Bonjour, Bonsoir,

Comme toujours, je mets énormément de temps à poster cette histoire, non pas par faute d'inspiration, mais plutôt de temps et de motivation. En effet, la fantasy n'a pas l'air de plaire beaucoup au lectorat. Dommage... Mais bon, je ne vais pas m'arrêter pour autant, la fantasy ayant toujours eu une grande importance pour moi !

Sanmiligoku : Pas de vacances pour moi malheureusement ! T__T Je m'excuse vraiment pour le temps d'attente entre chaque chapitre, mais je ne peux même pas te promettre de faire mieux... Désolée ! Mais j'espère que tu auras quand même le courage de continuer à lire :)

Pyrane : Mais je t'en prie, c'est à moi de te remercier pour ta review :D

Toxi : Un complot, des complots... Tu auras de quoi faire ! lol. J'essayerais de faire plus long, promis :)

Merci à tous et toutes d'avoir le courage de revenir !

Je vous souhaite une bonne lecture !


Chapitre 6

Mizu repensa toute la journée à ce qu'il s'était passé au tribunal, au fait qu'elle ait manqué de peu de pouvoir parler à l'Ombre, cet homme qui devait l'aider selon ce que lui avaient dit les Voix. Mais ayant échoué à le rattraper, elle ne pouvait désormais compter que sur elle-même. Raison pour laquelle elle attendait, depuis plus d'une heure, qu'on daigne la faire entrer dans le bureau des Juristes. Elle aurait pu se servir de son titre pour accélérer les choses, mais elle n'en avait pas le droit : personne ne devait savoir qu'elle était ici. Du moins pour l'instant. Elle jeta un coup d'œil vers le bout du couloir où Mel devait l'attendre. Son garde du corps avait été plus que claire : elle était contre l'idée de sa Reine. C'était contraire à toutes les règles qu'elles avaient respectées jusqu'à aujourd'hui pour protéger Mizu lorsqu'elle sortait. Mais Mizu pensait qu'elle n'avait pas d'autre choix.

Les portes s'ouvrirent sans crier gare, laissant la place à un soldat en livrée bleu et blanche qui sembla hésiter en la voyant. Finalement, il la salua en se pencha légèrement en avant et l'invita à entrer. Cette attitude si respectueuse mit la puce à l'oreille de Mizu qui entra dans le bureau privé du Juriste le plus influent de la ville et qui avait participé à la condamnation du pauvre Ghen. Le Juriste Parnis se leva de son fauteuil et fit le tour de son bureau. Il portait toujours sa longue robe, mais ouverte sur un pantalon et un haut noirs. Il salua Mizu en se penchant bien bas, alors Mizu n'eut plus aucun doute et rabattit sa capuche pour qu'il puisse voir son visage :

« Majesté, c'est un plaisir de vous voir ici… Mais aussi une grande surprise.

- Vous ne me paraissez pas si surpris. Comment m'avez-vous reconnue ?

- Lorsque vous vous êtes empressée de sortir du tribunal. J'ai pu voir votre visage. Une coïncidence. »

Mizu n'y croyait pas, mais elle n'était pas là pour s'attarder sur le sujet. Essayer d'extirper la vérité de la bouche du Juriste n'avancerait en rien son affaire. Mais elle se promettait de s'en occuper plus tard... Elle dépassa le Juriste et alla s'asseoir sur le fauteuil devant le bureau. Parnis haussa un sourcil grisonnant et sourit, en partie amusé. Il fit le tour du bureau et prit place face à sa Reine :

« Que puis-je pour vous, Majesté ? »

Mizu alla droit au but :

« Je veux que vous reveniez sur votre sentence concernant le marchand Ghen. Ce pauvre homme accusé à tort de meurtre.

- Un double meurtre pour être précis.

- Un double meurtre pour lequel vous n'avez aucune preuve accusant cet homme.

- Et vous, avez-vous une preuve de son innocence ? En ce qui concerne cette affaire, le motif de la vengeance est amplement suffisant pour accuser le marchand Ghen. Cet homme a assassiné les deux agresseurs de sa fille. Majesté, vous n'avez tout de même pas adhéré aux croyances du peuple ? Ou bien allez-vous vous aussi vous ranger du côté de ces gens qui accusent une légende pour tenter de défendre le marchand Ghen ? »

Mizu ne répondit pas, et le ton moqueur du Juriste lui fit enfin voir toute l'ampleur du ridicule de sa présence ici. Elle comprit aussi ce qu'avait voulu lui dire Keith. Dans sa position, croire à une légende comme l'Ombre était puéril, déplacé. Quelle image Mizu donnait-elle en tant que Reine ? Allait-on la croire folle ? Son statut allait s'en voir dénigré et plus personne ne la prendrait au sérieux, comme le Juriste Parnis en ce moment-même. Pourtant, elle savait qu'elle avait raison. Mais elle devait reprendre la situation en mains, montrer qu'elle avait toute sa tête et qu'elle n'avait pas l'intention de se laisser faire par un homme qui lui devait le respect dû à son rang.

