Bonjour !

Voici l'épilogue de Jeunesse tourmentée. Eh oui, cette histoire touche à sa fin, et je vous remercie de l'avoir lue, car elle m'a été très difficile à écrire, malgré les coups de fouet donnés par des amis pour me motiver. Je ne suis pas vraiment fière d'elle, il y a beaucoup de choses qui doivent être retravaillées, et j'espère pouvoir le faire dans un avenir proche, notamment grâce à vos avis, que vous avez pu me donner par reviews ou mails.

Là, je tiens à remercier Dja et Cricket32 pour m'avoir suivie depuis le début et m'avoir toujours laissé un petit message qui m'a fait sourire à chaque fois :D

Cricket32 : Merci de m'avoir éclairée sur ton pseudo, lol. Merci aussi d'avoir dit que je pouvais être une auteur sadique, tu ne pouvais pas me faire un plus beau compliment mdr. Tu n'es pas la seule à avoir des envies de meurtre en ce qui concerne Nathan, mais avant tout, essaye de le comprendre, et lis la fin, tu pourrais peut-être changer d'avis... ET Phil est VRAIMENT honnête, même s'il est vrai qu'il "profite" de la situation (bon il lui saute pas dessus non plus, lol).

Dja : Voici l'épilogue que tu attendais ! lol désolée de ne le poster que maintenant... Le dernier chapitre était fait pour ne pas clôre l'histoire, mais tu devrais avoir avec cet épilogue bon nombres de réponses à tes questions, et peut-être que tout sera plus "clair". Tu as tout à fait le droit de dire que le père de Clément méritait de mourir, c'est déplacé, certes, mais il faut dire les choses comme elles sont... Et merci de te préoccuper des personnages secondaires (et surtout de les avoir remarqués) :D

Bon, je vous souhaite une bonne lecture je vous laisse retrouver les personnages, dix ans après les événements du dernier chapitre.


« Dix ans et rien n'a changé… ou presque. »

Vêtu d'un magnifique costume noir qui lui avait coûté une petite fortune, Clément buvait son verre avec lenteur, écoutant les paroles du boulanger du village pour lequel Lucie avait travaillé dans sa jeunesse. Le bon homme avait toujours cette même stature imposante, bien que désormais, Clément le dépassa d'une bonne tête. Non pas que Clément ait grandi, mais le pauvre homme se faisait vieux. Ce qui ne l'empêchait pas d'avoir la langue bien pendue… Depuis une demi-heure, il lui racontait ce qui s'était passé au village ces dix dernières années : qui était parti, qui les avait remplacé, qui avait eu une histoire avec qui,…

« Si seulement il savait… » pensa ironiquement Clément.

Son sourire s'effaça quand il avala la dernière gorgée de son verre et Clément profita qu'il soit vide pour mettre fin à sa conversation avec le boulanger. Il posa son verre sur la grande table couverte d'une nappe en papier bordeaux et blanche et se fraya un chemin à travers la foule pour atteindre sa sœur. On ne voyait qu'elle, dans sa robe blanche rehaussée de fines perles, lui laissant les épaules nues, son bouquet tombant aux fleurs rouges et blanches venant agrémenter le tout de couleurs vives. Lucie lui sourit, et tendit une main gantée vers lui afin qu'il la prenne. Elle était rayonnante. Son frère déposa un baiser sur son front et lui murmura :

« Tu es magnifique.

- Tu rigoles ? J'ai l'impression de ressembler à une baleine ! »

Lucie posa sa main libre sur son ventre de huit mois qu'elle caressa sans cesser de sourire. Clément se pencha un peu en avant et dit, un peu plus haut :

« Les baleines aussi ont le droit d'être belles… »

Lucie donna une légère tape sur le bras de son frère, qui prit son visage dans ses mains pour lui dire plus sérieusement :

« Je suis fier de toi et je suis sûr que maman l'est aussi. »

Lucie sourit, même si cette fois, la tristesse pouvait se lire dans ses yeux. Leur mère était décédée un an plus tôt, alors que Lucie commençait les préparatifs du mariage. La pauvre femme ne s'était jamais « réveillée », bien que Clément l'ait faite entrer dans l'hôpital le mieux réputé du pays et qu'elle ait reçu les meilleurs traitements qui soient. Bien que préparés depuis des années à sa disparition, sa mort avait été une véritable tragédie pour ses enfants.

