A l'origine ce conte devait être un remake de Blanche-neige à la sauce Naruto. Mais je me suis très vite éloignée du conte, et les personnages n'avaient de ceux de Kishimoto que les prénoms… Alors j'ai décidé de changer les noms et d'en faire un conte original. Donc si vous trouvez quelques similitudes avec Blanche-neige, c'est parfaitement normal. Pour le moment le rating est tout public, mais c'est susceptible de changer.

Note : autant que possible, je copie le style médiéval. Donc si y'a des tournures de phrase ou des trucs qui vous semblent étranges, je vous renvoie aux écrits de cette époque.

LE CONTE DE WOLFRAM
By RätselGott

Il était une fois, dans un lointain pays, deux frères qui vivaient ensembles. L'aîné, Sigmund, était le seigneur des terres familiales, fort d'une réputation parfaitement justifiée de guerrier valeureux et invincible. Son frère, le jeune Wolfram, vivait une vie faite de jeux et de rires dans le château familial.

Sigmund aimait beaucoup son petit frère, mais plus encore, il aimait la gloire. Et chaque jour, ou plutôt chaque soir, il consultait son conseiller secret: un poisson qu'il gardait dans un bassin, dans ses appartements.

"Ô poisson, mon cher confident, dis moi qui est le plus populaire de ce royaume ?"

Comment vouliez vous que le poisson le sache ? Il ne sortait jamais de son bassin. Cependant, chaque soir, il répondait invariablement :

"C'est vous mon maître, qui êtes le plus aimé des gens de ce royaume."

Et il faisait bien, car c'était tout ce que Sigmund voulait entendre.

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Mais un jour, Sigmund oublia de fermer la fenêtre de sa chambre en la quittant, et un petit oiseau vint se poser sur le rebord. Il était très curieux de voir ce qu'il y avait dans cette salle qui restait souvent allumée fort tard dans la nuit. Sautillant jusqu'à l'extrême rebord, prenant sans le savoir vraiment le risque de tomber, il se pencha et vit le poisson dans le bassin.

"Poisson, poisson, que fais-tu ici ? Ne serais-tu pas mieux dans la rivière, avec tes frères ?"

Le poisson l'entendit, et lui répondit.

"Assurément petit oiseau. Mais le seigneur de ces terres m'a péché alors que je n'étais qu'un alevin et m'a élevé ici. J'ai été choyé et n'ai jamais manqué de rien."

"Tu ne t'ennuie pas dans ce bassin dans lequel tu te retourne à peine ?"

"Non, car souvent le soir, le seigneur vient me trouver. Il me pose toujours la même question, à laquelle je réponds toujours de la même manière. Puis il me demande de lui parler de ce que les gens pensent de lui. Enfermé ici, je ne peux pas lui répondre. C'est pourquoi toute la journée durant, je pense aux histoires que je vais lui raconter le soir venu."

"Tu lui mens donc ?"

"Ai-je le choix ?"

"Si le seigneur se rend compte que tu inventes, ne crains tu pas qu'il t'en veuille ?"

"Si, et c'est chaque jour que je vis avec cette peur, comme une épée suspendue au dessus de moi. Petit oiseau, toi qui volette au soleil par monts et par vaux, ne pourrais tu pas me raconter les histoires du royaume afin qu'enfin, je ne mente plus ?"

Et de bon cœur, l'oiseau accepta. Il raconta au poisson les conversations qu'il entendait au lavoir, au puit, ou au jardin. Il lui conta les secrets que lui soufflaient parfois les belles énamourées de leur seigneur. Car le seigneur Sigmund était véritablement d'une grande beauté. Mais également, le poisson apprit que la personne la plus aimée du royaume n'était pas Sigmund, mais son petit frère, Wolfram.

"Le jeune seigneur est si attendrissant avec ses joues roses et sa bonne humeur. Notre seigneur a bien de la chance d'avoir un petit frère aussi adorable, disent souvent les lavandières. Du nord au sud, c'est de Wolfram dont il est question le plus souvent. Il n'est pas aussi doué que son frère, mais il est si jeune… Un jour, il le surpassera en beauté et en bravoure, il ne faut pas en douter."

