LA LUNETTE
(by RätselGott)

Disclaimer : Tout est à moi, d'ailleurs les personnages sont les même que "La primera Noche", mais quelques années plus tard...

Genre : Ce texte est yaoi, et parle de relations sexuelles entre hommes. Il existe des textes bien plus explicites dans le domaine, mais je préviens quand même.


Ca fait des heures que j'attends dans cette chambre sombre, le portable en mode vibreur dans la main, pour être sûr de ne pas manquer d'appel. Si tout se passe bien, cette précaution est inutile. Mais je ne tolère pas la moindre imprudence quand il se met en danger.

Il me parle de sa vie, de sa femme, de ses enfants. Il en est fier, ça saute aux yeux. Il me demande si j'ai une petite amie.

"Non, je suis célibataire. Du moins pour ce soir." j'ajoute en souriant.

De toute manière, ça n'a pas l'air de l'intéresser tant que ça. Il ne me pose pratiquement pas de questions… Ah si : mon nom et mon âge.

"Je m'appelle Louis, j'ai vingt-quatre ans."

Il n'a pas besoin d'en savoir plus. Je ne lui retourne pas les questions : je sais tout de lui et puis, si je veux le séduire, je n'ai pas à demander son âge. Il est plus vieux que moi. De son point de vue, c'est tout ce que j'ai à savoir.

Il me dit que je suis charmant, et que les demoiselles ne savent pas ce qu'elles manquent. N'est-ce pas une pitié qu'un jeune homme comme moi soit seul ? Pour tout dire monsieur, les demoiselles ne m'intéressent pas. Je leur préfère les roméos.

Cet aveu semble lui faire plaisir. Et si nous poursuivions cette conversation ailleurs ? Cette discothèque est vraiment trop bruyante, on ne s'entend pas. Il n'a pas tors. Je le suis au vestiaire et récupère mon long manteau de velours. J'aime ce manteau, c'est lui qui me l'a offert.

L'obscurité me fait presque somnoler, mais je ne dois pas dormir, cela va sans dire. Je ne dois pas non plus allumer la lumière, ce serait ridicule. Je me lève et fais quelques pas, jetant un coup d'œil vers l'immeuble d'en face. Ils ne devraient plus tarder maintenant. Je pose un genou à terre, face à la fenêtre encore fermée, et attrape mon fusil déjà monté. Je le pose sur mon épaule et au travers de la lunette de visée, je cherche sa chambre.

"On peut aller discuter à l'hôtel si vous voulez, j'y ai une chambre."

Il accepte. Assez facilement d'ailleurs, s'en est presque surprenant. Je reste donc sur mes gardes, mais je ne vais pas me plaindre non plus. Il me demande ce que je fais dans la vie.

"Je suis serveur dans un café." Et c'est la vérité. Sauf que je ne suis pas souvent disponible pour ce boulot là…

Il ne cesse de me complimenter, de manière détournée ou pas. Je l'écoute d'une oreille, je souris quand il le faut, je ris parfois… Arrivés dans la chambre, je la ferme à clef derrière moi en le regardant d'un air qui ne laisse pas place au doute.

"Je pourrais être ton père." me fait-il remarquer, avec un petit sourire en coin.

Je m'approche de lui, la démarche provocante. Il a raison, et alors ?

"Je n'ai pas de père." je lui souffle à l'oreille en me collant contre son corps.

Il me demande si c'est vraiment ce que je veux, mais la réponse est évidente. Cependant, je me demande comment il réagirait si je lui disais que non, je ne le voulais pas. Sans doute très amusante. Mais il n'est pas temps de jouer : il attend.

Je cherche toujours sa chambre quand un mouvement attire mon regard. Ce sont eux, ils viennent d'arriver. Il joue la provocation et je souris. Ce n'était pas prévu, il devait juste l'attirer devant la fenêtre. Et devant la fenêtre, il y a le lit, je suis aux premières loges… A-t-il l'intention de sortir le grand jeu ? Je sais qu'il en est capable…

J'ai envie de jouer. Même si le temps n'est pas à ça, je le veux. A force de le regarder dans cette discothèque sombre, à force de le séduire, j'ai fini par me prendre à mon propre piège. Mais ce n'est pas important : même si je cède à la tentation, il accomplira ce pour quoi nous avons été payés.