« Et moi je suis sûre qu'elle aurait été très heureuse de te voir me donner le bras pour mon mariage. »

Lucie serra tant bien que mal son frère dans ses bras et dit :

« Arrêtons là, sinon je vais finir pleurer et je ne veux pas que mon maquillage coule. »

Ils se mirent à rire, puis Lucie se sentit tirée en arrière. Étant l'une des figures centrales de la fête, d'autres personnes cherchaient à lui parler. Elle put seulement dire à Clément :

« Tu veux bien me ramener mon mari ? »

Clément lui fit un clin d'œil pour toute réponse, et la laissa entre les griffes de ses invités. Il fit rapidement le tour de la salle des fêtes du village, mais ne trouvant l'heureux élu, il sortit dans la cour. Là, Clément croisa une jeune femme blonde, portant la robe des demoiselles d'honneur, et qui semblait plutôt énervée. Tant et si bien qu'elle ne l'aurait pas vu si Clément ne l'avait pas interpellée :

« Alice, est-ce que tu sais où est…

- Non ! »

Clément se dit que cela avait au moins le mérite d'être clair. Il fit quelques pas en avant quand surgit un homme qui lui était parfaitement inconnu, criant à en perdre haleine :

« Alice ! »

Clément le regarda d'un mauvais œil, mais il était trop occupé pour se charger de cette histoire dans l'immédiat. Il reprit ses recherches, et dut pour cela sortir de la cour. Il se retrouva alors sur le parking où jouaient un petit groupe d'enfants de tout âge sous le regard attentif d'un homme en costume noir. Il s'en approcha en silence, faisant discrètement signe aux enfants de ne pas faire de bruit. Mais l'un d'eux, bien plus espiègle, s'exclama :

« Papa, y a tonton ! »

Le mari se retourna vers Clément qui dit en plissant les yeux :

« Merci, Tim. »

Le neveu de Clément, pas plus haut que trois pommes mais très vif pour son âge, se précipita dans les bras de son oncle et après un sourire des plus innocents, répondit :

« De rien. »

Clément secoua la tête et le reposa au sol avant de dire au marié :

« Y a pas à dire, Xavier, il te ressemble…

- Tu trouves ? Moi j'ai plutôt l'impression d'avoir Lucie en face de moi. »

Xavier s'était tourné vers son beau-frère avec un immense sourire, qui disparut finalement, pour ne laisser place qu'à un visage inquiet. Clément posa sa main sur son épaule :

« Est-ce que ça va ? »

Xavier se pinça les lèvres. Il mit un temps avant de répondre :

« Oui. Je me dis juste que ça fait bizarre de revenir ici après toutes ces années. »

Clément hocha affirmativement la tête. Huit ans plus tôt, Xavier avait débarqué chez eux à la capitale, en plein milieu de la semaine, avec la ferme intention de rester et de finir ses études là-bas. Il ne supportait plus d'être loin de Lucie. La jeune femme comprit alors que c'était le bon. Un an plus tard, ils emménageaient ensemble. Deux ans après, alors qu'ils avaient tous deux un travail fixe -Lucie était devenue coiffeuse, alors que Xavier avait intégré une grosse entreprise de construction et de rénovation de bâtiments - ils avaient agrandi leur famille avec la naissance de Tim.

