Disclamer : tous les personnages sont à moi, mais un est inspiré d'un tableau. L'adresse du site et l'endroit où l'on peut voir le tableau se trouve sur mon profil

http://marc-andre.skynetblogs.be/category/1238504/1/mise+en+vente

Genre : Spirituel, romance.

Rating : T

Bêta Lectrice : Arlia Eien

Note de l'auteur : Cadeau pour l'anniversaire de quelqu'un de très spécial pour moi.


Vol a-t-il ?

Depuis toujours il regarde cette grande bâtisse au-dessus de la colline, qui dominait la petite maison à flan de coteaux qu'il habitait avec sa mère veuve de guerre et aujourd'hui c'est un grand jour. Cette maison est devenue sienne.

Il avait cinq ans quand il est venu vivre à Drum Castel, en Ecosse. Et la première chose qu'il a vu, c'est cette demeure.

Sa maman voulait repartir à zéro et qu'on ne sache pas leur petit secret ! Pour tout le monde de ce village, il serait donc Douglas Mac Grégor et non une bête de cirque : mi-homme, mi-femme.

-« Ne t'en approches pas, Douglas, elle est hantée ! » Lui dirent les vieux du village en montrant la maison.

C'est la première des interdictions que les habitants du village lui ont faites.

Il n'empêche que le petit garçon est attiré par cette résidence, elle l'attire comme un aimant. Du bas de la colline, le garçonnet voyait les vitraux à la place des fenêtres du grenier, rien que pour ça, elle l'intriguait, c'était la seule comme ça dans tout le village.

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Son enfance bercée par les racontars sur cette demeure, lui donnait encore plus envie d'aller voir de ses propres yeux si tout ce qu'on disait était vrai.

Bien sûr, Douglas avait transgressé l'ordre de sa mère et des anciens du village, il était rentré dans le jardin, mais pas moyen de passer la porte d'entrée, l'intérieur de la bâtisse resterait un trésor à découvrir en son temps.

Les années passent, Douglas Mc Grégor devient un beau jeune homme d'une vingtaine d'années, châtain virant sur le roux, les cheveux courts un peu en bataille, des yeux bleus tirant sur le vert, une bouche fine, le nez aquilin. Le torse musclé par les travaux dans la maison et par son métier. Depuis tout petit, il fait des ravages, par ses traits fins et sa gentillesse.

Après avoir suivi ses études jusqu'au bout. A sa majorité, il avait eu la chance d'hériter une petite somme de son père, bloquée intelligemment par sa maman. Il décide de l'investir dans l'achat de la maison de ses rêves.

Enfin « chance », il ne sait pas si vraiment ça en était une, sa mère n'a pas attendu beaucoup de temps après ses vingt et un ans pour aller rejoindre son père au ciel, comme si elle estimait avoir rempli son rôle : en faire un adulte. Donc oui, il avait hérité, mais il se retrouvait aussi seul au monde.

Etant donné qu'elle est à vendre depuis des années, c'est bien simple Douglas a toujours vu le panneau devant la clôture qui entoure son avoir. Il n'a pas eu à débourser énormément d'argent, la société immobilière étant bien trop ravie de se débarrasser de cette baraque qui était dans leur book depuis cent ans.

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C'est donc avec émotion que Douglas pousse la porte pour voir l'intérieur de son domicile, oui, il l'avoue, il avait acheté un chat dans un sac. Mais l'envie de la posséder était bien plus forte que tout, il lui fallait, il avait l'occasion de l'avoir, alors il n'a pas hésité et fait le grand saut dans l'inconnu.

La porte grince dans ses gonds, il faudra huiler tout ça, mais ça ne lui fait pas peur, Le châtain est bricoleur dans l'âme, c'est lui qui entretient le logement de sa maman depuis tout petit, il était devenu l'homme de la maison bien trop tôt et sans en avoir vraiment le choix, passer pour un homme, sa mère y a mis jusqu'à son dernier souffle.

Menuisier de profession, tous ses vieux lambris font son bonheur, entendre la maison craquer, vivre le rassure, le calme, il n'a pas fait dix pas dans cette demeure qu'il se sent très bien, comme en plénitude. Douglas pourrait même dire qu'il ne s'est jamais senti aussi bien de toute sa vie.

