Genre : Yaoi/tranche de vie.

Rating : T

Bêta auditrice : Tenshimizu

Note d'auteur : Les mails sont en italique et centré.


Ma vie en histoire


Ils s'étaient rencontrés sur un champ de bataille au Koweït.

Ils combattaient dans le même escadron.

Ils étaient tout juste sorti de l'école militaire quand ils étaient partis à la guerre.

Ils avaient énormément de points communs dans leur parcours de vie et en plus ils étaient tous les deux orphelins.

Harry Sunohito, est un métissé asiatique, cela se voyait dans ses traits, la peau basanée avec des yeux bleus un peu bridé. Il a une fine bouche, des cheveux bruns foncés, coupé en brosse depuis qu'il s'était engagé dans l'armée parce qu'il ne savait pas quoi faire d'autre de sa vie.

Il n'était pas grand, pas plus d'un mètre 70, tout en muscle seulement cela ne choquait pas, c'était plus de la force que de la gonflette.

Un point qui le travaillait et le perturbait depuis qu'il était petit c'est qu'il ne savait rien au sujet de sa famille. Aussi loin qu'il s'en souvenait, il était passé de famille d'accueil en famille d'accueil. Personne n'avait de renseignements sur ses origines.

Et le fait d'avoir été balloter durant toute son enfance avant d'être placé dans un internat, cela l'avait rendu taiseux et fort froid. Il ne cherchait pas le contact de peur de se faire rejeter. Il ne voulait pas s'attacher aux gens non plus, puisque de toute façon ceux-ci ne faisaient que passer dans sa vie.

Duncan Minor avait lui été trouvé à la naissance dans une poubelle extérieure d'un orphelinat, C'est un jeune garçon qui l'y avait trouvé en faisant sa corvée du soir, et celui-ci l'avait pris sous son aile pour le protéger des autres, des moqueries des autres gamins. Duncan était si chétif qu'il était devenu rapidement le souffre-douleur des autres enfants et le fait qu'il ait été découvert dans une poubelle n'arrangeait pas les choses pour lui.

Durant une bonne partie de son enfance, Duncan se montrait méchant avec les adultes qui voulaient l'adopter et à ses yeux l'arracher à son ami Steve qu'on ne voulait pas prendre avec lui, son sauveur avait déjà presque dix ans, il était bien trop vieux aux yeux des adultes.

En étant insupportable, il espérait pouvoir revenir près de son ami, son protecteur. Du coup, il avait été ramené plusieurs fois à l'orphelinat durant la période d'essai.

Seulement son protecteur était décédé à treize ans d'une maladie respiratoire quand Duncan avait sept ans. Quand Steve était mort, il était trop âgé pour se faire adopter, seulement il n'en avait cure. Il aimait s'occuper des plus petits qui arrivaient comme l'avait fait Steve avec lui.

A l'âge adulte, Duncan était un peu plus grand que son ami, un mètre 75, les traits très fins presque efféminés. Avant d'entrer dans l'école militaire, il portait les cheveux longs. Maintenant ses cheveux châtains clairs, sont aussi coupés en brosse. Il a des lèvres rouges pleines, des yeux de couleurs indéfinissables qui oscillent entre le bleu et le vert, la peau mate.

Au fil des missions, ils avaient lié connaissance parce qu'on les avait mis dans la même tente et Harry avait appris à faire confiance à Duncan, qui était une valeur sûre dans la guerre, un allié sur qui il pouvait compter, toujours prêt à en faire plus que les autres. Et surtout la première personne qui ne le laisse pas tomber et à être là pour lui.

Au péril de sa vie, Duncan était venu le chercher dans un guet-apens et cela le métis ne pouvait pas l'oublier et puis il y avait également la joie de vivre de Minor qui avait fini par amadouer Harry.

D'une amitié simple, ils étaient passés à plus parce qu'il y avait affinité.

En revenant du Koweït, ils avaient quitté l'armée, ils avaient fait le temps pour lequel ils s'étaient inscrits au départ.

Ils avaient pris un petit appartement avec l'argent de la mission à l'étranger qu'ils avaient aménagé avec amour en faisant les brocantes et les antiquaires. Tout en faisant cela, ils cherchaient un travail qui pourrait leur convenir. Minor, ne voulait plus rien avoir avec les armes, cela ne dérangeait pas Sunohito, il se sentait en sécurité avec une arme à la taille.

