- Peignâmoua, peignâmoua, peignâmoua !

- Donne à moi le joli objet brillant, Plonkie, donne à moi !

- Lylia, arrête ça tout de suite ou tu seras privée de dessert en rentrant !

- J'mise trois pintes de bière sur Plonk ! Tu tiens l'pari, Adet ?

- Et comment ! Elle a l'air hargneuse la petite, tu vas voir qu'elle va gagner...

- Haha, je le savais ! La Prophétie de Jyvouarhien est en marche !

- Wouf, wouf !

- Kloooonk !

(Grand jeu concours : retrouvez la personne correspondant à chaque réplique. Attention, il y a un piège. Si si, j'vous jure.)

Hum. Reprenons. L'elfe était en train de sautiller dans tous les sens autour de l'orc, tandis que ce dernier tenait le peigne au-dessus de sa tête, estimant sans doute qu'il était plus sûr de le mettre vraiment hors de portée. L'objet tant convoité par Lylia se trouvait donc très exactement un à Plonk de distance (ce qui équivaut environ à deux mètres, si l'on veut s'en tenir aux valeurs ennuyeuses, car même transformé en elfe, Plonk n'avait pas rétréci). Inaccessible, même en sautant, me direz-vous, mais la petite elfe avait plus d'un tour dans son sac (elle tenait de sa mère sur ce point là).

Elle s'agrippa à l'orc et entreprit de l'escalader, sous les encouragements d'Adetrem. Gyrm, de son côté, noyait Plonk sous un déluge de conseils ('A droite ! Non, à gauche, à gauche ! Saute, ça la f'ra tomber !'), tandis que Kalagan tentait tant bien que mal de faire preuve d'autorité. Tout cela sous le regard attentif de Klonk et Wouf, avec en fond sonore le rire maléfique du demi-aveugle (ça change de borgne).

En somme, c'était la lutte de David contre Goliath qui se rejouait six pieds sous terre, au fin fond de cette grande caverne, dans les entrailles du Château informe (ça, c'était pour la mise en situation, au cas où vous auriez oublié les détails). Et comme cela était écrit depuis la nuit des temps, bien avant que la prophétie ne soit énoncée par Pikachu (tiens, qu'est-ce qu'il fait là lui ?), l'histoire se répéta et Lylia finit par atteindre le peigne (après avoir pris appui sur le nez de Plonk, qu'elle écrasa au passage). Elle lui mordit sauvagement la main et Plonk lâcha son trésor en poussant un petit couinement. La petite elfe s'empara du peigne et sauta à terre, pendant que l'orc contemplait la marque de morsure avec incrédulité.

- Et maintenant, annonça le borgne dont l'impatience crevait les yeux (désolé), elle va se coiffer avec, et le Monde disparaîtra !

Tous retinrent leur souffle, Gyrm y compris. Lylia passa le peigne dans ses cheveux avec un large sourire... il y eut un intense éclair de lumière qui aveugla tout le monde.... et soudain...

...

...

...

Rien. Rien du tout, même. Enfin si, Gyrm eut soudain envie de se gratter le nez, mais ça ne compte pas.

- On dirait bien que c'est raté, observa Adetrem calmement.

- Mais non, c'est impossible ! s'insurgea le chef des Non-Voyants. Les textes sacrés sont formels, le Monde doit être englouti dans le néant !

- Bah, vous voyez bien qu'non, fit remarquer Gyrm. J'avais raison d'puis le début, c'est du pipeau ces prophéties elfiques !

A l'instant où il finissait sa phrase, le sol se mit à trembler.

- Haha ! s'exclama le borgne, reprenant espoir.

- La caverne qui s'écroule, c'est pas la fin du monde, tempéra le nain.

- Non, mais on ferait mieux de pas rester là, ajouta Kalagan, toujours très pragmatique.

Des blocs de pierre commencèrent à se détacher du plafond, l'un d'eux manquant de peu d'aplatir Adetrem.

- Bonne idée, partons d'ici ! renchérit le Farfadet.

- Inutile, inutile, prophétisa le borgne. Vous n'échapperez pas à la prophétie de Jyvouarhien !