« Mais je suis quand même inquiet, reprit Xavier. Les travaux sur votre ancienne maison ne sont pas finis, et avec le deuxième bébé qui va arriver…

- Tout se passera très bien. Lucie a confiance en toi : tout sera prêt à la naissance. Tu as pris des vacances pour ça, non ? »

Xavier acquiesça. Il claqua ses mains l'une contre l'autre, et dit :

« Allez, tout le monde retourne dans la salle ! »

Les enfants rouspétèrent, mais ils finirent par obéir quand le marié leur jeta un regard des plus explicites. Clément salua l'autorité de Xavier qui poussa un profond soupir :

« Allons affronter les fauves… »

Clément sourit, compatissant. Ils allaient entrer dans la cour quand une voiture klaxonna dans leur dos. Un C4 gris se gara près de l'entrée, puis laissa sortir un couple que Clément n'avait pas vu depuis très longtemps. Son cœur se serra, et il n'eut qu'une envie : partir. Il croisa le regard de Nathan, et son envie s'en vit grandie. Il n'avait presque pas changé. Peut-être un plus costaud, le nez cassé et remis en place prouvait bien que lui avait continué le rugby. Justine non plu n'avait pas changé, comme si les années écoulées n'avaient eu aucune incidence sur elle. La seule différence résidait dans ses cheveux, coupés en un carré court. Le couple se prit par la main, et s'approcha des deux hommes. Clément se mordit la joue et croisa le regard de Xavier qui le surprit : il avait presque l'air désolé. Justine fut la première à parler :

« Félicitations, Xavier ! »

Celui-ci la remercia, puis il dut accueillir l'accolade de son frère, ainsi que ses félicitations. Justine salua ensuite Clément comme une simple connaissance, ce qui ne l'offusqua en rien. Lui avait prévu de ne même pas lui adresser la parole. Même après dix ans, il la détestait toujours autant. Vint le moment de saluer Nathan. Clément hocha seulement la tête à son encontre. Il n'était pas très fier de lui, mais il ne se sentait pas le courage de faire plus. Tout le monde rentra à l'intérieur, Xavier critiquant son frère pour son retard, mais le portable de Clément le força à rester en arrière. Quand il lut le nom de l'appelant, son visage s'illumina. Il resta dix bonnes minutes au téléphone avant de rejoindre sa sœur et de lui tendre le portable, coupant Nathan qui s'excusait de leur arrivée tardive en accusant les automobilistes sur l'autoroute. Sachant que Justine écoutait avec attention, Clément dit à Lucie :

« C'est Chloé. Fais vite car elle n'a pas beaucoup de temps. »

Cela ne manqua pas : Justine lança un regard noir à Clément qui souriait tel un amant follement épris. C'était bien bas, certes, mais tellement jouissif… Il savait pertinemment que Justine et sa sœur avaient presque perdu tout contact, notamment parce que Chloé avait décidé de s'engager dans des associations humanitaires l'obligeant à se rendre dans des pays très éloignés et pas toujours sûrs, mais aussi parce qu'elles ne se comprenaient plus. Clément, en revanche, avait vu ses liens avec Chloé se fortifier avec les années : ils étaient restés très proches, la femme ayant même vécu quelques mois chez lui. Malheureusement, depuis qu'elle s'était engagée dans des œuvres humanitaires, Clément la voyait beaucoup moins et devait se contenter d'appels téléphoniques irréguliers et du portrait qu'elle avait fait de lui dix auparavant. Lucie finit par rendre le téléphone à son frère et remarqua l'ambiance tendue qui régnait dans le petit groupe. Son mari et elle échangèrent un regard : personne ne parlait.

« Nathan, j'ai vu tes parent courir après Tim. Je crois que ça leur ferait plaisir de vous voir toi et Justine. »

Lucie sourit, puis elle posa une main sur le bras de Xavier qui décida de les accompagner, afin de garder un œil sur son fils. Xavier embrassa sa femme et il s'éloigna en compagnie de Nathan et Justine, au grand soulagement de Clément. Ce dernier ne put néanmoins s'empêcher de trembler en croisant le regard de son ancien amant. Espièglerie et tendresse se mêlait à un regard dont l'une des nuances échappaient à Clément, que ces yeux avait si bien connu. Lucie tira son frère par le bras pour le faire revenir à lui.

