Titre :Meurtri

Auteur : Niwa-himé

Genre : yaoi, violence, one-shot

Disclamer : tout m'appartient exclusivement !

Note importante de l'auteur : Histoire traitant d'homosexualité donc si ça plait pas, vous lisez pas !

Et je vous souhaite une agréable lecture !

ooooooooooOOOOOoooooooooo

Je soupire. L'eau tiède coule doucement sur ma peau meurtrie. Je ferme les yeux un moment. Je savoure cet instant de quiétude. J'ouvre mes paupières et tourne les robinets. Je sors de la cabine de douche lentement. Chaque mouvement me fait légèrement grimacer. Je devrais pourtant en avoir l'habitude. Je ne devrais plus ressentir cette douleur qui m'assaille continuellement. Mais elle est là. Toujours.

Je saisis ma serviette verte posée sur le crochet fixé au mur. J'enfouis mon visage dedans et inspire un grand coup. Je relève la tête et aperçois mon reflet. Je fixe une goutte de mes cheveux qui tombe sur mon épaule et cours sur mon torse. Je la regarde glisser sur les hématomes étalés sur mon flanc droit.

Je pose mes deux mains de part et d'autre du petit lavabo blanc. Je ne sais pas combien de temps s'écoule alors que j'observe intensément mon reflet. J'ai l'air tellement malade. Tellement dépressif. Tellement pathétique. Je souris avec mépris à l'image que me renvoie le miroir. Je secoue la tête. Plutôt mourir que de penser à pleurer. Pleurer me servirait à quoi ? Rien. Les choses ne changeront pas avec quelques larmes coulées.

Je finis de m'essuyer rapidement. J'enfile une paire de pantalons et un vieux pull col roulé. Je jette un dernier coup d'œil au miroir avant de sortir de la salle de bain où je me suis beaucoup trop attardé.

Je vais directement à la cuisine. Je me sers un café et repars vers mon bureau. Je m'installe devant mon ordinateur. Je m'étire une dernière fois, et je me penche de nouveau sur le dossier que je travaillais, il y a de cela une bonne demi-heure.

Il est vingt et une heure passée. J'observe, blasé, mes mains commencer à trembler. Je soupire encore. Je suis définitivement pathétique. Je tente de me ressaisir. Mes membres m'empêchent toute progression dans mon travail.

J'entends une clé dans la serrure. J'ai un sourire triste. Je n'aurais pas pu continuer de travailler plus. La porte d'entrée s'ouvre et je l'entends claquer contre le mur avec un petit bruit mat. J'enregistre rapidement mon travail, et éteins l'ordinateur. Je me lève. Je rejoins le séjour.

Il est debout. Il ne fait pas le moindre mouvement. Il me fixe et attend. Je sais que je devrais déjà me pendre à son cou. Mais ce soir… ce soir je n'ai plus de force. Alors je reste planté derrière le dossier du canapé, mes mains le serrant jusqu'à ce que mes jointures blanchissent.

Je le vois froncer les sourcils dans ma direction. Je me force à sourire et m'approche finalement de lui. Je tremble. Je lui dépose un baiser chaste sur les lèvres et lui murmure un faible bonsoir. Il ne semble pas satisfait. Il s'écarte automatiquement de moi. Il me dépasse et ne répond même pas à ma salutation. Je baisse la tête. Ce soir encore, j'aurais mal.

Je le suis docilement dans la cuisine. Il s'assoit et je m'empresse de lui déposer une tasse de café chaud par habitude. Il me saisit brusquement l'avant bras et me tire dans sa direction. Je me refuse une quelconque grimace alors que sa poigne est douloureuse. Il m'embrasse brutalement. Je ne me débats pas. Je ne m'éloigne pas. Et alors qu'il lâche enfin mes lèvres blessées, je ne fais pas un geste. Je patiente calmement. Il me délaisse après quelques secondes, et je ramène vers mon torse mon avant-bras endolori.

Je prends place face à lui, tentant désespérément de mettre le plus de distance possible entre lui et moi. La gorge nouée, je lui pose les questions habituelles. Est-ce qu'il a passé une bonne journée ? Est-ce qu'il a bien travaillé ? Est-ce qu'il a bien mangé à midi ? Et ainsi de suite…

Il me répond calmement. Il ne paraît pas énervé. Pourtant… je vois sa main jouer nerveusement avec la petite cuillère en inox. Et ce geste... juste ce geste, presque insignifiant, me permet de savoir que ce soir, il va recommencer.

