Bonsoir à vous qui pouvez passer ici. Voici la fin de cette histoire qui attendait depuis quelques années, une conclusion. D'ici quelques temps, quand j'aurais moins de travail avec la réécriture de "Jeux" et l'écriture d'une autre histoire qui ne devrait pas tarder à arriver, j'effectuerai une réédition des landes de la vengeance.

Je vous souhaite une bonne lecture et comme d'habitude, dans cette histoire, tout est à moi et rien qu'à moi.


Chapitre 14

Aveux

Les mains posées sur son nœud de cravate bleu nuit, le lieutenant de police entreprit de le resserrer de façon à paraitre le plus strict possible pour la longue épreuve qui allait suivre. Il descendit également les marches de sa chemise grise. Son humeur était sombre, toujours inquiété par l'état de son collègue à l'hôpital et par celui de Maël, juste à côté. Ce dernier n'exprimait rien sur son visage, ni colère, ni abattement mais Caith pouvait deviner qu'un torrent d'émotions agité l'intérieur de son ami.

A travers la vitre sans teint, Caith observait la coupable car c'était bien elle la dernière personne qu'il aurait pu croire coupable de tels crimes. Cependant, une petite voix sournoise trottait dans sa conscience pour lui dire qu'Elene était la coupable depuis le début mais il ne voulait pas l'admettre. Même à présent qu'elle se trouvait dans cette pièce au décor spartiate, il ne la voyait pas comme un assassin.

Elle était assise sur une vieille chaise qui avait vu passée un grand nombre de personnes coupable ou innocente. Un tailleur féminin gris perle l'habillait ainsi qu'un chignon savamment élaboré, lui vieillissant de quelques années les traits. Elle avait l'air de regarder sans voir le mur bleu sombre délavé face à son regard, elle semblait perdue dans ses pensées.

Fin prêt, un dossier sous le bras gauche, il fit tourner la poignée et entra. Ce fut un grand sourire qui l'accueillit. Il y avait une deuxième chaise qu'il tirait afin de s'assoir. Sur la table, un magnétophone était posé, un modèle datant d'une bonne dizaine d'années et ayant vu passer des centaines d'interrogatoires. Avant de commencer, le jeune policier incéra une nouvelle bande et ouvrit son dossier. Après une minute et un profond soupir, il était prêt à commencer cet interrogatoire qui lui laissait un gout amer dans la bouche.

- Interrogatoire du 28 mai 2007 de Mme Elene McDougan, née O'Donaill. Commencé à quatorze heures trente quatre. Savez-vous pourquoi vous avez été arrêté madame McDougan ? Commença Caith d'une voix neutre.

- Oui. Je suis accusée des meurtres de mes beaux-parents, du docteur Holdaway, de mon mari et d'une tentative de meurtre sur un inspecteur de police du comté.

- Ainsi qu'une série de cambriolages dans le comté. Confirmez-vous les premiers déclarations faites aux policiers venus vous arrêtez ?

- Oui. Que ce n'est que la pure vérité. Je suis la seule et unique coupable de ces crimes que vous reprochez, lui répondit-elle avec un sourire, comme si cela était la chose la plus naturelle du monde.

À cet instant, Caith eut l'impression de revenir des années en arrière, dans les commandos où il avait une place bien choisi. Ce n'était plus la mère de famille et la gérante d'une petite entreprise florissante mais la militaire rompue à l'exercice mental de l'interrogatoire, à ne rien dire jusqu'à la mort mais le policier n'avait pas dit son dernier mot. Il aurait le dernier mot sur les deux enquêtes en cours.

- Avant de continuer, je vous rappelle pour l'enregistrement de cet interrogatoire que vous avez rejeté la place d'un avocat lors de votre arrestation à votre domicile. Vous confirmez ce fait.

- Oui.

- Qu'est-ce qui vous a poussé à commettre ces actes ?

- La vengeance.

- Pour la première fois, le visage de l'accusé s'anima à travers un rictus sur le coin des lèvres, les yeux à briller une étincelle de vie que Caith ne lui avait jamais connue.