A force de chercher, Duncan se présente au magasin dans lequel il fait les courses, il a vu la dernière fois qu'on cherchait un magasinier. Ranger, classer, ordonner, c'est une chose qu'il aime faire, autant tenter sa chance.

Duncan est engagé rapidement, et il peut signaler à son compagnon quand le personnel cherche un veilleur de nuit, c'est un métier qui conviendrait parfaitement à son amant, il aime le travail en solitaire, il aime les armes et n'est pas facilement impressionnable.

Comme le métier lui permet, Duncan est heureux de pouvoir laisser repousser ses cheveux, il peut depuis un petit mois recommencer à les attacher en une petite queue pour le travail et les laisser libre à la maison.

Duncan a toujours eu comme passe-temps depuis l'enfance l'écriture. Dès qu'il a un moment, il écrit des histoires sur les sentiments qui l'habitent et sa vision de la vie par rapport à tout ce qu'il ressent. Néanmoins, il n'est pas imbu de sa personne et il ne tient pas à apparaitre dans ses histoires personnellement, même si c'est son ressenti, ce sont des personnages fictifs qui vivent dans ses histoires. Cependant, c'est une des raisons pour laquelle il préfère garder tous ses écrits pour lui parce qu'il les estime trop personnels et qu'il a peur qu'on le reconnaisse dedans en les donnant à des personnes de son entourage.

Pendant la guerre, il avait continué ce passe-temps. Il écrivait dans un cahier qu'il gardait au fond de son sac de mission.

En le voyant écrire, c'est naturellement quand ils étaient devenus plus intimes qu'Harry lui demande ce qu'il fait.

Avec beaucoup de timidité et de pudeur, Duncan lit ses textes au métis qui les apprécie et lui demande régulièrement de lui en lire d'autres où ce qu'il vient d'écrire.

Depuis que les deux ex-militaires travaillent, ils ont pu acheter un ordinateur et c'est dessus que Duncan écrit ses contes. Il trouve que c'est plus propre que les ratures qu'il faisait dans ses cahiers avant quand il n'était pas satisfait de son premier jet. Maintenant, il peut retravailler à l'infini et son texte reste lisible.

Il y a presque un an qu'ils travaillent tous les deux, alors que son amant est au travail, Harry, après avoir fait sa part de son travail, s'installe derrière l'ordinateur afin de regarder un des textes du châtain comme il le fait souvent. Il aime voir la progression de l'écriture de son compagnon, ce dernier préfère de loin attendre que tout soit fini pour lui lire. Néanmoins, il sait que Harry lit, ils n'ont pas toujours le temps de se faire des soirées lecture depuis qu'ils ont des horaires décalés.

Le métis a les larmes aux yeux, il trouve ce texte vraiment trop beau pour le laisser sans lecteur autre que lui, il sait qu'il est fini, son amant lui a laissé une petite note dans le titre et en début de fichier pour lui signaler que l'histoire était comme il le voulait enfin. C'est une histoire qu'il a commencée durant la guerre du Koweït et qu'il a déjà modifiée plusieurs fois.

Après une petite recherche sur le net, il trouve un site pour publier des histoires originales. Il ouvre un compte avec l'adresse mail de son compagnon. Il lui cherche un pseudo car il est persuadé qu'il n'apprécierait pas que son vrai nom soit divulgué de la sorte. Il choisit celui de son adresse mail, mineswepper et publie l'histoire.

Il attend patiemment que son amant revienne de son travail. Au soir, quand Minor ouvre sa boite mail, il y a déjà des réactions sur son texte.

Comme Duncan ne comprend pas la raison de ses mails dans sa boite, Harry vient lui expliquer ce qu'il a fait.

-« Si tu ne veux pas, on retire le compte, mais je trouverai dommage que tu ne fasses pas bénéficier les autres de tes textes, tu en as beaucoup en stock en plus, tous ceux que tu as écrit pendant la guerre et avant que tu peux retravailler un petit peu. »

Duncan saute dans les bras de son amoureux. Il a toujours été très expansif surtout depuis qu'ils sont retournés à la vie civile.