Il pose une main sur mes fesses, sans détour. Ca tombe bien, je ne suis pas là pour tourner autour du pot. Il me demande ce que je veux… N'est ce pourtant pas évidement ?

"Tu aime coucher avec des hommes plus âgés…"

Non, j'aime coucher tout court. Prendre ou être prit, ça m'est égal tant que le plaisir est présent. Mais ce à quoi je pense tout de suite, c'est à lui qui nous regarde depuis sa tour…

De caresses en baisers, ils sont vite nus. L'homme est peut-être plus âgé que nous, mais il n'en est pas moins séduisant. Il le lâche enfin et va se coucher sur le lit. Il l'invite à le rejoindre… Il veut passer outre les préliminaires, je le connais assez pour ça.

J'aime le voir nu comme ça… Provocant, incarnation éphémère de la luxure. Mes lèvres s'assèchent et je les humecte du bout de la langue. Ils sont maintenant l'un sur l'autre et d'où je suis, je le vois se tordre de plaisir… Il est si beau…

Il nous regarde, je sens son regard sur nous alors que l'homme entre enfin en moi. Aah… Je ferme les yeux et c'est lui que je vois, lui que je sens. L'autre commence à bouger lentement… trop lentement ! D'un mouvement vif, je nous retourne, je suis maintenant au dessus de lui… assis sur lui. Dans la manoeuvre, je ressens une vague de plaisir me transpercer aussi sûrement que son regard et je me cambre en gémissant. Je prend appuie sur ses hanches et je bouge pour nous deux.

J'aime ça… Lui aussi. Il me dit que je suis bon, que je suis beau. Pourquoi ne pas le croire ? Je lui mens… Je lui dis que c'est le meilleur coup depuis longtemps. Hum… Mais je prends mon pied quand même, l'un n'empêche pas l'autre. Il va jouir, bientôt, je le sens frémir en moi. C'est si bon…

J'allume une cigarette et béni celui qui m'a refilé le paquet sans me demander mon avis. Je suis excité comme un diable… Non, je suis excité par un diable. Je me demande s'il veut que je me satisfasse seul… Mais je ne le ferai pas. J'ai du ouvrir mon pantalon, mais je ne me toucherai pas, même si l'envie de m'en manque pas. Il est fou, il est cruel et pervers.

Un sourire se dessine sur mon visage alors que j'écrase mon mégot sous ma chaussure, les yeux rivés sur la fenêtre d'en face.

Je suis comme lui, mais si différent. Tellement différent que je ne sais pas où se situe la limite entre lui et moi. De nouveau, je colle mon œil à la lunette de visée. Le dos arqué, les yeux fermés, la bouche entrouverte, il est magnifique. Il va jouir, bientôt. Je ricane : oh non, ça ne va pas se passer comme ça.

L'épaulant correctement, j'arme mon fusil et je vise. La tête…

J'aime cette baie vitrée qui m'ouvre la vue sur le ciel. On ne voit pas les étoiles, mais j'en ai plein mon corps, nul besoin de voir les vraies. J'aime cette baie vitrée qui lui ouvre le passage pour me voir penser à lui. J'aime cette baie vitrée bientôt brisée…

La distance, et l'angle… Tout est parfait. La balle atteint parfaitement la tempe de celui qui est encore sous moi. Son crâne explose avant même qu'il n'ai le temps de jouir. Cruel, tu l'as fait exprès… Pantelant, je pose une main près de son visage aux yeux morts. Je sourit et lui ferme les paupières, en route pour le dernier voyage. Puis sans me redresser, je me tourne vers le ciel. Mais je ne cherche pas les étoiles. J'en ai plein mon cœur, nul besoin de voir les vraies.

J'ai tenté quelque chose de délicat… Apparemment j'ai réussi. Je souris : il me le fera payer. D'où il est, il ne peut pas me voir, même s'ilsait dans quel appartement je me trouve. Et pourtant, son regard est fixé au mien, au travers de la lunette de visée. J'ai fait exprès, oui. Je suis cruel parce que je t'aime, grand con…

Moi aussi je t'aime, monstre.

FIN ?


Blabla : Elle est écrite depuis un moment, mais j'hésitais à la publier ici. Bon c'est fait maintenant, j'espère qu'elle vous aura plu.