Le poisson fut heureux d'entendre ces mots, car cette question tenait tant à cœur à son maître, qu'il serait heureux d'enfin pouvoir lui répondre la vérité.

Les deux nouveaux amis restèrent longtemps à discuter ainsi des dires du royaume. Et quand vint le soir, et qu'approchait l'heure de la venue de Sigmund, le poisson parla.

"Petit oiseau, tu devrais partir et ne revenir que demain. Car mon maître va bientôt venir me questionner. Je te remercie mille fois pour tous ce que tu m'as dit, il sera heureux de savoir enfin la vérité."

Et l'oiseau partit. Le poisson, cependant, avait tors d'être aussi confiant. Car n'était-il pourtant pas le mieux placé pour connaître la vanité de son seigneur ? Ainsi, quand Sigmund lui posa l'invariable question ce soir là, son confident s'en voulu vite de lui répondre en ces termes:

"Mon seigneur, la personne la plus aimée de votre domaine est votre petit frère, Wolfram, donc le peuple pense qu'un jour, en beauté et courage, il vous surpassera."

A ces mots, Sigmund ne se sentit plus de colère. De rage, il donna un violent coup de pied dans le bassin qui se renversa, inondant la chambre. Mais déjà, Sigmund n'était plus là.

Alors qu'il se débattait contre le sol humide, le poisson pleurait toutes les larmes de son corps écaillé. Le regard tourné vers la fenêtre toujours ouverte, il espérait revoir son ami l'oiseau pour lui dire au revoir. Mais le volatile était au chaud dans les combles de la taverne, où toutes les nuits depuis qu'il avait quitté le nid, il dormait. Il ne revit jamais son ami poisson, car le lendemain, la fenêtre était fermée, et ainsi demeura-t-elle.

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Seul dans les grands couloirs de sa demeure, Sigmund ne décolérait pas. Son frère allait donc lui voler la vedette ? Pourtant, Wolfram n'était qu'un petit garçon tout juste bon à jouer aux billes avec le fils de sa gouvernante! La tendre affection qu'il avait toujours eue pour son petit frère se mua vite en une haine farouche. Depuis la mort de leurs parents, Sigmund avait tout fait pour que son frère soit heureux et ne manque de rien. Avait-il fit tant de sacrifices pour que son frère devienne à sa place le centre de toutes les attentions ? Furieux, il se rendit dans la salle de jeu de l'enfant.

Wolfram, qui y jouait en compagnie du fils de sa nourrice, n'était que rires et sourires. Sigmund, à cette vue, se dirigea vers lui et l'attrapa par le dos de son riche veston pour l'entraîner loin des oreilles.

"Ecoute-moi bien Wolfram. Jusqu'à maintenant, je me suis occupé de toi. J'ai toujours veillé à ce que tu ne manque de rien et soit heureux malgré l'absence de Père et de Mère. Aujourd'hui c'est fini, il est temps pour toi de devenir un homme."

Le petit garçon savait ce que ces mots voulaient dire, car il était coutume dans le pays d'envoyer les jeunes gens en voyage pour leur apprendre la vie. Mais ordinairement, on attendait qu'ils soient plus âgés.

"Grand frère, je suis trop jeune, encore un enfant, pour ce voyage !"

"Silence ! Tu es le prochain seigneur de ces terres, tu dois devenir fort au plus tôt, cela fait partie de tes devoirs pour au mieux servir ce qui sera ton peuple. Vas dans ta chambre maintenant, et prépare toi. Car tu pars ce soir."

Sigmund mentait… Wolfram n'était pas près pour ce voyage, il était bien trop jeune, encore inexpérimenté en tout. Mais l'aîné voulait surtout éloigner ce frère chéri du château, et pourquoi pas qu'il se perde lors de son voyage. Cette idée fit son chemin dans son esprit, jusqu'à ce que, alors que le jeune Wolfram regagnait sa chambre, il convoque son jeune page…

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Dans sa chambre d'enfant, le jeune seigneur pleurait toutes larmes de son corps. Le fils de sa nourrice, qui s'appelait Edmund, le prit gentiment dans ses bras.