« Vous vous trompez… murmura-t-elle.

- Je vous demande pardon, votre Majesté ?

- Vous vous trompez. Ils n'accusent pas une légende. Ils n'accusent personne en réalité, si ce n'est le système judiciaire lui-même. Vous avez accusé le marchand Ghen parce que c'était le seul coupable potentiel à vos yeux. Mais vous n'avez aucune preuve. Vous allez mettre à mort un innocent pour… l'exemple. Et pour faire taire le peuple, pour que tous arrêtent de croire en l'Ombre. Ce que vous désirez avec ce procès, c'est détruire une figure potentiellement dangereuse pour vous et le pouvoir en place.

- Mais vous êtes ce pouvoir. Et vous vous devez de montrer l'exemple. Le peuple n'a pas besoin de croire en de telles inepties ! Il a besoin de croire en du concret, en vous et moi ! »

Mizu se leva.

« Non. Vous faites erreur. Il a besoin de croire en un sauveur, en quelqu'un qui le comprendra, qui aura la force de le protéger et de l'aider en toute situation. Et cette personne, ce n'est ni vous ni moi.»

Elle lui tourna le dos et sortit, ne l'écoutant plus. Elle laissa les larmes glisser sur ses joues pâles. Elle n'avait pas réussi à sauver le pauvre marchand.

ooOOoo

Il savait qu'il ne trouverait pas mieux qu'ici. Entre ces murs de pierres qui abritaient le pire de l'espèce humaine. Et il ne pouvait s'empêcher de trembler, lui qui était pourtant un homme au mental et à la poigne de fer. Il rajusta sa cape, pour s'assurer qu'on ne le reconnaitrait pas. Seul le gardien en chef de la prison savait que cet homme influent se trouvait dans son bâtiment, et malgré le danger auquel s'exposait le visiteur, il avait refusé d'être accompagné par les gardiens, afin d'assurer son anonymat. Il se déplaçait devant les cellules, ces lourdes portes blindées qui abritaient les pleurs, les cris, les insultes… Et qui le protégeaient, lui.

Il brandit sa torche devant lui, éclairant une porte en fer agrémentée de barreaux épais et de trois lourdes serrures. Difficile d'y entrer. Et encore plus d'en sortir. Seule une petite lucarne, elle-même possédant une porte en fer, permettait de voir à l'intérieur. Il l'ouvrit, et essaya de distinguer une forme humaine à travers l'obscurité. Le bruit de chaînes qu'on secoue lui parvint, ainsi qu'un rire. Léger. Dément.

« Un visiteur… Cela me va droit au cœur ! »

Le visiteur entendit les chaînes remuer. Bien que certain que le prisonnier était solidement attaché, il ne put s'empêcher de reculer. Il avait l'impression que le visage de l'assassin était face lui, juste devant l'ouverture par laquelle il pouvait voir l'intérieur de la cellule. Le visiteur perçut un reniflement, comme si l'autre… homme, humait l'air.

« Quelle délicieuse odeur… Vous embaumez la peur. »

Il partit d'un grand rire, un rire horrible, rauque, tout en agitant ses chaînes qui donnèrent l'impression au visiteur d'avoir affaire à un démon tout droit sorti de l'enfer. Et il n'était pas loin de la vérité.

« J'ai un marché à vous proposer.

- Oh… Voler ? Tuer ?

- Tuer. »

Le rire du prisonnier retentit de plus belle, alimenté d'une joie perverse. Il applaudit et son futur employeur était persuadé qu'il s'était levé pour être au plus près de la porte, tirant au maximum sur ses chaînes. Chaînes qui avaient été ensorcelées afin de ne jamais se briser. Mais rien n'était sûr, même dans le monde de la magie.

« Je vous ferai sortir d'ici. Je vous rendrai votre liberté.

- Superbe marché ! »

Son rire ne semblait pas s'arrêter.