Il respire à pleins poumons et commence à faire le tour du propriétaire en notant mentalement les travaux à effectuer. La cuisine doit être refaite. Il y aura l'électricité à mettre partout dans la maison avec un générateur à l'énergie solaire, Mac Grégor voit déjà comment l'installer sans que ça ne gâche la vue de la bâtisse, ça il y tient.

Le salon, il n'y a pas trop de travail à faire, encore une chance ! La salle à manger juste attenante à la cuisine, ça peut aller aussi. Douglas se rend à l'étage pour poursuivre sa découverte. Le jeune homme est pressé, il voudrait pouvoir dormir ici cette nuit et pour ça il doit encore repasser par son ancienne demeure pour prendre son couchage, le déménagement est prévu pour la semaine prochaine.

Pendant qu'il regarde le travail à effectuer au premier, il entend comme des pas en provenance du grenier, mais comme la nuit commence à tomber et qu'il n'a rien pour éclairer ses pas, Douglas doit se résoudre à attendre demain pour vérifier ce que c'est. Bien qu'il penche pour une bête qui y a élu domicile, Mac Grégor verra s'il vit en cohabitation ou pas.

A l'étage, il y aurait juste à mettre l'électricité ainsi que la salle de bain à aménager, le jeune homme sourit en voyant la grosse cuve au milieu de la pièce, comme on le faisait dans le temps, pas vraiment pratique d'avoir ce système surtout à l'étage quand on doit la vider. Il la redescendra pour en faire sûrement un bac de fleurs.

Rapidement à la clarté du jour qui meurt, le menuisier redescend pour retourner chez lui.

Dans le hall de son vieux logement, le jeune homme a préparé des lampes à huile, un matelas et un sac de couchage, plus un panier de pique nique pour prendre son premier repas dans son domaine.

L'atmosphère de la maison lui manque déjà alors qu'il n'y a que quinze minutes qu'il l'a quittée.

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La première nuit de Douglas dans son paradis n'a jamais été aussi reposante, même s'il entend toujours les pas au-dessus de sa tête, il ne se sent pas agressé et même rassuré.

Les rayons du soleil viennent lui caresser la nuque et le tirer du sommeil, le châtain s'étire sur son couchage de fortune, aujourd'hui dimanche il a tout le temps pour travailler dans sa maison et en finir surtout le tour du propriétaire.

Mc Grégor a toujours aussi voulu voir de plus près les vitraux qui se trouvent au grenier. Quel drôle d'idée de mettre des merveilles pareilles si haut !

Il gravit les escaliers quatre à quatre, impatient de voir ça de ses yeux. Il pousse la porte et est émerveillé devant la superficie de cette pièce, des arceaux peints dans les tons pastels ou bien c'est les vitraux qui rendent cet effet là. Six vitraux décorent la pièce, deux sur les grands murs et un à chaque extrémité sur la face la moins large de la maison.

Douglas tourne lentement sur lui-même, la bouche ouverte, désorienté par tant de beauté au centimètre carré. Il est persuadé qu'il va installer sa chambre ici, c'est trop beau pour que ça reste un grenier. Mac Grégor s'y sente vraiment trop bien pour ne pas y rester et surtout y faire la pièce où il apprécie le plus d'être. Car il ne veut pas que cet endroit soit à l'abandon, ni un grenier.

Le châtain continue à tourner sur lui-même, il a presque fait le tour de la pièce, ça et là, il remarque des plumes sur le sol, de grandes plumes blanchâtres, il se baisse pour en ramasser une.

Avant d'en faire sa chambre le jeune homme devra dénicher cette chouette, vu la taille des plumes, elle ou il doit avoir une sacré envergure.

Le châtain finit de regarder les vitraux et son regard se reporte sur la partie du grenier qui est dans son dos, là une surprise de taille l'attend.

Ailes déployées, mais accroupi sur le sol se trouve le propriétaire des plumes, d'une blancheur immaculée, nez busqué, yeux légèrement dorés, les lèvres fines étirées dans un sourire timide, des cheveux courts et blancs.

Douglas ne respire presque plus devant la beauté de l'ange qu'il a devant les yeux, les vitraux se reflètent également sur ses ailes, donnant l'illusion qu'elles sont multicolores. Ainsi, il a trouvé le propriétaire et l'habitant clandestin de sa demeure.

Mc Grégor reste paralysé, il ne sait pas ce qu'il doit faire, s'il bouge, est-ce qu'il va s'envoler ? Il n'en pas envie, il voudrait que le temps s'arrête tellement il se sent bien. Est-ce la présence de cet ange qui lui fait cet effet ?