« Tu vas bien ?

- Oui. Je crois oui. »

Lucie raffermit sa poigne. Qui a dit qu'une femme enceinte était une femme faible ?

« Vous ne vous êtes pas reparlés depuis tout ce temps ?

- Non. C'est la première fois que je le revois en dix ans. »

Clément rangea son portable dans la poche intérieure de sa veste. Il hésita, mais demanda tout de même :

« Qu'est-ce qu'ils deviennent ? »

Lucie fut étonnée par cette question :

« Eh bien… Ils se sont fiancés… il y a deux ans. Et je crois que le mariage est pour l'été prochain. Ah et Justine est enceinte de trois mois. Elle a de la chance, elle aura accouché avant de se marier. Ils vivent sur la côte maintenant, près de la ville où enseigne Justine. Je crois qu'elle a une classe de CM1… Peu importe. Nathan a fondé sa société, ça marche très bien. C'est d'ailleurs lui et son équipe qui ont… Aïe ! »

Lucie se pencha légèrement en avant, les deux mains sur son ventre. Clément s'inquiéta pour elle et la fit aussitôt asseoir un peu à l'écart, tout en rassurant les gens alentours. Lucie lui dit, la voix un crispée par la douleur :

« Fille ou garçon, cet enfant saura se battre… »

Clément sourit, presque rassuré, lui proposa d'aller chercher Xavier, mais elle refusa, disant que ce n'était son premier enfant.

« C'est toute cette agitation, ajouta-telle. Il y a beaucoup de monde, et il fait très chaud. »

Son frère acquiesça, regarda sa montre puis l'entrée de la salle. Lucie en fut amusée :

« Il y a beaucoup de monde, mais il manque encore quelqu'un, n'est-ce pas ? »

Clément en aurait presque rougit, mais il se reprit plutôt bien :

« Oui. Pourtant l'avion de Corentin a dû arriver depuis une bonne heure… »

Lucie sourit tendrement. Elle s'installa plus confortablement sur sa chaise en s'appuyant contre le dossier. Elle allait se moquer ouvertement de son aîné quand elle aperçut deux visages familiers :

« Quand on parle du loup… »

Clément se tourna vivement vers l'entrée pour voir une tête aux cheveux noir corbeau surgir dans son champ de vision.

« Salut ! »

Clément regarda Corentin en fronçant les sourcils :

« C'est quoi cette couleur de cheveux ?

- On appelle ça « noir ». Moi aussi je suis ravi de te revoir. »

Clément soupira et prit son frère dans ses bras, trop heureux de l'avoir avec eux en cet instant après un mois. Afin de perfectionner son anglais, Corentin était parti pour une immersion totale d'un mois en Angleterre, chez un correspondant. Il était revenu tout spécialement pour le mariage de sa sœur qu'il félicita et embrassa.

« Corentin, tu as oublié ta besace… »

Rien que le son de sa voix fit frissonner Clément. Il eut l'impression que son cœur s'était arrêté de battre pour repartir à une allure folle. Il n'avait plus dix-huit ans, n'était plus un gamin, mais les sentiments étaient ce qu'ils étaient. Il fixa la main qui brandissait le sac de Corentin, et ses yeux remontèrent lentement le long du bras auquel elle appartenait, parcourant la manche d'un costume bien taillé, remontèrent jusqu'à l'épaule carrée de l'homme qui se trouvait dans le dos de Clément, puis le long du cou, pour arriver à ce visage mal rasé, ferme mais tendre. Phil sourit à Clément et le salua, Clément lui répondant en bégayant avant de le regarder serrer Lucie avec tendresse et attention. Corentin demanda où se trouvait Alice, et Lucie lui proposa d'aller la trouver. Elle se leva péniblement, aidée par Corentin et Clément, avant de ne faire un clin d'œil plus qu'équivoque à ce dernier. Une fois qu'ils furent éloignés, Phil se rapprocha du jeune homme :

« Alors, comment ça va ? »

Un sourire apparut au coin de ses lèvres.