« Qui dois-je tuer ? » fit le prisonnier, jubilant.

Le Juge sourit enfin. Il prenait énormément de risques à agir ainsi. L'arme qu'il comptait utiliser pouvait s'avérer à double tranchant. Mais pour parvenir à ses fins, il était prêt à tout.

ooOOoo

Keith était assis derrière son bureau et, chose rare, il était tout à fait absorbé par les comptes-rendus que venait de lui apporter un messager venu de la frontière. Les nouvelles n'étaient ni bonnes ni mauvaises, car rien ne bougeait, ce qui pouvait être rassurant… comme inquiétant. Keith leva les yeux vers la grande carte accrochée au mur, sur laquelle reposaient plusieurs drapeaux verts, mais un seul de couleur rouge. Bien plus au nord se trouvait un territoire dont le régent, il y avait bien longtemps, avait ouvert les hostilités en tentant de faire assassiner le père de Keith. Mais leur ennemi avait réussi à s'en sortir, et par-là même à éviter une guerre qui lui aurait été fatale, car l'homme qui avait été arrêté pour tentative d'assassinat avait avoué avoir agi de sa propre initiative, parce qu'il était en désaccord avec le pouvoir en place. Et le père de Keith n'avait pu utiliser les informations recueillies par ses espions contre son ennemi pour le faire accuser. Cela n'était donc pas allé plus loin. Lorsque, quatre ans plus tôt, le père de Keith était décédé, il avait mis son fils en garde : si son ennemi leur vouait une haine mortelle, ce n'était rien par rapport à son héritier. Jill Herl était loin d'être pacifiste. Et sa haine était peut-être plus forte que celle de son père envers la famille de Keith. Ce dernier attendait donc que Jill, au pouvoir depuis six mois, lance les offensives.

Mais rien.

Jill Herl, était connu pour ses crises de nerfs, dérivant souvent vers la folie : il en venait aux mains, et à ce qu'on disait, il avait déjà tué dix de ses serviteurs et deux de ses généraux car il avait été insatisfait de leur travail. Alors, savoir qu'il détestait Keith et rêvait de s'emparer de son trône, et que malgré tout cela, il n'avait encore rien tenté, était plus qu'inquiétant.

Keith se frotta le front, puis soupira avant de claquer les doigts. Quelques secondes plus tard, un verre en cristal vint se poser près de ses dossiers. Keith se désaltéra et rangea ses comptes-rendus. Ce fut le moment que choisit Mizu pour entrer dans le bureau, sans se faite annoncer, comme à son habitude. Une habitude qui agaçait son époux au plus haut point.

Elle portait une robe verte dont le corsage tout en dentelle était couvert d'un châle en laine noire. Ses cheveux d'ébène étaient ramenés en un chignon bas qui laissait s'échapper quelques mèches sur sa nuque blanche. Mizu croisa les bras sur sa poitrine tout en serrant le châle autour de ses épaules et dit, avec une certaine lassitude :

« Tu as demandé à me voir ? »

Keith ne lui répondit pas mais l'observa plus attentivement. Oui, elle était belle, intelligente et avait tout de suite plu au peuple qui l'avait accueillie avec joie comme reine. L'épouser n'avait été qu'un choix stratégique. Un bon choix que Keith ne regrettait qu'à moitié. Elle était très investie dans son rôle de reine, et était très proche du peuple. Mais cette fois, elle était allée trop loin.

« On est revenu me rapporter qu'hier, tu t'es rendue en ville. Je me moque de tes sorties, tu es assez intelligente et prudente pour ne pas avoir besoin d'escorte, et je sais qu'il ne servirait rien d'essayer de t'empêcher de sortir du palais. Mais dis-moi, qu'est-ce qui t'a pris d'aller voir les Juristes ? Je croyais avoir été très clair en ce qui concernait cette histoire avec l'Ombre, non ?

- Je ne veux pas revenir là-dessus, Keith.

- Il le faudra pourtant ! Tu te rends compte de l'image que tu as donnée de toi ? Envers un homme de loi ! Il a du bien rire, oh ça oui… à penser que j'avais épousé une petite crédule !

- Cela n'a rien à voir avec l'Ombre, Keith ! s'emporta Mizu à son tour. Ils ont accusé un innocent, juste pour l'exemple ! Comment peux-tu laisser passer ça ? »

Keith se leva de son fauteuil et tourna le dos à Mizu pour regarder par la fenêtre. En cet instant, elle lui faisait beaucoup penser à une autre personne. Quelqu'un qui menait le même combat qu'elle… Mizu se rapprocha de lui, le fixa un instant, puis posa une main sur son bras :

« Ne peux-tu donc rien faire pour aider ce pauvre homme ?