-« Non, surtout pas, merci, je suis heureux de pouvoir partager tout ça avec des gens, surtout que je ne les connais pas et que c'est positif ce qu'ils disent de mon histoire. Tu te rends compte, j'ai déjà deux personnes qui m'ont dit ce qu'il en pensait. »

Sunohito avait eu le temps de regarder le site de fond en comble durant l'après-midi. Il peut ainsi montrer tous les rouages tel que : comment vérifier le nombre de lectures qu'il a eu ? Comment télécharger les histoires ? Comment répondre au remerciement ?

Avant de partir au travail, Harry donne un long baiser à son compagnon. Il sera de retour 7h30 le lendemain matin.

Tous les jours de la semaine, du lundi au vendredi matin, Duncan se lève quand son réveil sonne, il est 5H30. Il sait que dans deux heures, Harry poussera le pas de la porte après avoir effectué son travail.

C'est vrai qu'ils ont maintenant une vie réglée comme du papier à musique. Duncan se lève à 5H30, il se dépêche de faire sa part du travail, c'est relativement rapide, le petit cinq pièces s'entretient sans problème, un petit coup de brosse et l'histoire est réglée. Il lave plus à fond le lundi matin après le week-end où ils sont restés à deux à l'appartement.

Il doit encore dresser la table pour le petit déjeuner et faire passer le café avant que Harry ne ramène, en revenant du travail, des croissants encore tièdes.

Hier soir, Duncan a répondu à ses commentaires et il a commencé à lire d'autres histoires sur le site. Il a pris le temps de poster des commentaires également cela lui avait fait tellement plaisir d'en recevoir qu'il ne voulait pas léser d'autres auteurs.

Au bout d'un petit mois, il s'était fait un petit cercle d'amis sur ce site à force de répondre aux commentaires et aussi d'en poster.

Duncan doit bien avouer que sa passion lui prend de plus en plus de temps, néanmoins il se sent bien dans ce milieu-là et il ne voit plus passer ses soirées si solitaires auparavant.

Voyant que son amant est de plus en plus radieux en lui parlant de ses connaissances et de ce qu'il a lu, Harry lui propose de passer à mi-temps de manière à pouvoir profiter encore plus de ce qui le rend heureux en dehors de lui, bien sûr. Son travail de veilleur de nuit rapporte bien suffisamment pour les nourrir tous les deux, de toute façon.

Au bout de trois semaines, Duncan peut enfin passer à mi-temps, cela va lui dégager du temps pour écrire mais également pour pouvoir dormir un peu avec son homme ce qui n'arrivait plus que le week-end.

Possédant plus de temps pour écrire, il a aussi plus de succès puisqu'il peut poster plus régulièrement et fréquemment. C'est certain que répondre à ses commentaires lui prend un moment, néanmoins cela lui permet aussi de connaître d'autres personnes et d'agrandir son cercle de connaissances.

Il finit même par se lier d'amitié virtuelle avec d'autres auteurs. Particulièrement une qui a autant de succès que lui, du moins elle a énormément de commentaires, même plus que lui, seulement cela ne le gêne pas du tout.

Il adore discuter avec elle de ses lectures et partager également les commentaires qu'il reçoit comme certains messages privés surtout qu'ils lisent les mêmes auteurs. Les sujets de discussion entre eux ne diminuent pas grâce à leur point commun en lecture.

µµµ

Depuis ce matin, Duncan a une forte fièvre, Harry a appelé le médecin quand il est revenu du travail. Le châtain a toujours été négligeant avec sa santé, ne réalisant pas les dangers qu'il encourt, alors qu'il s'inquiète dès que quelqu'un de son entourage éternue.

Le médecin préconise du repos, il n'a pas d'autres remèdes à la grippe, vitamine c et repos. Harry ira déposer le certificat médical de son compagnon quand il se lèvera vers 14 heures, il a déjà téléphoné pour prévenir que son amant sera absent jusqu'à la semaine prochaine.

Pourtant malgré que Duncan soit très mal dans sa peau, qu'il grelotte tout le temps, Harry en poussant la porte de l'appartement le trouve devant l'ordinateur, le lendemain matin.

-« Qu'est-ce que tu fais là ? » S'étonne le métis.

-« Je dois poster, mes lecteurs attendent. » Lâche Duncan entre deux quintes de toux.

Il tousse tellement qu'il chavire presque de sa chaise. Sunohito s'avance à grande enjambée et vient sauvegarder le travail du châtain avant de le tire vers le lit pour l'y mettre de force.