« Bien. Et toi ?

- Très bien. Ton affaire ?

- On a gagné. »

Phil sourit, fièrement. Clément avait suivit ses études de droit avec sérieux et succès, et était désormais un avocat au futur prometteur. Phil l'avait fait entrer dans son cabinet, dont il était désormais l'un des dirigeants, mais ils se voyaient très peu, car la position de Phil l'amenait à voyager très souvent. Tous deux souriaient comme deux idiots, voyant que leur conversation n'était pas des plus savantes.

« Tu veux boire quelque chose ? proposa Phil.

- Pas vraiment. »

Phil se mit à rire.

« Tu préfères peut-être sortir ?

- Plutôt, oui. »

Clément suivit Phil jusque sur le parking, puis sur la route qui reliait la salle à la place centrale du village. Combien de fois avait-il prit cette route pour aller au lycée ? Ou pour rentrer chez lui ? Tellement de choses avaient changé depuis, des maisons avaient été bâties, de nouvelles familles s'y étaient installées… Ils marchèrent ainsi pendant un certain temps, puis Phil s'arrêta. Il regarda Clément qui continuait de marcher, tranquillement.

« Ça fait deux mois piles, aujourd'hui, qu'on ne s'est pas vus… »

Clément s'arrêta. Il se tourna vers Phil, défit légèrement sa cravate et dit, avec un sourire moqueur :

« Parce que tu comptes ? »

Phil se rapprocha de Clément, les mains dans les poches, et haussa les épaules. Le jeune avocat avança aussi vers lui, de façon à ce que leurs torses se touchent. Leurs lèvres s'effleurèrent, Phil dépassant tout de même Clément de quelques centimètres. Celui-ci pouvait sentir le parfum de son aîné, qu'il adorait retrouver dans ses draps quand l'homme était absent.

« J'ai toujours compté, ajouta Phil. Toujours. »

Comprenant à quoi faisait allusion l'avocat, Clément fit la grimace, quoique très content d'avoir enfin le droit à cette révélation. Il prit sa cravate entre ses mains, la regarda sous toutes les coutures, et dit :

« Jolie cravate.

- C'est toi qui me l'a… »

Phil ne put finir sa phrase, happé par les lèvres de Clément qui réclama un passage pour lier sa langue à celle de son amant. Phil sortit enfin les mains de ses poches pour enlacer la taille de Clément. Leur couple avait tenu dix ans, ou presque. Il avait connu des hauts et des bas, comme tout le monde, passant même par une séparation d'un an, quand les deux hommes eurent l'impression que leurs caractères s'opposaient trop. Mais au final, ils revenaient toujours l'un vers l'autre, avec toujours plus d'envies, de passion. Deux mois, pour eux, étaient pires qu'un an désormais. Clément sentait bien le désir de Phil, et lui n'était pas en reste, mais bizarrement, ses pieds étaient encore bien ancrés au sol. Les lèvres de Phil quittèrent les siennes pour plonger dans son cou, sa barbe naissante le chatouillant presque, le faisant sourire. Les mains de Phil glissèrent de sa taille vers ses fesses, et Clément passa alors ses bras derrière sa nuque. Puis il s'arrêta.

« On devrait pas.

-Hein ? »

Clément se mit à rire devant la mine dépitée de son amant. Qui était le plus vieux et le plus sage ?

« On devrait pas faire ça maintenant. Je sais que ça fait longtemps, mais partis comme ça, on n'est pas prêt de retourner à la fête. »

Phil relâcha Clément, pas du tout satisfait :

« J'ai quoi, en contrepartie ?

