Note : Cela faisait un moment que je voulais écrire cette version. Merci à Nope avec sa review qui vient de me rappeller que je devais le faire. J'espère qu'elle vous plaira et qu'il n'y aura pas trop de fautes. Bonne lecture.


Vielle Rancune, bis


Vincent zigzagua sur la plage avant de s'asseoir dans un coin reculé, à l'abri du vent et observa sa montre. Il était 16 heures. Et dans un peu moins d'une heure, il serait mort.

Dans quelques minutes, son frère arriverait à son tour, de sa balade journalière, et le verrait, comme tous les jours, depuis deux semaines. Depuis son retour.

Vincent avait fait en sorte qu'il le reconnaisse. Ce n'était pas bien dur. Si Luc avait hérité de la grâce de leur mère, lui, avait eu don des traits plus que carrè de leur père et ses cheveux indomptables. Il avait dégagé son visage, attachant ses cheveux en une queue de cheval faite à la va vite avec un lacet.

Vincent n'avait pas peur de mourir. Il en était heureux et impatient. Il attendait ça depuis tellement longtemps. Et c'était seulement maintenant qu'il avait trouvé comment mourir de façon serviable. Il voulait aider son frère. Luc avait choisit de prendre sa place. Depuis qu'il avait comprit que Vincent prendrait la suite de ses parents, Luc s'était efforcé de leur montrer combien il pouvait être comme son frère.

Pauvre Luc. Ses parents n'avaient jamais vu que Vincent. Ils l'avaient conçu dans ce but. Celui d'avoir un successeur à leur hauteur. Ils avaient fait appel à la biologie, afin d'avoir toutes les chances de leurs côtés. Et ils avaient réussis. Vincent était né, était un enfant surdoué. Mais jamais ils ne se seraient doutés de la tournure des évènements.

Vincent avait rencontré Clara en première année de lycée. Jeune fille pleine de vie qui ne comprenait pas pourquoi il y avait autant de meurtre dans le monde. Pourquoi l'être humain avait besoin de rajouter du malheur dans la vie de certain. Et le point de vue de Vincent avait changé. Il ne voulait pas prendre la suite de ses parents, mafieux craint dans le pays tout entier et aux territoires adjacents. Il ne voulait pas créer de larmes chez des inconnus juste pour une question d'argent.

C'est pourquoi l'année de sa terminale, lors d'un voyage scolaire en Italie, il disparu. Personne n'avait comprit. Personne ne l'avait vu s'éloigner. Et quelques semaines après, il était passé pour mort, des gardes-côtes ayant trouvés ses affaires pleines de sang sur une embarcation de fortune.

Vincent s'était demandé comment le petit radeau avait pu tenir si longtemps. Et c'était une chance qu'il est été trouvé. Ainsi, les recherches s'étaient arrêtés. Il avait même pu suivre son enterrement à la télé. Et c'est là que son coeur s'était serré. Luc. Luc était seul maintenant et se battait déjà contre un fantôme.

Vincent avait six ans lorsque sa mère était tombé enceinte. Elle avait voulu avorter mais son père s'y était opposé. Ce deuxième enfant pourrait faire une pièce de rechange, au cas où. Vincent se souvenait très bien de ces paroles. Ses parents ne lui avaient jamais rien cachés, voulant le plonger dans le monde adulte au plus vite.

C'était l'une des raisons pour laquelle Vincent avait été si proche de Luc. Pour qu'il ne soit pas qu'une vulgaire pièce de rechange. Le soir, il l'avait aidé dans ses devoirs, lui expliquant parfois jusqu'à l'aube pour qu'il comprenne. Il avait été exigeant avec lui et il savait que ça servirait. Puisque depuis l'âge de 8 ans, Luc, subissant le manque d'amour de ses parents avait essayé de surpasser Vincent. Sans aucune aide de laboratoire, Luc s'était avéré avoir un QI aussi elevé que celui de son frère. La seule chose qui aujourd'hui les différenciaient, était que lui, avait choisit de prendre la relève.

A la télé, ce jour-là, Vincent voyait le sourire de Luc sous ses larmes. Enfin ses parents le formerait pour qu'il prenne la succession. Mais pas par choix, par obligation.

Pendant 20 ans de vie, Vincent avait suivit les pas de son frère. Désapprouvant bon nombre de ses choix. Année après année, il réalisait à quel point Luc aimait ce qu'il faisait et en était fier. Et lui, se sentait misérable. Parce que malgré qu'il soit passé pour mort, malgré qu'il ai changé de nom et mené 20 ans de vie paisible, il ne pouvait s'attacher à personne. Parce qu'il y avait du sang d'assassin dans ses veines. Et parce qu'il devait faire don de sa vie à Luc, pour que ce dernier cesse son combat contre son fantôme.

Vincent leva les yeux et observa Luc arriver vers lui. Il s'installa et lui tendit une bouteille qu'il prit avec hésitation. Il déglutit. Cette bouteille vallait plus de 2000 euros. Mais ce n'était pas ça qui lui faisait chaud au coeur. C'était que cette bouteille était la sienne. Celle que ses parents avaient acheté à sa naissance, pour la boire le jour de ses 18 ans ou pour fêter leur succession.

Ainsi, Luc avait mit la main dessus. Il la déboucha, en but une bonne goulée et la lui tendit. Vincent attendit que ses mains cessent de trembler avant de la prendre et de la goutter, timidement. Il savoura longuement ce premier contact tendis que Luc lui racontait son histoire.

Il n'y avait aucun doute. Luc savait que Vincent n'était pas un simple SDF. Il savait qui il était et Vincent savait pour quelle raison il était là.

Il n'écouta que partiellement son récit. Il la connaissait son histoire, puisqu'il l'avait vécu au travers des informations qu'il recevait. Et puis il voulait savourer cette bouteille. Ce dernier contact avec le savoir faire humain.

Luc entamait maintenant sa dernière tirade et Vincent termina la bouteille. Est-ce que Luc aurait eu moins de plaisir s'il avait su que Vincent savait ce qui l'attendait ? Sa joie serait-elle gâché s'il savait qu'il ne prenait pas la vie de Vincent, mais que ce dernier la lui offrait ?

Il ne vit pas son frère pointer l'arme sur lui car sa vue était brouillée par les larmes. Ça faisait tellement longtemps que la douleur vivait en lui qu'il la considérait comme une partie de son être. Mais déjà, alors qu'il savait que la fin était imminente, la douleur s'était estompée. Et elle lui manquait.

Et quand le coup de feu parti,, sans que personne ne l'entende, un sourire étira les lèvres de Vincent. Enfin, Luc serait heureux et Vincent n'aurait plus cette douleur lancinante. Celle de l'avoir privé de tout. De l'avoir fais vivre dans son ombre. Celle de l'avoir privé d'amour.

L'impact le fit tomber au sol. Derrière ses larmes il pouvait voir la silhouette de son frère s'éloigner. Luc venait de trouver une alternative pour leur bonheur à tous les deux. Le savait-il seulement ? Ou son geste était-il simplement poussé par une vielle rancune datant de plus de vingt ans ?

Fin


Le 17 septembre 2009