Aucun des deux ne bougent, le temps semble s'être figé. Douglas ferme les yeux, les rouvre, puis il se les frotte en désespoir de cause.

-« Merde, je ne rêve pas, il est toujours là ! »

Le sourire de l'ange s'agrandit. Douglas le trouve encore plus beau comme ça, il émane de l'être céleste une aura de bien-être.

-« Comment es-tu entré ? » Finit par demander le châtain.

-« Avec la propriétaire, j'étais son ange gardien ! »

-« Pourquoi n'es-tu pas reparti avec elle ? Sais-tu qu'elle est décédée au moins ? » Demande intrigué Mc Grégor, un peu mal à l'aise, trouvant que la discussion prend une drôle de tournure, il n'a pas envie de faire du mal à l'ange, mais il veut des réponses.

-« Je sais qu'elle est morte ! Et je ne peux pas repartir, je suis un ange déchu ! »

Il ne manquait plus que ça, le voilà avec la maison de ses rêves, son paradis terrestre et il a en prime un ange, s'il n'était pas si estomaqué, il en rirait.

L'ange se redresse, ne se sentant plus trop menacé par le nouveau venu et il rabat ses ailes qui disparaissent comme par enchantement, alors qu'on aurait dit qu'il était nu les ailes déployées, l'archange semble être vêtu d'une tunique aussi blanche que toute sa personne. Il faisait dix bons centimètres de plus que Douglas qui mesurait pourtant un bon mètre 75.

Le menuisier ouvre la bouche, ses yeux sortent de sa tête. Toutes ses attitudes juvéniles amusent beaucoup l'ange.

-« Je m'appelle Dominique et toi ? » Finit par dire l'ange en s'avançant en tendant la main.

Le châtain la sert par réflexe.

-« Douglas Mc Grégor, où sont-elles tes ailes maintenant ? »

Dominique puisque c'est son nom sourit à nouveau devant l'ingénu.

-« Si on n'avait pas la possibilité de les faire disparaître, tu verrais le nombre d'ange gardien qui vit sur Terre. »

Le châtain avance la main comme pour toucher, mais la retire au dernier moment, ce n'est pas très correct comme attitude. Dominique écarte une nouvelle fois les ailes de son corps, devant le regard émerveillé de Douglas.

-« Si je te demande la raison de ta déchéance, je t'offusque ? » Demande poliment Mac Grégor

-« Je suis tombé amoureux de ma protégée. » Répond simplement l'ange.

Le châtain reste la bouche ouverte, une fois de plus.

-« L'amour donne droit à la déchéance, je croyais que le paradis n'était qu'amour ! » S'étonne Douglas.

-« Le paradis n'est qu'amour pour les âmes pures, pas pour les anges en missions, si tu tombes amoureux, tu ne sais pas protéger efficacement cette personne, tu ne réfléchis plus de la même façon, tu la mets en danger, voilà pourquoi j'ai été sanctionné. »

-« Je comprends, même si je trouve la sanction un peu forte ! »

-« L'amour est interdit pour un ange gardien sinon son protégé n'est plus l'unique centre de son intérêt, il peut faire passer ses envies avant la sécurité de son client. »

-« Mais c'est un métier ingrat » Dit Douglas complètement déconfit.

-« Je ne devais pas être fait pour ce travail » Sourit Dominique.

-« Etre immortel et rester ici, il n'y a pas moyen de lever ta sanction ? » Demande Mac Grégor.

-« Renoncer à l'amour et ce que j'ai vécu, je préfère garder mes souvenirs ! » Répond pensivement l'ange.

Le châtain regarde l'être céleste en face de lui, un sourire tendre finit par naître sur les lèvres de Douglas

-« J'aime ta philosophie, ta façon de voir la vie. Tu ne me déranges pas, tu peux rester avec moi si tu veux. » Finit par dire Mac Grégor.

Le jeune homme se retourne pour redescendre, il doit s'activer s'il veut pouvoir habiter rapidement dans son Eden.

-« Tu t'en vas ? » Demande tristement l'ange.

-« Je vais revenir, je me rends chez moi, j'ai des travaux à faire dans la maison, mais tu peux circuler partout, tu es chez toi. » Lui certifie le Châtain

-« Merci Douglas. Ca fait chaud au cœur de se faire accepter si rapidement. »

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Le temps passe, il faut presque une année à Douglas pour aménager toutes les pièces selon ses désirs. Dominique l'aide beaucoup, l'ange a des mains en or pour le bricolage, la peinture.