- Tu veux quoi ? »

Phil afficha alors un sourire plus qu'expressif :

« Tu veux vraiment savoir ?

- Non, je crois que je devine parfaitement. Crétin. »

Clément soupira. Effectivement, à y regarder de plus près, personne n'aurait pu dire que Phil était l'aîné dans leur couple. On lui donnait à peine cinq ans de plus que lui, quand certaines ne pensaient qu'il était plus jeune que lui. Seule leur carrière respective prouvait leur différence d'âge. Il dit, légèrement amusé :

« Ah, au fait : ça fait exactement deux mois et un jour. »

Phil se mit à rire, puis il l'embrassa. Ils se prirent ensuite par la main, puis remontèrent leur chemin pour revenir vers la salle. Devant le parking, Clément relâcha la main de Phil, mimant une grimace d'excuses. Ils se trouvaient dans leur ancien village, là où les homophobes régnaient en maîtres. De plus, il s'agissait du mariage de sa sœur, et il ne pensait pas que ses beaux-parents seraient contents de le voir en compagnie de Phil. Ce dernier mit les mains dans ses poches, déçu, comme à chaque fois. Ils allaient entrer dans la salle quand Nathan surgit devant eux, leur barrant le passage malgré lui. Il les fixa, puis salua Phil avant de demander à Nathan :

« Est-ce qu'on peut parler ? »

Clément fut surpris et regarda Phil, comme pour y chercher une réponse. Phil resta impassible, alors Clément accepta. Il suivit Nathan, ne se retourna qu'une seule fois vers Phil. Bien que celui-ci fasse tous les efforts possibles, il était inquiet, et c'était à contrecœur qu'il les regarda s'éloigner. Les deux anciens amis avancèrent sans parler vers la voiture de Nathan. Là, Nathan s'adossa contre la porte du conducteur. Ils se regardèrent sans rien dire, ne sachant pas trop où commencer, et pour Clément, ne sachant pas trop ce qu'il faisait là.

« Alors vous êtes ensembles ? finit par demander Nathan.

- Pardon ?

- Phil et toi ? Ça fait longtemps ? »

Clément ne sut que dire.

« Attends… Ça fait dix ans qu'on ne s'est pas vu… Et c'est tout ce que tu trouves à me dire ?

- Désolé. C'est juste que ça m'a surpris. Je ne pensais pas… »

Nathan ne continua pas sa phrase, mais il était déjà trop tard :

« Tu ne pensais pas quoi ? »

Nathan se mordit les lèvres :

« Que tu irais vers un autre homme. »

Clément en resta bouche bée. Toute sa rancœur resurgit brusquement, faisant bouillir le sang dans ses veines. L'occasion était trop belle :

« Je sais que pour toi notre histoire n'a été qu'un jeu, une expérience due à la jeunesse. Mais pas pour moi.

- Tu dis ça, mais t'en sais rien en réalité. »

Nathan s'approcha de Clément et l'embrassa. Ce fut violent, quoiqu'entraînant. Mais étrangement, Clément ne ressentit pas cette chaleur l'envahir, ces picotements remonter le long de son dos, ou encore cette impression de perdre pieds. Comme tout autour d'eux, il avait changé. Il repoussa Nathan qui le regarda sans comprendre :

« Qu'est-ce que tu crois faire ? »

Nathan essuya ses lèvres du dos de sa main.

« Je sais que j'ai fait le con. Je m'en rends compte aujourd'hui. Alors… On pourrait… enfin… »

Clément n'arrivait pas à croire ce qu'il entendait.

« Tais-toi. Tu… Est-ce que tu as conscience de ce que tu es en train de dire, là ? Tu serais capable de quitter Justine ? Vous ne devez pas vous marier ? Et il me semble que tu vas bientôt être père, non ? Alors il me semble que c'est un peu tard pour te rendre compte de tes erreurs, tu crois pas ? Mais ça a toujours été ça le problème, avec toi : tout a toujours été trop tard. Tu te lances sans jamais réfléchir, et quand tu le fais, ce n'est même pas pour toi ! Tu as été incapable d'assumer notre relation, de t'assumer, toi, devant les autres. Et ça, ça ne changera pas.