- Je n'ai vécu que pour cette vengeance, depuis que me mère m'a mis au monde.

- Guenièvre O'Donaill ?

- Oui.

- Que vous avez fait enterrer au cimetière de Deskinac, bien loin du comté d'origine de votre mère.

- Cela sonnait comme un rappel de ce qu'il avait fait mais il n'a rien compris. J'ai opté pour une autre solution plus longue, plus radicale. C'est dans cette optique que j'ai épousé Bradan.

- Qui est aussi votre demi-frère.

L'adjoint continua à observer son interlocutrice, en quête de la moindre variation sur sa gestuelle, trahissant son état d'esprit. Mais au fond de lui, il se doutait qu'elle ne craquait pas, du moins pas facilement comme d'autres prouvant s'effondrer lors d'un interrogatoire. Cette femme avait que trop bien préparé ses crimes, muris par des années à penser une vengeance implacable.

- Oui.

- Qu'est ce qui a poussé à agir maintenant ?

- Des soupçons de la part de ma belle-mère, suite à des analyses d'Erik. Le médecin de famille s'est changé d'en faire ses gorges chaudes. Il est venu au pub dès qu'il a eu les résultats et a voulu de l'argent pour se taire. donc, il a fallu le faire taire. Je n'aime pas les problèmes, je les règle très rapidement.

- Comment vous êtes vous prise pour le meurtre de vos beaux-parents ?

- Malgré les doutes de ma belle-mère, elle restait que trop heureuse de me voir, j'avais apporté une bouteille de vin de bourgogne, un Pommard dont j'avais fait un petit ajout de valériane avec une longue seringue a travers le bouchon. Comme par habitude, c'est moi qui ouvre la bouteille du fait que le porc était soi-disant trop faible pour s'en charger. La manœuvre était facile à faire. Il n'y avait plus qu'à attendre que ça fasse effet et que je fasse mon œuvre.

- Elle eut un petit rire de contentement, le regard se perdant loin dans ses souvenirs. Un sourire naissant venait perler sur ses lèvres. Il n'y avait plus qu'une femme dure, fermée dans ses idées, dans ses convictions

- Votre mari était au courant de vos agissements avant que vous lui tiriez dessus ?

- Non, il n'était pas au courant, inspecteur Niall, tout comme son fils. de toute façon, ils n'auraient pas compris. Ils sont tellement limités.

Sa dernière phrase en disait long sur l'état de la meurtrière. L'inspecteur parvenait à entrevoir la folie sous jacente qui imprégnait depuis de longues années. Aussi horrible que cela pouvait paraitre, elle ne vivait que pour se venger de l'homme qui avait détruit sa mère et dont elle était le fruit. Elle ne vivait que pour détruire cet homme qui avait été coupable de ses pulsions égoïstes. elle n'avait pas hésité à approcher son demi-frère, réussir à s'en faire aimer, à l'épouser et avoir un enfant avec lui pour mieux exercer sa vengeance

- Vous saviez donc que Mr Mac Dougan, votre beau-père, était votre père ? Et que par conséquence, votre mari était votre demi-frère ?

- Oui, ce n'était qu'un porc qui méritait largement son sort. Il prenait ce qui lui plaisait puis le jeter sans un regard. Ma mère en est devenue folle avec le temps après qu'il l'ait prise un soir pendant qu'elle faisait ses colles. Elle a tenté de porter plainte auprès de l'autorité militaire mais on lui a conseillé de ne pas faire de vagues malgré d'autres témoignages d'autres victimes.

- La grande muette, lâcha Caith, presque par inadvertance. Même en interne.

- Malheureusement, fit la coupable. Elle a bien tenté de rester, tant bien que mal. Il ne l'a plus touché mais elle s'est découverte enceinte trois mois après.

- Votre mère aurait pu avorter.

- Oui mais cela ne faisait pas longtemps que la loi était passé et actée. Et quand bien même, elle était contre, étant pratiquante. elle a fait les papiers pour partir de l'armée et est allée habiter à Felkac. Je suis née là-bas et la vengeance fait partie de ma vie entière.