Pendant que le châtain vaque à ses occupations et son travail, le séraphin finit les dernières touches. Laissant le gros œuvre à Mac Grégor, c'est un travail d'équipe ou chacun donne son opinion pour faire quelque chose qui plait aux deux, ils vont y vivre à deux aussi. Ce n'est plus que le paradis de Douglas, ça devient le paradis terrestre de l'ange également.

Le premier travail qu'a effectué le menuisier, c'est sa chambre au grenier. Même si l'ange circule dans toute la maison, Dominique n'a jamais voulu quitter l'enceinte du jardin, qu'il a aidé à aménager au printemps. Mais l'ange voyant déjà les modifications dans la maison, il n'a pas l'envie de voir ce qu'est devenu le monde pendant ces cents années. Dominique à la chance de pouvoir vivre retirer du monde, bien isolé dans la maison au sommet de la colline.

Petit à petit l'amitié grandit, Douglas est un solitaire et ne se lie pas facilement. Depuis qu'il est petit sa maman l'a tellement mis en garde contre la méchanceté des inconnus, qu'ils se moqueraient de sa différence, que tout ça l'a encore plus renfermé sur lui-même. Il n'avait pas besoin de ça pour voir qu'il était différent des autres enfants de sa classe.

Les gens chez qui le châtain travaille, ne sont que des personnes de passage pour lui. C'est aussi pour ça qu'il aime son métier, il n'a pas le temps de les connaître, ils n'ont pas le temps pour le juger. Mais surtout il est évalué sur son travail et non sur sa personnalité et son physique.

Douglas n'a pas un seul ami, plus aucune famille, personne pour lui rendre visite. Les deux amis se sentent en sécurité dans leur paradis, apprenant à vivre l'un avec l'autre.

Dominique étant au petit soin pour son ami, préparant les repas même si l'esprit ne mange pas. S'occupant du linge de Mac Grégor, même si les habits de l'ange font partie de sa personne.

La première fois que l'ange a décidé de préparer les repas, c'est en voyant la fatigue de Douglas quand il revient de son travail. Alors après avoir observé pendant plusieurs jours le jeune homme se faire son repas du soir. Dominique se met au fourneau pour lui faire un hachis parmentier. Quand le menuisier revient fourbu, il trouve la table mise, son verre de vin journalier préparé et le plat fumant sur le pose-plat.

Le travailleur est touché par toutes ses attentions qu'il n'a jamais connues avec une maman malade de chagrin depuis le décès de son père. Tout, dans cette petite vie à deux, donne au châtain encore plus envie de rentrer chez lui pour retrouver son ange. Ce dernier finit par attendre avec impatience de voir la voiture de son ami remontée l'allée. Dominique reste bien caché derrière la fenêtre, soulevant un coin du voilage. Quand la voiture se parque devant la maison, l'esprit quitte son point de guet pour finir accueillir, celui qui a allégé sa solitude.

Plus le temps passe, plus leur amitié évolue vers autre chose mais aucun des deux ne veut vraiment se l'avouer, par peur de se faire rejeter. Ca semble tellement improbable pour Douglas que quelqu'un puisse s'intéresser à lui, d'aussi loin qu'il ne se souvienne, il a toujours été seul. Par peur que les choses changent entre eux, ça c'est surtout pour Dominique, qui a peur d'être mal compris par le jeune homme. Ce n'est pas évident pour un humain de devoir vivre d'amour et d'eau fraîche sans jamais toucher au charnel.

Tout ce qu'ils ont établi depuis presque un an pourrait basculer et se perdre. Mac Grégor aime se retrouver à la maison pour discuter, partager tous les moments intenses qu'il a vécus à l'extérieur avec l'ange. Le châtain apprécie vraiment ça, ne plus être seul avec ses joies et ses soucis, avoir quelqu'un qui partage sa passion du bois, ensemble ils ont poncé tous les parquets avant de les revernir. En un an, ils en ont abattu du travail, ne faisant que ça. Remettre cette maison en état n'était pas un travail mais un loisir qu'ils appréciaient tous les deux.

C'est bien plus agréable, de tapisser une pièce à deux. De discuter tout en retournant le potager pour y faire pousser les légumes nécessaires à la consommation de Douglas.