- Moi, je ne m'assume pas ? Mais qui est allé se cacher avec son copain y a dix minutes ? T'es mal placé pour parler, Clément. Toi non plus tu n'assumes pas ton homosexualité !

- Ce n'est pas pareil. Notre famille, nos amis… ils sont tous au courant.

- Même au travail, Clément ? Et si c'était vraiment le cas, pourquoi est-ce que vous ne vous affichez pas ensemble ce soir ? Arrête de te foutre de moi… Tu me mets tout sur le dos, mais je ne suis pas le seul fautif dans cette histoire. Tu… Tu n'as même pas cherché à me comprendre ! Tu crois que j'aurais pu tout lâcher ? Dire à mes parents que je suis gay ? Ils m'auraient mis à la porte, Clément ! Et Justine, elle…

- Mais c'est pas ce que tu voulais faire à l'instant ? C'est pas ce que tu allais me proposer ?

- J'avais dix-huit ans à l'époque. Pas de travail, même pas de diplôme. Qu'est-ce que j'aurais pu faire d'autre ? Toi tu avais ta famille, tu avais Phil… Moi je n'avais que toi et des gens qui m'auraient rejeté !

- Tu n'en sais rien…

- Non, c'est toi qui n'en sais rien. Tu avais des problèmes et ça t'a empêché de voir ceux des autres. Toi tu as réussi à t'en sortir, pas moi. Et je ne m'en sortirai jamais. »

Clément avait l'impression de s'être pris une gifle. Effectivement, la vérité faisait mal à entendre. Mais ils avaient tort tous les deux :

« Tu aurais pu rompre avec Justine il y a des années. Tu aurais pu le dire à tes parents après le Bac, ou même encore plus tard. Je ne te demandais pas de t'afficher avec moi du jour au lendemain. Même moi, j'en aurais été incapable. Mais maintenant… Tu as ta vie, j'ai la mienne. On est loin de ce que j'avais imaginé, mais… Je n'en changerai pas. »

Nathan se mordait les lèvres jusqu'au sang. Clément ferma les yeux avant de soupirer.

« On aurait peut-être pas dû se parler. Ça n'arrivera plus. Tu devrais retrouver ta fiancée. »

Sur ce, Clément lui tourna le dos. Il avait envie de crier, mais il ne fit qu'avancer plus vite, comme pour laisser tout ça derrière lui, tout son passé, tout ce qui l'avait fait souffrir. Il rejoignit Phil qui soupira de soulagement, mais comprit vite que ça n'allait pas. Il l'entraîna à l'écart et le prit alors dans ses bras. Nathan, lui, mit plus de temps à rentrer. Tel un automate, il rejoignit Justine qui parlait avec un convive qui ne rappelait vraiment rien à Nathan. Quand elle le vit arriver, elle se colla contre lui et dit, très bas :

« Tu en as enfin fini ? »

Nathan ne fut même pas surpris. Il allait répondre à sa fiancée quand Lucie vint les voir, demanda à Nathan s'il était possible qu'il se parle, tous les deux. Justine haussa les épaules et les laissa s'éloigner. Lucie prit appui sur le bras de Nathan et ils allèrent s'asseoir à une table miraculeusement vide. Lucie souriait tendrement à Nathan.

« On s'est vu souvent toi et moi… Mais on a jamais eu de vraie conversation ensemble.

- Les « vraies conversations » ne me réussissent pas vraiment en ce moment.

- C'est ce que j'ai cru comprendre. Mais tu aurais peut-être dû lui dire ce que tu as fait pour nous. Pour nous sauver. Tu ne crois pas ? »

Nathan resta figé. Ses traits s'étaient durcis, ses mains étaient crispées sur ses genoux.