- Vous auriez pu vous y prendre plus tôt ?

- Oui, mais ce n'était pas le bon moment. Il me fallait la confiance totale de mes beaux-parents ou presque pour les prendre par surprise. Quelles n'a pas été leurs têtes quand il m'ont vu avec la carabine et rafraichir la mémoire du vieux porc. Les tuer fut un réel plaisir. Elle n'avait rien fait pour empêcher son mari de commettre ses crimes.

Le jeune inspecteur tourna la tête en direction de la porte, avant de porta de nouveau son regard sur Elene. Derrière la femme froide et dure en quête de vengeance, le mal-être d'être une personne née d'un viol et d'avoir vécue aux côtés d'une mère qui sombra à petit feu dont la faiblesse de conscience était perceptible.

- La valériane présente plusieurs aspects intéressants, elle immobilisait tout en restant conscient. On l'utilisait pour calmer les animaux quand on devait s'occuper d'eux ou pour les transporter. J'ai appris à m'en servir auprès d'un des voisins qu'on avait à Felkac.

- Très bien et pour le médecin ?

Le médecin s'est montré avec une once d'intelligente et légèrement gourmand donc il fallait que je m'en occupe. Rien n'était plus facile. J'ai prétexté un rendez-vous ce matin avec un nouvel fournisseur pour avoir le temps de m'occuper de lui. Il cachait les clés de chez lui dans le pot de camélias à l'arrière de chez lui. J'ai eu tout la journée pour m'occuper de sa nourriture, mettre ma douce Valériane à l'œuvre puis j'ai attendu. J'aime attendre, juste avant la mise à mort. C'est un sentiment, une sensation tellement agréable, ça chasse la colère que cette punaise a pu me provoquer.

- Ensuite, Qu'es-ce que vous avez fait quand il est rentré chez lui ?

- Je savais qu'il rentrerait tôt chez lui quand il avait rendez-vous avec moi, sans doute pour me demander l'argent de son minable petit chantage. J'ai attendu qu'il se fasse à manger et porte à la bouche son repas. Le frisson de jouissance à ce moment-là est tellement enivrant. Les effets n'ont pas tardé à se faire. Il était si amusant de le voir être conscient de tout mais immobile, encore plus quand il a fallu lui trancher la tête. Ces sabres sont si maniables, si magnifiques dans la découpe. Ce fut un plaisir.

Ses yeux étaient déjà perdus dans le vide en reparlant de cet événement. L'inspecteur sut à ce moment-là que sa raison avait commencé à vaciller, prise dans les limbes de la vengeance qu'elle a voulu exercer pour sa mère. Son univers familial l'avait formé, éduqué mais aussi perdue, éloignée définitivement de la société des hommes et des femmes. A partir du moment où ses mains avaient mis de la valériane pour tuer ses beaux-parents, sa santé commencé à s'effriter pour aller jusqu'à tuer le père de son enfant, son mari et demi-frère.

- Et pour votre mari et l'inspecteur McKinnel ?

La tête d'Elene émit un léger sursaut comme si elle venait de se réveiller alors que Caith n'avait fait que la ramener à la réalité.

Il commençait à poser des questions sur les résultats d'analyse d'Erik. Il pouvait très curieux par moment donc j'ai décidé de régler le problème à la source. Je n'avais pas prévu d'utiliser un fusil mais quand je l'ai vu à la maison en cherchant ma tenue de combat, j'ai su que ce serait avec ca que je le tuerai.

- Il était aussi prévu que l'inspecteur McKinnel soit une de vos victimes ?

- Non mais quand je l'ai vu parler avec Bradan, j'ai su que je devais l'abattre lui aussi. De toute façon, ce n'est pas grande perte. Cet homme est hautain et froid ce qu'i n'est pas digne de son métier. S'il montrait un peu d'empathie dans son travail, il pourrait sauver des personnes.

- Comme votre mère ?

- Elle était si fragile et personne n'a vu l'écouter. Maintenant, elle est vengée de tous ces porcs.

