'était ton Mario ».

« Je crois que la tête que tu as tiré à ce moment là était mémorable ».

« Nia nia nia » Protesta Mathias, comme il en avait l'habitude « C'est pas ma faute, faut dire aussi que je ne rencontres jamais tes potes, t'as honte de moi ? ».

« Non, bien sûr que non ! » S'écria Stéphanie.

« D'eux, alors ? ».

« Non ! » Répondit-elle sur le même ton « C'est juste que… Ça va te paraître très égoïste… ».

« Vas-y » L'encouragea Mathias avec un sourire.

« J'ai pas envie de te partager… » Expliqua Stéphanie, un peu embarrassée.

« Ça me va ! » La rassura-t-il en l'embrassant sur la joue « Je dois y aller où mon employé va me tuer. Un peu d'avance ne fera pas de mal. Tu viens manger à l'appart, ce soir ? ».

« Ouais. Mais pas de pizza, ok ? J'en peux plus, elles sont bonnes, mais je fais overdose ».

« T'en fais pas, Mario aussi ».

OoO

« Stéph ? Y'a la patronne qui veut te voir » Lui dit Thibault « Ça sent la promotion, ça ».

Stéphanie le remercia d'un signe de tête, posa le dernier livre qu'elle avait dans la main et descendit, jusqu'au bureau de la patronne, le ventre noué. Non, cela ne sentait pas vraiment la promotion et elle le savait. Dans le bureau, la femme était assise à son bureau, les mains jointes sur ses jambes, regardant Stéphanie entrer. Elle lui indiqua le siège avec un sourire aimable. La brune s'exécuta.

« Stéphanie, je ne vais pas y aller par quatre chemins. Tu as été, jusqu'à présent, une remarquable employée. Attentionnée et active. Tu as été un très bon tandem avec Thibault ».

Chaque 'été' donnait un coup à la brune qui s'enfonçait petit à petit dans son siège.

« Seulement, aujourd'hui, enfin, depuis quelques mois, tu n'es plus cette employée ! Qu'est-ce qui se passe ? Tu as des problèmes ? ».

Stéphanie releva la tête, surprise par ce ton qu'elle aurait pu qualifier de maternelle.

« Je… Non… Je dors mal, j'ai du mal à suivre, c'est tout ».

« C'est tout, mais c'est beaucoup, Stéphanie et je ne peux pas te garder dans cet état. Parce que c'est mauvais pour l'entreprise mais aussi parce que c'est mauvais pour toi. Aussi, je vais devoir te licencier, mais… Une fois que tu iras mieux, que tu te sentiras prête à reprendre une activité, préviens-moi. Ta place te sera restituée dans la mesure du possible. Je ne peux pas me permettre de te perdre, mais si je ne le fais pas, alors ça va empirer. Prends toi des vacances, règles tes problèmes et reviens nous en forme, d'accord ? ».

« Je… » Stéphanie sentait un étau se refermer sur son estomac. Elle le savait bien qu'elle n'était pas descendue pour une promotion, mais elle avait plus imaginé une mise à pied qu'un renvoi. « Je pars tout de suite ? ».

« Je te laisse finir le mois, pour que tu ne sois pas prise au dépourvue… Passe me voir demain, avant de débaucher, d'accord ? ».

« Oui, madame ».

Stéphanie se leva et quitta la pièce en silence tandis que sa patronne contempla la feuille sous ses yeux. La fiche de Stéphanie, employée depuis plus de deux ans. Stéphanie remonta à l'étage et se recomposa un sourire avant de croiser Thibault. La journée se passa calmement et Stéphanie fut heureuse de voir l'heure de fermeture arriver.

« Stéph ? T'as quelque chose de prévue ? » Demanda Karine venue l'attendre elle et Thibault à la sortie du magasin.

« Ouais, je… J'ai déjà des plans pour ce soir, désolé. Mais on remet ça à demain si tu veux, ok ? ».

« Ouais, pourquoi pas. Je t'appelles alors ».

Stéphanie hocha la tête et regarda son amie partir avec son copain. Elle n'avait aucune envie de sortir ce soir. Elle partie en direction de son appartement, y retira ses chaussures et s'écroula sur son lit. Elle n'en voulait pas à sa patronne, la femme avait un magasin à faire tourner avant tout. Elle sentie les larmes couler. Sans boulot, elle n'allait pas pouvoir continuer de payer son appartement, et ce n'était pas le chômage qui allait le faire. Bien sûr elle avait des économies, mais ne pourrait pas en vivre indéfiniment et elle n'avait aucune envie de retourner chez elle, avec ses parents. Sans s'en rendre compte, elle s'endormit.