Oui, tous les deux aiment ses petits moments à deux, L'ange a l'air de savoir ce qui grandit entre eux. Et pour finir, ce dernier prend son courage à deux mains et en parle au menuisier.

Le châtain n'en croit pas ses oreilles, mais il doit bien se rendre à l'évidence. C'est bien de l'amour qu'il ressent pour Dominique. Et d'amour platonique, ça devient un amour tendresse, qui gonfle encore plus le cœur de Mac Grégor et lui donne envie de rentrer plus rapidement chez lui.

Douglas l'avait toujours su au fond de lui-même que cette maison ne pourrait que lui apporter du bonheur.

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La vie à deux s'organise, les besoins des deux étant différents, ce n'est pas évident d'arriver à satisfaire aussi bien l'humain que l'esprit céleste.

L'ange ne pas besoin manger, mais il adore cuisiner pour son ami, le regarder savourer les petits plats préparés en son attention. Pendant les longues heures où le séraphin reste seul à la maison, à l'aide d'un livre que Douglas lui a ramené de la ville. Dominique apprend à varier les menus. Il commence à s'attaquer à la conception des déserts. Il le fait avec un réel plaisir voyant les yeux pétillants du châtain au moment où il passe à table. Mais aussi parce que ça occupe ses longs moments de solitude.

Pas une fois le châtain ne fût déçu par les tentatives culinaires de son ange, préparant amoureusement les légumes du jardin qu'ils ont fait poussé tous les deux.

Grâce à l'initiative de l'archange, Douglas récupère ainsi du temps de loisirs en soirée comme il ne doit plus cuisiner, ils peuvent plus rapidement s'installer le soir venu devant un bon feu de cheminée. Dans les bras l'un de l'autre, soit ils lisent le même roman, soit ils se lancent dans d'interminable partie de dame, étendus sur une peau de mouton devant la cheminée qui crépite.

Dominique ne doit pas dormir, mais apprécie rester dans le lit avec Douglas pour le regarder récupérer. Il aime voir les rayons de lune qui passent à travers les vitraux jouer sur le visage de son ami, ainsi que sur sa chevelure. Durant la nuit, il ne se lasse pas de voir son visage changer d'expression au fur et à mesure des rêves qui l'anime. Venant lui donner un petit baiser sur la joue pour le détendre quand il se crispe, remettant une mèche folle derrière l'oreille parce que celle-ci lui masque une partie de la joue de l'endormi.

L'été venu, Dominique s'étonne de ne pas voir Douglas passer à un pyjama moins couvert. L'ange se rappelle que de son vivant pour dormir, il restait des fois en tenue d'Adam pour profiter de la douceur de la brise de la nuit. Voyant le châtain en sueur le matin, l'esprit céleste lui fait part de sa réflexion.

-« Ca ne me gène pas, tu n'es pas obligé de rester aussi couvert, voir les nuances des vitraux jouer sur ta peau me divertira pendant la nuit. » Lui dit avec un grand sourire Dominique.

Douglas rougit et s'enfuit, alors qu'il n'y avait jamais eu de moment de gêne entre eux, l'ange se trouve dépourvu devant l'attitude de son ami qu'il ne comprend pas.

Après avoir chercher le châtain dans la maison, le séraphin finit par le retrouver enfermé dans sa chambre.

-« Douglas, laisse-moi entrer ! Explique-moi ce que j'ai dit qui te met dans cet état là ? »

La porte s'ouvre doucement sur l'hermaphrodite qui s'essuie les yeux rougis par les larmes qu'il vient de verser.

-« J'aurai dû m'appeler Emmanuel, parce que mes parents n'espéraient plus m'avoir. Quand ils m'ont vu, ils ont trouvé le prénom trop ambigu. Moi un être mi-fille, mi-garçon, j'ai faillit m'appeler Emmanuel. Tu ne me verras jamais torse nu, même par 35° à l'ombre. »

Le châtain s'arrête, relève son visage vers son ange avant de demander en le regardant dans les yeux pour voir sa réaction.

-« Je ne t'écœure pas ? Parce que parfois ma vue dans un miroir me blesse ! »

-« Ce que tu es à l'extérieur m'est indifférent. C'est ce que tu es à l'intérieur qui m'importe. Mon état d'Esprit me rend asexué. Ce qui nous unit c'est la communion de nos cœurs, pas de nos corps, je croyais que tu l'avais compris ! » Tente l'ange ne voulant pas brusquer son ami.