-« Tu es malade au point de ne pas aller travailler, donc au point de ne pas savoir écrire. » Affirme Harry.

-« Mais ! »

-« Duncan, je ne plaisante pas, je ne veux pas te perdre. Elle est méchante la grippe cette année. Reste au lit, tes lecteurs attendront bien une semaine. Tu mettras un petit mot d'excuse disant pourquoi tu n'as pas posté en date et en heure. »

Durant trois jours, Harry soigne son amant dès qu'il rentre du travail. Il lui fait prendre des jus de fruits pressés. En l'hydratant bien, en lui mitonnant des repas légers qu'ils prennent bien au chaud sous les couvertures.

Le quatrième jour, Duncan peut enfin sortir du lit et se lever sans avoir la tête qui tourne et cracher ses poumons. Harry a fait tout le ménage, ce qui permet au jeune homme de se rendre directement à son ordinateur pour regarder le texte qu'il doit encore poster et voir ce qu'il a écrit, parce que mine de rien, il ne se rappelle pas du tout ce qu'il a écrit. Il tient également à vérifier sa boite mail.

Il est horrifié de ce qu'il lit, il a vraiment fait un début de texte exécrable sous la maladie. Il efface directement tout ce qu'il a écrit et recommence son histoire maintenant qu'il a les idées beaucoup plus claires. Dire qu'il avait même oublié certains mots dans des phrases et s'était trompé plusieurs fois de prénom pour son héros.

Quand Harry rentre du travail, il lui saute carrément dans les bras.

-« Merci, si j'avais posté ce que j'ai écrit ce jour-là, ça aurait été indigne de mes lecteurs. »

-« Cela aurait surtout été indigne de toi » dit Harry en embrassant son homme.

Comme lui avait suggéré son compagnon, Duncan met un petit mot pour s'excuser et dire qu'il avait été malade.

µµµ

Le temps passant, Duncan reçoit de plus en plus de commentaires, il répond toujours aussi gentiment à tous les mots qu'il reçoit, ainsi qu'aux favoris et aux alertes sur ses textes.

Il se lie aussi avec d'autres auteurs et des personnes qui lui laissent un commentaire sur ce qu'il écrit, il aime ses échanges presque autant qu'écrire.

Son amitié virtuelle se fait plus intense avec Mistral, un autre auteur, ils s'envoient énormément de mails, finissent par se raconter leur vie. Duncan se sent très en phase avec cet auteur, heureux d'avoir quelqu'un pour partager sa passion, parce que même si Harry est son premier auditeur de tout ce qu'il écrit, il ne connaît pas toutes les histoires qu'il lit durant une heure tous les jours, c'est son loisir. Or il peut discuter avec elle car ils ont les mêmes lectures.

Et puis son compagnon a son monde, ses loisirs qu'il réalise également pendant que lui est au travail. Il adore l'informatique et est dans un club, comme il apprécie de se rendre au stade de tir pour parfaire le maniement de son arme de travail et qu'il est bénévole dans une association pour aider les personnes âgées également.

L'amitié entre Mistral et Duncan devenant plus profonde encore, le jeune homme aimerait beaucoup la rencontrer. Il aurait ainsi l'impression qu'elle est véritablement réelle et non de parler à un ordinateur.

A force d'en discuter par mail et d'en parler à son compagnon. Un arrangement est pris, pour les grandes vacances et les congés du couple, ils partiront dans la ville de Mistral, Los Angeles, alors qu'ils sont dans les environs de New-York, eux, pour la rencontrer c'est certain, mais aussi visiter cette ville qu'ils ne connaissent pas.

La femme décide même de les inviter dans son domicile, elle a une chambre d'ami pour les accueillir, de cette façon ils auront moins de frais, ils lui payeront un petit montant pour payer leur alimentation et les frais qu'ils pourraient créer. Cela leur reviendra toujours moins cher que de prendre un appartement ou descendre à l'hôtel.

Descendre jusqu'en Californie c'est déjà une folie pour les deux jeunes gens, ils n'ont plus tellement d'argent de côté et leur façon de vivre, le mi-temps de Duncan, les handicape surtout pour les gros extra comme partir en vacances. Et puis ce qui décide réellement le couple, c'est que Mistral sera au travail durant la journée, ils auront quartier libre pour tout visiter et ils pourront discuter durant la soirée d'après les échanges de mail.