Il se lève. Il me dit qu'il va à la douche. Je ne réponds rien et le regarde seulement sortir de la cuisine qui me semble être de plus en plus petite. J'étouffe. Je sors de la pièce et m'affale mollement sur le canapé en cuir synthétique beige. Mes yeux se posent sur la porte d'entrée. L'envie fugace de partir, non, de m'enfuir, me traverse l'esprit.

Je mords ma lèvre inférieure. Je pourrais fuir. Tout s'arrangerait si bien ensuite. Mais je ne peux pas. Je ne sais même pas pourquoi. Mais je ne peux pas. Quelque chose m'empêche de le fuir. L'amour peut-être. J'ai un petit ricanement. L'amour… je crois qu'il n'y a plus d'amour depuis longtemps déjà. La peur l'a largement remplacé.

Il marche lentement jusqu'à se placer à côté de la télévision, en face de moi. Il se sèche les cheveux avec la serviette que j'ai utilisée en début de soirée. Il pose son regard sur moi et ne me lâche plus. Je me fais violence pour ne pas baisser les yeux et gesticuler dans tous les sens. Son regard me met mal à l'aise. Un nœud se forme brutalement dans mon estomac.

Il me sourit doucement. Je suis presque choqué. Il ne me sourit plus maintenant. Non. Alors qu'est-ce qui a changé subitement ? Peut-être a-t-il compris que je suis épuisé. Car ce soir, je n'ai plus la force de le supplier. Je sais que je ne réagirai pas s'il venait à nouveau à lever la main sur moi. Je ne me débattrai pas. Je ne ferai rien pour le calmer. Parce que je n'ai plus la force de supporter son attitude.

Il vient s'asseoir à côté de moi. Je me crispe involontairement. Je ne veux pas qu'il me touche. Mais je le laisse passer un bras autour de mes épaules. Je le laisse m'enlacer, me caler dans son giron où je croyais y être en sécurité il y a encore quelque temps.

Ma gorge se noue pour la deuxième fois de la soirée. Je retiens avec peine mes larmes, ainsi que les questions qui jaillissent de mon esprit.

Sa main se déplace en une douce caresse. Il l'a pose gentiment contre ma mâchoire et son pouce effleure presque tendrement ma joue. Mes paupières s'abaissent et je savoure ce moment. Je sais qu'il ne durera pas. Je m'appuie un peu plus contre lui. Je me laisse aller. Et bien malgré moi, je me détends petit à petit.

Il me relève la tête et pose ses lèvres sur les miennes. Il m'embrasse amoureusement. Et je fonds. Mes doigts s'agrippent à lui. Je souris tristement alors qu'il met fin au baiser. Peut-être n'y a-t-il pas que de la peur. Sûrement même. Pourquoi resterais-je enfermé dans ses bras alors que la peur me broie les entrailles ?

Il continue ses petites attentions à mon égard. Et je ne peux pas m'empêcher de trembler à l'idée que, peut-être, son prochain geste sera une gifle.

Il se penche sur moi. Et je suis le mouvement. Je m'allonge de tout mon long sur le canapé. Je m'abandonne à lui. Il sait qu'il peut faire de moi ce qu'il veut.

Je grimace alors que ses gestes deviennent un peu plus brusques de minute en minute. Il me saisit le genou et me force à replier ma jambe contre sa hanche. J'aurais une nouvelle marque demain. Mon souffle se coupe alors qu'il entre en moi. Il n'est pas doux. Non. Des larmes s'échappent de mes yeux mi-clos. Je ne veux pas pleurer. Mais c'est malgré moi que je me mets à sangloter.

Il ne s'arrête pas. Non. Il donne encore et encore des coups de rein qui ne me procurent aucun plaisir. Je serre mes doigts férocement sur le canapé. Je tends ma main gauche vers lui. Je lui caresse doucement le torse. Et il écarte durement ma main de lui.

Je gémis. Pourquoi ne me laisse-t-il pas l'atteindre ? Pourquoi refuse-t-il de me parler ? Je le sens venir. Il s'effondre sur moi. Mes doigts vont automatiquement caresser ses cheveux courts. Il prend mon poignet rudement dans sa main. Il le serre méchamment. Il me murmure contre mon oreille d'arrêter cela. Alors je laisse ma main tomber mollement en dehors du canapé, le bout de mes ongles frôlant à peine la moquette sombre du salon.

Il se retire de moi et se lève du canapé. Il n'a même pas un regard pour moi. Je me recroqueville. J'ai froid. Cette pièce est si froide. Il est si froid…

Je crois qu'une heure est passée avant que je ne me lève finalement du canapé. Je pousse la porte entre-baillée de notre chambre. Il me tourne le dos, étendu sous les couvertures. Un murmure s'échappe de mes lèvres. Et mes yeux s'écarquillent. Je ne pensais pas dire cela. Je pensais m'allonger à ses côtés et ne plus bouger comme d'habitude. Pourtant… pourtant je viens de lui dire que je pars demain.