- Quelques coups contre la porte de la salle d'interrogatoire vinrent interrompre Caith dans les questions qu'il avait encore à lui poser.

- Interrogatoire interrompu à 11h52, dit Caith en suivant la procédure bien établie.

Une seule petite erreur de sa part et l'interrogatoire de ces aveux peuvent être remis en cause par un bon avocat. Cette erreur lui était arrivée une fois et cela avait été une fois de trop.

C'était un policier qui venait lui signifier que l'avocat de son accusé venait d'arriver et qu'il désirait voir sa cliente. Ce dernier était juste derrière son collègue et attendait qu'on fasse entrer. C'était un homme petit, un peu gros et vêtu d'un costume deux pièces gris. Caith le connaissait bien pour l'avoir souvent croisé au commissariat ou au tribunal avec un grand sourire et toujours le bon mot. Mais aujourd'hui, ce n'était pas le cas, les traits de son visage étaient fermés. Ce n'allait pas être une affaire facile à traiter pour lui. L'inspecteur le laissa entrer et ferma la porte derrière lui.

Quand il entra dans son bureau, il vit Maël, la tête entre les mains et les coudes sur ses cuisses, assis sur un des fauteuils de son bureau. Par automatisme, il se pinça les lèvres comme pour chercher les premiers mots qu'il allait lui dire avant de lui poser une main rassurante sur son épaule. Il finit par s'assoir à côté de lui, dans le fauteuil vacant à côté de lui.

- Nous avons beaucoup de choses à nous dire, Maël...

ooOOoo

Une semaine plus tard

- ... La déclaration a été actée ? demanda James en croquant dans la pomme qui lui servait de dessert dans le repas de l'hôpital.

- Oui. Elle ne sera pas jugée à moins d'une contre-expertise des spécialistes demandés par les victimes. Elle a été conduite à l'unité psy de la prison.

- Et pour l'enfant ? Qui le prend en charge ? continua James, surprenant son coéquipier par cette empathie soudaine.

- Les services à l'enfance mais Maël devrait rapidement en avoir la garde, le temps à ce que les papiers soient faits. Il est la seule famille qui lui reste et de plus, c'est son parrain.

- Bien. Ce fut une sale affaire. L'humain est capable du pire pour donner raison à sa folie. J'espère que le reste des affaires est beaucoup plus calme que celles-ci.

- Oui. Le nouvel adjoint en a la charge.

A ces mots, James marqua un temps d'arrêt et fronça ses sourcils comme si quelque chose n'allait pas. Avec son bras valide, il s'appuya sur le matelas de son lit pour se redresser comme il faut. Une partie de lui venait de comprendre ce que Caith venait de lui annoncer mais l'autre ne voulait pas. Certaines pensées n'étaient pas faciles à accepter, il n'était pas prêt.

- J'avais fait une demande de mutation et cette dernière a été acceptée. Cela sera bien sur ma carrière.

- Et où ?

- A St Brice au comté de Suerry.

James devait admettre de son adjoint avait raison, c'était une bonne chose pour sa carrière.

- Pour le reste, continua Caith, la balle est dans ton camp. Si tu veux quelque chose de moi, ca sera à toi de faire les premiers pas. J'en ai assez d'être entre deux eaux. J'attendrais pendant quelques temps mais après, il ne faudrait plus rien espérer de ma part.

Caith, ne voulant pas laisser le temps à James d'apporter la moindre justification dont il était capable, sortit de la chambre d'hôpital avec un grand soulagement. L'inspecteur sentait un poids se retirer de son cœur, il avait dit ce qu'il pensait la balle était dans son camp. En arrivant à sa voiture dans le parking ombragé de l'Hôpital, il ne put s'empêcher de jeter un regard vers la fenêtre de la chambre de James. Malgré le caractère impossible de son collègue, il avait été surpris de développer de l'attraction pour lui mais il n'avait pas envie d'aller plus loin sans être sûr de certaines choses. Le temps lui dirait si ca vaudrait le choix qu'il faudrait.

Fin


Le 13 mai 2017 à 9h56