C'est ce qu'ils font, ils discutent durant le repas du soir que Mistral prépare en attendant que les deux jeunes gens reviennent de leur visite. Puis, elle s'isole dans sa chambre pour écrire.

Cependant, malgré les rares contacts, Duncan réalise que la femme qu'il a devant les yeux n'est pas la femme qu'il a derrière l'écran. Elle prône des principes de vie sur le net qu'elle ne met pas en pratique dans la réalité. Elle qui clame que l'amitié est importante, que la vie de famille est primordiale. Elle va rester deux mois sans voir son enfant et une fois la vaisselle réalisée en groupe, il n'y a plus moyen de parler avec la femme.

C'est la première douche froide pour l'écrivain. Il n'aurait jamais imaginé que les gens n'étaient pas ce qu'ils paraissaient être sur le net, lui l'était.

Seulement il y a un point qui n'a pas changé pour Mistral et qui alarme également Duncan, c'est de savoir qu'il y a des jeunes filles ou des jeunes garçons de onze ou douze ans qui lisent les histoires de Mistral, alors qu'il y a beaucoup de relations sexuelles explicites dans ses textes. Et elle s'insurgeait plus d'une fois durant le séjour contre les parents qui ne surveillaient pas assez leur progéniture.

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Il doit y avoir au moins un mois qu'ils sont revenus de vacances quand Mistral lui envoie l'adresse d'une histoire qu'une jeune fille lui a faite rien que pour elle. Elle en fait un éloge et lui dit qu'il doit absolument la lire sinon il va passer à côté d'un vrai bijou d'écriture.

Comme justement il n'a rien prévu en lecture aujourd'hui et qu'il est toujours à la recherche de nouveaux auteurs pour agrandir sa bibliothèque personnelle d'alertes de lecture. Il commence à dévorer le texte.

Plus il lit, plus il est écœuré. Ce n'est pas une histoire c'est presque de la pornographie. Il va voir le profil de l'auteur et se rend compte que cette jeune fille n'a même pas quatorze ans. C'est la deuxième douche froide qui le refroidit encore plus dans sa relation avec Mistral, la deuxième fois qu'il se rend compte qu'elle n'est pas ce qu'elle dit. On ne peut pas s'indigner contre la lecture de ses textes par des pré-adolescents et apprécier de lire une histoire pornographique écrite justement par une pré-adolescente.

Il lui fait remarquer par mail en lui donnant son impression après sa lecture. Elle le traite presque d'imbécile de ne pas voir la beauté des métaphores et la pureté des syntaxes de la jeune fille. Elle s'indigne qu'il s'arrête justement au contenu du texte et non à son style.

Outré, Duncan décide d'aller regarder le profil de Mistral de façon plus suspicieuse, il constate qu'elle ne classe pas les histoires comme elle devrait et que ce n'est pas étonnant que des enfants lisent ses récits, des fictions avec sévices sexuelles, sado-maso, incestes se retrouvent classée K ou K+, donc lisible à partir de neuf ans. Les parents peuvent mettre le filtre ses histoires passent à travers de la faute de Mistral et non des parents.

Encore une chance pour Duncan, il a des contacts avec d'autres auteurs et même lecteurs. Il peut se permettre de mettre de la distance avec la femme sans se sentir trop isolé tout d'un coup, surtout que cette amitié lui devient de plus en plus pénible. Seulement, il ne tient pas à l'abandonner parce qu'il sait qu'elle vit des choses pénibles pour le moment, elle vient de perdre son emploi.

Comme il y a deux auteurs dans son cercle d'amis qui habitent à moins de cinquante kilomètres de chez lui, ils essayent d'organiser une rencontre. Comme les autres ne travaillent pas et sont encore aux études, ils lui demandent de choisir une date un week-end qui lui convient le mieux.

Cela tombe bien, dans deux semaines son compagnon sera justement en formation payée par le travail, il va partir tout le week-end et pendant ce temps-là, lui ira voir ces personnes. Bien sûr, il en a parlé d'abord avec son amant.

Duncan n'aurait pas voulu laisser son compagnon seul ou qu'il se sente mis à l'écart, surtout que Sunohito a toujours peur de se faire abandonner et avec l'enfance qu'il a eue, Minor le comprend très bien et ne veut certainement ajouter des angoisses à son amant.