Il se retourne lentement. Il me fixe les sourcils froncés. Il ne comprend pas. Moi non plus. J'inspire un grand coup et un flot de paroles sortent de ma bouche. Je ne me sens plus capable de supporter tout cela. Je l'ai fait jusqu'à présent par amour. Mais je ne sais même plus si je l'aime encore réellement. J'ai si peur de lui. Je m'étonne moi-même de mon culot. Jamais je n'aurais pensé pouvoir lui dire qu'il me terrifiait. Mais je lui dis. Et il se lève. Il se dirige vers moi. Mais mes mots ne cessent pas. Tout ce que j'avais enseveli en moi s'étale ce soir devant lui, pour lui.

Je suis pétrifié. Je ne bouge pas. Et une dernière phrase se meurt doucement dans un souffle. Il n'est qu'à quelques centimètres de moi. Je tremble. Je voudrais paraître sur de moi. Mais je vacille.

Il me contraint à reculer. Je suis acculé contre la porte en bois de notre chambre. Il pose ses mains contre la paroi. Il pose son front contre le mien. Il va me frapper. Et j'ai peur. Pourtant, je ne reçois aucun coup. Non. Il me caresse les lèvres des siennes. Il dépose des baisers papillons sur mon visage. Je ne réagis pas. Il attrape le lobe de mon oreille entre ses lèvres. Il me souffle les trois mots. Les trois mots qui sont censés me transporter de joie. Mais je ne ressens rien. Et je le laisse m'entraîner vers le lit.

Il est doux. Il fait attention à mes envies. Mais je le vois se contrôler difficilement. Et il ne parvint pas à éviter ses mouvement brutaux.

Il s'endort. Je ne dors pas. Je ne parvins pas à fermer l'œil. Et je ne vois pas le temps passer. Je sais que la nuit prend fin lorsque j'entends son réveil sonner. Il m'ignore. Il ne me regarde même pas. Je l'entends se préparer pour partir travailler. Je reste étendu dans le lit. J'entends enfin la porte d'entrée. Il est parti.

Je suis lent. Je me passe de l'eau sur le visage. Je m'observe. J'ai perdu du poids. Je ne mange plus tellement en fait. Je n'ai plus d'appétit. Je sors ma valise du débarra. Je l'installe sur le lit. Et je la remplis.

Il n'est que midi lorsque j'ai fini de rassembler mes affaires. J'appelle un ami. Un ami que je n'ai plus vu depuis que tout a commencé. Je lui demande de m'héberger. Il ne me pose pas de questions. Il sait que quelque chose ne va pas.

Je franchis le pas de sa porte. Il me regarde d'un air grave. Et je le suis jusqu'à la chambre inoccupée. Il m'aide à déposer mes quelques affaires. Je sens ses yeux fixés sur moi. Je redresse la tête. Et je vois qu'il fixe mon poignet où s'étale un bleu. Un poids s'installe rapidement dans mon estomac. Ses yeux remontent jusqu'à rencontrer les miens. Il secoue légèrement la tête. Il me fait un pauvre sourire et je lui rends.

Il me donne la permission de rester autant que je le souhaite. Il me dit de l'appeler si j'ai besoin de quelque chose. Je le remercie. Il referme la porte derrière lui et mes jambes me lâchent. Je m'effondre sur le sol. J'enfouie mon visage entre mes mains. Et je sanglote. Je pleure. Je l'aime. Je sais que quelque part si je pleure maintenant c'est parce que je viens de quitter l'homme que j'aime. Et j'ai honte. Honte parce que je me sens libéré. Honte parce que j'éprouve une certaine joie d'avoir eu suffisamment de force aujourd'hui pour partir. Comme je dois être pathétique. Non pas parce que je pleure. Mais parce que je me rends compte maintenant combien je suis faible. Combien d'hommes se laissent-ils battre par leur petit ami ? Combien s'abaissent à supporter ce traitement ? Combien ?

Je tente de reprendre mon souffle. Un mauvais pressentiment m'étreint. Je ne peux pas le quitter si facilement. Ce n'est pas possible. C'est beaucoup trop simple. Des coups auraient du pleuvoir sur moi…

Je sors de la chambre. J'ai un air épouvanté. Il le remarque. Bien sûr. Qui ne le remarquerait pas ? Mon ami doit avoir compris. Parce que la phrase qu'il me dit envole toutes mes craintes loin de moi. Et un espoir fou gonfle ma poitrine.

« Tu es en sécurité ici »

Je souris. Un vrai sourire…

Fin