Après une caresse sur la joue, voyant Douglas sourire, le séraphin dit tendrement.

-« Parce que tu te vois par le regard des autres que tu te dégoûtes. »

Puis Dominique lui relève le menton pour que Douglas le regarde, le jeune homme n'avait même pas réalisé qu'il avait baissé le visage.

-« Tu as cette beauté intérieure qui illumine tout ton être, tu ne pourras jamais m'écœurer ! »

Mac Grégor se précipite dans la chaleur des bras rassurants du gardien.

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La semaine a été pénible pour le châtain, sur son chantier les choses ne se sont pas passées comme il l'aurait voulu, un de ses ouvriers a glissé du toit et il est maintenant en fauteuil roulant pour la fin de sa vie.

Ca fait déjà un moment qu'après le repas Douglas est monté dans leur chambre et regarde par la fenêtre sans rien dire. Dominique vient le prendre dans ses bras pour regarder comme lui à l'extérieur.

Douglas se laisse aller contre le torse du séraphin.

-« Qu'est-ce qui ne va pas ? Tu es bien taciturne ! » Demande ce dernier en embrassant Mac Grégor dans la nuque.

Le châtain se retourne pour lui passer les bras autour du cou.

-« Je sais bien que je ne devrais pas penser comme ça, mais s'il m'arrive quelque chose, tu vas encore te retrouver tout seul et ça me fait mal au cœur ! »

-« Pourquoi as-tu des pensées aussi morbides ? » Lui demande l'ange en frottant son nez contre celui de Mac Grégor.

-« Mon père est mort jeune, ma mère aussi. Je n'ai pas un métier sans risque, quand je réalise une charpente ! » Le châtain stoppe son développement par un soupir au souvenir de son collègue qui glisse et qu'il n'a pas pu rattraper.

L'ange lui caresse la joue pour l'inciter à parler.

-« Je ne veux pas que tu te retrouves isolé encore une fois. Qu'est-ce qu'on peut faire pour que tu ne sois plus déchu ? »

Douglas avait tout débiter d'un coup pour être sûr que l'esprit céleste ne l'interrompt pas.

-« Je ne veux pas que tu me rendes mon rang, parce que si ça arrivait, j'oublierai Hildegarde et toi ! Je préfère vivre avec mes souvenirs que vous perdre à tout jamais. » Affirme fermement l'ange.

-« Oui mais… »

Dominique l'interrompt.

-« Je n'ai que des souvenirs et avec eux je vis heureux, s'il te plaît n'essaie pas de me réhabiliter ! »

Douglas doit bien céder même s'il a peur pour l'avenir de son ange.

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Comme tous les matins depuis qu'ils se sont avoués leur amour, l'ange sort du lit à 6h, après avoir déposé un baiser sur la tempe de son ami, de l'avoir légèrement secouer pour le réveiller. L'esprit céleste descend pour préparer le déjeuner de Douglas. Toutes les deux éprouvaient un grand bien-être de rester ensemble pour la nuit, les caresses et les petits mots doux murmurés pendant le sommeil du châtain sont nécessaire à ce dernier pour dormir sereinement.

Debout dans la cuisine l'ange fait couler le café, prépare des toasts sur lesquels, l'angelot mettra un peu de confiture de fraise. Douglas arrive préparé pour la journée. Le châtain mange en expliquant tout ce qu'il va réaliser durant celle ci.

Un baiser tendre sur le pas de la porte et Dominique se retrouve seul pour souvent huit heures. Le gardien s'occupe dans la maison ou du jardin, enlevant les mauvaises herbes du petit carré de légumes qu'ils cultivent ensemble le week-end.

Puis quand l'heure du retour de Mac Grégor approche, l'ange sent l'excitation monter en lui, il se sent de plus en plus fébrile, ce qui le pousse à se poster devant la fenêtre pour l'attendre.

Comme tous les jours, l'ange a poussé un peu le voilage pour mieux voir la route. Il y a déjà une heure que son ami aurait dû être rentré, ce n'est pas souvent que l'hermaphrodite est en retard, mais c'est déjà arrivé quand il a un problème sur un chantier.

Il y a maintenant deux heures que l'ange scrute la rue sans succès, la voiture rouge ne remonte toujours pas le sentier. La nuit est tombée, Dominique reste là sans bouger, l'appelant silencieusement, ressentant le vide de son absence.