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En rentrant chez lui après avoir passé deux journées magnifiques et riches en sensations avec ses nouvelles connaissances. Il raconte d'abord tout à son compagnon et quand celui-ci part au travail, il envoie un mail à Mistral pour lui raconter également son séjour, surtout qu'il l'avait prévenu qu'il serait absent durant deux jours et la raison. Elle lui avait demandé de lui parler de cette rencontre avec des auteurs qu'elle appréciait beaucoup également. Duncan sait bien que cela l'a rendu un rien jalouse parce qu'elle ne pourrait certainement jamais les rencontrer personnellement.

Seulement, elle ne répond pas directement comme à son habitude. L'écrivain prend peur pour son amie, car il sait qu'en plus d'avoir perdu son emploi, elle a de gros problèmes pour l'instant avec son ex-mari qui essaye de récupérer la garde exclusive de leur fille unique de neuf ans. Ils en ont discuté pendant toute une soirée pour essayer de trouver une solution.

Duncan doit attendre deux jours complets à stresser continuellement pour Mistral avant de recevoir un mail tout à fait banal, sans vrai contenu, qui dit simplement.

Heureuse que ton séjour t'a plu à ce point.

Duncan, ne sait même pas comment répondre à ce mail, alors il ne le fait pas.

Petit à petit le contact se perd et cela désole l'écrivain. Quand il poste des commentaires sur les textes de son amie, c'est à peine s'il a une réponse personnalisée, juste un petit merci d'avoir laissé un commentaire.

Pourtant c'est parce qu'elle répondait des longues répliques à ses commentaires que tout avait commencé entre eux, que cette amitié avait vu le jour à force de s'envoyer des messages privés pour parler des textes de Mistral.

Par amitié, il continue à lire ses textes, et laisser un petit mot, même s'il trouve parfois que son niveau d'écriture a baissé depuis presque six mois. Mistral par contre ne poste plus rien sur ses textes qu'il écrit pour son plaisir, pas pour les éloges et les lauriers, même si cela fait toujours plaisirs de savoir ce que les autres pensent de son texte.

Toute cette tension entre Mistral et lui arrive à un mauvais moment pour Duncan. Il aurait justement besoin de soutien. Il est au plus mal et ne sait plus vers qui se tourner pour avoir un peu d'aide. Il a envoyé un mail pour prévenir Mistral comme il a mis un mot sur son profil pour expliquer que durant une période indéterminée il ne pourra poster.

Harry vient d'avoir un accident de travail. Il a reçu un coup de couteau dans le ventre alors qu'il faisait une ronde dans le magasin. Deux loubards affamés et alcooliques s'étaient laissés enfermer à l'intérieur du commerce afin de pouvoir manger et boire sans rien payer. Ils ignoraient que ce magasin était sous la surveillance constante d'un gardien.

Harry avait été aussi surpris d'eux de les trouver dans le rayon alcool fort avec des cadavres de bourbon autour d'eux et d'emballage de fromage et charcuterie, la boisson aidant, un des deux hommes s'était servi du couteau qu'il utilisait pour couper des morceaux de fromage qu'ils mangeaient en buvant.

C'est le premier magasinier qui avait trouvé Harry à 6 heures du matin. Le gardien baignait dans son sang. Encore une chance, le collègue a réagi très vite, après avoir appelé les secours, ouvert les portes, il avait commencé à comprimer la plaie en attendant que les ambulanciers arrivent.

Une fois dans de bonne main, l'homme avait appelé Duncan pour le prévenir. Il s'était précipité à l'hôpital pour le veiller et attendre le verdict.

Une fois Harry sorti des soins intensifs, Duncan ne peut plus repousser, il doit reprendre le travail. Même si ce n'est que trois après-midis par semaine, il reste perturbé, il a peur de perdre son confident, la lumière de ses jours. Dès qu'il le peut, il passe des heures à l'hôpital jusqu'à la fin des visites autorisées. Il lui fait la lecture même si pour le moment, il est dans un coma médical pour faciliter sa guérison.