- Les Juristes ont rendu leur jugement. Aller à leur encontre… Ce serait causer trop de problèmes.

- Mais ce n'est pas impossible.

- Le Conseil est déjà sur mon dos, je n'ai pas envie qu'il en soit de même pour les tribunaux. Et qu'est-ce que je pourrais bien leur dire ? Tu en as toi, des preuves de l'innocence de cet homme ? »

Mizu se mordit les lèvres. Remettre l'Ombre sur le tapis ne l'avancerait en rien. Keith se mettrait en colère, comme toujours, et leur conversation n'irait pas plus loin.

« Non, » murmura-t-elle.

Keith retourna s'asseoir et prit sa tête dans ses mains :

« Désolé, Mizu. Mais je ne peux rien faire. »

Sa femme vint se placer derrière lui et posa ses mains sur ses épaules. Elle reçut alors comme une petite décharge, et le visage de l'Ombre lui revint à l'esprit. Keith se retourna brusquement vers elle :

« Est-ce que ça va ? »

Mizu était très pâle, et son visage était comme figé.

« Ri… rien. La fatigue je pense. Je… vais te laisser… »

Le pas incertain mais pourtant rapide, elle sortit du bureau sous le regard inquiet de Keith. Une fois la porte refermée, elle s'y adossa. Elle ne comprenait décidemment rien à rien. Peut-être que le sauveur qu'elle recherchait n'était pas aussi loin qu'elle l'avait imaginé.

ooOOoo

« On devrait peut-être lui dire la vérité… »

Keith sursauta. Il n'avait pas vu venir Rain, et avait encore moins entendu le passage secret s'ouvrir.

« Tu es fou ? dit Keith.

- Tu serais tranquille au moins. Elle arrêterait de te harceler.

- Ou cela pourrait aussi envenimer les choses. Non, ton anonymat est ta sécurité, il est hors de question qu'on lui dise que tu existes. On serait en plus obligés de lui dire qui tu es vraiment, et ça, c'est impossible. »

Rain regarda Keith, impassible. Il n'avait pas son mot à dire, il le savait, même s'il n'était pas entièrement d'accord avec son Roi. C'est pourquoi il changea de sujet. Il avait pris une décision, et il n'était pas sûr que Keith l'approuve.

« Je suis venu te voir parce que… je vais devoir partir.

- Où ?

- Chez Yann. Je veux lui amener Iwan. Je pense qu'on avancera plus vite ainsi.

- Combien de temps penses-tu être absent ?

- Je ne sais pas, tout dépendra d'Iwan. Mais je serais de retour avant la fête.

- Je ne pense pas que ce soit une bonne idée. Je pourrais avoir besoin de toi ici.

- Tu pourras toujours me contacter, je garderai la montre avec moi. Mais tu sais qu'on n'a pas le choix. Emmener Iwan là-bas est la meilleure solution que j'ai trouvée pour qu'il soit prêt à temps. »

Keith n'était pas d'accord et ne se sentait pas rassuré à l'idée que son assassin allait se retrouver à des centaines de kilomètres de lui, dans un endroit inaccessible à ceux qui n'y avaient pas été invités au moins une fois. Mais il se résigna :

« Quand est-ce que vous partez ?

- Demain. Mais j'ai d'abord quelque chose à faire. Et un test à faire passer à Iwan.

- Est-ce que tu vas m'en dire plus ? »

Rain lui sourit difficilement et lui tourna le dos. Même s'il essayait de prouver le contraire, lui non plus n'était pas à l'aise à l'idée de laisser Keith sans protection. Mais il devait partir.

« On se revoit dans moins de trois semaines. Contacte-moi uniquement en cas d'urgence. »