« Je ne vois pas de quoi tu veux parler…

- Je t'ai vu, Nathan. Le jour où Clément a été hospitalisé à cause de… de mon père. J'étais allée à la maison pour le voir. Je… Je voulais lui faire payer, une bonne fois pour toutes. Je ne voulais pas que ça recommence, peu importe ce qui m'arriverait par la suite. Mais toi… Toi tu m'as devancé.

- Qu'est-ce que tu racontes ?

- Quand je suis arrivée devant chez moi. Il y avait la voiture de mon père garée devant l'entrée. Je ne savais pas ce que tu faisais, alors je n'ai rien dit. Ce n'est que lorsque la police est venue nous dire que mon père était mort que j'ai compris que tu avais trafiqué ses freins. »

En cet instant, Nathan ressemblait plus à une statue qu'à un être fait de chair et de sang.

« Je ne vois pas…

- Tout le monde sait que tu as toujours été doué en mécanique. Tu adorais ça, passer des heures sur les voitures. Alors, ça n'a pas dû t'être difficile. »

Voyant que Nathan se levait précipitamment, Lucie s'empressa de rajouter :

« Je ne dirai rien. Personne n'en saura rien. Je… Ce que je voulais dire, c'est que… Je t'en suis reconnaissante. Vraiment. Car si toi tu ne l'avais pas fait… Alors c'est moi qui m'en serais chargée. Mais je crois… que tu aurais dû lui dire. »

Nathan se mordit l'intérieur de la joue, mit les mains dans ses poches, et dit :

« Non. Ce n'aurait pas été une chose à faire. Et ça ne l'est toujours pas. Certaines choses ne doivent pas être dites.

- Tu en es sûr ? »

Nathan ne répondit pas. Il sentit soudain une main sur son épaule. Il se retourna et vit son frère :

« Manu vient de me dire qu'ils sont prêts et qu'ils vont commencer. »

Nathan acquiesça et laissa les jeunes mariés seuls. Xavier le regarda partir et aida sa femme à se lever :

« Tu lui as dit ?

- Oui. J'ai mal fait ?

- Non. »

Xavier prit sa femme par la taille :

« On y va ? »

Et il l'entraîna dehors, comme l'exigeait la personne au micro, qui invitait tout le monde à sortir. Ils se faufilèrent au milieu de la foule, croisant au passage Phil et Clément qui se demandaient bien ce qu'il se passait. Les deux hommes se tenaient un peu à l'écart, derrière les gens qui attendaient impatiemment de voir ce qu'on leur avait réservé. Clément allait mieux, Phil y avait veillé, mais la cicatrice de nouveau ouverte mettrait du temps avant de se refermer. L'avocat sentit une main dans la sienne et se tourna étonné vers son amant qui lui sourit timidement. C'était déjà un petit pas en avant. Soudain, des explosions retentirent les unes à la suite des autres, accompagnées de centaines de couleurs. Clément ferma les yeux et posa sa tête sur l'épaule de Phil avant de murmurer :

« Il a fait ça… Merci. »

Phil, qui n'avait rien entendu à cause des détonations, lui demanda :

« Quoi ? »

Clément leva son visage vers lui :

« Je t'aime.

- Moi aussi. »

Ils s'embrassèrent et se serrèrent un peu plus l'un contre l'autre. Nathan, qui n'avait rien perdu de la scène, sentit son cœur se serrer et les larmes lui monter aux yeux. Que fallait-il faire maintenant ?

La foule s'agita soudainement, les gens s'élançant vers l'avant. Nathan eut juste le temps d'entendre quelqu'un demander qu'on appelle une ambulance, puis Justine vint le voir pour lui dire que Lucie allait accoucher. Alors, il eut sa réponse : la vie continuait, tout simplement, mais lui resterait à jamais une âme tourmentée.


Le 2/11/2008

Fiiiiiiiiin

Encore merci à tous, et j'espère vous retrouver très bientôt.