Les soirées, il les passe seul chez lui. Ce n'est pas qu'il n'en a pas l'habitude, mais ici son compagnon n'est pas au travail, mais dans un lit d'hôpital. Duncan aurait aimé un peu de compassion surtout de la part de Mistral à qui il a tout expliqué. Surtout qu'il a passé énormément de temps à soutenir la femme alors qu'elle traversait à ses yeux des épreuves bien moins éprouvantes que la sienne.

Ce qui chagrine énormément Duncan, c'est que ce n'est pas la première fois que cela lui arrive qu'il est là pour les autres et quand lui a besoin d'un peu de soutien, il ne trouve personne. Ce n'est pas tout à fait vrai, le seul à rester et à le soutenir c'est son amour. Et justement celui-ci est au plus mal.

Après une semaine de coma, on sort Harry de son état de sommeil artificiel. Il se réveille rapidement, il a toujours été de bonne constitution. Il doit encore rester une semaine à l'hôpital où Duncan vient dès qu'il peut. Les rares moments où il doit partir pour aller travailler ou parce que les visites sont terminées, l'écrivain rassure son compagnon sur son amour et son prochain retour.

Harry aura encore droit à quinze jours de convalescence à la maison. Ils sont heureux de pouvoir passer du temps ensemble, comme s'ils étaient en repos. Bien sûr, il n'a pas su être aussi présent sur le site d'écriture, il s'en excuse en chaque début de chapitre en notant.

Suite à un grave problème de santé de mon amoureux, je n'ai pu honorer mes postages, veuillez m'en excuser et bonne lecture.

Malgré que Duncan la relance plusieurs fois, qu'il avait espéré qu'elle voit son petit message également, il a de moins en moins de contact avec Mistral.

Il décide même de faire une croix sur cette amitié, après avoir eu une altercation assez violente sur la façon de traiter les lecteurs.

Plutôt que de se détruire tous les jours un peu plus, il préfère couper les ponts. Néanmoins, il est fort blessé par son attitude et tout ce qui a été dit. Il commence à comprendre que son compagnon puisse avoir fini par ne plus avoir confiance dans l'humanité.

Cependant, cela n'empêche pas Duncan de continuer de lire ce que Mistral écrit car il tient à savoir si son style remonte un peu. Car au début de son écriture, il y a des vrais bijoux de littérature et elle avait énormément de talent. En ouvrant une alerte qui l'envoie sur la page d'une nouvelle histoire, il espère toujours retomber sur ce genre d'écrits.

Seulement depuis deux mois, Mistral prône la quantité, plutôt que la qualité. Elle écrit ce qui rapporte des commentaires, sans s'intéresser à ce qu'elle veut faire passer comme message, même si beaucoup de personnes lisent pour le plaisir et passer le temps, ce n'est pas pour cela qu'il faut bâcler son écriture, enfin c'est ce qu'il pense.

De plus en plus écœuré par les histoires qu'il lit d'elle, il finit par prendre la décision de ne plus lire ses textes et même retirer son alerte quand il tombe sur une histoire où son personnage fait croire à son mari qu'elle a un amant pour mettre du piment dans son couple, pour voir si son mari va chercher à la récupérer. Toute l'histoire son personnage manipule son mari et quand l'homme est sur le point de se suicider devant l'affront, elle lui dit que c'était un mensonge et qu'elle ne l'a jamais trompé, ils tombent dans les bras l'un de l'autre et tout est oublié.

Duncan est dégoûté devant l'immaturité du texte, l'illogisme, le manque de valeur face aux principes de vie fondamentaux à ses yeux. Dire qu'au début, Mistral disait que son but premier en écrivant c'était de montrer que l'amour existe toujours et qu'il faut y avoir foi ainsi que dans le mariage.

Minor sait que s'il avait traité Harry comme cela, il l'aurait détruit, comme la confiance qu'il avait mise tellement de temps à acquérir. Il ne veut plus la lire pour ne pas s'énerver, et ne pas voir les énormités qu'elle sert à ses lecteurs comme des beaux principes de vie, de magnifiques contes de fée des temps modernes, comme étant ce qu'est le vrai amour et la bonne façon d'être en amour, puisque toutes ses histoires avaient le même format à la longue.

Il préfère tourner la page et se raccrocher à sa nouvelle amitié avec une lectrice ainsi que les autres auteurs avec qui il continue à avoir des contacts réguliers. Même si cela lui fait du mal, il tient à faire une croix sur cette partie de sa vie.

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