Il leva les bras au ciel, espérant avoir l'air mystique et implacable d'un vrai Voyant, mais son geste attira (mal)heureusement l'attention d'un rocher qui choisit cet instant pour rejoindre ses amis qui se trouvaient déjà au sol, et il se retrouva écrasé comme une crêpe la seconde suivante. Notre groupe d'amis décida de ne pas s'attarder dans les parages et ils coururent vers la sortie, guidés par le peigne qui brillait toujours comme le stupide objet sans cervelle qu'il était (il n'avait pas compris qu'il avait rempli son office et qu'il aurait du retourner à son état d'origine - ou alors, y avait un faux contact quelque part, ce qui est plus probable).

Remontant la série d'escaliers à toute vitesse, ils se retrouvèrent dans la cour et se dépêchèrent de sortir du château. Ils parcoururent une centaine de mètres (ou cinquante Plonks) sur la grève, avant de se retourner pour contempler le phénomène une fois en sécurité. Le Château informe s'enfonçait lentement dans le sable, semblant se dissoudre au fur et à mesure. Cela dura encore quelques minutes, jusqu'à ce que finalement il eut totalement disparu. Il ne restait plus qu'une lande sableuse qui s'étendait à perte de vue.

- Klooonk ? émit le frère de Plonk, exprimant la pensée de tous.

- Ca, tu l'as dit, confirma Gyrm. J'rien compris à tout ce truc moi. La seule chose que j'sais, c'est qu'le monde a pas disparu, juste le Château informe, et c'est pas une grande perte !

- Je ne sais pas, Gyrm, releva Kalagan. C'était un monument historique très connu : il avait résisté à l'invasion des Trucs Poilus en 457 après Sproch, tout de même.

- Jamais entendu parler ! trancha le nain.

- Mais si, intervint Adetrem, même que la grande bataille de polochons qui a eu lieu sur les remparts est restée célèbre. Je te la raconterai, si tu veux !

Un grognement peu enthousiaste lui répondit.

- Plonk bien vouloir entendre histoire de polchons ! se réjouit au contraire l'orc.

- Bien sûr, assura le Farfadet.

Puis il claqua soudain des doigts, frappé par un éclair de génie (en parlant de génie, j'en profite pour vous informer que pendant tout ce temps Raux-Orh était bien au chaud dans son poireau, à se tourner les pouces - et d'après mes informations, il y restera encore longtemps, jusqu'à ce que Plonk redevienne Plonk, en fait).

- Hé, une minute, j'ai compris ! s'exclama-t-il. Ce n'était pas la fin du monde dont il était question, mais la fin du Mont Deux, le mont sur lequel se trouvait le Château informe ! Vous comprenez ? Mon-de, Mont Deux, ça se ressemble !

- Mais oui, c'est évident ! opina Kalagan. Une bête erreur de transcription est sans doute à l'origine de la méprise...

- Youpi, encore un mystère de résolu, approuva Gyrm, débordant de joie. Maintenant, j'commence à manquer de bière, on pourrait ptet y aller au lieu de rester là à poireauter sur le sable.

- Tu as raison, décida Kalagan. Je suis sûr que Naëlia meure d'envie de revoir son petit ange, et elle me tuera sur-le-champ si elle apprends que j'ai retardé d'une seconde leurs retrouvailles. En route, vaillants compagnons !

Il jucha Lylia - qui gazouillait en jouant avec le peigne - sur ses épaules et prit la tête du groupe. Plonk se plaça derrière lui, échafaudant déjà des plans pour récupérer son trésor (lequel avait d'ores et déjà remplacé le poireau en première position sur sa liste des Trukamoikisontjauli), suivi par Klonk et le fidèle Wouf. Gyrm venait ensuite, tandis qu'Adetrem fermait la marche.

- Hé, Gyrm, va pas croire que j'ai oublié que tu me dois trois pintes de bière, rappela le Farfadet en élevant la voix.

- Ouais ouais, c'est ça...

Et c'est ainsi que s'achève notre histoire, sur l'image joyeuse de nos amis rentrant au pays, où ils seront accueillis comme de véritables héros. Même Klonk trouvera sa place dans la forêt elfique, ce qui prouve que rien n'est impossible en ce monde - non rien, même pas un Adetrem muet, mais ceci, comme vous vous en doutez, est une autre histoire...