Le temps passe, une journée de plus de finie, le soleil pointe à nouveau le bout de son nez que la voiture de Douglas n'est toujours pas là. Une journée de plus d'attente, sans espoir.

Une semaine passe quand Dominique voit remonter le sentier par une voiture mais pas celle de son ami. Une dame en sort et plante un panneau à vendre devant la propriété. Les larmes arrivent toutes seules aux yeux dorés, la seule chose que peut vouloir dire cette affiche c'est que Douglas est mort, il n'aurait jamais vendu cette maison de son plein gré, ni en le laissant là seul. L'ange glisse sur le sol et pleure.

Quand ses yeux sont secs, le gardien remonte dans leur chambre, les ailes déployées pour errer dans la pièce. Dominique en revient à ce qu'était sa vie à la mort de Hildegarde, l'ange sait que sa douleur va passer, mais qu'elle va mettre des années à s'atténuer complètement pour l'avoir déjà vécu et encore il restera des souvenirs et des dates douloureuses.

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Le temps passe lentement, il y a maintenant plus d'un mois que le panneau a été mis devant la propriété. Un bruissement d'aile fait se retourner Dominique, Douglas apparaît devant ses yeux. L'hermaphrodite vient se poser près de l'ange et l'embrasse tendrement, un éclair embrase la pièce et vient frapper le dos de Mac Grégor.

Le châtain sourit toujours à son ange.

-« Me voilà déchu, je vais rester avec toi pour la nuit des temps, je n'arrivais pas à t'oublier au paradis et comme mon acte était héroïque il paraît, j'ai pu devenir un ange, il fallait que j'arrive à redescendre sur Terre pour te retrouver ! »

-« J'ai cru que je devrais apprendre à vivre sans toi également. Quel est ton acte héroïque ? » Demande l'ange en lui caressant la joue du revers de la main.

-« Quand tu m'auras dit pourquoi tu es devenu un ange toi ? » Sourit tendrement le châtain.

-« Je suis rentré dans une maison en feu pour en sortir la fille de la voisine. J'ai réussi à la sortir de là mais mes brûlures étaient trop grave, je n'ai pas survécu. » Répond Dominique en reprenant ses caresses sur la joue encore plus tendrement.

-« Je n'ai même pas réfléchi, en sortant de la boutique de peinture j'ai entendu une voiture arriver, elle roulait à fond de caisse, sur le passage à piéton, il y avait un petit garçon, il regardait la voiture foncer sur lui sans bouger, je me suis précipité pour le pousser hors de la trajectoire de l'auto et je me suis senti voler dans les airs. Je me rappelle m'être réveillé au ciel. Ma première pensée a été pour toi, que tu m'attendais, qu'il fallait que je trouve le moyen de redescendre. Quand on m'a dit que j'allais pouvoir être un ange gardien pour avoir risquer ma vie pour quelqu'un ! J'ai hurlé, je ne voulais pas devoir t'oublier et j'ai compris ton choix. »

Douglas s'interrompt un moment pour se noyer dans le regard doré de son ami. Dominique n'en revient pas de le tenir dans ses bras. Ses doigts courent sur les épaules du châtain, remontent sur la nuque. L'ange sourit, il n'a pas rêvé.

-« Comment est-ce que tu as fait pour revenir alors, si tu ne voulais pas être ange gardien ? » Demande l'ancien esprit céleste en déposant un baiser sur les lèvres de son vis à vis.

-« J'ai prôné l'amour, que tu étais quelqu'un de merveilleux, la première personne à m'avoir aimé pour ce que je suis. Et que je ne voulais pas perdre tout ça, que je préférais souffrir du manque pendant l'éternité que de t'oublier. »

-« Et ? » Demande de plus en plus intrigué Dominique.

-« J'ai eu le soutient d'un archange Alda qui m'a aidé à redescendre sur Terre, je savais qu'un baiser m'enlèverait tous mes droits. Mais je crois que le plus important, c'est que je voulais seulement te revoir, tu es le seul qui m'a apporté de la stabilité, qui m'a pris comme je suis » Reprend Douglas avant de clôturer sa phrase par un baiser.

Dominique sourit d'avoir l'Aphrodite dans les bras, mais surtout de savoir qu'Hildegarde ne l'a pas oublié au point d'avoir pris le surnom qu'il lui avait donné. Mais ce qui l'émeut encore plus c'est la force de l'amour de Douglas, qui a fait le choix de revenir près de lui, pour briser sa solitude.

FIN.