"Pourquoi pleurez vous maître Wolfram ?"

"Mon frère, le seigneur Sigmund, m'a sommé de partir ce soir pour mon voyage d'homme. Je dois partir seul, mais je ne suis pas près, je ne veux pas partir encore. Edmund, mon ami, viendra tu avec moi ?"

"Je ne le puis, la coutume veut que vous soyez seul. Et je suis trop jeune pour déjà partir aussi."

"Edmund, j'ai tellement peur. Cette nuit je vais devoir dormir dehors. S'il te plait accompagne moi au moins cette nuit, pour que je ne sois pas seul dans le noir."

Edmund aimait beaucoup son maître qui était à peine plus jeune que lui. Touché par son insistance, il céda de bonne grâce.

"D'accord, je vous suivrais cette nuit. En secret, car ce n'est pas permis."

Un moment encore il resta pour le consoler, mais quand le jeune seigneur se fut endormit, il le laissa seul et alla trouver sa mère. La brave femme s'inquiétait de l'humeur du seigneur Sigmund. Elle l'avait entendu mander son page et ce n'était jamais bon signe. Quand Edmund lui eu conté l'histoire et demandé de préparé des provisions pour quelques jours, elle le prit par les épaules.

"Edmund, mon cher fils. Je t'aime et plus que tout, je crains de te perdre. Mais écoute moi bien : j'ai peur que le seigneur Sigmund ne tente de faire assassiner le jeune Wolfram lors de son voyage prématuré. Il semblera alors avoir été attaqué par une bande de voleurs de grands chemins. Mon fils, tu es jeune encore, mais tu es celui en qui notre jeune seigneur a le plus confiance. S'il te plait, reste avec lui. Protège le autant que possible, car un jour il sera plus fort encore que son frère aîné. Il est également le seul héritier légitime après Sigmund et nous nous devons de le préserver de sa malveillance."

A ces mots, Edmund ne se sentit pas de joie. Car la peur d'être seul protecteur de son jeune seigneur s'effaça devant l'honneur de la responsabilité.

"Ma mère, je ferais comme vous avez dit. Racontez que je suis également partit pour mon voyage d'homme, mais que nul ne sache que je serais avec le seigneur Wolfram."

"Je ferais ainsi mon fils."assura-t-elle.

Puis elle le quitta pour aller en cuisine et préparer un sac de vivres pour les deux garçons.

"Faites bon voyage" souhaita-t-elle en posant un baiser mouillé de larmes sur la joue de son fils. "Quand vous serez au village, vas voir le forgeron. Il est ton oncle, il vous aidera."

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Dans le secret de sa chambre, le seigneur Sigmund avait bel et bien mandé son page qui était vite ressortit pour convoquer les assassins. Si c'était vrai que son frère était destiné à devenir meilleur que lui, alors il ne fallait pas compter sur un simple accident fortuit pour l'évincer. Quand les assassins furent réunis dans sa chambre, Sigmund leur parla en ces termes :

"Mes amis. Un oracle m'a révélé ce matin que d'ici peu de temps, un démon prendrait possession de mon bien-aimé frère Wolfram pour en sa personne monter sur le trône de notre cher royaume et en faire une contrée de peur et de sang. Cela ne doit pas se produire, mais nous n'avons nul moyen de lutter contre le démon. C'est pourquoi je vais vous confier cette mission qui me déchire le cœur : ce soir même, Wolfram quittera le château. Vous le suivrez et quand vous en sera offerte l'opportunité, vous le tuerez. Afin d'être sûr que le démon ne pourra pas redonner vie à son cadavre, vous devrez en retirer le coeur et me le ramener. Je le garderai, en souvenir de mon petit frère sacrifié pour le bien du peuple."

Les assassins ne répondirent rien, car ils n'avaient ni à contester ni à refuser les ordres de leur maître. Dans le silence de leurs âmes, ils pleuraient déjà le jeune maître qu'il leur faudrait donc tuer le soir même. Mais ils s'inclinèrent et prirent congé, décidés à ne pas faillir à leur tâche…

(A suivre)