Je vous souhaite à tous et toutes une très bonne année à venir. Merci à vous qui lisez et appréciez (ou pas, lol) mes histoires et notamment à vous qui avez suivi Anouk et Aimé jusqu'à leur conclusion. Pour ceux qui n'aiment pas les scénettes, je travaille actuellement sur une fic à chapitres, que j'espère pouvoir vous servir d'ici quelques mois. En espérant vous y retrouver...

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Scénette n°6 : Je ne changerais rien
(Écrit entre les 26 et 28 octobre 2007)

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Aimé se fraya un passage dans la brasserie à la fréquentation honorable pour un vendredi soir de septembre, et ce jusqu'aux escaliers conduisant au sous-sol où Anouk l'avait invité à le retrouver. Les fumeurs, qui vivaient leurs derniers mois de liberté d'assouvissement de leur vice en public, avaient investi les deux étages. L'air chargé de nicotine, nullement arrêté par le dérisoire panneau délimitant une zone non-fumeur, opacifiait l'atmosphère. Adepte de la cigarette en des occasions choisies – une soirée entre amis, par exemple, ou après l'amour – Aimé ne put s'empêcher de songer combien boire un verre le soir ne serait plus la même chose d'ici le mois de janvier.

Lorsqu'il aperçut Amaury dans la foule, il sourit à la coïncidence qui les avait conduits le même jour au même endroit, mais il reconnut alors José, Dominique, Éric et sa jeune épouse de cinq mois, fraîchement rentrés de leur voyage de noce tardif en Australie, ainsi que Sonia, et même Alexis, un joli groupe hétéroclite formé par ses amis, et Anouk, bien entendu.

Il se glissa parmi eux et au beau milieu de la conversation.

« Bonsoir… Qu'est-ce que vous faites tous là ?

– Hé ! L'homme du jour est arrivé ! » se réjouit Anouk tandis que tour à tour, chacun félicitait le nouveau venu.

Anouk avait été le premier qu'il eut appelé pour lui annoncer la nouvelle, avant même d'avertir ses parents. Bons ou mauvais, grands événements et petits riens, Anouk était le premier nom qui lui venait à l'esprit lorsqu'il avait envie de dire quelque chose à quelqu'un. Lorsque son ami l'avait invité la veille à fêter sa promotion, il avait été loin de se douter qu'ils ne seraient pas en tête-à-tête. Aimé ne raffolait pas des surprises, d'ordinaire, il avait une nette préférence pour tout ce qui était planifié – déformation professionnelle, sans doute, mais tout devait suivre ses plans. Anouk, néanmoins, possédait le don de mettre de l'imprévu dans sa vie et de provoquer chez lui une spontanéité qu'il le stupéfiait lui-même. Ce n'était pas entièrement malvenu, simplement… déroutant.

« Alors, tu t'amuses bien ? »

Aimé balaya la salle du regard. Il secoua la tête, un peu grisé, un sourire aux lèvres, son second verre de la soirée à la main.

« Comment est-ce que tu as réussi à réunir autant de monde en si peu de temps ?

– Secret.

– Comment as-tu eu ne serait-ce que leur numéro de téléphone ? T'as fouillé mon répertoire ou quoi ?

– Secret, te dis-je. Ou plutôt, c'est magique ! » répliqua Anouk avec un regard plein de malice.

Aimé rit en silence.

« Ce n'est qu'une promotion, tu sais, tu n'avais pas besoin de faire tout ça…

– Ça ne te fait pas plaisir ? demanda Anouk, une lueur de doute au fond des yeux.

– Non, non, ça me fait plaisir, rassure-toi. »

Ses yeux allaient et venaient sur certains de ses amis qui, avant ce soir, n'avaient jamais eu l'occasion de se rencontrer. Ils n'avaient semblait-il pas eu besoin de son aide, cependant, pour se présenter et faire connaissance. Aimé reporta son attention sur Anouk, à qui il devait cette soirée. En douceur, il lui ôta des doigts son verre qu'il posa en compagnie du sien sur le bar non loin de là. Il se pencha, jusqu'à être sûr qu'Anouk entendrait son murmure.

« Tu es formidable. »

Il s'était souvent imaginé embrasser Anouk – un vrai baiser, pas comme celui qu'il lui avait volé quelques semaines auparavant lorsque son ami était venu lui rapporter ses lunettes. Il s'était parfois demandé où et comment cela se produirait, qui se déciderait à franchir le cap. Il n'avait jamais eu l'intention que cela se passe en public, entourés d'amis et d'inconnus, d'autant de gens qui se mettraient à siffler et acclamer, sa relation avec Anouk avait toujours eu quelque chose de trop intime pour être exposée de la sorte. Et pourtant, cet instant n'aurait pu être mieux choisi. La main d'Anouk s'était perdue dans ses cheveux, le reste de son corps, abandonné entre ses bras. Le souffle court, les joues rosées, Anouk chercha son regard.

« Pourquoi maintenant ? Non, se reprit-il aussitôt, dis-moi plutôt… pourquoi avoir mis tout ce temps ? »

Tous ces longs silences entre eux, ces regards, ce premier baiser furtif sur son pallier, ils n'en avaient jamais discuté, tout comme ils n'avaient pas besoin de se dire que ce soir, ils étaient ensemble pour de bon.

« Avec toi, j'avais envie que ça marche… et pour ça, je devais être sûr qu'on puisse d'abord être amis. J'ai besoin de ça pour que ça dure. Mais et toi ? Pourquoi tu as attendu ?

– Tu me croirais si je te disais que je n'en sais rien ? Je crois que… quelque part j'aimais cette relation platonique, l'idée de prendre son temps. De ne pas être pressé, pour une fois, et simplement savourer ce qu'on avait… même si à d'autres moments je mourrais d'envie de t'embrasser.

– Ne le dis pas au passé », ordonna Aimé, sourire affamé, avant de s'emparer à nouveau de ses lèvres.

Leur second baiser eut plus d'urgence que le premier, un goût de soufre et d'impatience libérée.

« Combien de temps avant de pouvoir rentrer à la maison ?

– Ce n'est qu'une promotion, ils peuvent très bien continuer de te célébrer sans toi.

– Célèbre-moi, toi. »

Anouk gloussa contre ses lèvres.

« Une chance qu'on soit vendredi soir… »