Il repartit par le passage secret et Keith se retrouva seul, dans son grand bureau vide. Il serra les papiers et la plume qu'il tenait dans ses mains. Les jointures de ses mains se mirent à blanchir, puis, soudain, tout se transforma en cendres alors que tout ce qui se trouvait sur son bureau voltigeait à une allure folle autour de lui. Lorsqu'il remarqua ce qu'il se passait, Keith prit une profonde inspiration pour se calmer et tout retomba au sol. Il prit son visage dans ses mains. Il devait se calmer. Après tout, ce n'était pas la fin du monde…

ooOOoo

Ils allaient dans l'obscurité, deux ombres presque semblables : même allure, même vitesse... Iwan épousait les mouvements de son maître et était aussi silencieux que lui, bien qu'éprouvant plus de difficultés. Rain était venu le chercher une heure plus tôt, un sac vide à la main qu'Iwan avait du remplir du peu d'affaires qui lui appartenaient : des vêtements de rechange, de quoi manger, et un carnet qu'il avait demandé à Rain lorsqu'il avait su qu'ils allaient partir pour un assez long voyage à destination d'un refuge à l'écart de toute civilisation. Mais avant de se mettre en route, Rain lui avait dit qu'il avait encore une mission à accomplir, et que son disciple devait l'accompagner. Il ne lui avait rien dit de plus et Iwan se posait beaucoup de questions. Il savait pourtant qu'il ne lui servirait à rien de les poser, et que les réponses viendraient d'elles-mêmes.

Alors qu'ils arrivaient à l'orée de la ville, Rain lui fit signe de s'arrêter. Une pente assez raide descendait vers une forêt, et au-delà de cette étendue d'arbres se trouvait la prison des lamentations, bien gardée par de hautes murailles et une bonne centaine de soldats devant veiller à ce que les prisonniers ne s'évadent pas. Iwan frissonna. Il ne connaissait que trop bien cet endroit et tout ce qui s'y cachait, tout ce qu'on y faisait. Comme torturer des hommes comme lui… Mais il ne devait pas y repenser. Il avait subi tout cela parce qu'il le fallait. Désormais, il était là où il devait être. Il tourna la tête vers Rain.

« Pour devenir plus fort… »

Rain capta son regard et lui désigna la prison du menton.

« Voilà notre destination première. Je suppose que tu ne l'as pas oubliée… »

Iwan ne dit rien, mais Rain n'attendait pas de réponse.

« Nous allons entrer là-dedans afin de sauver un homme. Et j'attends de toi que tu respectes quatre règles : être rapide, silencieux, on ne tue personne, et surtout, on ne montre nos visages à personne. Il ne faudrait pas qu'on puisse te reconnaître…

- Et vous ? Que se passerait-il si quelqu'un vous reconnaissait ?

- Tu ne peux même pas imaginer… » murmura Rain.

Son regard se porta au loin alors que son visage se crispait. Puis il se retourna brusquement vers Iwan :

« Te sens-tu capable de respecter ces règles ?

- Je vais essayer.

- Je ne veux pas que tu essayes. Ce dont j'ai besoin, c'est d'être sûr que je peux compter sur toi. Si ce n'est pas le cas, sache qu'au moindre faux pas, je n'hésiterai pas à me débarrasser de toi. »

Iwan serra les poings. Il sentait la colère monter en lui, mais il devait la freiner. Il serra les dents et répondit :

« Oui. Je respecterai ces règles. »

Rain acquiesça. Il ramena sa capuche sur son visage et arrangea sa besace afin qu'elle ne le gêne pas dans ses mouvements. Pendant ce temps, Iwan, lui, tentait de se détendre. Il ouvrait et fermait plusieurs fois les paumes de ses mains, comme pour s'assurer qu'il avait un contrôle total de son corps, et essayait au mieux de respirer lentement. Il sentit soudain deux mains se poser sur ses joues et il rouvrit les yeux. Rain se tenait devant lui, ses yeux noirs plongés dans les siens, concentré. Ses mains, à défaut d'être tout à fait douces, instillaient une agréable chaleur au corps d'Iwan qui se sentit complètement détendu. Puis, il prit conscience d'autre chose. C'était en lui, mais aussi en Rain. Il pouvait le sentir, presque le toucher. Et cela l'attirait. Il fit un pas en avant, mais Rain recula aussitôt et retira ses mains. Le contact rompu, Iwan reprit ses esprits :

« Qu'est-ce que… c'était ? »

Rain, le dos tourné, hésita avant de répondre :

« Je t'ai juste aidé à te calmer. Par magie. Mais c'est tout ce que je peux faire pour toi. Pour l'instant. »

Iwan fronça les sourcils. Il était sûr d'avoir senti quelque chose d'autre. Quelque chose d'à la fois familier et inconnu. Dangereux. Et attirant. Il fixa le dos de Rain devant lui. Et mettant de côtés ses doutes, ses questions, il le suivit pour cette mission à titre bien plus personnel que ce que Rain laissait entendre…


Le 12/10/2009

A suivre...